ET U» OCVAÀMS D£ PASCAL. ICI
commentaire, notre histoire , vu (jue d'ordinaire il ij. Ê en eeia ptas du bien d* autrui que du ieur.
il étoit en vénération dans sa famille , à (jui il âvoic inspiré son goût ponr les sciences, ses opi^ nions théologiqnes , et surtout son amour pour la Tertu. M. Pévicr , son Uran-irère , mourut en M)7a, avec la réputation d'un excellent magistrat et d*ini saint : les sciences con^erveiout le souvenir de ce qu'il fit pour elles, en secondant le»vue» de Pascal sur la pesanteur de Vinw Madame Périev mourut IQ mois d avril 1687, à Paris , pendant un voyage Ijuelle y lit, ayant rempli tous leS' dcvoti*s d une femme forte et dnne mère chrétienne» Jamai»
|l*anton dià ces deu% époux ne hxi troublée , parce qu elle avoit la religion pour hase*
PRÉFACE, i
Oà l'on ûiit Toir dki qaelle maniire ces Pensées ont été
écrites et recueillies ; ce qui en a fait retar Jer l'iiiipression ; quel étoit le dessein de Vauteur dans cet ouvrage^ et comment il a passé les dernières aiiuées de sa vie.
Pascal , ayant quitté fort jeune Tétude'des m»»
thématiques , de la physique , et des autres sciences profanes, dans lesquelles il ayoit fait un si grand progrès, commença, vers la trentième année de Bon âge , à s'appliquer à des choses plus sérieutfés et plus relevées, et à s adonner uniquement , autant <{Qesa santé le put permettre , à Tétude de l Écritare, des Pères , et de la morale chrétienne*
Mais quoiqu il n'ait pas moins excellé dans ces sortes de siences , camme il Ta bien fait paroitre par des ouvrages qui passent pour assez achevés sa leur genre, on jpeut dire néanmoins que, si Dieu eût permis qu'il eut travaillé quelque temps i celui qu'il ayoit dessein de faire sur la religion , et auquel il vouloit employer tout le reste de sa vie, cet ouvrage eût l)caucoup surpassé tous les autres qu*on a vus de lui; parce quen effet les vues qu'il avoit sur ce sujet étoient iniiniment audessus de celles qu'il avoit sur toutes les autres choses*
Je crois qu*il n j aura personne qui n'en soit fadlement pecauadé en voyant seulement le peu
io4 PnÉFACI.
que Ton en donne à présent , quelque imparfiiit qu i! paroisse; et principalement sachant la nuk nière dont il y a travaillé , et toute l'histoire du recueil qu*on en a ùdu Voici comment tout .cela •*est passé.
Pascal conçut le dessein de cet onvrage plusieurs années avant sa mort : mais il ne faut pas . néanmoins s*étonner s*il tat si long-temps sans : en rien mettre par écrit : car il avoit toujours! Accoutumé de songer beaucoup aux choses , et de | tes dispose!^ dans son esprit avant que de les pro- , duirc au<dcIiors,ponr bien considérer et exa^nner avec soin celles qu'il falloit mettre les premièrei ou les dernières , et l'ordre qu'il leur de voit donner à toutes , afin qu elles pussent faire leffet qa*il | désiroit. £t comme il avoit une mémoire excel-; lente, et qu*on peut dire même prodigiense^ eij sorte qn'iil a souvent assuré qu'il n'avoit jamais ^ rien oublié de ce qu'il avoit une fois bien imprimé j dans son esprit; lorsqull sëtoit aimi -quelque, temps appliqué k un sujet , il ne craignoit pas quS; Im pensées qui lui ëtoient venues lui pussent jamais échapper; et cest pourquoi il diiféroit assez, souvent de les écrire , soit qu*il n en eût pas le Ioh sir f soit que sa santé , qui a presque toajours été ■ languissante , ne fût pas assez forte pour lai per^i mettre de travailler avec application»
C est ce qui a été cause que Ton a perdu il sa mort la plus grande pàrtie de ce qn il avoit déjà conçu touchant son dessein; car il n'a presque rieu
éent des principales raisons dont il rçuloit se se^
P n É FA C C. 1 ô5
rîr, des fondements sur les(|uels il prétendoit appa/er son ouvrage , et de 1 ordre qu il voaloit j garder; ce qui étoit assurément très considérable. Tout cela étoit parfaitement bien gravé dans son esprit et dans sa mémoire ; mais , ajant négligé de récrire lorsqu'il l auroit peut-être po faire , il se trouva , lorsqu il 1 auroit bien voulu, bors detat d> pouvoir du tout travailler.
11 se rencontra néanmoins une ocoaiion il j i environ dix ou douze an,s , en laquelle on l obiigea, non pas d écrire ce qu'il avoit dans l'esprit sur ce sujet-là, mai» d en dire quelque chose de ▼ive Toix. 11 le lit donc en présence et à la prière de plusieuii» personne» très considérables desesamis^ U leur déveioj^pn en peu de mots le plan de tout 5on ouvrage ; il leur représenta ce qui en devoît ^re le sujet et la matière : il leur en rapporta en abrégé les raisons et les principe? , et il leur e«» pliqua l'ordre et la suite des choses qu'il v vouioit traiter. £t ces personnes, qui sont aussi ca*
l'cihles qu on le puisse être , de juger de ces sortes
de choses, avouent qu'elles n'ont jamais rien en*
tendu de plus beau, do plus fort, de plus touchant, ni de plus convaincant; qu elle» en fuient cliarmécs; «t que ce qu elles virent de ce projet et de ce desisein dans un di'^ceurs de deux ou trois lieures fait ainsi sur-le-cbamp , et sans avoir été prémédité ni travaillé, leur fît juger ce que ee pour« roit être un jour , iii étoit jamais exécuté et conduit à sa perfection par une personne dont elles
connoUaatont la force et la capacité} qui avcit
go6 pîihpkct.
accoutumé rie travailler tellement tous «es Otu vrageii, qu'il ne se conteûtoit presque jamais de ses premières pensées, quelc[ue bonnes qu'elle» parussent aux autres^ et qui a refait aolivent, jusqu'à huit ou dix fois , des pièces que tout autre que lui trouvoit admirables dès la première.
Après qu'il leur eut fait voir quelles sont les preuves qui font le plus d'impression sur Tesprit Aes hommes , et qui sont les plus propres à iei, persuader, il entreprit de montrer que la religion chrétienne avoit autant de marques de cen titude et d'évidence que les cho es qui sont te» çues dans le monde pour les plus indubitables.
Il commença d abord par une peintuie l'homme^ où il n'oublia rien de tout ce qui l«i pouvoit faire oonnoitre et au-dedans et au-dehorJi de lui-même , et jusqu'aux plus seerets moavements de son cœur. 11 supposa ensuite un bomin^ qui, ajant toujours vécu dans une ignorance générale, et dans l'indifférence à l'égard de toutes, choses, et surtout à l'égard de soi-même, vient enfin à se considérer dans ce tableau 9 et à exa-j miner ce cju'il est. Il est surpris d y décourrfrj une infinité de choses auxquelles il n a jamsi»! pensé; et il ne sauroit remarquer, sans étonnement et sans admirati;on , tout ce que ï^ascali»* fait sentir de sa grandeur et de sa bassesse, de ses avantages et de ses foiblesses, du peu de In* mières qui lui reste, et des ténèbres qui 1 environnent presque de toutes parts, et cnfm de toutes les contrariétés étonnai^tes qui se trouvent dap»
M nature. II ne peut plus après oela demeurci daos rindifierence , sll a tant soit peu de raison ; et quel(|ue in&eusible qu 'il ait été jus(][u'alors , il doit souhaiter , après avoir ainsi connu ce qu*il est » de conuoitre aussi d'où il vient Qt ce ^u il doit dereoir.
Pascal , 1 ajant mis dans cette disposition de ehercher à s*instruire sur un doute si important 3 1 adresse premièrement aux philosophes , et c'est là qo après lui avoir développé tout ce que les plus grands philosophes de toutes les sectes ont dit iar le sujet Je rhominc, il lui fuit observer tant ds défauts , tant de foiblesses , tant de contradiclions, et tant de faussetés dans tout ce qu ils eu M avancé , qu*il n est 'pas diflicile à cet homme de juger que ce u est pas là où. ii doit s eu tenir»
11 lui fait ensuite parcourir tout lunivers et tous les âges, pour lui faire remarquer une inll- BÎté de religions qui s*y rencontrent ; mais ii lui fût voir eu même temps ^par des raisons si fortes e>t 91 convaiacautcs , que toutes ces religions ne sont remplies que de vanité, de folies, d erreurs » dé* garements et d'extravagances , qu il n^ trouve Q€n encore qui le puisse satisfaire*
Enfiu il lui fait jeter les yeux sur le peuple joif ; et il lui en iait observer des circonstance i si extraordinaires, qu'il attire facilement son at** t^tion. Après lui avoir représenté tout ce que ce ptuple a de singulier , il s'arrête particulièrement ^hïi faire remarquer un livre unique par lequel d se gouverne , et qui comprend tout ensemble
g4)8^ PHÉFACE.
son histoire , sa loi et sa religion. A peine a-^-iJ ouvert ce livre, qu'il y apprend que le moncii» est louvrage d un Dieu, et que c'est ce même Dieu qui a créé l'iumime à son image, et qm 1 «i doué de tous les avantages du corps et de l*es** prit qui convenoient à cet état. Quoiqu'il ei*aili rien encore qui' le convainque de cette vérité ^ elle ne laisse pas de lui plaire ; et la raison aeulo - ittflit pour lui faire trouver plus de vraisembiance dans cette supposition , qu'un Dieu est Tauteur ides hommes et de tout ee qu'il y a dans l*tinir vers, que dans tout ce que ces mêmes hommes se sont imaginé par leurs propres lumiérea» Ce qui l'arrête en cet endroit , est de voir , par la peiu* ture qu*on lui a ftite de l'homme, qu*il est bien éloigné de posséder tous ces avantages qu'il a dû avoir lorsqu'il est soirtf «des mains de son auteur; mais il ne demjsuA« pas long-temps dans ce doute ; car dés qu'il poursuit la lecture de ce même livre, il y trouve qu'après que l'homme eut été créé' de Dieu dans l'état d innocence, et avec toute sorte de perfections , sa première action fat de se révolter contre son créateur y et d'employer à l*o£« leuser tous les avantajs;es qu'il en avoit reçus«
Pascal lui fait alors comprendre que ce^crime ajant été le plus grand de tous les crimes en toutes ces circonstances, il avoit été puni non*seulement dans ee premier homme , qui , étant déchu pav4à de son état, tomba tout d'un coup dans la miséie^ dans la foiblesse, dans l'erreur et dans l'aveuglement I mais encore dans tous ses descendants ^ h
qui ce même homme a communiqué et commun^ quera eucore sa corruption daus toute la suite des temps.
il lui montre ensuite divers endroits de ce livre
où il a découvert cette vcrUé. Il lui fait prendre garde qu*il n j est plus parlé de l'homme que par rapport ù cet état de foiblesse et de désordre; qu'il y est dit souvent que toute chair est corrompue,' que les liommes sont abandonnés à leurs sens, et qu*iU ont une pente au mal dès leur naissance. Il lui fait voir encore que cette première chute est la source, non-seulement de tout ce qu'il y a de plus incompréhensible dans la nature de Thomme , mais auâsi d une infinité d'effclâ qui sont hoiâ de lui, tt dont la cause lui est inconnue. Enfin il lui re* présente Thoinmc si bien dépeint dans tout ce livre , qu'il ne lui parolt plus différent de la pre-« luière image qu'il lui en a tracée.
Ce n est pas assez d'avoir fait connohre à cet homme son état plein de misère; Pascal lui apprend encore qu'il trouvera dans ce même livre de quoi se consoler. £t en effet, il lui fait remarquer qu il y est dit que le remède est entre les mains de Dieu ; que c'est à lui que nous devons recourir pour avoir les forces ([ui nous manquent; qu'il se laissera fléchir; et qu'il enverra même aux hommes un libérateur^ qui satisfera pour eux, et qui suppléera h leur impuissance.
Après qu'il lui a expliqué un grand nombre do remarques très^ particulières sur le livre de ce peuple , il lui fait encore considérer que c'est le seul
Ponscas* I« lO
IIO PUÉFJlCE.
qui ait parlé dignement de l'Être gonyerain, et qui ait donné lldée d une véritable religion. 11 lui en fait concevoir le.s marques les pluei sensibles qu'il applique à celles que ce livre a enseignées ; et il lui fait ;iaire une attention particulièix sur ce qu elle fait consister l'essence de son culte dans Tamour du Dieu qu'elle adore; ce qui est uu ca^ ractère tout singulier, et qui la distingue visiblement de toutes les autres religions ^ .dont la fausseté paroit par le défaut de cette marque si essentielle.
Quoique Pascal , api es avoir conduit si avant cet homme qu'il s'étoit proposé de persuader insensiblement, ne lui ait encore rien dit qui le puisse convaincre des vérités qu'il lui ja fait découvrir, il Ta mis néanmoins dans la disposition de les recevoir aveô plaisir, pourvu qu*on puisse lui faire voir qu'il doit s'j rendre , et de souhaiter même de tout son cœur qu'elles sèient solides et ' bien fondées , puisqu'il y trouve de si grandi avantages poui son repos et pour l'éclaircissement de ses doutes. C est aussi l'état où devroit être tout homme raisonnable, s'il éloit une fois bien entré dans la suite de toutes les choses que Pascal vient de représenter : il y a sujet de croire qn après cela il se rendroit tellement à toutes les preuves que l'auteur apportera ensuite pour confirmer la certitude et 1 évidence de toutes ce<? vérités importantes dont il avoit parlé , et qui font le fondement de la religion chrétienne, qu il avuit dessein de persuader*
Pour dire en peu de mots quelque chose de cet
preuves , après (ju*il eut montré en général que le» ftrité$ dont il t^agissoit étoient contenues dans ua livre de la certitude duquel tout homme de bon sens ne pouvoit douter, il s'arrêta principale-* ment au livre de Moïse , où ces vérités sont particaliéremcnt répandues, et il ilt voir par un très grand nombre de circonstances indubitables , qu il étoit également impossible que Moise eut laissé par écrit des choses fausses, ou que le peuple à <^ui il les avoit laissées s'y filt laissé tromper, cfuand même Moïse auroit été capable d*âtre fourbe.
Il parla aussi des grands miracles qui sont rap« portés dans ce livre; et comme ils sont dune giaude coaséqueuce ;pour la religion qui y ei>t cn^ ^ignée, il prouva qu'il n*étoit pas possible qu*ilf ne fussent vrais ,%ion-seulement par l'autorité du livre où ils sont contenus , mais encore par toutes les circonstances qui les accompagnent et qui les rendent indubitables.
11 fit voir encore de quelle manière toute la loi de Moibe étoit lîgurative ; que tout ce qui étoit arrivé aux Juifs n*avoit été que la (igure des vérités accomplies à la venue du Messie ; et que , le voile qui couvroit ces figures ayant été levé, il étoit ailé d'en voir Taccomplissemeut et la consommation parfaite en faveur de ceux qui ont reçu Jésus* Chaist*
Il entreprît ensuite de prouver la vérité de la religion par les prophéties } et ce fut sur ce sujet
112 PnijtACL.
qu'il a'é tendit beaucoup plus que «ur kt autres. Camme il ayoit beaucoup travaillé là -dessus , et qu'il y avoit des vuesï qui lui étoient toutes particulières , il les expliqua d*uue manière fort intelligible : il en fit voir le sens et la suite avec une facilité merveilleuse , et il les mit dans tout leur jour et dans toute leur force.
Enfin , après avoir parcouru les livres de Tancieu Testament , et fait encore plusieurs observations c^onyaincantes pour servir de fondements et de preuves à la vérité de la religion > il entreprit encore de parler du nouveau Testament, et de tirer ses preuves de la vérité même de révangile*
Il commença par Jésus -Chbist.^ et quoiqu'il l'eût déjà prouvé invinciblement par les prophéties et par toutes les figures de la loi, dont on voyoit eu lui Taccomplissement parfait, il apporta encore beaucoup de preuves tirées de sa personne même , de ses miracles , de sa doctrine et des circonstances de sa vie
Il s'arrêta ensuite sur les apôtres; et pour faire voir la vérité de la foi qu ils ont publiée hautement partout , après avoir établi qu on ne pou voit les accuser de fausseté , qu'en supposant, ou qu'ils avoient été des fourbes, ou qu'ils avoient été trompés eux-mêmes il fit voir clairement que Tune et 1 autre de ces suppositions étoit également impossible.
£niin il n oublia rien de tout ce qui pouvoit servir à la vérité de l liistoiie évangéliuue, faisant de très belles remarques sur lëvangile même , sur
PRÉFACEr Il3
lestjle des évatijg^élistes , et sur leurs personnes; sur les apôtres en pajcticttlier, et sur leurs écrits; sur le noniLre prodigieux de miracles; sur les martyrs ; sur les Saints ; en un mot , sur toutes les voies par lesquelles la religion chrétienne s est enfièrement établie. Et quoiqu'il n eût pas le loisir, dans un simple discours , de traiter au long une si vaste matière . comine il avoit dessein de faire dans son onyrage , il en dit néanmoins assez pour convaincre que tout cela ne pouvoit étreTouvrage des hommes 9 et qu*il n y avoit que Dieu seul qui eût pu conduire I cvénement de tant d effets diffé* rents qui concourent tous également à prouver d'une manière invincible la religion qu'il est venu lui-même établir parpu les hommes.
Voilà en substance les principales choses dont il entreprit de parler dans tout ce discours, qu'il ne proposa à ceux qui lentendirent que comme 1 abrégé du grand ouvrage qu il méditoit^ et c'est par le moyen d'uu de ceux, qui y furent présents qu'on a su depuis le peu que je viens d en rapporter.
Parmi les fragments que Ion donne au public f
ou verra quelque chose de ce grand dessein : mais on y en verra bien peu ; et les choses mêmes que 1 ou y trouvera §ont si imparfaites ^ si peu étendues , et si peu digérées , qu'elles ne peuvent donner (ju*une idée très grossière de la manière dont il se proposoit de les traiter»
Au reste 9 il ne faut pas s'étonner si, dans le peu ^u*on en donne , on n'a pas gardé son ordre et sa
Il4 PRÉFACE.
suite pour la distribution des matières. Commo on n*aToit presque rien qui se suivit y il eût été inutile de s attaclier à cet ordre; et l'on s*est contenté de les disposer à peu prés en la manière qu'on a jugé être plus propre et plus convenable à ce que Ion en avoit. On espère même qu'il y aura peu de personnes qui , après avoir bien conçu une fois le dessein de Tauteur, ne suppléent d'euxmêmes an défaut de cet ordre , et qui , en considérant avec attention les diverses matières répandues dans ces fragments , ve jugent ftcilement où elles doivent être rapportées, suivant l'idée de celui qui les avoit écrites.
«Si Ion avoit seulement ce discours-là par écrit tout au long et en la manière qu'il fut prononcé. Ton auroit quelque sujet de se consoler de la perte de cet ouvrage, et Ton pourroit dire qu'on en auroit au moins un petit échanllillon , quoique fort imparfait. Mais Dieu n a pas permis qu*ii noua ait laissé ni l'un ni Tantre; car peu de temps après il tomba malade d*uae maladie de langueur et de foiblesse qui dura les quatre dernièred années de sa vie , et qui , quoiqu elle parut fort peu an-de* hors, et qu elle ne robligeàt pas de garder le lit ni la chambre y ne laissoit pas de lincommodev beaucoup , et de le rendre presque incapable de s'appliquer à quoi que ce idt : de sorte que le plue grand soin et la principale occupation de ceux qui étoient auprès de lui étoit de le détourner d'écrire , et même de parler de tout ce qui deman^ doitquelque contention d esprit, ci de ac 1 euirete-
PAÉFACfit ^llS
nir ^ue de clioft€8 lucliffcicntes et incapables de le £itiguer.
C est néanmoins pendant ces quatre dernières innées de langueur et de maladie qu'il a fuit c:t écrit tout ce que Ton a de lui de cet ouvrngo qû il méditoit , et tout çe que Ton en donne au public* Car, quoîquil attendit que sa santé fût entièrement rétablie pour y travailler tout de bon, et pour écrire les choses qu*il avoit déjk digérées et disposées dans son esprit, cependant, lorsqu iiiui survenoit quelques nouvelles pensées^ quelques Tttes , «Quelques idées , ou même quelque tour et quelques cxpiessions qu'il picvoyoit lui pouvoir . mi jour servir pour son dessein , comme il n*étoit pas alors en état de s y appliquer aussi fortement qoe lorsqu*il se portoit bien , ni de les imprimer daus son esprit et dans sa mémoire, il ainloit mieux en mettre quelque chose par écrit pour ne Ifis par oublier ^ et pour cela il prenoit le premier morceau de papier qu'ilf tffouvoit sous sa main , •ur lequel il mettoit sa^pensée en peu de mots , et fort souvent même seulement à demi mot : car il oe récrivoit que pour lui, et c'eM pourquoi il se contentoit de le faire fort légèrement', pour ne pas le fatiguer Tesprit, et d'y mettre seuiement ' les choses qui étoient nécessaires pour le faire ressouvenir des vues et des idées qu'il «voitti
C'est ainsi qu'il a fait la plupart des fragments qu*on trouvera dans ce recueil t de sorte quHl ne 4ut pas 0 étonner s il y en a quelques-uns qui semblent assex imparfaits , trop courts et trop peu eir
Il6 PRÉFACE.
pliqaés , dans lesquels on peut même trouyer des termes et des expressions moins propres et moins élégantes. Il arrîvoit néanmoins quelquefois , qu'ayant la plume à la main , il ne pouvoit s empéclu'v, en suivant son inclination, de pousser ses pensées , et de les étendre un peu davantage, quoique ce ne fût jamais av ec la même force et la même application d*esprit que s*il eût été en parfaite santé. £t c'est pourquoi 1 on en trouvera aussi quelques-unes plus étendues et mieux écrites , et des chapitres plus suiyis et plus parfaits c£ue les autres.
Voilà de quelle manière ont éto écrites ces Peu* sces. Et je crois qu'il ny auia personne qui ne juge facilement , par ces légers commencements et par ces foibles essais d'une personne malade , qu il n'avoit écrit que pour lui seul , et pour se remet* tre dans Tespvit des pensées qu'il craignoit de perdre , qu'il n*a jamais revus ui retouchés ^ quel eut été Touvrage entier, s il eut pu recouvrer sa parfaite santé et j mettre la dernière main , lui qui savoit disposer les choses dans un si beau jour et un si bel ordre, qui donnoit un tour si particu* lier j si noble et si relevé , à tout ce qu*il yquloit dire y qui avoit dessein de travailler cet ouvrage plus que tous ceux qu*il avoit jamais faits , qui j vouluit employer toute la force d'esprit et tous le:» talents que Dieu lui avoit donnés , et duquel il a dit souvent qu'il lui falloit dix ans de santé pour Tachever.
on savoit le dessein qu'avoit Pascal de
travailler sur la religion , Ton eut un trè.<) gran4 soia» après sainort , de recueillir tous lea écriu ^u il aroit fiiita sur cette matière. On lea trouva tous ensemble enlilés en diverses liasses , mais sans aucun ordre , sans aucune suite , parce qui: , comme je i ai déjà remarqué , ce n*étoit que les premières expressions de ses pensées qu il écri.voit sur de petits morceaux de ])apier à mesure qu elles lui noient dans Tesprit. £t tout cela étoi^ si imparfait et si mal écrit , qu'on a eu toutes les peines du monde à le déchiffrer.
La première' chose que Ton fit fut de les^ faire copier tels quHs étoient, et dans la même confu» sien qu'on les avoit trouvés. Mais lorsqu'on les vit en cet état , et qu'on eut plus de facilité de les lire et de les examiner que dans les originaux , ils pararent d abord «si informes , si peu suivis', et la plupart si peu expliqués, qu'on fut fort long-temps sans ]^enser du tout à les faire imprimer , quoique plusieurs personnes de très ^ande considération le demandassent souvent avec des instances et des sollicitations fort pressantes ; parce que Ton jugeoit bien (|u*en donnant ces écrits en rétat où ils étoient , on ne pouvait pas remplir Tattente et l'idée que tout le monde avoit de cet ouvrage , dont on avoit déjà beaucoup entendu parler*
Mais enfin on fut obligé de céder à Timpatience et au grand désir que tout le monde témoignoit de les voir imprimés. Jbt 1 on s*^ porta d autant plus aisément, que l'on crut^que ceux qui les liroient seroient assez équitables pour faire le dis-
llS PBÉFACE.
cernement d'un dessein ébauché d*aTec une pièce achevée , et pour juger de l'ouvrage par 1 echan-; titton , quelque imparfait qu'il fût. £t ainsi ronscj résolut de le donner au public. Mais comme il ji avoit plusieurs manières de l*exécater, lonaétéj quelque temps à se déterminer sur celle que Ton devoit prendte.
^ La première qui vint dans Tesprit , et celle qui étoit sans doute la plus facile, étoit de les faire imprimer tout de suite dans le même état ou oi les avoit trouvés. Mais 1 on jugea bientôt que, de le faire de cette sorte , c'eût été perdre presque tool le fruit qu*on en pouvoit espérer , parce que ta pensées plus suivies, plus claires et plus étendues, étant mêlées et comme absorbées parmi tant d'aatrès à demi digérées , et quelques-unes même près que inintelligibles à tout autre qu'à celui qui lei avoit écrites , il y avoit tout sujet de croire que les unes feroient rebuter les autres , et que Too s* considéreroit ce volume, gi*ossi inutilement de uot de pensées ini^parfaites , que comme ur amas cosfus , sans ordre , sans suite , et qui no pouvoit ser< vir à rien.:
11 y avoit une autre manière? de donner cd écrits au public, qui étoit à y travailler auparavant, d'éclaircir les pensées obscures, d'achevei celles qui étoient imparfaites ; et , en prenant tous ces fragments le dessein de lauteur , de sup-; pléer en quelque sorte Fouvrage qu*il vonloi^j iaire. Cette voie eût été assurément la meiileurti mais il étoit aussi très difficile de la bien exécuter*
L'on est néanmoins arrêté assez long-temps , et l'on aToit en effet commencé à j travailler. Mais entin on s est résolu de la rejeter aussi-bien que la première, parce que Ton a considéré qu'il étoit presque impossible de bien entrer dans la pensée et dans le dessein d un auteur , et surtout d*un autear tel que Pascal ; et que ce n eut pas été donner son ouvrage , mais un ouvrage tout différent.
Ainsi , pour éviter les inconvénients qui se trou- ?oient dans lune et lautrede ces manières de '^aire paroître ces écrits, on en a choisi une entre leux , qui est celle que Ton a suivie dans ce recueil. On a pris seulement parmi ce grand nombre le pensées celles qui ont paru les plus claires et es plus achevées ; et on les donne telles quon les Urouvées, sans j rieu ajouter ni changer; bi ce i^est qu*au lieu qu elles étoient sans suite , sans iaison, et dispersées confusément de cùié et d autre, on les a mises dans quelque sorte d*ordre, et éduit sous les mêmes titres celles qui étoient sur es mêmes sujets ; et Ton a supprimé toutes les mtres qui étoient ou trop obscures , ou trop im* parfaites.
Ce n*est pas qu elles ne continssent aussi de trè»
celles choses , et qu'elles ne fassent capables de lonner de grandes vues à ceux qui les enten-» iroient bien. Jdais coioime on ne vouloit pas tra- ^ ailler à les éclaircir et ù les achever , elles eussent iti entièrement inutiles en 1 état où elles sont. Et iiiu que Ion en ait quelque idée , j*en rapporterai ici seulement une pour servir d exemple , et par
12a PRÉFACE.
laquelle on pourra juger de toutes les autres que 1 an a retranchées. Voici donc quelle est cette pensée, et en quel état on Ta trouvée parmi ces fragments : « Un artisan qui parle des richesses, u uu procureur qui parle de la guerre , de la « ro/auté etc. Mais le riche parle bien des ricc chesseSy le roi parle froidement d'un grand don a qu'il vient de faire , et Dieu parle bien de « Dieu, Il
Il j a dans ce fragment une fort belle pensée : mais il y a peu de personnes qtii la puissent yoir; parce qu'elle y est expliquée très imparfaitemeni et d une manière fort obscure y fort courte et fort abrégée; en sorte que, si on ne lui avoit souvent oui dire de bouche la même pensée^ il seroit diffi* cilc de la rcconnoitre dans une expression si confuse et si embrouillée. Voici à peu prés à quoi elle consiste.
U avoit fait plusieurs remarques très particulières sur le st jle de l'£criture , et principalement de 1 évangile, et il y trouvoit des beautés que peut-être personne n^avoit remarquées ayant lui. ^ U admiroit entre autres choses la naiyeté, la simplicité, et, pour le dire ainsi, la froideur avec laquelle il semble que Jésus- Christ j parle des choses les plus grandes et les plus relevées, comme Bont^ par exemple, le royaume de Dieu, la gloire que posséderont les Saints dans le ciel , les peines de l'enfer, sans s*7 étendre, comme ont fait les Pères et tous ceux qui ont écrit sur ces matières. £t il disoit que la véritable cause de cela étoit que
PIi£FÀC£. lUl
ces choses y ^ui à la vérité sont infiniment grande b et relevées k noire égard, ne le sont pas de même à l'égard de Jésus-Chaist ; et qu'ainsi il ne faut pas trouver étrange c^u'il en parle de cette sorte iâns étonnement et sans adaliiration ; comme i*on ▼oit, sans comparaison, C[U*un général (rarméc parle tout simplraient et sans sëmouvoiv du siège d une place importante , et du gain d une grande bataille ; et qu un roi parle froidement d*une somme de quinze ou vingt millions, dont un particulier et un artisan ne parleroient qu'avec de grandes exagérations.
Voilli quelle est la pensée qui est contenue et renfermée sous le peu de paroles qui composent ce fragment ; et dans Tesprit des personnes raison na« bles , et qui agissent de bonne foi , cette considération, jointe à quantité d autres semblables , pou* voit servir assurément de quelque preuve de la divinité de Jésus-Chbist*
le crois que ce seul exemple peut sufCre , nonseulement pour faire juger quels sont a peu près les auties fragments qu'on a retranchés , mais aussi pour faire voir le peu d*application et la négligence , pour ainsi dire, avec laquelle ils ont presque tous été éci*its^ ce qui doit bien convaincre de ce que ) ai dit , que Pascal ne les avoit écrits en efl'ct que pour lui seul , et sans prcsuraer aucunement qu*ils dussent jamais paroitrc en cet état.; Et c'est aussi ce qui luit espérer que Ton sera assez porté a excuser les déiauts qui s*)r pourront ren>c6ntrer.