MAISONS DE QUELQUES OPIUIOSS DU PEUPLE
J*f cmiB Al ici Mes pensées sans ordre , et non pas peut-être dans une concision sans dessein : c est le véritable ordre , et qui marquera toujours mon objet par le désordre même*
ISous allons voir que toutes les opinions du peuple sont très saines ; que le peuple n est pas si Tain qu on le dit; et ainsi Topinion qui détrufsoit eelle du peuple sera elle-même détruite..
11 est VMt, en un sens, de dire que tout' le monde est dans l illusion : car encore que les opinions du peuj^le soient saines , eHes ne lé soiit pas dans sa tête » parce qa'il croit que la vérité est où elle n'est pas. La vérité est bien dans leurs ojn-i nions , mais non paa au point où ils se le tigurentï
Le peuple honore les personnes de grande
a30 PEBTSéES DE PASCAX» ,
£m deBi<4iaMid9 les népiMiif $ 4iiMt
que la naisfiance n fiât pa^ un av^tfitâige 4e 1^ personne y maie àm iMisavd. Lee jbabilee les bonorant» noa par la peixeeedu peuple , mms pariuie fieMée
plus relevée. Certains aélés, qui n ont pas grande connoissance , les méprisent malgré oeMn cwcjjtf , ration ^ui les fait honorer par les habiles^ parce qu*ils en jugent par une nouTelle lumière que la piété leur donne. Mais les Chrétiens parfaits les honorent par une antre lumière supérieure* Ainsi Yoat les opinions se succédant du pour au contre , selon qu'on a de lumiève«
Le plus grajad des maux e^t les |^erres civiles* Elles sont sûres, si on veut vécompenser le mérite j car tous diroient qn'ils méritent. Le mal à craindre d'un sot , qui succède par droit de nai$- «anpç;» n*es^ ni si jg;ran4| mi-^i sûr..
Pourquoi suit-on la pluralité ? est-ce à cause qu'^^ont plus de xaison ? ao& » mais ploa de liHrce. Pourquoi .s^i4;-on les ajucienuos Jloi# §it les aneienMi oploiMi? eM^ qi^^Ues aont |Uaa sawes ? ,»on , mai^ elles sont uoi^^j $1 nû^s ài^su U
L'empire fondé sur Topinion et Timagination tègiit quelque iM^ps, m oetwpire est doux et
FABBCtiHE PAATie, AUT. VIII.
rolaotaixe : ceim de la fonce wègae toujours. Aiosi
l opinion est comme lari;iue ùunu>udc| maiâ la^
Que Von a Lieu fait de distinguer les hommes par 1 extérieur plutôt que par les qualités intérieur€'sî Qui passera de nous deux ? qui cédera la plaoe a i'autre ? lemoÎM habile ? Mais je suis aussi habile que lui» Il faudra àe battre sur cela* il a quatre kKjMit, et je a*eu m quuii^ t eela est visible; ii u 7 a qii a compter ^ c est à juoi à céder ^ •t je BiiÊB un sot ai je conteste. Nous voilà en paix par ce mojfenf ce qui est le plua graïui des bieoftv
La coutume de voir les rois accompagnés de gaedca^ de saaaboufat cl officiers ^ et de toutes les choses <jui plient la machine vers le respect et la levreiset lût que Wet visage, quand il est queU quefois seul et saus ces accompagnements , imprime «Usa leuis sujets le reapeet et la twreur , parc^ qu on ne sépare pas dans la pensée leur' {)erêoiiii6 d*«iiee leur auke y qu*on y vois d'ordinaire jointe. Le monde , qui ne sait pas que cet effet a sou origine dans cette cotiluaMl, eroit qu*il vient d une ibrce naturelle : et de là ces mots : Le caractère de ta Dmaité est empreint sur son vi* wofe , etc.
La puissance des rois est fondée sur la raison et sur la folie du peuple , et bieu plus sur la folie. La
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plus grande et la plus importante chose du mondç a pour fondement It Ibiblesse : et ce fimdement-li est admirablement sûr; car il n y a rien de plus sAr que cela , que le peuple sera Ibible ; ce qui est fondé sur la seule raison est bien mal fondé, comme Testime de la sagesse*.
Nos'magistrats ont bien eonnu ce mystére.
Leurs robes rouges | leurs hermines , dont ils s emmaiilottent en ébats Ibiurrés , les palais où ik ju«« gent , les fleurs de lis ; tout cet appareil auguste étoit nécessaire ; et si les médedns n*avoient des soutanes et des mules , et que les docteurs n'eussent des bonnets carrés , et des robes trop amples de quatre parties , jamais ils n auroient dupé le monde , qui ne peut résister li cette montre authen* tique. Les seuls gens de guerre ne se sont pas dé^ guisés de la sorte , parce qu'en effet leur part est plus essentielle. Ils s établissent par la force , les antres par grimaces.
C*est ainsi que nos rois n*ont pas recherché ces déguisements. Us ne se sont pas masqués d'habits extraordindres pour parottre tels ; mais ils se fimt accompagner de gardes et de hallebardes , ces trognes armées , qui n*ottt de maim et de force que pour eux : les trompettes et les tambours qui marchent au derant , et ces légions qui les enrironnent, font trembler les plus fermes. Ils n'ont pas rhabit seulement, ils ont la force. Il foudroît avoir une raison bien épurée pour regarder comme
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un atktre homme le grand -seigneur enviroaué dmn» Bon superbe semul de ^piannte mille janis-^
maires.
Si les magUtrati avoient U Téritable jottioe ; ti
les médecins avoient le vrai art de guérir, ils n'au-» roiettt que faire de bonnets carréSr La majesté de ces sciences seroit assez vénérable d*eile-mênie. Mais , n^ajant que des seiences iaaginaires , il faut qu'ils prennent ces Tains ornements qui frappent rimagination , à laquelle ils oot afSûre; et par-là en efiet ils s'attirent le respect*.
Nous ne pouvons pas voir seulement un avocat en soutane et le bonnet en tète .sans une opinion avantageuse de sa sufllsance»
Ijes flkitssesis offensent d*étre dits gentilshommes, et prouvent la roture de race pour être jugés dignes de grands emplois^
On ne clioisit pas pour gouverner un vaisseau eelni des voyageurs qui est de meilleure maison»
Tout le monde voit qu on travaille pour l'incer* tain l sur mer , en bataille , etc. , mais touit le monde ne voit pas la règle des partis qui démontre qu'on le doit. Montaigne a vuqu on s ojflfcnse d*un «sprit boiteux , et que la coutume £ait tout ; mais il n*a pas vu la raison de cet effet. Ceux qui ne voient quo les eflfets , et qui ne voient pas les causes, sont , à 1 égard de ceux qui découvrent les causes , comme ceux qui n*ont que des yeux à Tégard de ceux qui ont de lesprit. Car les effets sont comme
ao.
:i^4 PKBiSÉCS D£ PASCAL,
sensibles , et les vaisoiis sont visibles s^ukmeut à resprit. Et quoique ce Mit par lesprit que ms ef^ fets-là se voient; cet esprit est, à l égard de l'esprit qui Toit le» causes , comme les sens corporels sont à 1 égard de 1 esprit.
D ou Tteut qu uu boiteum se nous irrite pas^ et quun e^rit boiteux nous irrite? Cest à cause qu un boiteux reconnoit que nous alloua droite et qu*un esprit boiteux dit que c'est nous qui boitons ; sans cela nous eu aurions plus de pitié que de colère.
Ëpictète demande aussi pourquoi nous ne nous iCftohons point si Ofn dit que toos a^ona mal k la tête, et que nous nous £âohons de ce qu'on dit que nous raisonnons mal , ou que nous choiafnens mal? Ce qui cause cela, cest que nous sommes bien certains que nous n*ayons pas mal à la tète, et que nous ne sommes pas boiteux. Mais nous ne sommes pas aussi assurée qua noua ckossissions le vrai. De sorte que , a en a^ant d*assuraaoe qu i cause que nous le voyons de toute notm vue; quand un autre voit de toute sa vue ie cositsaiw , cela nous met en suspens et nous étonne, eteneote plus qnuid mille autres se moquent de notre choix ; car il faut préférer nos lumières à celles de tant d autres , et cela est kavdi et difficile. 11 n^ a jamais cette contradiction dans les sens touchant un boi«enx«
PnEMliAE PAATIE^ AAT. Vill. ^33
Lie respect est, incommodez-TOUs : cela est yam en apparence, mais très juste; car c est dire : Je m iDCommoderois bien , si tous ea aviez besoin , puisc^ue je le fais saus que cela, vous serve : outre que le respect est pour diaiinguer les grands» Or ^ si le respect étoit d'être dans un iauteuil , ou respecteroit tout la monde , et ainsi on ne distingueroit {|as i Juais étant iucoixunodé , osk distinj|[ue fort
Être brave ' n'est pas trop vain; c est montrer qu*un grand nombre de gens-traTaillent pour soi ; c est montrer, par ses cheveux, qu'on a un valet de chambre , un parfumeur i etc. , par son rabat , le iil et le passement , etc.
Or ce u est pas uue simple superficie, ni un simple hamob^ d*avoir plusieurs Inm àaoa service..
€ela est admirable : on ne veut pas cjue j'Lo^ nore un homme vêtu de brocatelle et suivi de sc^pt à huit laquais ! £h quoi , il me fera donner les étrivièves , si je ne le salue. Cet habit , c'est une focoe } il n eu est pas de même d'un chevaibien enharnaché à 1 égard d*un autre.
Montaigne est plaisant de ne pas voir quelle
> Bien mi».
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différence il y a d admirer qnon y en trouve , et d*en demander la raison.:
Le peuple a des opinions très saines , par exempie , d avoir choisi le divertissement et la chasse plutôt que la poésie : les demi -savants s*en moquent y et triomphent à montrer là-dessus sa folie; mais , par une raison qu'ils ne pénètrent pas , 9 a raison. 11 fait bien aussi de distiujg^er les hommes par le dehors , comme par la naissance on le bien : le monde triomphe encore k montrer combien cela est déiaisoauable ^ mais cela est tiès raisonnable.
Cest un grand avantage que la qualité, qoi, dès dix-huit ou vingt ans, met un homme fli passe, connu et respecté, comme un autre pourroit aToit mérité k cinquante ans : ce sont treate ans gagnés sans peine.
XVJl.
l\ y a de certaines gens qui , pour faire ^u oif a tort de ne pas les estimer , ne manqnest jamais d alléguer lexemple de personnes de qualité qui font cas d'eux. Je votidrois leur répondit: Montreab-nous le mérite pac où vous avea attiit Testime de ces personnes-là , et uous vous estim^ rons de même.
Un homme qui se met à la fenêtre pourvoir les paManU; si je passe pai^là , puis^je dire s'est mis là pour me voir ! Non ; car il ne pense pas k moi en particulier. Mais celui qui aime une per* sonne à cause de sa beauté , raime-t-il ? Non ; car la petite vérole, qui ôtera la beauté sans tuer la personne 9 fera qu'il ne Taimera plus : et si bu m'aime pour mon jugement, ou pour ma mémoire, m'aime-t-OB, moi? Non; car je puis perdfo eea qualités sans cesser d'être. Ouest donc ce moi , s il n*est ni dans le corps , ni dans Tâme? Et comment aimer le corps ou Vàme) sinon pour ces qualités , qui ne sont point ce qui iiaut ce moi , puisqu'elles sont périssables ? Car aimeroit-on la substance de V'dxne d'une personne abstraitement, et quelques qualités qui j fussent ? Cela ne se peut , et seroit injuste. On n'aime donc jamais la personne , maïs seulement les qualités ; ou , si on aime la personne , il faut dire que c'est lassemblage des qualités qui bit la personne.