ARTICLE X
PSVfilS DJYEliStS DE vaiLOSOMlE ET DE
LixxinAxyas.
 mesure qn*on a phis d^esprit , on trOQTe qu'il y a plus d'hommes originaux. Les gens du commua oe trouvent pas de différence entre les hommes»
On peut avoir le sens droit et ncpasallor également à toutes choses; car il y en a qui, Tayant <iroit dans un certain ordre de choses, s'éblouissent dans les autres. Les uns tirent bien les conséquences de peu de piincipcs, les autres tirent bien les conséquences des choses où il y a beaucoup de principes* Par exemple , les uns comprennent bien les effets de Teau , en quoi il y a peu deprincî*pes , lirais dont les conséquences sont si iines, qu'il n'y ^qu'uue grande pénétration qui puisse y aller; et <^cax-ià ne seroient peut-être pas grands géomè- ^ï*es; parce que la géoniélrie compicad uu grand i^omhre de principes, et qu*une nature d*esprit peut être telle , qu'elle puisse bien pciictier peu de principes jusqu*au fond , et qu elle ne puisse pé« *iétrei- les choses où il y a beaucoup de principes.
U y a donc deux sortes d esprits ; Tun de péné* trcr vivement et profondément les conséquences ^es principes , et c*est ià Tesprit de justesse ; i autre
26a tZVSàzS DE PASCAL,
de comprendre un grand nombre de principe:»
sans les confondre , et c est là l'esprit de géométrie* L un est force et droiture d'esprit, 1 autre est étendue d esprit.- Or l'un peut être sans Tantre, Tesprit pouvant être fort et étroil, et pouvant être aussi étendu et foible.
Il y a beaucoup de diiTérence entre l'esprit de géométrie et Tesprit de finesse. En Tun , tes principes sont palpables, mais éloignés de l'usage commun ; de sorte qu'on a peine à tourner la téte de ce côté-là, manque d'habitude : mais pour peu qu*on s 7 tourne , on voit les principes à plein ; et il faudroit avoir tout*4i-fait l'esprit faux pour mal raisonner sur des principes si gros , qu*il est presque impossible qu'ils échappent.
Mais dans Fesprit de finesse , les principes sont dans l'usage commun et devant les jeux de tout le monde. On n'a que faire de tourner la téte , ni de se faire violence. 11 n est question que d'avoir bonne vue; mais il faut Tavoir bonne; car les principes en sont si déliés et en si grand nombre', qu'il est presque impossible qu'il n'en échappe. Or lomission d un pnnci]>e mène à l'erreur : ainsi il faut avoir la vue bien nette pour voir tous les principes; et ensuite leaprit juste pour ne pas rai« sonner faussement sur des principes connus.
Tous les géomètres seroient donc fins s*ils avoient la vue bonne; car ils ne raisonnent pas faux sur les principes qu'ils connoissent ; et les esprits fins seroient géomètres, s'ils pouvoient plier leur vue vers les principes inaccoutumés de géométrie..
PBSMià&K PAUTIE, AUX. X. ^63
Ce qui fait donc que certains esprits fins ne sont
pas géomètres, cest qu'ils ne peuvent du tout se tourner vers les principes de géométrie : mais ce qui fait que des géomètres ne sont pas fins , c'est qu'ils ne voient pas ce qui est devant eux; etqu*é* tant accoutumés aux principes nets et grossiers de géométrie , et à ne raisonner qu*aprè8 avoir bien vu et manié leurs principes, ils se perdent dans les choses de finesse , où les principes ne se laissent pas ainsi manier. On les voit à peine : on les sent plutôt qu on ne les voit : on a des peines infinies à les faire sentir à ceux qui ne les sentent pas d eux* mêmes : ce sont choses tellement délicates et si nombreuses , qu il faut un sens bien délié et bien net pour les sentir , et sans pouvoir le plus sou* vent les démontrer par ordre comme en géométrie; parce qu*on n*en possède pas ainsi les principes , et que ce seroit une chose infinie de lentreprendre» Il faut tout d'un coup voir la chose d'un seul île* gardy et non par progrès de raisonnement ^ au moins jusqu'à un certain degré. £t ainsi il est rare que les géomètres soient fins , et que les esprits fint soient géomètres , à cause que les géomètres veulent traiter géométriquement les choses fines , et se rendent ridicules, voulant commencer par les définitions, et ensuite par les principes; ce qui n est pas la manière d'agir en cette sorte de raison* nement. Ce n est pas que lesprit ne le fasse ; mais il le lait tacitement, naturellement et sans arp; car l'expression en passe tous les hommes , et le senti-» ment n en appartient qu'à peu.
a64 F£N.S]££S D£ PASCAL,
Et les esprits fins, au contraire, ajant accou* tumé de juger dune seule vue, sont si étonnés ^uand on leur présente des propositions où ils ue comprennent rien , et où, pour entrer « ii faut passer par des définitions et des principes stériles , et qu'ils n ont pas accoutumé de voir ainsi en détail , iju'ils s'eu rebutent et s en dégoûtent. Mais les esprits faux ne sont jamais ni fins , ni géomètres.
Les géomètres , qui ne sont que géomètres , ont donc Tesprit droit, mais pourvu quon leur ex» plique bien toutes choses par définitions et par principes : autrement ils sont faux et insupportables ; car ils ne sont droits que sur les principes bien éclaircis. Et les esprits (îns , qur ne sont que fins y .ne peuvent avoir la patience de descendre jusqu'aux premiers principes des choses spécula^ tives et d'imagination^ qulls n*ont jamais vues dans le monde et dans l'usage.
Il arrive souvent cpi on prend, pour prouver
certaines choses ^des exemples qui sont tels , qu on pourroit prendre ces choses pour prouver ces exemples : ce qui ne laisse pas de faire son effet; car , comme on croit toujours que la di£Eiculté est à ce qu'on veut prouver, on trouve les exemples plus clairs. .Ainsi , quand on veut montrer une i:hose générale , on donne la règle particulière d'un cas., Mais si on veut montrer un cas particulier, on commence par la lègle générale* On trouve toujours obscure la chose qu'on veut prouver ; et