ARTICLE XI
• UHL ipiCxkxE £X MOVTAiaKE.
Épictète est un des philosophes du monde qui ait le mieux connu les devoirs de Thomme^ Il veut» avant toutes choses, qu'il regardie Dieu comme son principal objet ; qu il soit persuadé qu il gouverne, tout avec justice ; qu il se soumette u lui de bon cœur; et qull le suive volontaiiement en tout y comme ue iaisaut rien qu avec une trèsgrande sagesse : qu ainsi cette disposition ar^dtera toutes Jies plaintes et tous les murmures , et prépa-. rera son esprit à souffrir paisiblement les événements les plus fâcheux, uiNe dites jamais, dil-ii,^ c( J*ai perdu cela; dites plutôt. Je lai rendu :moil, tt iiis est mort y je Tai rendu : ma fe^xme est pxo^ te^ (( je Tai rendue. Ainsi des biens, et de tout le reste, « Mais fiî^lui qui me Tôte est un piéchanlt homme , c( direz -vous : pourquoi vous mettez -vous en « peine par qui celui quji vous ra*.pràté viei\t le. u redemander ? Peudaut qu'il voMS eu permet u l'usage y aye^&^en soin comme d*un bien, qui ,ap-* « par tient a autrui , comme un voj^ageur fa^t dans, « une hôtellerie Vous ne devez pas, dit-ii ei^core)
« desiror que 1m choses se fassent comme tous le
u vouiez; mais vous devez vouloir qu'elles, se fasic sent comme elles se font. Sonvenez-vons , ajoute*' u t-il y que vous êtes ici comme uu acteur , et qui: M vous jouez votre personnage dans une comédie , tt tel qu'il plait au maitre de vous le donner. S'il tt vous le donne court , jouez-le court ; s*il tous le tt donne long, jouez4e long : soyez sur le tiiéàtre « autant de tt^mps qu'il lui plait; paroissez-y riche u ou pauvre , selon qu'il l'a ordonné. C'est votre a fait de bien jouer le personnage qui vous est u donné; mais de le choisir, c*est le feiitd un antre* M Ayez tous les jours devant les yeux la mort et . u{ les maux qui semblent les plus insupportables ; u et jamais vous ne penserez rien de bas , et ne déu sirerez rien avec excès, m
Il montre eu mille manières ce que l'homme doit fiûre. 11 veut qu'il soit humble; qu'il cache ses bonneji résolutions , surtout dans les commeneement-Sy et qu*il les accomplisse en secret : rien ne les ruine davantage que de les produire. Il ne se lasse point de répéter que tonte l'étude et le désir de l'homme doivent être de connoitre la vo* ionté de Dieu,, et de la suivre.
Telles étoient les lumières de ce grand esprit ^ qui a si bien connu les devoirs de riionime : heu-»-
«eux sll avoit aussi connu sa foiblesse ! Mais après
avoir si bien compris ce qu'on doit faire, il se 'perd dons la présomption de ce que l'on peut, u Dieu , dit-il , a donné à tout homme les moyens a de s'acquitter de toutes ses obligations; cq
u moyem sont toujours eu sa puissance ; il ne faut
u cbei*cher la félicité que par les choses qui sont u toujours en notre pouvoir , puisque Dieu nous u les a données à cette ûn : il faut yoir ce qu il y <c a en nous de libre. Les l^iens^ la vie , Testime ne $i sont pas en notre puissance , et ne mènent pas à (c Dieu; mais Tesprit ne peut être forcé de croire u ce qu'il sait être faux, ni la volonté d*aimer ce ic qu'elle sait qui la vend malheureuse : ces deux « puissances sont donc pleinement libres j et par c< elles seules nous pouvons nous rendre parfaits ^ a connoltre Dieu parfaitfement y laimer , lui obéir, u lui plaire 9 surmonter tous les vices, acquérir u toutes les vertus, et ainsi nous rendre saints et i( compagnons de Dieu. » Ces orgueilleux principes conduisent Epictète à d autres erreurs, comme , que râme est une portion de la substance divine; que la douleur et la mort ne sont pas des- maux; qu'on peut se tuer quand on est si persécutéi qu on peut croire que Dieu nous appelle , etc,
Montaigne, né dans un état chrétien fait profession de la religion catbolique , et en cela il n*a rien de particulier; mais comme il a voulu chercher une morale fondée sur la raison , sans les lu* miéres de la foi, il prend ses principes dans cette supposition, et considère Thomme destitué de toute révélation. 11 met donc toutes choses dans un doute si universel et si général, que l'homme doutant même s il doute , son incertitude roule
^^8 »1fa££S DE PASCAL,
§Br «elle-même dans un cercle perpétuel, et sau
icpoâ : s'opposaat également à ceux qui disent ^u«f tout est incertain , et à ceux qui disent que font ne 1 est pas , parce qu il ne veut rien assurer. C est dans ce doute qui doute de soi , et dans cette igno* rance qui s ignore, que consiste 1 essence de son opinion. Il ne peut rexprimer par aucun terme positif : car s'il dit qu'il doute, il se tvahit, en assurant au moins quil doute j ce qui étant formellement contre son intention , il est réduit à s'expliquer par interrogation ; de sorte que ne voulant pas dire , Je ne sais , il dit , Que sais-je ?• De quoi il a fait sa devise , en la mettant sous les bassins d'une balance, lesquels pesant tes contradictoires, «e trouvent dans un parfait équilibre» En un mot, il est pur Pjrrhonien. Tous ses discours, tous ses essais roulent ^r «e principe ; et c*est b seule chose qu'il prétend bien établir. 11 détruit insensiblement tout ce qui passe pour le plus certain parmi les lion^mes, non pas pour éiabiir U contraire , avec une certitude de laquelle seule il est ennemi; mais pour faire voir seulement que, les apparences étant égales de pairt et d*aiitre , X)9 ne sait où asseoir sa croyance.
Dans cet esprit , il se moque de toutes les assurances; il combat, par exemple, ceux qm oel pensé établir un graaid remède contre les procè»^ par la multitude et la prétendue justesse des lois : comme si on pouvoit couper la racine des doutes, d où naissent les proeès ! comme s*41 j avoit des digues qui pussent arrêter le torrent del moerti-
Pll£Ml£Il£ PARTIE, AnT« Xl« 2yg
tude y et captiver les conjectui*es ! Il dit , à cette occasion , quil vaudrait autant soumettre sa cause au premier passant qu'à des juges armés de ce nom^ bre d ordonnances. Il n*a pas Tambitiou de change v Tordre de 1 état; il né prétend pas que son ayis soit meilleur, il n'en croit aucun bon. Il veut seulement prouver la vanité des opinions les plus reçues : montrant que l'exclusion de toutes lois diminueroit plutôt le nombre des différends, que dette multitude de lois, qui ne sert qu à 1 augmenter , parce que les difficultés croissent ik mesure qu on les pèse ^ les obscurités se multiplient par les commentaires; et que le plus sur mojen d'entendre le sens d un discours , est de ne pas lexaminer, de le prendre sur la première apparence : ear si peu qu*on lobserve , toute sa clarté se dissipci Sur ce modèle, il juge à l'aventure de toutes les actions des hommes et des points d'histoire^ tantôt d'une manière, tantôt d'une autre; suivant librement sa première vue , et sans contraindre sa pensée sous les règles de la raison , quî n a, selon lui , que de fausses mesures. Ravi de montrer , par son exemple, les contrariétés dun même esprit dans ce génie tout libre, il lui est également bon de s'emporter ou non dans les disputes, ayant toujours, par Tun ou l'autre exemple, un mo^en de faire voir la foiblesse des opinions : étant porté avec tant d'avantage dans ce doute universel, qu'il s'y fortifie également par son triomphe et par sa défaite.
C'est dans cette assiette» , toute flottante et toute
d8o P£NS££5 DE BASCAh^
chancelante qu elle est , qu'il combat avec une (eu meté invincible les hérétiques die son temps , sur ce qu ils assuroient connoitre seuls le véritable sens de FEcriture ; et c^est de là encore qull foudroie l'impiété horrible de ceux qui osent dire que Dieu n'est point. Il les entreprend particulière ment dans Tapologie de Kaimond de Sébonde; et les trouvant dépouillés volontairement de toute révélation, et abandonnés à leur lumière naturelle, toute foi mise à part^ il les interroge de I quelle autorité ils entreprennent de juger de cet Être souverain, qui est infini par sa propre défini-, tion : cm qui ne connoissent véritablement aucune des moindres choses de la nature ! 1 1 leur de mande sur quels principes ils s appuient , et il les presse de les lui montrer. Il examine tons ceux qu'ils peuvent produire; et il pénètre si avant, par le talent où il excelle , qu'il montre la vanité de tous ceux qui passent pour les plus éclairés et les plus fermes. Il demande si Time connoit quelque chose ; si elle se connoit elle-même ; si elle est substance ou accident, corps ou esprit; ce que c*est que chacune de ces choses ; et s'il nj a rien qui ne soit de Tun de ces ordres; si elle connoit son propre corps ; si elle sait ce que c'est que matière ; comment elle peut raisonner , si elle est ma* tière ; et comment elle peut être unie à nn corps particulier, et en ressentir les pas^iions , si elle est spirituelle. Quand a-t-elle commencé d'ctre? ayec | ou devant le corps ? iinit-elle avec lui , ou non ? ne > se trompe-t-elle jamais ? sait-elle quand elle erre?
^hbmièhe paetie, art. xi ' 281
rn ifae Tessenee de la mépriae couMSte à la^teécon*
noitre. Il demande encore $i les animaux raison-*
nent , pensent , parlent : qui peut décider ce qne
c'est que le Lempê, ï espace, ÏMendue^ \^ moavth
ment , Vanité , toutes choses qui nous environnant,
et entièrement inexplicables ; ce que c est que
tanté, maladie y mort, vie, bien, mal, justice^ péché,
dont nous parlons à' toute heure ; si nous avons en
nous (les principes du vrai, et si ceux que nous
croyons, et qu*on appelle axiomet , ou notions comr
munes à tous les hommes, sont coufomes à la vérité
essentielle. Puisque nous ne savons que par la
seule foi qu'un Être tout bon nous les a donnés
véritables , en nous créant pour connoitre la vé*
rite; qui saura, sans cetic lumière de la foi, si,
étant formées à Taventure, nos notions ne sont pas
incertaines, ou si, étant formées par ua être faux
et méchant , il ne nous les a pas données fausses
pour nous séduire ! Montrant par-là que Dieu et
le vrai ,sont inséparables , et que si Vnn est ou
n est pas, s'il est certain ou incertain , 1 autre est
nécessairement de même. Qui sait si le sens com«*
mun , que nous prenons ordinairement pour jugie
du vrni , a été destiné à cette fonction par Ci lui qui
ra créé? qui sait ce que c est que vérité ? et com«
meut peut-on s'assurer de l'avoir sans la connoitre?
qui sait même ce que o*est qu un être, puisqu'il est
impossible de lo déllnir, qu il n y a rien de plus
général, et qu*il faudroit, pour Texpliquer, se ser*
vir de rftireméme, en disant, c'est telle ou telle
chose ? Puis donc que noua ne savons ce qua a eit
tiudme, corps, temps, ^pace, thoUifement, vérUé, bien, ni même Vétrcj ni expliquer 1 idée que nous nous en formons ; coBunent nous assurerons-nous cru elle est la même dans tous les liommes ? Nous n en ayons d autres marques que l'uniformité des conséquences, qui n'eot pas toujours un signe de belle des principes ; car ceux-ci peuvent bien être différents , et conduite néanmoins aux mêmes conclusions , chacun sachant que le vrai se conclut souvent du faux*
Enfin Montaigne examine profondément les sciences; la géométrie , dont il tâche de montrer rincertitudë dans ses axiomes et dans les termes quelle ne définit point, comme -d'étendue, de 9Houçement, etc.; la physique et la médecine, qu*il déprime en une infinité de façons; Ihistqire, la politique , la moràle ^ la jurisprudence , etc. De hovte que , sans la révélation , nous pourrions croire, selon lui, que la vie e^t un songe dont nous ne nous éveillons qu*à la mort» et pendant lequel nous avons aussi peu les principes du vrai que durant le sommeil naturel. C'est ainsi qu*il gourmande si fortement et si ciuellement la raison dénuée de la foi, qué, lui faisant douter si elle est raisonnable , et si les animaux le sont ou non , ou plus ou moins que Thomme , il la fait descendre de l'excellence qu'elle s'est attribuée, et ia met , par grâce , en parallèle avec lei bétes , sans lui permettre de sortir de cet ordre, jusqu'à ce qu elle soit instruite , par son Créateur même , de son rang quelle ignore : la menaçant, si elle
PREMlilRE PARTIE, AUT. XI. ^83
gronde, de la mettre au-dessous de toutes, ce qui lui pacoit aussi facile que le contraire ; et ne lui douuant ppiuoir d agir cependant que pour reoonnoitre sa foiblesse avec une humilité sincère , au lieu de s élever par une sotte vanité. On ne peut yoir, sans joie, dans cet auteur, la superbe raison si invinciblement iroissée par ses propres armes, et cette révolte si sanglante de l'homme contre Thomme , laquelle » de la société ayec Dieu où il s'élevoit par les maximes de sa foible raison, le précipite dans là condition des bâtes; et on aimeroit de tout son cœur le ministre d'une si ^ande yengeance , si , étant humble disciple de i'£glise par la foi ^ il eut suivi les régies de la morale, en portant les hommes , qu*il avoit si utilement humiliés , à ne pas irriter par de nouveaux crimes celui cjui peut seul les tirer de ceux qu il les a convaincus de ne pas pouvoir seulement connoltre. Mais il agit au contraire en paien : voyons sa morale.
De ce principe, que hors de la foi tout^st dans l'incertitude, et en considérant combien il y a de temps qu'on cherche le vrai et le bien, sans aucun progrès vers la tranqui lité , il conclut qu'on doit en laisser lé soin aux autres ; demeurer cependant €11 repos, coulant légèrement sur ces sujets, de peui: d'y enfoncer en appuyant; prendre le vrai et le bien sur la première apparence , sans les presser^ parce qu'ils sont si peu solides , que, quelque peu qi^e 1 on serre la main , ils s échappent entre les doigts, et 1» laissent vuide. Il suit donc le rap-
284 r£NSK£S DE PASCAL,
port des sens , et les notions conimunes , parce qu'il faudroit se faire violence pour les démentir, et qu'il ne sait s'il y gagneroit , ignorant où est le vrai. Il fmt aussi la douleur et la mort ^ parce que son instinct ïy pousse, et qu'il ne veut pas y résister par la même raison. Mais il ne se fie pas trop à ces mouvements de crainte , et n'oseroit en condure que ce soient de véritables maux : vu qu'oa sent aussi des mouvements de plaisir qu on accuse d'être mauvais , quoique la nature, dit- il, parle au contraire, ce Ainsi }en*ai rien d extravagant dans (( ma conduite, poursuit -il; jagis comme les «t autres ; et tout ce qu'ils font dans la sotte pen* « sée qu'ils suivent le vrai bien, je le fais par uq c( autre principe , qui est que les vraisemblances ce étant pareillement de 1 un et de 1 autre coté, « l'exemple et la commodité sont les contre-poids ce qui m*entrainent » 11 suit les moeurs de soa paj3, parce que la coutume l'emporte; il mooie son cheval, parce que le cheval le souffire, mak sans croire que ce soit de droit : au contraire, il ne sait pas si cet animal n*a pas celui de se servir de lui. 11 se fait même quelque violence pour évi* ter certains vices; il garde la fidélité au mariage, à cause de la peine qui suit les désordres : la règle de ses actions étant en tout la commodité ei la tranquillité, 11 rejette donc bien loin cette verts stoique qu'on peint avec une mine sévère , un regard farouche , des cheveux hérissés , le front ridé et en sueur^ dans une posture pénible et tendue,
loin des honones , dans un morne silence , et seidl
flIElIlàllE FAIlTlEy AnT. XI. 285
sur la pointe d'un rocher : fantôme, dit Montaigne , capable d effirajer les en&nts , et qui ne feit autre chose, avec un travail continuel, que de chercher un repos où elle n arrive jamais; au lieu que la sienne est naive , familière , plaisante , en*jouée y et pour ainsi dire, folâtre ; elle suit ce qui la charme , et badine négligemment des accidents bons et mauvais , couchée mollement dans le seyi de l'oisiTeté tranquille, doù elle montre aux hommes qui cherchent la félicité avec tant de peine, que c*est là seulement où elle repose, et que rignorance et Tincuriosité sont deux doux oreillers pour une tète bien hite , comme il le dit lui-même.
En lisant Montaigne , et le comparant avec Ëpictète , on ne peut se dissimuler qu'ils étoient assurément les deux plus grands défenseurs des deux plus célèbres sectes du monde infidèle , et qui sont les seules , entre celles des hommes destitués de la lumière de la religion , qui soient en quelque sorte liées et conséquentes. £n effet, que peut-on faire, sans la révélation, que de suivre l'uu ou lautre de ces deux systèmes ! Le premier : Il y a un Dieu, donc c'est lui qui a créé l'homme; il Ta fait pour luirméme; il la créé tel qu'il doit être pour être juste et devenir heureux : donc rhomme peut connoitre la vérité, et il est à portée de sëlever par la sagesse jusqu'à Dieu , qui est son souverain bien. Second sjstèmei: L'homme
ne pMt fl*éler«r }iis<{aa IHco, ses iacliiuEtioBs'
contredisent la loi^ il est porte à chercher son bonbeor dans les biens visibles, et même en ce
il j a de plus honteux. Tout paroit donc incertain, et le vrai fai«a Test aussi i ce qui semble nous réduire à n avoic ni règle hxe pour les mœurs, ni certitude dans les sciences»
11 j a un plaisir extrême à remarquer dans ces divers raisonnements en quoi les uns et les autres ont aperçu quelque chose de la vérité qu'ils oui essayé de connoitre. Car § il est agréable d obser- .ver dans la nature le désir qu elle a de peindre Dieu dans tous ses ouvrages où Ton en voit quelques caractères 9 parce qu ils en sont les images, combien plus est^il juste de considérer dans les productions des esprits les efforts qu ils font pour parvenir à la vérité j et de remarquer en quoi ils y arrivent et en quoi ils s en égarent ? C est la principale utilité qu on doit tirer de ses lectures.
11 semble que la source des erreurs d'Epictète fct des stoïciens d'une part, de Monlaigne et des épicuriens de lautrcy est de n avoir pas su que • 1 état de I homme à présent diffère de celui de sa création^ Les uns, remarquant quelques traces de sa première grandeur, et ignorant sa corruption i bnt traité la nature comme saine , et sans besoin de réparateur^ ce qui les mèuc au comble de Torpuéil^ Les autres , éprouvant sa misère présente, et ignorant sa «première dignité ^ traitent la nature comme nécessairement infirme et irréparable; ce qui les précipite dans le désespoir d arriver à uu
FEEMIÈRË PARTIS, AUX. XI. a8{^
et y ce qui est admirable , y trouve une uuion so-* lide z eux qui ne pcmvoient s^allier (fans un degré
infinimcut inférieur I
Les Cfarébens <mt , en général , peu de besoin
de ces lectnres philosoplûques. Méanmoina Êpictète a un art admirable pour troubler le repos de ceux qui le cherchent dans les choses etxtcrieures « et pour les forcer à reconnoitre qu'ils sont devéri* tables esdftiws et de misérables aveugles ; qu*il est impossible d'éviter Teneur et la douleur qu'ils fuient, s'ils ne se donnent sans réserveàDieuseuL Montaigne est incomparable pour confondre Torgueil de ceux qui , sans la foi , se piquent d'une véritable justice ; pour désabuser ceux qui s'atta^ ûhcnt à leur opinion ^ et qui croient^ indépendamment de lexistence et des perfections de DieUp . trouver dans les sciences des vérités inébranlables; et pcmr emmûnore si bien la raison de se» peu de^ lumière et de ses égarements, qu'il est difilcile nprèe cetad^ètve tratéde rejeter lesmjrstéies , parée qu'on croit y trouver des répugnances : cac l'es?» prit en est si battu , qu*il est bien éloigné de vou^ -loir juger si les^ mystères sont possibles ; ce que les bommes klu commun n'agitent que trop souvent* 9f aïe Épktète ^ ea' combattant la paresse , mène à rorgueiiy et pourroit être nuisible à ceux qui ne sont pas persuadés de la corruption de toute justice qui ne vient pas de la fou Montaigne estabso* lument pernicieux , de son côté , à ceux qùi ont
ago FEVsiss de pascal,
qucl({uc pente à 1 impiété et aux vicef. C'est pourquoi ces lectures doivent être réglées avec beaucoup de soin , de discrétion et d*égard à ia condi* tioa et aux. mœurs de ceux qui %y appliquent. Mais il semble qu en les joignant elles ne peuvent que réussir y parce que l'une s oppose au mal de l'autre. Il est yrai qu elles ne peuvent donner b vertu , mais elles troublent dans les vicea : Tbomme se trotivant combattu par les contràirea , dont Tun chasse Torgueil, et Tautre la paresse , et ne pouvant reposer dans aucun de ces vices par ses raisonnements, ni aussi les fuir tous.