‹ Pensées d'aoûtChapitre 1 sur 12 · JULkJLkJUUUULSLSLSL · texte numérisé non relu

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SOCIÉTÉ VMtMB fHB f.IlIBâniIII , Cte.

HADMAN, GATTOIB BT GOHP*.

Le titre général de ce volame est tiré de la première pièce, comme c'était la coutume dans plusieurs des recueils poétiques des anciens. Ce titre exprime d'ailleurs avec assez de justesse la disposition (faut-il dire l'inspiration ?) d'où sont nés presque tous ces

vers. U en est qui ont été composés sans doute à d'au*

très instants de Tannée que ceux que le nom d^Août signfde ; mats , sî Ton considère la saison morale de rame, on yerra qu'ils sont, en effet, le fruit quelquefois, et plus souvent le passe-temps des lents jours et des heures du milieu. Que ces heures ne paraissent pas trop lentes et sommeillantes, c'est seulement ce que je désire. Si j'avait suivi mon vœu , ces vers , au lieu de paraître réunis dans un petit volume à part et d'appeler sur eux une attention toujours redoutée, se seraient ajoutés et glissés à la suite d'une édition in-S'' des ConsolaHons, non pas dans le courant de ce recueil dont la nuance est close et veut ne pas être rompue, mais comme appendice et complément du volume. J'avais même essayé déjà d'en insérer quelques-uns à la suite de l'édition in-S^» de 183S; mais les éditions futures pouvant tarder indéfiniment, les vers pourtant s'accumulaient; je les dispersai çà et là dans des journaux et recueils périodiques, dans des articles de critique de moi, où ils n'étaient pas lus comme il convient à des vers ; et le reproche m'était fait par plusieurs personnes indulgentes de garder, depuis un recueil favorablement reçu, un silence sans cause. Ce que j'assemble est donc uniquement pour montrer que je n'ai jamais déserté un art chéri. Depuis mars 1830 , époque oiï parurent les Conaola-fions, et à travers toute espèce de distractions dans les choses ou dans les pensées, j'ai fait beaucoup de vers : ]*en ai fait surtout de denx;M>rtes. Je me troaye

vf9àr ea ce momeat, et sans lro(^ y avoir Tûèy dent recoeib entièrement finis. Celui qu'aiyourd'hui je donne , le seul des deox qoi doive être de longtemps, de fort longftemps publié, n'est pas, s^il convient de le dire, celai même sur lequel mes prédilections secrètes se sont le plus arrêtées. Il n'exprime pas, en un mot, la partie que j'oserai appeler la plus directe et la plus sentante de mon âme en ces années. Mais on ne peut toujours se distribuer soi-même au public dans sa chair et dans son sang, et après Tindiscrétion naïve depremiers aveux, après l'effusion encore permise des seconds, il vient un âge où la pudeur redouble pour ce qu'on a, une troisième et dernière fois, exprimé ; soit qu'on ait exprimé des sentiments qui bientôt eux-mtoes expirent , mais que rien ne remplacera désormais, soit qu'on ait préparé en silence le monument de ce qui durera en nous autant que nous, de ce qui ne changera plus. Ce recueil actuel, tout autre, n'est donc, si on le veut bien, que le superflu des heures, leur agrément, leur ennui, l'attente , l'intervalle, la réflexion parfois monotone et bien sérieuse, parfois le retour presque riant et qu'on dirait volage ; mais on y retombe vite toigours au mélancolique et au grave, on n'y perd jamais trop de vue le lointain religieux, et surtout, dans Tordre des affections exprimées , bien qu'elles puissent sembler éparses et nombreuses , on n'y sort jamais de la vérité intime des sentiments. Uunitépeut être ailleurs,

H sinoèrité do moins est partout ici. L'amlliéeiioore a la plus grande part de ces chante ; et si ce n'est plos , comme dans le précédent recaeily une amitié presque unique et dominante qui inspire, c^est tonjours Tamitié choisie, le plus souvent l'amitié pro*

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9m9oâmo a^/ï9m9%

Assif sur le versant des coteaux modérés

B*où rœil domine TOise et s*étend sur les prés ;

Avant le soir , après la chaleur trop brûlante ,

A cette heure d*été déjà plus tiède et lente ;

An doux chant, mais déjà moins nombreux, des oiseaux»

En bas voyant glisser si paisibles les eaux ,

Et la plaine brillante avec des places d^ombres ,

Et les seuls peupliers coupant de rideaux sombres

L^intenralle riant , les maraif embelUi

Qui Tont vers Goayieax finir au bois du Lyi ,

Et plus loin , par delà prairie «t moisson mûre

Et tout ce gai damier de glèbe et de vérdore ,

Le sommet éclairé qui borne le regard

Et qu*après deux mille «ns on dit Camp de Céwr^

G>mme si ce grand nom que toute foule adore

Jusqu*aQ vallon de paix devait régner encore !...

H^asseyant là , moi-même à Page où mon soleil ,

Où mon été décline , à la raison pareil ;

A rêge où Ton Test dit dans la fête où Ton passe :

» La moitié, sans mentir, est plus jeune et nous chasse; »

— Rêvant donc , j*interrogo , au tournant des hameaux ;,

La vie humaine entière, et son vide et ses maux ;

Si peu de bons recours où , lassé , Ton s*appuie ;

Où , la jeune chaleur trop tôt évanouie.

On puise le désir et la force d^aller,

De croire au bien encor , de savoir sHmmoler

Pour quelqu^an hors de soi , pour quelque chose balto'.

Aux champs , à voir le sol nourricier et fidèle ,

£t cet ensemble uni d^accords réjouissants ,

Comment désespérer ? Et pourtant , je le sens ,

Le mal , Pambition , La ruse et le mensonge ,

Faux honneur , vertu fausse , et que souvent prolonge

L^histoire , ambitieuse autant que le César ,

Grands et petits calculs coupés de maint hasard ,

Voilà ce qui gouverne et la ville et le monde-.

Où donc sauver du bien l*arche sainte sur l^vnde T

Où sauver la semence ? en quel coin se ranger?

Et quel sens a la vie en ce triste danger ?

Surtout le premier feu passé de la jeunesse ,

Son foyer dissipé de rêve et de proiiieiie>

Après Pexpérience et le mal bien connu ,

Que faire? Où reporter son effbrt soutenu ?

Durant cette partie aride et monotone

Qui , bien avant Tbiver , àèê le premier automoe-

Commenee dans la vie , et quand par pauvreté ,

Malheur , faute (ob! je sais plu&d*nn sort arrêté)^

Tout espois de cboisir la cbaste jeune fille

Et de recommencer sa seconde famille

Dont il sera le cbef , à Phomme est refusé ,

Où se prendre? où guérir un cœur trop vite usé?

En cette beure de calme, en ee Ueu d*innoQence>

Dans ce fond de lointain et de prochain silence ,

La réponse est distincte , et je Tentends venir

Du qiel et de moi-même , et tout s*y réunir.

Ob ! oui ; ce qui pour Tbomme est le point véritable ^

La source salutaire avec le tocbiïr stable ;

Ce qui peut Tempâcber ou bien.de s*engourdir

Aux pesanteurs du corps , ou bien de s^enbardir y

S*il est grand et puissant , à Torgueilleuse idée

Qu^il pose ensuite au monde en idole fardée

Et dans laquelle il veut à tout jamais se voir ,

Ge qu*il faut , c-est àFàme un maJhtiur, tin devoir !

— Un malheur (etjamait th ne tarde à s^en faire)^ Un malheur bien reçu y quelque douleur sévère Qui tire du sommeil et di» dessèchement , Nous arrache aux appâts Crivoles du moment , Aux envieux retours , aux aigreurs ressenties ; Qui mette-bas d^un coup tant de folles orties Dont avant peu a.*étouflQB un champ dans sa longoeop ,.

Et rouTre un bon tiUon avec peine et fuenr!

— Un devoir accepté , dont l'action n*appe1le Ni rapplaudissenient ni le bruit aprét elle, Qui ne soit que constance et sacrifice obscur , Sacrifice du goût le plus cber,le plus pur-, Tel que Thonneur mondain jamais ne le réclame ^ Mais voulu , mais réglé dans le monde de TAme. Et c*e8t ainsi qn*il faut , au ciel , avant le- soir ^ A son cœur demander un malhtur, un dêvoirt

MAaàzi avait atteinte très-peu près cet âge Où le flot qui poussait s*arréte et se partage ; Jusqu^à trente^rois ans il avait persisté Avec zèle et succès au sentier adopté.

Sentier sombre et mortel aux cbimères légères» Il tenait, comme on dit, un cabinet d^affaires ; De finance ou de droit il débrouillait les cas, Et son conseil prudent disait les résultata.

Or, Marèze cachait sous ce lèle authentique Un esprit libre et grand, peut-être poétique, Ou politique aussi, mais capable à son jour D^arriver s*îl voulait, et de luire alentour. A sa tAche, où le don inoccupé se gAte, Trop longtemps engagé, tout bas il avait hAte De clore et de sortir, et de recommencer Une vie autre et vraie, appliquée à penser.

Plus rien n^allait gêner son être en renaissance : Son cabinet vendu lui procurait aisance, Sa sœur avait famille en un lointain pays, Et son pèr« et sa mère étaient morts obéis :

Car l'abri paternel q«i protège et domine S'abattant, on eat mettre, hélas 1 snr sa colline*

Dans ce frais payiHon au volet entr^ouvert, OÀ la lane en glissant dans la lampe se perd, Devant ce Spasimo (1 ) comme une antre lumière Dont la paroi du fond s*éclaire tout entière, Près des rayons de cèdre où brillent à leur rang Le poète d*hier aisément inspirant, L^ancien que moins on suit plus il convient d'entendre, Que fait Marèze ? Il veille et se dit d'entreprendre. Depuis un an passé qu'il marche vers son vœu, Le joug est jeté loin ; il s'en ressouvient peu, Hors pour mieux posséder sa pensée iufinie.

Cet esprit qu'aussi bien on salûrait génie.

Retardé jusque-là, mais toujours exercé.

Arrive aux questions plus ferme et plus pressé. Poète et sage, il rêve alliance nouvelle ; Lamartine l'émeut, Montesquieu le rappelle ; Il veut être lui-même, et que nul n'ait porté Plus d'élévation dans la réalité.

Solennel est ce soir, car son âme qui gronde Sent voltiger plus près et sa forme et son monde. Marèae est sur la pente ; il va gravir là-haut, Où tant de glorieux montent comme à l'assaut , Disant Humanité pour leur cri de victoire , Nommés les bienfaiteurs , comqiençant par le croire ,

(1) La gravure dn beau tablmn àè Raplia**! ({tti {lorle ce nom.

Et qui , forts de trop foire et <" **ëgéoérer, Finisient ptr aoî-méme et soi seuls sVderer.

Mais on frappe ; une femme entre et se précipite : — aO mon frère! n «0 ma sosur !« — Explosion subite. Joie et pleurs , questions , les deux mains que Ton prend, Et tout un long récit qui va comme un torrent : Un mari , mort , des noirs en révolte , la ville Livrée au feu trois jours par un chef imbécille , La fuite avec sa fille au port voisin , si bien , Quelle n*a plus qu*un frère au monde pour soutien. Maréze entend : d'un geste il répond et console, Il baise au front Penfant , beauté déjà créole , Et comme à ces discours on oublirait la nuit , . Jusqu*au lit du repos lui-même les conduit.

Le voilà seul. — Allons ! ose , naissant génie ; Il faut à ton baptême annoncer l*agonie.

Bix ans s^étaient passés à comprimer Tessor , A mériter ton jour; donc, recommence encor !

Bevant ces vers du mai tre harmonieux et sage , Devant ce Raphaël et sa sublime page , Au plus mourant soupir du chant du rossignol, Au plus fuyant rayon où siégerait ton vol , Dis-toi bien : Tout ce beau n*e8t que faste et scandale Si j^hésite , et si Tombre à Taction s*égale*

Marèze un seul instant n^avait pas hésité ; Il s^est dit seulement , dans sa force excité ,

1)ue peat -être il saurait ^aon œuvre commencée ^ Nourrir enfant et sœur du lait de sa pensée , Il hésite 9 il espère en ce sens, et bientôt , L*aube éteignant la nuit , son œil plus las se clôt.

Au matin un réveil Fattendait qui Taché va.

Une ancienne cliente a lui, madame Estève, Avait par son conseil, confié le plus clair D^une honnête fortune à quelque premier clerc Établi depuis peu , jusqu^alors sans reproche ; Hais le voilà qui part , maint portefeuille en poche. La pauvre dame est là , hors d*elle , racontant. Marèze y perd aussi, peu de chose pourtant.

Mais il se croit lié d*équité rigoureuse A celle qu*un conseil a faite malheureuse.

Courage ! il rendra tout ; il soutiendra sa sœur, Il martra sa niéc9 ; et, sans plus de longueur. Il court ches nn ami : tout juste un commis manqae ; Commis, le lendemain ,' il entre en cette banque ; Et Ik , remprisonné dans les ais d*un bureau , Sans verdure à ses yeux que le vert du rideau , Il vit, il y blanchit , régulier, sans murmure , Heureux .dcor le soir d*une simple lecture /

A côté de sa sœur, — an poète souvent Qu*un retour étouffé lui rend trop émouvant ,. Et sa voix s'interrompt; ... — lecture plus sacrée A rame délicate et tout le jour sevrée !

Il a gagné pourtant en bonheur : jusque-là , Plus d^un mystère étrange , et que Dieu nous voila ,

Avait mis au dëfl son ftme partagée.

La Téritë nous fuit par Torguetl outragée.

Hait alors f comme au prizd*un sacrifice cher,

Sans plus qa*il y pensftt en Prométhëe amer,

Be vertus en vertus, chaque jour, goutte à goutte ,

La croyance , en filtrant , emporta tout son doute ;

La persuasion distilla sa saveur^

Et la pudique foi lui souffla la ferveur.

— DoDDUN (exemple aussi ) n^est pas, comme Marèie , Be ceux qui sentiraient leur âme mieux à Taise A briller au soleil et mouvoir les humains Qu*à compter pas à pas les chardons des chemins. Il chemine et se croit tout en plein dans sa trace. Trés>doux entre les doux et les humbles de race » Il B*a garde de plus, ne prévaut sur pas un ; Celui seul qui se baisse a connu son parfum ; La racine en tient plus , et la fleur dissimule. Son prix , son nom nommé lui serait un scrupule. Enfant , simple écolier, se dérobant au choix. Avant qu*il eût son rang il se passait des mois ; Il n*en tâchait pas moins, sans languir ni se plaindre , Mais comme au fond craignant de paraître et d^atteiadre. Jeune homme , étroitement casé , non rétréci , Cœur chaste â Pamitié , n'eut-il donc pas aussi Quelque passion tendre , humble et , je le soapçomie Muette , et que jamais il n*ouvrit â personne , Mais pour qui sa rougeur parle encore aujourd'hui , Si Tobjot par hasard est touché devant lui ?

Avant tout il avait sa mère bien-aimée , Infirme plus que vieille , assez accoutumée

A Paisance, anx doueeura, «tdontle mal réel

Demandait pour Tesprit éTeil continuel.

U la soigna longtemps , et lai , Tépargne méme^

Pour adoucir les soirs de la saison suprême ,

N*eat craibte d*empranter des sommes par deux fois.

Snobèrent i toujours ; mais ce fut là , je crois ,

Ce quij sa mère morte, a soutenu son sèle

£t prolongé pour lui le but qui venait d*elle :

Car à cet âge , avec ces natures , Teffort

Souvent manque, au -dedans s*amoltit le ressort;

Le vrai motif cessant , on s*en crée un bizarre ,

Et la source sans lit dans les cailloux s*égaré.

Boudun , que maint caillou séduit , s^en est sauvé ,

Le soin pieux domine , et tout est relevé.

En plein faubourg , lè-baut , au coin de la mansarde , Dans deux chambres au nord , que Tétoile regarde , A cinq heures rentrant ; ou l*été , matinal ; Un grand terrain en face et le triste canal (1) (Car , presque chaque jour allant au cimetière , Il s*est logé plus près), voyez ! sa vie entière , Son culte est devant vous : un unique fauteuil Où dix ans 9*est assis Tobjet saint de son deuil , Un portrait au-dessus ; puis quelque porcelaine Où la morte buvait , qu*une fois la semaine Il essuie en tremblant ; des Heures en velours QÙ la morte priait , dont il use toujours !

Le maigre pot de fleurs , aussi la vieille chatte :

i l) Probablcmeot lecjual St-Martio dndki da F)r» ta ChaÎM.

Piété MO» dédain , k seule délicate T

Comme écho de sa vie , il se dit i roi-voix

Quelque air des jours aneiens qui voudrait le hautboi».

Quelque sentimentale et bonne mélodie ,

Paroles de Sedaine , autrefois applaudie

Des mères , que chantait la sienne au clavecin.

Comme Jean-Jacque aussi , dont il sait le Devin y

Il copie , et^ par là dégrève un peu sa dette ,

Chaque heure d*un denier. Son équité discrète

A taxé ce travail de ses soirs , mais si bas ,

Que , s*il fallait offrir , on ne l'oserait pas.

Au delà sa pudeur est sourde à rien entendre f

Et quand Pingrat travail à quelque page tendre ,

Agréable , on dirait quVn recevant son dû

Il se croit trop payé du charme inattendu.

— Hier ses chefs le marquaient pour avancer en place ;

Il se fait moins capable , empressé qu'on Pefface.

. vous qui vous portez , entre tous , gens de cœur ;

Qui l'êtes , — non pas seuls , — et qui, d'un air vainqueur.

Écraseriez Doudun et cette élite obscure.

Leur demandant l'audace et les piquant d'inj^ure i

Ne les méprisez pas , ces frères de vertu

Qui vous laissent l'arène et le lot combattu !

Si dans l'ombre et la paix leur cœur timide habite ,

Si le sillon pour eux est celui qu'on évite ,

Que guerres et périls s'en viennent les saisir ;

Ils ont chef Catinat , le héros sans désir !

£t?cette âme modique , à plaisir enfbuie , Ce fttgitirquî craint tout éclair dans sa vie ,

Qu*à TuB des jours d^esaor , de soleil rayonnant ^ Comme on en a chacan , il rencontre au tournant Du prochain boulevart quelque ami de collège Qui depuis a pris gloire et que le bruit assiège , Sympathique talent resté sincère et bon , Oh' les voilà bien vite aux nuances du ton.

L*artiste est entendu tont bas du solitaire : Quel facile unisson aux cordes de mystère !

Qued*èchanges subtils au passage compris !

Et cette âme qui va diminuant son prix.

Comme elle est celle encor que devrait le génie Vouloir pour juge en pleurs , pour cliente bénie

Mais ce n*est pas aux doux et chastes seulement , Aux intègres de cœur , que contre un flot dormant Un malheur vient couvrir les voiles desserrées Et remorquer la barque au delà des marées.

Un seul devoir tombant dans un malheur sans fond Jette à rârae en désastre un câble qui répond ; Fait digue à son endroit aux vagues les plus hautes; Arrête sur uu point les ruines des fautes ; Et nous peut rattacher , en ces ans décisifs , Demi-déracinés, aux rameaux encor vifs.

Ramozi DB.SANTA-Cacz, UU homme de courage Et d*Brdeur , avait , jeune , épuisé maint orage , Les flots des passions et ceux de TOcéan.

Commandant.un vaisseau sous le dernier roi Jean En Portugal , ensuite aux guérillas d*£spagne, Le Brésil et les mers et la rude montagne

Va? aient va tour*à-UMir héroiq«« d*eflbrt ;

Hais l*lme forte avait pln§ é*nn vice da fort.

Pour ravoir trop aidé , proicrît du roi ion naître ;

A Bordeaux , — marié, — det torta oommiins pent-éirey

Sei âpretéa surtout et set fougues de sang

Éloignèrent sa femme apréa un seul enfant.

A Paris , de projeta en projets , et pour vivre ,

Ayant changé son nom, il entreprit un livre ,

Quelque Atlas brésilien-espagnol-et-naval }•«•

Alors je le connus ; — mais Taffaire allant mal ,

Il courut de ces mots qn*i la légère on sème,

Et j*en avais conçu prévention moi-même.

Pourtant quelqu*un m*apprit ses abimes secrets ,

£t Tayaut dû chez lui trouver le jour d*après ,

Oh ! je fus bien touché !

— Tout d*abord A sa porte Affiches , prospectus, avis de toute sorte , Engagement poli d^entrer et de tourner .* G>mme c*était au soir , il me fallut sonner.

Une dame fort vieille , et de démarche grande Et lente , ouvrit , et dit sur ma simple demande Son fiU absent : cMtait la mère de Ramon.

Xab quand j*eus expliqué mon objet et mon nom : « Attendes , attendez ; seulement il repose , n Car il sort tout le jour ; mais A moins d*une cause , » J*évite d'avertir. — » Elle entra , je auivis , Déjà touché du ton dont elle a dit tnon fiU* Pendant qu'elle annonçait au-dedans ma venue , Je parcourais de l'œil cette antichambre nue ,

El la pièce du fond , et f on grillasa en liott Hii en hâte , et rien autre, et le ipnB des mura fitkid». Au Mlon yaste et haut qu*un peu de luxe éclaire , L*ombre est humide eacore au muis caniculaire ; La dame s'en plaignit doucement : j*en souffris Songeant à quels soleib burent leurs ans mûris. Mais rien ne m*émut tant que lorsqu'une parole Souleyant quelque point d^étiquette espagnole , — D étiquette de cour , — Ramon respectueux Se tourna vers sa mère, interrogeant des yeux. Oh ! dans ce seul regard , muette déférence , Que d'éveils à la fois , quel appel de souffrance A celle qui sayait ce pur détail royal Pour ravoir pratiqué dans un Escurial !

Et dn trouble soudain où mon âme en fut mise , Sans aller saluer la Tieille dame assise , Tout causant an hasard , du salon je sortis ; Et je m'en ressouvins et je m'en repentis , Craignant de n'avoir pas asses marqué d'hommage; Car tout aux malheureux est signe et témoignage, Et depuis lors , souvent je me suis figuré Quels étaient ces longs soirs entre l'homme ulcéré . De Rio , de Biscaye et des bandes armées , Et des fureurs de cœur encor mal enfermées , Proscrit qui veut son ciel , père qui veut son fils , — Entre elle et lui , navrés ensemble et radoucis. Oh ! Bji toujours , malgré l'amertume et l'eutniT^ , Il maintint sur ce point cette piété grave , Qu*U ait été béni ! Que son roc , sans fléchir , Ait pu fondre au cœur môme , et son front s'assagir !

QuUl ait revti renfanl que 4e lui Ven «épare ,

Et Lifbonne , meilleure au moins que m V aT«rre (1) f

Un but auprès de soi , hors de soi , pour quelqu^un ^ Un seul devoir constant ; — hélas ! moins que Doudun , Que Ramon et Marèxe, Aubignié le poète L*a compris , et son cœur aujourd'hui le regrette ; Poëte , car il Test par le vœu du loisir , Par rinfini du rêve et Tobstiné désir.

En son fertile Maine , aux larges flots de Loire , Bocagère et facile il se montrait la gloire , Se disant qu'aux chansons on l'aurait sur ses pas Comme Annette des champs dont l'amour ne ment pas. Tandis qu'après René planait l'astre d'EWire , Je^n-Jacque et Bernardin composaient son délire , Et tardif , ignorant ce monde aux rangs pressés , Il s'égarait sans fin aux lieux déjà laissés. Vainement tes parents voulaient l'état solide : Pour lui , c'était assez si , V Emile pour guide , Le havresac au dos , léger , pour de longs mois Il portait vers les monts et les lacs et les bois , Pèlerin défilant ses grains de fantaisie , — Fantassin valeureux de libre poésie.

Aux rochers , aux vallons , combien il en semait ! Aux buissons , à midi , sous lesquels il dormait !

(1) L'<Sliaiig«r, en «fiet , dont on veut ici parler, est mort depuis i Lisbonne ; il iTaiifiiil partie de l'eip^ditioo de don Pëdroietoecnpaét an rang diatiugne daoi l'armée portugaise. An monicot où Ton écriTait cette pièce I on pouvait encore dire que Lisbonne était m«il/««r« ^ue la Navarre.

Combien alon surtout en surent les nmges t Infidèles témoins , si Von v?n d'antres gages f Car , prenant le plus beaodu projet exhalé , Ils ne reviennent plus , et tout s*en est allé. La fable des enfants parle encore aux poètes : ReTeors , rêveurs , semés aux chemins que tous faites Autre chose en passant que ces miettes de pain : Les oiseaux après yous mangeraient le chemin !

Du moins , si visitant , comme il fil , ces contrées ^ Grandes , et du génie une fois éclairées , Meillerie et Clarens , noms solennels et doux , Bosquets qa*un enchanteur fit marcher devant nous , — S'il gravit tour«à-tour à la cime éternelle y. Redescendit au lac , demanda la brunelle (1) A nie de Saint-Pierre , et, d'un cœur palpitant , Aux Charmettes cueillit la pervenche en montant; S'il revit l'œil en pleurs ce qu'avait vu le maître ; Que ne Ta-t-il donné quelquefois à connaître , D'un vers rajeunissant , qui charme avec détour , Et laisse aussi sa trace aux lieux de son amour ! C'est qu'à moins du pur don, unique , incomparable ,. L'e£fovt seul initie à la Ibrme durable , Secret du bien-parler que d'un Virgile apprend Même- un Dante, et qui fuit tout vaporeux errant. Aubignié , sans dédain , effleura le mystère Et ne l'atteignit pas. Que d'essais il dut taire.

(1) Priite fleor furt afEectioniipe de RooM^au, duranl le léjonr qaSI fit rnceUeîIe. Voirie* RéctritftCinquiimt Pronunaà^. •

Ao hasard amatiëa l SI l«i ans 8*éooiiluenl ; Les plaintes des parents , pins hautes , s*y mêlaient ; Les défauts , les fiertés , une âme déjà lasse , L*éloignaieiit chaque jour des sentiers où Ton passe; Il n*en suivit jamais. S*il tente quelque abord , Tout lui deyient refus , et son rêve est plus fort. Puis , plus on tarde , et plus est pénible rentrée : La jeuneàse débute , et sa rougeur a|p>ée ; Elle ose , on lui pardonne , on Taide à revenir : Mais , quand la ride est faite, il faut mieux se tenir. La main se tend moins vite à la main déjà rude. Bref, dressais en ennuis ^ d^ennuis en vague étude , Des parents rejeté , qai , d^abord complaisants , Bientôt durs , à la fin se sont faits méprisants , Aubignié , ce cœur noble et d*un passé sans tache , Usé d*unlent malheur qu^aucun devoir n*attache , Ne sait plus d*autre asile à ses cuisants a£fronts , A ses gênes hélas ! que quand aux bûcherons Des forêts d'Oberman (1 ) > et les aidant lui-même , Il -va demander gîte , ajournant tout poème , Ou toujours amusé du poëme incertain Qu*il y vit une fois flotter à son matin.

De Jean-Jacque il se dit la gloire commencée Tard : — rappel infidèle ! — Ame à jamais lassée !

Vous dont j*ai là trahi le malheur , oh ! pardon ! Ami , vous qui n*avei rien que d*honnêt^et de bon , Et de grand en motif au but qui vous oppresse ; Au fantôme , il est temps , cessez toute caresse.

(1) ProbablenentlB forât de FentoimblMu.

Rejoignez , i^il se peut , i dei efforts moins hauts Quelque prochain devoir qui tire fruit des maux ; St d*où Tamour de tous redescende et vous gagne , — Afin que , reyenant au soir par la campagne , Sans faux éclair au front et sans leurre étranger , Il vous soit doux de voir les blés qu*on Ta charger Et chaque moissonneur sur sa gerbe complète ; SI là haut , pour lointain à Tâme satisfaite , Au sommet du coteau dont on suit le penchant , Les arbres détachés dans le clair du couchant.

Précj.

MAinB D*BC0L1.

Ce petit po(Sme est assez, compligaé, et dans la première publication que j'en ai faite au Magasin Pi^ toresque, il a été peu compris. Il me semble pourtant que j'y ai réalisé peut-être ce que j'ai voulu. Or, TOici en partie ce que j'ai touIu. Dans son admirable et charmant Jocelyn, H. de Lamartine, avec sa su-

blimilé &cle, a d*im pas envahi tout ce petit domaine de poésie dite intime, privée, domestique, familière , où nous avions essayé d'apporter quelque nouveauté. II a fait comme un possesseur puissant qui, apercevant hors du parc quelques petites chaumières, quelques cof^a(/é« qu'il avait jusque-là n^ligés, étend la main et transporte Fenceinte du parc au delà, enserrant du coup tous ces petits coins curieux, qui, à l'instant, s'agrandissent et se fécondent par lui. Or, il m'a semblé qu'il était bon peut-être de replacer la poésie domestique , et familière et réelle, sur son terrain nu, de la transporter plus loin, plus haut, même sur les collines pierreuses, et hors d'atteintes de tous les magnifiques ombrages. Monsieur Jean n'est que cela. Magister et non prêtre, janséniste et non catholique d'une interprétation nouvelle, puisse-t-il, dans sa maigreur un peu ascétique, ne pas paraître trop indigne de venir bien respectueusement à la suite du célèbre vicaire de notre cher et divin poifte!

Bn ces temps de TÎtetse et de nivellement , De pouToirs sans sommet comme sans fondement , Où rien ne monte an peu cpii soudain ne chanœUe , Il est encore , il est , tont au bas de Tdolielle , Un bien humble pouvoir , et qui n*a pas failli , Qui 8*c8t perpétué par-delà le baUIi

Au maire, mat déchoir : o*est le maître d^éeole. Et je ne veux pas faire lïn portrait sur parole , Quelque idylle rêvée au retour de Longehamp , Comme un aiibé flatteur en son pastel changeant (ly r Cest le vrai. Tout village a son maire suprême , Son curé dont le poids n*est plus partout le même. Son médecin qui gagne... Après , au-dessous d^eux , En un rang moins brillant, aussi moins hasardeux , Est le maître d*école. Un maire a ses naufrages ; Quelque Juillet arrive et veut de nouveaux gages ^ Dix ans , quinze ans peui-être , on garde son curé» Mais révêque le tient et le change à son gré ; 7

Le magister demeure. Il n*a , lui, ni disgrâce A craindre , ni rival. Le curé , face 4 face « Yoit croître chaque jour l*esprit-f ort, le doeteur. £e docteur suit sa guerre aveo le rebouteur , Dont maint secret encor fait merveille et cvouIb : Plus d*un croit a Tonguent , sur le reste inerédole. Le magister n*a rien de ces cfaétiis combats. Et d*abord , il est tout : la règle et le compas, La toise est dans ses mains ; géomètre , il arpente Et sait les parts autant que le notaire. Il chante Au lutrin , et récite au long la Passion.

Secrétaire au civil , si quelque question Arrivée Pimproviste au nom du ministère.

Comble* d*orge, ou de lin, ou de vin, rend la terre ? Le maire embarrassé lui dit : f^oyas / Il va , Il rencontre un voisin qui guère n*y rêva ,!

(1) Oelillc. en ton Homm* de» ehampt t ■ ^>t au nuitr* d*<ëcol« d» ▼Ulag« an portnit amDg/, plein d^aillean de détail* piquant» et «ptritoda.

Et là-dessus le prend : Tautre répond iTQ»

De pays , et Toilà sa statistique sue.

Le chiffre auuitôt part et remplit son objet ;

il fait autorité , ron en cause au budjet.

Mais est-ce par hasard quelcjue inspecteur priniaire>

Novice, qui de loin s'informe près du maire?

C'est mieux : le ma^ister tout d*aborden sait long,

Et lui-même à souhait sur lui-même répond.

11 ne se doute pas , d'aplomb dan» sa science ,

Qu'un jour de ce côté viendra sa déchéance ;

Que cet œil scrutera ses destins importants ;

Il ne s'en doute pas;... qu'il l'ignore longtemps !

La marge est longue encore. — En bÏTer , son école

Abonde , et son foyer , autant que sa parole ,

Assemble autour de lui , comme frileux oiseaux ,

Les enfants que l'été disperseaux durs travaux»

(lus nombreux il les voit , plus son xèle se flatte ;

Il s'anime, il les pousse ; et a'il est Spartiate ,

Il peut avec orgueil, le front épanoui.

Tous en cite» déjà qui lisent mieux que lui !

Mais je ne veux pas rire , et je sais un modèle Bien grand et respectable, où- ce détour m'appelle : J'y viens. —

Je connaissais madame de Gcé , Be ce monde ancien à tout jamais passé , Dévote et bonne , douce avec un fond plus tisuMb , Dès le berceau nourrie au dogme janséniste Par sa mère , autrefois , la Présidente de ... ; Mais sous cette rigueur faisant aimer son Dieu.

EU« restait Tannée entière dans sa terre ;

J?y passai», chaque automne, un long mois salutaire.

Un jour qu'après la messe , et son bras sur le mien..

Nous sortions pas a pas : u Oh remarquez-le bien ,

» Dit-elle d'une voix aussitôt pénétrée ,

9 Et de ToBil m'indiquant , vers le portail d'entrée ,

tt Le magister debout ; remarquez , il est vieux ,

» Il ne vivra plus guère : un jour vous saurez mieux ,.

» Si je survis... » — «Déjéj, repartis-je, aux offices,

n J'ai souvent admiré ses ]^ux exercices ,

» Son chant accentué , son œil fin , et sa voix

o Ferme encore , et cet air du meilleur d'autrefois.

» On l'estime partout, ^y — « Oh ! ce n*est rien , dit-elle ,

n Près du vrai : c'est un saint ,. c'est l'ouvrier fidèle ! »

Elle continuait : aussi loin qu'elle alla , J'écoutai , prssentant quelque chose au delà.

Tout après la Terreur , n'étant plus un jeune homme, Monsieur Jean ( c'est son nom, seul nom dont on le nomme. Et ce mot de mo»«tetfr chaque fois s'y joignait , Taudis que la marquise ainsi me le peignait ) , Monsieur Jean, jusqu'alors absent, en maint voyage, S'en était revenu se fixer au village , Au clocher qui gardait bien des tombes d'amis : Sans parents , c'était là qu'en nourrice il fut mis. Dans le temps qu'il revint , la tempête trop forte Expirait : de l'école il rouvrit l'humble porte ; Ce fut un bienfaiteur en ces ans dévastés :

11 renoua la chaine , et des plus révoltés

Concilia Tardenr , n^ooMinl que nnjara.

Ce qu*il dit , ce qu^il fit dans ta fagesse obscure ,

Ce que reçut au ccBur de bon grain en partant

Plos d^un enfant du lieu qui , mort en combattant ,

S*est souTenu de lui ; ce qu*il disait aux nèrea

( Car le prêtre , encor loin , manquait dans ces Misères) ,

Celui-là seul le sait , qui sait combien d*épis

Recèlent en janvier les sillons assoupis !

Ce village où Senlis est la ville prockaine, Qu^éloignent de Paris dix-neuf bornes à peine , A tout un caractère , à qui Pobserve bien.

Pas de vice , de. Tordre ; et pourtant le lien De famille est peu fort. On y tient à la terre ; Chacun en veut un coin ; être pnj^riétaire D*un petit bout de champ derrière sa maison , ]>*où se tire le pain , même en dure saison , C*e8t le vœu 4 Rien après de quoi Ton se soucie : Que fait le pain de Pftme à leur âme endurcie? L'industrie elle-même a l*air de trop pour eux : Quand les hameaux Yoisins, chaque jour plus nombreux, Aux fabriques surtout gagnent le nécessaire , Ceux-ci sont des terriens qui les regardent faire. La famille , ai-je dit , compte peu cependant : Le fils , avec sa part , s*isole indépendant; Aux filles qui 8*en vont, sans leur mère , à la danse^ La morale du père est la senle prudence.

Bref, Tégoîsme au fond , de bon sens revêtu , Et quelques qualités sans aucune Tertu !

Le mal existe aux champs. Quand , lassé de la Tille, Et ne Toulant d*abord qu*un peu d^orabre et d^asiie ,

On arrÎTr I le calme , et la douce ^uleiir ,

L*air immenBe , tont plaît et tout parait meilleur ,

Tout paraît innocent , et l^omme et la nature.

Regardei plus à fond , et percei la Terdure !

Un jour que j*admiraif de jeunes plants naissants ,

Aux lisières d*un bois un semis de deux ans ,

Yarié, tendre à Toir : « Hélas ! me dit le maître ,

» Tout croissait A ravir ; me faudra-t-il en être

» A mes frais d*espérance et d^entretien perdu !

— s Et pourquoi? » — « Cette année, A foison répandu,

» Enfouissant partout sa ponte sans remède ,

» Le lianneton fait ra§e , et le Ter qui succède

» Prépare sa morsure à tout ce bois léger :

» A la racine un seul , Parbre va se ronger ;

» Bien peu résisteront. » — Ce mot fait parabole :

Le mal n^est jamais loin , le Ter creuse et désole.

Monsieur Jean voit le mal , et sous les dehors lourds

D*^oisme rampant, il Tattaqua toujours.

Pour vaincre aux jeunes cœurs la coutume charnelle,

Il tAche d*y glisser rétincelle étemelle ,

Et de les prémunir aux grossiers intérêts

Par la pure morale et ses vivants attraits.

Chaque enfant près de lui , c^est une Ame en otage.

Simple , il dit ce qu*il faut : il dirait davantage

8^1 ne se contenait au cercle rétréci ;

Et pourtant il se plaint d*avoir peu réussi.

Ces quinte derniers ans lui sont surtout arides ;

Soit que ses saints désirs se fassent plus avides

En approchant du terme, ou soit que , tristement ,

Le bon germe en ces oaari devienne plus dormant*

A peine II les éveille , et Texemple remporte ;

Honnêtef... ils letoot, maii rétincelie ett morte p La communion fait le terme habituel Où cesse de leur part tout souci Tors le ciel : €e tour ingrat le naTre. Ame à bon droit bénie , 11 y a d*amers moments d^angoisse etd*agonie. « Je Tài TU , me disait madame de Gicé, » Ces jours-U, yen mes bois errer le front baissé-; » Et si je Tinterroge et lui parle d*école :

1) Oh ! tout n^est rien, dit-il, sans Celui qui console. » Je les sais d^humeur calme , assez, laborieux , » Rangés par intérêt , mais non pas Tortueux ;. » Hais plus de Christ pour eus passé quinze ans , ma-

dàrae! — i> Ainsi souTont dit-il dans le cri dé son âme. »

Et cet automne-U, c^est tout ce que je sus.

filais Tautomne prochoini retournant, j^aperçus En entrant à la messe, au bord du cimetière , Debout et blanche aux yeux, une nouvelle pierre ,. Où je lus : « Monsieilr Jean ci-g(t enseyeli , » Mort a quatre-vingts aus, son exil accompli. i> Et le reste du jour, n partir de Téglise , Comme nous fûmes seuls , j*écoutai la marquise , Qui , cette fois , m^buvrit les secrets absolus Du mort qu^elle pleurait. Elle-même n*est plus, Je transmets à mon tour : il en est temps encore ; Assez d*échos bruyants ] disons ce qu*on ignore T

Depuis trois ans le siècle atteignait son milieu , Quant un soir , auxEofants-Trouvés ,près rBôteUDieuY

Un pauTre «niant de plus fut miti. Il eut nourrice* Dès le lendemain même , et parti â Saint-Brice , Où demeurait la femme à qui son sort échut.

Cette femme à Tenfant , dès qu^elle le reçut , S^attacfaa , le nourrit d*un lait moins mercenaire , Puis le voulut garder , et lui fut une mère.

Ayant changé d*endroit , elle ?int où Ton sait.. La Présidente de..., qui tous les ans passait Six mois i son château , putconnaitre de reste La femme que louait ce déTOÙment modeste , Et Tenfant giandissatt , objet de plus d*un soin. La sage-femme aussi yenait de loin en loin ; Car , au lieu de le perdre au gouffre de misère f Elle Fa? ait marqué d*une marque légère A Tinsu des parents ^et l'avait pu savoir Depuis en bonnes mains , fidèle à le revoir ; Et la dernière fois qu'elle vint au village , La Présidente eut d'elle un entier témoignage , Mais dont rien au-dehors ne s'était répété , Sur l'origine , hélas ! du pauvre rejeté.

Et l'enfant profitait entre ceux de l'école.

Son esprit appliqué sans un moment frivole , Sa douceur au. travail et ses jeux à l'écart ,- Des larmes fréquemment au bleu de son regard , Ses vives amitiés , ses tristesses si vraies Qui soudain le chassaient sauvage au long des haies , Sa prière angélique où le calme rentrait , Tout assemblait sur lui la plainte et l'intérêt. Eu avançant en âge , il ne quitta plus guère >

La Préiideiite , et fut oommeton Morétâire;

Dam 1C8 livre! nombrenx, mais pnn et «ant danger ,

Elle Tabandoonait , le sachant diriger.

On avait quelqueCbî* , de Paria , la visite D*nn grave et saint vieillard , front d*antiqae lévite , Cœnr aux divins larcins , qui de foi , d^mnitié , A Port-Royal croulant jadis initié , Avait longtemps , autour de Chàloos et de Troyei , Ghei les pauvres semé les plus fertiles joiea. Par lui Ton avait vu , dans un village entier. Chaque femme en filant lire aussi le Psautier, Et chaque laboureur fixer i sa charme L^Évangile entr'ouvert, annonce reparue!

Mais depuis par Tévèque , A force de détours. Relancé de là-bas , il s*était pour tonjoart Dérobé dans Paris, au fond d'une retraite.

Gardant sur quelques-uns direotion secrète , Vrai médecin de TAme à qui riea ne manquait Du pouvoir transféré des Singlin , des Duguet. Monsieur Antoine donc (rhumilité prudente Avait choisi ce nom (1), près de la Présidente Vit Tenfant , et sourit à ce tendre fardeau.

Durant les courts séjours du vieillard «a chAtesB , Venfant l'accompagnait chaque soir aux collines , Et d*une Ame dès lors inclinée aux racines , Il Técoutait parler du genre naturel Endurci , corrompu , du mal perpétuel

(1 ) Ce monsieur Astoiner ne devait pu être autre que H, CêMuê, dont on a lea I^Ure» rpiriUfthê et an IrtMaiir PHnmUité; il Aail pM»doncle de ■. Royi>r Cetbfd.

Que BBème tni cmav enfant engendre , s^il ne Tenille ;

Oe la Grâce nirtont (è frayeur et menreille !)

Qtt*afMB , aiiei jamais on ne peut implorer ,

Après tâcher en toi d*ainier , de préparer ,

Hais qui ne doit descendre an yase qu*on Ini creuse

Que par un plein surcroît de bonté bien heureuse.

Et s*entr*ouvrant , après tout un jour nuageux.

Le couchant quelquefois éclairait de ses jeux

Le discours , et peignait Tespérance lointaine !

St Tenfant se prenait à cette marche humaine

Ainsi sombre et voilée , et rude de péril ,

Chemin creux sons des bois dans le torrent d^exil ,

Mais q«'i Pextrémité de la voûte abaissée

Là-bas illuminait Téternelle pensée.

Et ce terme meilleur et son jour attendri ,

Et FinterTalle aussi , le torrent et son cri ,

L*écho de Babylone an bois de la vallée ,

CoBviaient la jeune âme , â souhait désolée.

Sa tristesse en prière â temps se relevait.

Aux étoiles, le soir, la nuit è son chevet ,

Il disait avec pleurs le mal et le remède ;

A ses frères en faute il se voyait en aide ,

Et contait , le matin , son projet avancé

A celle qui sera madame de Gicé ,

Bien jeune fille alors , de cinq ans moins âgée

Que Ini, mais qu*il aimait d^amitié partagée.

Et , de neuf â treixe ans , les deux petits amis,

Sur Terreur à combattre et sur les biens promis ,

Sur lliomme et son naufrage , et le saint port qui brille

S'en allaient deviser le long de la charmille ,

Képandant de leur âme en ces graves sujets

Plus de chante que l*ûiMau , plue d*or <|iie lef genêts. Tout ce qa*a le printemps d*exhakifons dinnei , Et de blancheur de neige aux bouquets des épines ; Et saint Françoii dç Sale , écoutant par hasard Derrière la charmille , en aurait pris sa part*

Pour le jeune habitant a qui tout s^inléresse , Ainsi de jour en jour, au ch&teau , la tendresse . Augmentait de chaleur. Pourtant Tâge armait ; La puberté brillante apportait son duvet ; Et sans un juste emploi dans la saison féconde , Trop d*âme allait courir en sève vagabonde. . La Présidente aussi , d*un soin plus évident , Avait le cœur chargé. Souvent le regardant Avec triste sourire et sérieux silence , Elle semblait rêver à quelque ressemblance , Et jusqu'au fond de l*œil et dans le fin des traits Chercher une réponse à des effrois secrets. . Bien que bleu , eet œil vif et petit étincelle ; Cette bouche fermée est comme un sceau qu'on scelle^ Ce blond sourcil avance , et ce léger coton N'amollit que de peu la vigueur du menton.

Ses longs cheveux de lin sont d'un catéchumène ; Vois sa taille bondit et chasserait le renne. Tel il esta vingt ans; tel debout je le vois. Quand , après des conseils roulés depuis des mpis , La Présidente , émue autour de cette histoire , Un matin l'appelant seul dans son oratoire , Lui dit :

a Dieu , mon enfant , sur vous a des desseins ; » Ses circuite prolongés marquent certaines fins ;

— âà -

i> C*€St a Tooft tout-à-l^eure à trouver ce qu^il cache. » MaU il faut pour cela qu*un dur aveu m^arrache » Ce que je eaki de tous en pure vérité , » De qui voua êtes fila! j*ai longtemps hésité ; « Mais il me semble , hélas ! que , sans être infidèle , i> Sans injure et larcin pour votre ftrae si belle , » Je ne puis plus en moi dérober le dépôt ; «» Dût Tamertume en vous déborder aussitôt !

« Vous êtes désormais d*àge d*homme; vous êtes » Un chrétien affermi , capable des tempêtes. i> Dans le premier tumulte où ce mot vous mettra , » Pries et demeures ; FEsprit vous parlera.

« Que tout se passe au fond en sa seule présence , 9 Entre votre frayeur et sa toute-puissance , » Entre sa Grâce entière et votre abaissement! » Il.vqns a jusqu'ici , comme visiblement , 9 Préparé de tous points , choisi hors de la route » Dans un but singulier, qui n*attend plus sans doute, » Pour s*éclairer à vous , que le soudain rayon 9 A qui va donner jour Tébranlement d*un nom. » A genoux , mon enfant ! et que Dieu vous suggère » Un surcroit de faveurs , pauvre âme moins légère , » Vous que de plus de nœuds il chargeait an berceau , » Vous le cinquième enfant do Jean-Jacques Roussean ! »

Montrant le Conseiller, TExpiateur suprême , Elle sortit.

D*un mot , c*était l'histoire même.

La 8agi»»femme €^ouifl , qui de chaque autre enfant , Docile , avait livré le maillot vagissant ,

Dam un petit voyage et •éfjonr â

Se repentit de voir Thomme d^à célèbre (1)

Les Touer tous par elle a cette nuit funèbre.

Les langes du dernier, marqués à Pun des,ooint ,

La tinrent sur la trace et guidèrent ses soins.

Bans Tentretien qu^elle eut avec la Préndente »

Elle la Tit utile et sûre confidente ,

Et dit tout. Gelle«ci , Tayant fait s'engager

A n*en parler jamais i nul autre étranger.

Jamais surtout au père, en retour fit pronmse

D*étre mère à Tenfant jusqu'en pleine jeunesie.

Et cette sage-femme était morte depuis,

La Présidente seule agitait les ennuis

D*un secret si pesant , et souvent fut tentée

De tout laisser rentrer dans Tombre méditée.

Hais quoi ! complice aussi! quoi! chrétienne , étouffant

Le germe de Tépreuve à Tâme de Tenlant ;

Supprimant ce calvaire où le bien se consomme l

Monsieur Antoine crut qu*il fallait au jeune bomma

Tout déclarer, afin de tirer de son cœur

L'entier tribut payable au Mattre en sa rigueur.

Le coup était subit , et rude fut Tattaque :

Le jeune homme en fléchit. Il n'avait de Jean-Jacque Rien lu jusqu^à ce jour ; mais le nom assez haut Suffisait à Toreile et faisait son assaut.

Si loin qu^il eût vécu du monde , jeune athlète , Des assiégeants du temple il savait la trompette.

(1) Y«ra 1753, en effet Aoosmbii ^t dffk cvimn par im Biteoari nir lei sdeucct, ptr !• D9tin du viUaif»»

Avec moasieUr Antoine , il avait trop compris

De qoeU traits redoutés fulminait dans Forage

Cette gloire , qn^en face il faut qu^il envisage.

En face..., il le fautliien..., il faut qu^il sache voir

De combien sur lui pèse un si brusque devoir.

On doutait ;... la lecture à la fin fût permise ;

Emile y il voQs lut donc; il vous lut, Héloiae!

Il lut tous ces écrits d*audace et de beauté ,

Troublants , harmonieux , mensonge et vérité ,

Éloquence toujours! — trompeuse nature!

Simplicité vantée , et sitôt sans p&tnre!

Foi de l*âme livrée aux rêves assouvis !

Conscience fragile ! oh ! qui mieux que ce fils

Vous saisit , vous sonda dans Tœuvre enchanteresse ,

Embrassant , rejetant avec rage on tendresse ,

Se noyant tout en pleurs aux endroits embellis ,

Se heurtant tout sanglant aux rocs ensevelis ;

N*en perdant rien,...grandettr,éclat,un coin de fange.... ^

Et son coeur en révolte imitait le mélange.

Sous son ardent usage ensemble et sous sa croix ,

En ces temps-li , farouche , il errait par les bois ,

Et collé sur un roc , durant une heure entière.

Il répétait Grand Être! on VAve , pour prière.

Autant auparavant il ne le quittait pas ,

Autant depuis ce jour il évitait les pas

De la jeune compagne , i son tour plus contrainte ;

U se taisait près d'elle et rougissait de crainte.

La Présidente aussi demeurait sans pouvoir ;

Et la lutte durait. Enfin il voulut voiv ,

Voir cet homme , ce père admirable et funeste ,

QuHl aime etquUl renie , et que le siècle atteste.

Ce tincdre orgueilleux , tendre et déiutufé, Mêlant croyance et doute , et d*un ton si eacré ; Tentateur au désert , sur les monts , qui tous crie Que c*est pourtant un Dieu que le fils de Marie !

Il part donc 9 il accourt au Paris embrumé ; Il cherche au plein milieu , dans sa rue enfermé^ Celui qu*il Teut ravir ; il a trouvé Tallée, Il monte... : à chaque pas, son audace troublée L*abandonnait. — Faut-il redescendre ? — Il entend , Près d*une porte ouverte, et d*un cri mécontent, Une voix qui gourmande et dont Paccent lésine (1 ) : C'était là ! le projet que son âme dessine Se déconcerte ; il entre , il essaie un propos Le vieillard écoutait sans détourner le dos , Penché sur une table et tout à sa musique.

Le fils balbutiait ; mais, avant qu'il s'explique, B'un regard soupçonneux, sans nulle question , Et comme saisissant sur le fait l'espion :

« Jeune homme, ce métier ne sied point à ton âge ; Épargne un solitaire en son pauvre ménage ; Retourne d'où tu viens ! ta rougeur te dément ! n- Le jeune homme, muet , dans l'étourdissement. S'enfuit, conme perdu sous ces mots du mystère , Et se sentant deux fois répudié d'un père.

Et c'était là celui qu'il voudrait à genoux Racheter devant Dieu, confesser devant tous ! C'était celle.. Oh douleur ! impossible espérance l Dareté d'un regard l et quelle différence

(1) San» doute U toù de Thérèse.

Avec monsieur Antoine , ausii persécuté,

Mais tendre, hospitalier en sa rigidité,

Son Trai père de Pâme !... Et pourtant c^était Tautre

Dont il s'émoQTait d'être et le fils et Tapôtre !

Tendresse et piété surmontant ses effrois, Il tenta la rencontre une seconde fois.

Dans la rue il iroulait lui parler au passage. Pourvu qu*un seul sourire éclairât son visage. Mais, bien loin d*un sourire à ce front sans bonheur , Le sourcil méfiant du pauvre promeneur Le contint à distance, et fit rentrer encore. Ce nom a qui le ciel interdisail d*éclore.

La crise était au bout ; ce moment abrégea.

11 revint au château, plus raffermi déjà.

La lèpre de naissance et Texil sur la terre , L*expiation lente et son âpre mystère , L'invisible rachat des fautes des parents ; A côté des rigueurs , les secrets non moins grands De la miséricorde , et dans ce saint abfme.

Lui , peut-être , attendu de tout temps pour victime ; Son rôle nécessaire , ici-bas imposé , De réparer un peu de ce qu'avait osé , Trop haut , l'immense orgueil dans un talent immense , Et sa tâche avant tout de vanner la semence ; Ce lourd trajet humain plus sombre que jamais. Plus que jamais réglé'sur les lointains sommets : Tout en lui s^ordonna : la Grâce intérieure Par un tressaillement, lui disait : f^oiià l'heure /

A?ec la Préf idente il »*OQTrit 4*nn parti ;

On conféra longtempi ; bref, il fat coneenti

Que, poar graTÎr, chrétien, sa première montée ;

Pour mûrir ; pour ne plus demenrer à portée

De cet homme an grand nom , près de qui, chaque jour,

Le pouvait rentratner Tespoir yain d*un retour ;

Et pour d*autre8 raisons d^absense et de Toyage,

Il s*en irait à pied comme en pèlerinage.

Dans sa route tracée, il devait, en passant.

Visiter pins d*un frère opprimé, gémissant,

De saintes sœurs en deuil, et pour sûre parole

Montrer quelque verset aux marges d*an Nicole.

Comment (en y songeant me suis-je demandé) , Comment ce qui fut fait alors et décidé Ou senti seulement, tout ce détail extrême Hadaipe de Cicé le sut-elle elle-même?

Était-ce de sa mère en ce temps, ou de lui Qui sauvage, ce semble, et craintif, aurait fai ? Pourtant c^était de lui plutôt que de sa mère Qui, Je crois, en sut moins. Par un récit sommaire , De lui donc, et plus tard.,.? Mais non ;... si retraçants Étaient ses souvenirs, quand, après bien des ans , Elle me déroula lliistoire i sa naissance, Qn*elle avait dû cueillir chaque image en présence. Si j^osais, en tremblant, ide si purs destins. Vieillesses où j*ai lu la blancheur des matins. Mêler une pensée, oh ! non pas offensante.

Et pourtant attendrie, et toujours innocente ; Si j^osais traverser tant de fermes décrets DVne vague rougeur, d^un trouble , je dirais

Que peut-être , eo partant pour ses lointains Toyages ,

Le jeune hemme chrétien , entre autres raisons sages ,

Eut celle aussi de fuir un trop proche trésor,

Et qu^avant le départ , sous la charmille encor,

^u deux ou trois adieux d*intiniité reprise ,

Il put se confier et raconter la crise.

Elle donc , près du ternie , et si loin de ces temps ,

Se plaisait i rooTrir ces souTonirs sortants

De première amitié , tout au moins fraternelle ,

Qu'un si cher intérêt avait grayés en elle.

A dater du départ , un long espace fuit.

Monsieur Antoine meurt , la Présidente suit ; Madame de Cicé devient épouse et yeuie ; Lui , voyage toujours et mène son épreuve , Soit en France, en visite aux amis que j^ai dits. Soit bientôt, ses désirs saintement agrandis, En Suisse , pour y voir cette étemelle scène , Mi^ettneux rochers où le tirait sa chaîne.

Il semble qu*en son cœur, dès ce temps il fit vœu De partout repasser, humble , aux sillons de feu , Aux pas où le génie avait forcé mesure , Et d*y semer parfum , aumône , action sûre.

Souvent il demeurait en un lieu plus d*un an , Y vivant de travail, y couronnant son plan , Puis reprenait à pied sa fatigue bénie.

La guerre , en Amérique , à peine était finie ; Il se hâta d*aller, avide dans son choix Des pratiques vertus de ces peuples sans rois , Heureux sUl y trouvait un exemple fertile De ce Contrat fameux! -— Imagines Emile

Nourri de Saiut-Gyran , élève de SingUn ,

Venant aux fils de Penn , aux neveux de Franklin.

Il les aima , si francs et simples dans leur force ;

Mais discernant dès lors Tintérèt sous Técorce ,

Il ne vit point Eden par-delà TOcéan.

Cest vers ce temps quUl prit ce nom de monsieur Jean ,

Un nom qui fût un nom aussi peu que possible ,

Et qui pourtant tenait par un reste sensible

A celui qui partout si haut retentissait.

La Révolution qui chez nous avançait ,

Ballottant ce grand nom daus mille échos sonores ,

L'inscrivant de sa foudre au sein des météores ,

Le lui lançait là-bas , aux confins des déserts ,

Grossi de tous les vents , de tous les bruits des mers.

A Tauberge , le soir, quand son repas s'achève ,

Souvent ce nom nommé , comme un orage, crève.

C'était là son abîme et son rêve effaré !

Car tout ce qui s'en dit de cher et de sacré ,

D'injuste et de sanglant , amour, culte ou colère ,

Qu'on l'appelle incendie ou fanal tutélaire ,

Tout aboutit en lui , le déchire à la fois ,

Tout crie au même instant en son âme aux abois.

La tendresse , la chair, en un sens se décide ;

Mais l'esprit se soulève , à demi parricide *,

Le martyre est au comble : ainsi , pressant les coups ^

Un seul cœur assemblait cette lutte de tous ;

Invisible , il était l'autel expiatoire

Du génie hasardeux , la Croix de cette gloire.

Monsieur Jean s'en revint en Erance avec pr(»)et. L'effroi cessait enfin dans ceux qu'on égorgeait.

Il se dit qa*en ce flot de sentiments contraires ^

Le parti le plus sûr était d*être à ses frères ,

Aux moindres , si privés de tous secours chrétiens -j

Et voilant ses motifs , modérant ses moyens ,

An Tillage rentré chez sa vieille nourrice ,

Il réunit bientôt , sous son regard propice ,

Ce petit peuple enfant qui s*allait égarer,

Seule famille ici qu^il eût droit d*espérer.

Les filles en étaient d*abord ; mais Tune déciles

Se forma par son soin à ces charges nouvelles.

Aux plus ingrats moments de son rude labeur,

Trop tenté de penser que tout germe est trompeur,

Que toute peine est vaine , après quelque prière

S*endormant de fatigue , une douce lumière

Lui montrait quelquefois , à ses yeux revenu ,

Gelai-là qui jamais ne Tavatt reconnu ,

Dont il est bien la chair, mais qui, d*un lent sourire,

Lui semblait à la fin Tapplaudir, et lui dire

Que , si rhommennérite , il était méritant ,

Et qu*en son lieu lui-même en Tondrait faire autant.

Mais le fils , déjà prompt aux genoux qn^il embrasse ^

S*éveille, et serre Porobre, et cherche en vain la trace;

Et rappelant le deuil à ses esprits flattés ,

Il accuse Téloge et ses témérités.

Tel 9 sévère en son but , voué sous sa souffrance , Madame de Gicé, plus tard rentrée en France, Le retrouva tout proche, et put, durant trente ans, Noter son lent martyre et ses actes constants. Les premiers mois passés du retour, dans leur vie Ils convinrent entre eux d*une règle suivie :

Aimi rexigM-t-il. Un jour, on ieul par an^ II dloait désormais ches elle, i la Saint-Jean, Douce fête d*été| champêtre anniversaire, De ces contentements le rendei-Tons sincère.

Il ne la visitait même que cette fois, Et ne lui parlait plus qu*à de rares endroits. Après réglise, ou quand le sentier qui le mène Forçait en un détour leur rencontre soudaine.

Dans le soin des enfants, il tâchait d^allier A ce qu^il sait du mal quMI faut humilier, Et sans fausser en rien la solide doctrine, Quelques points de VÉmih et de sa discipline; Heureux, Payant greffé, de voir le rameau franc Revivre à ToIiTier qu*arrose un Dieu mourant. Vers les champs, volontiers, ses images parlantes Empruntent aux moissons et choisissent aux plantes ; De la nature enfin il veut donner le goût, Hais montrant le mélange et la sueur en tout. Pour remettre au devoir une enfance indocile, S*il ne frappe jamais, il remercie Émiie»

Cette simple commune, où le moindre habitant. Sans misère aussi bien que sans luxe irritant, A son coin à bêcher, semblait juste , voulue Pour la félicité pleinement dévolue, Selon un rêve illustre, au hameau laboureur, Aux innocent mortels : « Pourtant voyex rerreur, Se disait monsieur Jean; de l*habitude agreste Yoyet les duretés, si Dieu ne fait le reste.

Si le saint Donateur, au creux de tout sillon, Comme il dore l*épi, ne mûrit le colon. »

Ah! si Jean-Jacque a su, d*aTersion profonde, Les pestes de la ville et le mal du beau monde, Monsieur Jean a senti, par un exact retour, La pierre de la glèbe au fond de son labour.

Il s^écria souvent : Esprit! Eêpriil myêière! « Qu'est-ce donc si c*est là le meilleur delà terre, Se disait-il encore, et si moins de méchants Nous font par contre-coup de telles bonnes gens? » Et repassant le monde en cet étroit modèle :

« Voilà donc , sans la foi , l'avenir qu*on appelle ; Sinon vices brillants , sourds intérêts couverts ; Peu d'âmes , par-delà commie en-deçà des mers! »

Et ces mots , après lui si tristes à redire , Étaient , je le veux croire , un point de son martyre, L'un payant en détail sous Thorizon fermé Les éclairs par où l'autre avait tout enflammé.

Dieu d'amour ! Dieu clément ! il eut pourtant desheures Que ton ciel agrandi lui renvoya meilleures ; Où , sa religion et sa foi demeurant , Son cœur justifié redevint espérant Pour l'avenir, pour tous , pour ce grand mort lui-même ! Sur la création s'apaisait l'anathème.

Un mois avant sa fin , à la Saint-Jean d'été , Doux saint que son école avait toujours fêté , Il la voulut, joyeuse , emmener tout entière , Et pour longue faveur qu'il jugeait la dernière ,

Au parc d*£rinenonvine , à ce beaa lieu iroisin.

Cette fête riante avait son grand dessein.

Deux heures suffisaient , même en lourd attelage;

On partit à Taurore , et sous le plein feuillage ,

En ordre , à rangs pressés , tous les enfants assis

S'animaient aux projets , bourdonnaient en récits ,

Et malgré le bedeau dont la tâche est prudente ,

Atteignaient , secouaient chaque branche pendante ,

Et par eux la rosée allait à tous instants

Sur le vierge vieillard aux quatre-vingts printemps.

Sitôt du chariot la bande descendue ,

A Tavance réglée , une messe entendue

(Vous devinez Tobjet et pour Tâme de qui)

Bénit et confirma ce jour épanoui.

Et monsieur Jean pleurait , tressaillait d'espérance ,

Songeant|>our qui ces cœurs demandaient délivrance.

Essaim fidèle encor, qui , priant comme il faut.

Concourait sans savoir au sens connu d'en-haut.

La messe dite , seul, et Tâme plus voilée ,

Bans nie il voulut voir le vide mausolée.

Défendant aux enfants fout le lac alentour.

Mais revenu de là , pour le reste du jour

Il ne les quitta plus, et se donna Timage

Be leur entier bonheur. Le^ jardins sans dommage

Traversés, le Désert (1) les reçus plus courants :

Leurs voix claires montaient sous les pins murmurants.

Et détachés du jeu, quelque demi-douzaine

Que le respect, qu'aussi la fatigue ramène,

(1) C*est le nom qu^on donne à ErmenonTille au second parc , plue sauvage.

D*un esprit attentif, déjà moins puéril,

Ecoutaient le Weillard : « Voilà, leur disait-il, •

» De beaux lieux, mes enfants, et ce matin encore

T> Vous les imaginiez comme ce qu'on ignore.

* Il est bien d*autres lieux, il en est un plus beau,

» Le seul Trai, près duquel ceci n*est qu^un tombeau.

» A se Timaginer, on ne saurait que feindre ;

V Plus haut que le soleil il faut aller Tatteindre,

» Plus haut qu'à chaque étoile où vos yeux se perdront.

» Ce iroyage si grand, il est aussi bien prompt :

» On le fait dans la mort sur les ailes de Tâme.

» Comportez-Tous déjà pour que plus tard, sans blâme,

i> Le Maître tous reçoive ; il tous connatt ici. d

— Comme Tun demandait : « A qui donc est ceci ?

» Quel est le maitre ?» — «Enfants, il est toujours un

[maître •!> Quand on voit de beaux lieux ; seulement, sans paraître, » Il TOUS laisse tous plaire et courir en passant. » Ainsi Dieu fit pour Phomme en l'univers naissant : » Mais l'homme, enfant malin, a gâté la merveille ; » Le Christ l'a réparée ; il faut qu'on se surveille. «

— « Ce maître, ajoutait-il, est absent : moi bientôt, » Qui suis là, mes enfants, je partirai là-haut ;

» Je deviendrai, pour vous, absent dans vos conduites : » Hais mon œil vous suivra ; pensez-y donc, et dites : » Le vieux maître est absent, mais toujours il nous voit, » Et si nous faisons bien, Dieu l'aime et le reçoit. » J'eus aussi mon vieui maitre, à cet âge où vous êtes; » Il me suit, et nous voir c'est une de ses fêtes. » — Dans le désert assis, tout autour du goûter, Les tenant à ses pieds plus prêts à l'écouter,

Il mêlait Tautre pain, l'immortel et .raimable. Que Platon n*eût pas crn des petits saisissable; 11 le multipliait; et si, sous son re^rd.

Deux d^entre oui disputaient une meilleure part, Un simple mot, au cœur du plus fort, le désarme. Lé fait céder au faible et s'éloigner sans larme; Et bientôt comme ensemble il les voyait remis, La querelle oubliée : a Ainsi, jeunes amis, o Disait-il , si plus tard Tintérêt danslayie n Vous sépare , il vaut mieux que le fort sacrifie, » Que le faible épargné se repente à son tour , » Vous souvenant qu*ici tous fûtes tous un jour , n Vous souvenant qu*à Tftme une secrète joie » Vaut mieux que double part où le mal fait sa proie. » Heureux par le vieux maître, aimez-vous tous pour lui!» — Et le jour allait fuir , une étoile avait lui. Et d''un tertre à ses pieds leur montrant la campagne , D*un coeu^surabondantque le passé regagne.

Un écho du Ficaire en lui retentissait :

Mais ce prompt souvenir à Vinstant se taisait Dans le Sermon sur la Montagne !

Jean-Jacques , si pour rbomnie ici trop relégué Ta religion vague et son appui tronqué Suffisaient ,... si pourtant tes simples Elysées If 'étaient pas le faux jour des clartés trop aisées , Que peux-tu dire encore ? Il fut digne de toi ; Tu Tas connu pour fils aux rayons de sa foi , Et le tirant , esprit , aux sphères où tu restes, Tu le montres d'orgueil aux Sagesses célestes. Mais si tu t^es trompé , si ce natif orgueil

Aponr tous et pour toi fait dominer Tëcaeil ;

Si le Haftre , à la fois plus tendre et plus séfère ,

Nous tient dès Porigine et de plus près nous serre,

Mesurant de tous temps Pabî me et les appuis ,

Hénageant au retour d*invisibles conduits ;

Si , plus clément peut-être à la terre purgée ,

Il est toujours le Dieu de la Groii affligée.

Ce fils, meilleur que toi qui Tes dit le meilleur ,

Ce fils dont les longs jours ont passé tout d*un pleur ,

Par Teffet répandu d*un Tifant sacrifice

Ne t*a-t-il pu tirer des limbes , ton supplice ?

Et délivrés tous deux et par-delà rayis ,

Ne peut-on pas tous dire ; Heureux père ! Heureux fila ?

^ SS^^iBiiSflHK ^^SS'iffi

^ œ^mAmm v^ovm^

■«dame Tattn, dans une pièce de vew de 1833, avait dit

Héla» i combien conta moiia de cenz qai m'ont aimée ! Combien d^antrea poor moi le tempa aura change ! Je n 'en mnrmnre pas « i*ai ta n t changé moi- même .

* . Il oftdes •jmpaibie»

Qoi, mnettea an jour, cessent d'hêtre senties ; St tel y par qai jadis ces chants étaient fêtés f A peine sWoûra qn^ils les ait écontét !

Il lai a été répondu :

Non, tom n*ont pas changé, tous n*oat pas, dans leiir roule, Vu fnir ton frais bnisson an nid mélodieui :

Tous ne sont ptf si loin; j*en sait un qui t*écoute Et qui te suit des yeux.

Va ! plusieurs sont ainsi, plusieurs , je le toux croire , De ceux qu^autour de toi charmaient tes anciens Ters, De ceux qui , dans la course en commun à la gloire , T*offraient leurs rangs ouTCrts.

Mais plusieurs de ceux-là , mais presque tous, je pense , Yois-tn? belle Ame en deuil , depuis ce jour flatteur, Victimes comme toi , sous une autre apparence , Ont souffert dans leur cœur.

L*un, dès les premiers tons de sa lyre animée , A senti sa Toix frêle et son chant rgeté , Comme une yierge en fleur qui Toulait être aimée Et qui perd sa beauté.

L*autre, en poussant trop hautjusqu*au char du tonnerre, S*est dans Tâme allumé quelque rô?e étouffant. L*un s*est creusé , lui seul , son mal imaginaire ;.. . L*autre n*a plus d^enfant !

Chacun rite a trouTé son écart ou son piège ; Chacun a sa blessure et son secret ennui , Et TAnge a replié la bannière de neige Qui dans-raube avait lui .

Et maintenant , un soir, si le hasard rassemble Quelques amis encor du groupe dispersé ,

Qui donc reoonnattrait ce que de loin il semble , Sur la foi du passé ?

Plus de oonœrts en chœur, d'expansive espérance , Plus d*eniTrants regards ! la main glace la main. Est-ce oubli Tun de Tautre et froide indifférence, Enyie , orgueil humain ?

Oh! c'est surtout faligue et ride intérieure , Et sentiment d*un joug difficile à tirer.

Chacun s*en revient seul , rouvre son. mal et pleure, Heureux s*ii peut pleurer !

Ils cachent tous ainsi leurs blessures au foie ,

Trop sensibles mortels , édos des mêmes feux !

Plus jeune , on se disait les chagrins et la joie ;

Plus tard on se tait mieux^

On se tait môme auprès du souvenir qui charme; On doit paraître ingrat, car on le fuit souvent. Contre Témotion qui réveille une larme A tort on se défend.

Ainsi Ton lait de toi , chaste Kuse plaintive , Qui de trop doux parfums entouras Toranger ; Ces bosquets que j*aimais de notre ancienne rive , Je n*ose y resonger.

Puis , a toi , ta blessure est si simple et si belle , Si dévouée au bien , et dans un soin si pur,

Toi, chaque jonri brûlant quelque part de ton aile Au foyer trop obscur^

Que c*ert, pour nous, souffrantde noa fautea fana nombre. De Tainea panions , d*anibitieux etfor, Que c*est reproche à nous de t^écouter dans Tombre Et de nous plaindre encor.

Plus d*un, crois-le pourtant , a sa tâche qui Tuse, £t sa roue à tourner et soii crible à remplir, Et ce labeur pesant, meurtrier de la Muse QuUl doit ensetelir.

Sacrifice pénible et méritoire à rame.

Non pas sur le haut mont, sous le ciel étoile, D*unlsaac chéri, sans autel et sans flamme, Chaque jour immolé!

L^àme du moins y gagne en douleurs infinies; Du trésor iuTÎsible elle sent mieux le poids. N^enTions point leur gtoire aux fortunés génies. Que tout orne à la fois !

Sans plus chercher au bout la pelouse rêvée,

Acceptons ce chemin qui se brise au milieu;

Sans murmurer, aidons à Thumaine cortée,

Car le maître, c*est Dieu !

4k iff» éki^mjiJiiàw mw 9ihâesm9s

ADTKUH D*EXIL ST PATBIE.

Dans les récits qu^on Ut des hommes d*autrefoisy Des meilleurs, des plus saints , de ceux en qui je crois, Ami, ce que j*ad mire et que surtout j^enYie, C*est leur force, un matin, à réformer leur irie; G^est Dieu les déliTrant des nœuds désespérés. Car d^abord, presque tous, ils s^étaient égarés, Us avaient pris la gauche et convoité l*abime; Mais quelque événement bien simple ou bien sublime ,

Un Tieillard, un ami, les larmes d^anesoBur,

Quelque tonnerre au ciel, un écho dans le ocBUr,

Les replaçait TÎTants hors des Ticissitudes,

Et parmi les cités au fond des solitudes,

Dans la suite des jours on sereins on trouhl^,

L*éclair ne quittait plus ces fronts miraculés.

A Toir les temps présents, ou donc retrouTer trace

Des résolutions que féconde la Grâce,

De ces subits efforts couronnés à jamais.

De ces sentiers si blancs regagnant les sommets ?

Ou donc ? — LaTÎe entière est confuse et menue,

S'enlaçant, se brisant, rechute continue.

Sans un signal d*arrêt,sans un cri de holà !

Le port n*est pas ici, Tabtme n*est pas là.

On Ta par le marais que chaque été dessèche,

Que quelque jonc revêt d*une apparence fraîche,

Et qu*un soleil menteur dore de son rayon .

On Ta : le pied suffit ; ce qu*on nomme raison

Nous avertit parfois si trop loin on s^enfonce.

Le sentiment, plus prompt, et qui si beau s'annonce.

Amoureux en naissant de Toler et briller,

S^évapore bientôt ou se tourne à railler.

Velléités sans but d*une âme mal soumise !

Avertissements sourds que rien ne divinise,

Sans écho, sans autel , sans prière à genoux.

Et qu'un chacun qui passe a vite éteints en nous !

Le jour succède au jour ; plus avant on s'engage;

La réforme boiteuse, et qui vient avec Page,

N'introduit bien sourent qu'un vice plus rusé

Aux dépens d'un afné fougueux qui s'est usé;

Les vains honneurs, l'orgueil vieillissant qui s'attriste,

Ou les molles tiédeurs d*an foyer ^îste,

— ^Foyer^— fîimille au moins, dernier lien puissant.

Ainsi le siècle Ta, sous son faux air décent.

Où donc la tie austère', asses tôt séparée?

TOUS à qui jMcris, yous me Payez montrée !

Comme ceux d^autrefois dont Pâme eut son retour, Ami, yous ayez eu dans yotre yie un jour !

Un jour où, comme Paul vers Damas, en colère Vous couriez, insultant ce qu^un doux ciel éclaire, Frémissant de la lèyre aux splendeurs du matin, Accusant le soleil des dégoûts dû festin, Et rejetant yotre âme aux yoûtes étoilées Comme un fond de calice i des parois souillées ; Un jour, après six ans de poursuite etd^oubli, Quand il n^était pour vous de fleur qui n*eût pâli. Quand yous aviez, si jeune et las de chaque chose, Cent fois Theure dit non à tout ce que propose L*insatiahle ennui ; quand, au lieu de soupirs, Cétait enfin révolte et haine à tous désirs.

Et que, ne sachant plus quoi vouloir sur la terre , Un matin vous sortiez, funèbre et solitaire ; Ce jour, le plus extrême et le plus imprévu, Pour changer tout d*un coup , Ami, qu'avez^yous yu? Yous yous taisez ! — La tombe , au lointain cimetière , Vous dit-elle un secret et s*ouyrit-elle entière ? Quel vieillard s*est assitf, et puis s^en est allé? Pour vous , comme à Pascal , un gouffre a-t-il parlé? Comme à Tantique Hermas , dans le bleu de la nue , Quelle vierge a penché sa beauté reconnue ?

Vos genoux, par hasard heurtés, ont-ils plié.

Et tont ce changement Tient-il d*avoir prié ?

Le mystère est en tous, mais la preuTe est touchante :

Votre foi le trahit, le murmure et le chante.

A partir de ce jour , tous aTCx tont quitté;

Sur un rocher, sept ans, devant Tétemité,

DcTant son grand miroir et son fidèle emhléme ,

DcTant Totre Océan, près des grèves qu^il aime ,

Vous êtes resté seul à veiller, à guérir,

A prier pour renaître, à finir de mourir ,

A jeter le passé, vain naufrage , à Pécume ,

A noyer dans les flots vos dépôts d*amertume.

Repuisant sa jeunesse aa vrai soleil d*amour ,

Patriarche d^ailleurs pour tous ceux d*alentour ,

Donnant , les instruisant , et dans tos soirs de joie

Chantant sur une lyre ! — Et pour peu qu*on vous ?oie

Aujourd'hui si serein, si loin des anciens pleurs.

Le front mélancolique effleuré de lueurs ,

Époni d*bier béni, les cheveux bruns encore,

On vous croirait sortant, belle ftme qui s*ignore,

De vos vierges forêts et du na!f manoir,

Vous qui sûtes la vie et son triste savoir !

Vous le savez, Ami; mais votre cœur préfère Ensevelir au fond la connaissance amère, Ne jamais remuer ce qui tant le troubla.

La prière et le chant sont pour vous au-delà. Au-dessus, tout è part* — Oh ! combien de pensées Glissent et vont trop bas pour entrer cadencées Dans le di?in nuage où vibre votre accent !

Cette Toix prie, et monte, et rarement descend* G*estrarôme léger de votre âme embaumée ,

— er —

L*iezcé8 de votre encens, sa plus haute fumée.

Poète par le coBur , — - pour Tart , — vous Tî^orer.

LWt existe pourtant; il a ses soins sacrés;

Il réclame toute œuvre, il la presse et châtie,

Comme fait un chrétien ton âme repentie;

Il rejette vin^ft fois un mot et le reprend;

De nos tyrans humains ce n*est pas le moins grand.

Aussi redoutes peu que je tous le conseille.

La gloire de ce miel est trop chère à Tabeille;

L*amour de le ranger en trop parfaits rayons

Use un temps que le bien réserve aux actions.

Chantes, chantes encore, à pleine âme, en prière,

Et jetés votre accent comme ToBil sa lumière.

Heureux dont le langage, impétueux et doux.

En servant la pensée est plutôt au-dessous ; Qui, laissant déborder l*ume de poésie, N*en répand qu*une part , et sans Tavoir choisie; Et dont la sainte lyre, incomplète parfois, ■arque une âme attentive à de plus graves lois! Son défaut m*est aimable et de près m*édifie. Et je sépare mal vos vers de notre vie.

Vie austèrement belle, et beaux vers négligents.

Tel je TOUS sens , Ami, — surtout quand, seul aux Par ce déclin d*automne où s^endort la nature, [champs, Un peu froissé du monde et fuyant son injure, J*ouvre à quelques absents mon cœur qui se souvient. En ce calme profond votre exemple revient, N^aura-t-on pas aussi sa journée et son heure. Sa ligne infranchissable entre un passé qu*on pleure

Et le pur avenir, ton effi)rt deYsnl Dieu Pour «ortir de U Ibale et de tout ce milieu?

— St, marchant 9 un vent frais m*anime le viiaipe; Le ciel entier convert s^étend d*un teul nua|pe; Le fond bleu B^entrereit par places, mais <rfMonr, Presque orageux, s*il VœiX n*y deTÎnait rasur. Sous ce rideau baissé, sous cette vive haleine, A llienre du couchant je traversela plaine.

Côtoyant le long bois non encore effeuillé... . Et tout parle dVxil et de bonheur foité.

Trécjf 12 oclolMre.

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