‹ Pensées d'aoûtChapitre 10 sur 12 · MON AMI CH. LABITTE · texte numérisé non relu

MON AMI CH. LABITTE

£a voyant, jufqu*ici ce que j*ai vu si peu, La nature et sa gloire , et sa simple harmonie ; Au sombre fond des pins cette douceur unie Des saules en cordon, feuillage pâle et bleu ;

En Toyantces ëpis, sous des rayons de feu.

Ou blonds, ou d*or ardent et la tète brunie.

Ou verts de tige encor, toute une onde infinie, Kt que demain la faux nivelle d^un seul jeu ;

En voyant., Emmenthal (1) , verdoyer ta vaUée,

Et luire •« grand soleil, épaÎMie, émaillée,

Cette herbe , la plus tendre au regard qui s^y prend.

Je pensais : Que ne puis-je ainsi peindre en mon style ! Comme on dirait alors : Sa nuance est laeile! Comme on dirait de moi : Son art est transparent !

(1) L^Emmeullul » riche portkm du csnton d« Berne.

il ^s»^. AOl9àWâ%

— Les lieux sont beaux et grandi ; ils parient un langage A d*abord étonner, à remplir lans partage, A faire qu*on s^arréte à leur gloire tournis. Et quUlaque un instant s*onblie , et les amis. Et pourtant, et bientôt, oette nature immense Laisse nn grand yide au cœur et le tient à distance. Et tous ces monts glacés qu*à Phorisonjcfois, Pour m*7 bercer de loin, n'ontpas même les bois.

Oh !j*aib6toin toujourt, quelqne lieu qai m^appelley De l%omme et des amis, da souTenir fidèle, De resraisir an oœar i^écho du cœur sorti, De chercher au «entier ce qn*un autre a senti ! De ce cadre si fier par les monts qu*il assemble, Dans un détail chéri, Ton goûte mieux Tensemble. En y prenant pour guide un rayon préféré, Le tout plus tendrement s^éclaire à notre gré. Un banc au bord du lac, un ombrage , une allée Où d*aTance Ton sait qu^une âme, un jour Yoilée, S*est assise en pleurant ; des rocs nus et déserts. Hais qtt*un chantre qu^on aime a nommés dans ses vers ; Ces places, à nous seuls longtemps recommandées, Mêlant au faste aspect la douceur des idées, Yoilà, dans ces grands lieux, à Técart et sans bruit , Ce que ma fuite espère et tout d^abord poursuit.

Laissant les Borda^norobreux où le regard hésite^ Aussitôt arrivé, j*ai donc choisi mon site Aux bosquets odorants d*une blanche Wlla, Cherchant Tendroit, le banc, et me disant : c*est là ! Il était soir ; le jour, dans sa pénible trace. Avait chargé le lac d*orage et de menace ; Hais, comme dans la fie on Toit souvent aussi, Le couchant sonleyait ce lourd voile édairoi. Je m^assis solitaire, et li, pensant à celle Quim*aTait dit d^aller et de'm*asseoir comme elle. Je méditais les flots et le ciel suspendu, Le silence lui seul et le calme entendu, La couleur dea reflets. La nue un peu brisée Jetait un gris de perle à la vague irisée^

£1 le lao infini fayoit danf sa longueur.

Cette tranquillité me dittillait au cœur

Un charme qui d*abord aux larmes nous convie :

« Oh ! disais-je en mon tcbu, rien qu*ane telle vie,

Rien qn*un destin pareil au jour qu*on Tient d^avoir,

Lourd, orageux aussi, mais avec un tel soir ! «

A Lausanne, aussitôt que la barque m*y jette, Qu*ai-je fait? tout d'un bond j^ai cherché la Retraite, (Test le nom ( prés de là ) de la douce maison, Ou des amis bien chers ont fait une saison.

Ils m*en parlaient toujours d^une secrète joie. Le lac TU du jardin, ces grands monts de SaToie Tout en face, si beaux au couchant enflammé..., Pai voulu prendre un peu de ce quHla ont aimé. Je suis allé, courant comme à la découverte, Demandant le chemin à chaque maison verte ; Tant que, Usant le nom sur la barrière écrit. Je m*7 sois arrêté d*un regard qui sourit ; Et, sans entrer plus loin (car si malin je n*ose ), J*ai tout vu du dehors, comme hélas ! toute chose, Enfin j*ai côtoyé , j'ai compris ce doux lieux ; A mes amis , un soir d'hiver , au coin du feu , Je dirai : Je l'ai et»; je pourrai leur réwndre , Et , sur un point de plus , Pâme ira se confondre.

A Thoun , miroir si pur , de granit encadré , Je voguais , à la main tenant mon cher André , Négligemment , sans but... Tout d'un coup , A la page Où je lisais le moins , je saisis un passage :

O Tkoun , onde meréê! — (1)11 a vu om grmdt horé»;

J eune , il • dénonliré laors «iaf«fM t i é wa i.

Il 1m ▼oulût revoir , quiiid TuBonr infidèlo

Le déUif Mit eo proie à m flaoMie moins belle 9

Il f *y voaiftit guérir ! — L^een , les monts et les oitvz

Ont redoublé d*«ttrait. Le roc mystérieux

Qa*il m'indique en ses fers , et le creux qui s'enfonce ,

Le ▼oiia, plus présent quand c'est lui qui l'annonce.

Il y cherchait , blessé , comme un asile sûr.

Mon cœnr, aux mêmes lieux traînons mon deuil dbseor !

Ainsi , je vab en art, en amitié secrète Observaut les sentiers. Ainsi , fais, 6 poète , Ainsi , fais de tes jours ! et quand l'homme bruyant , Qu'on répute là-bas solide et patient , Jusqu'à trois fois peut-être , en sa lourde carrière , Change d'opinions et de vaine bannière , Toi qui parais volage et souvent égaré , Passe ta vie à suivre un vestige adoré!

(1) AndrëChénter, ÉUgUiO^.

k MBS àWS

A mmo dïmao m. aw m4xa>4imm ^Mirsmat (i).

Salut ! je cro» eocore ! Ainsi j^espérais dire

A ce lac immortel (2) que j^allais TÎsiter;

Il me lemblait qo^au cœur que le spectacle inspire-,

Ma défaillante foi renaîtrait pour chanter.

La grandeur héroïque à ces rochers gravée , L^escarpement du lao i ce glorieux bord , La liberté fidèle et sans bruit conservée , Sincère comme an jour de son antique effort ;

(1) Aatcnrt du recueil depoe'tîei intilulc: Ze« d§ux Voix, Laiitaonr. 135. ^ (2) Le I«c lies Quitre cantoiu.

Sur cei Ilots que rhittoire ou la Huie renomme , Uq beau otcl rayonnant on TorageoT réclatr ; Les lieuK lolennisant les souTonirs de l^omme , Homme et lieux éf^lés par la Toiz de Schiller;

Tout, oui, tout, poésie, héroïsme et nature , He promettait de loin un sublime secours; Peut-être il me prendrait une espérance pure, Uu magnanime essor comme en mes nobles jours.

Peut-être, i tous ces vœux d'hnmanité plus grande , Dont le rêve , si cher , de près s*en est allé , J*aUais rouvrir enfin un cœur qui les demande , Qui, jeune , les reçut , et que rien n'a souillé.

Peut-être , en ces beaux flots noyant toute tristesse, Sur cet intègre autel écoutant TaTcnir , J*allais , au vent qui chasse intrigue et petitesse, Aspirer le saint but qu*on ne pourra ternir.

Peut-être , aux fiers serments pour celte cause aimée J*allais redire encor : Ce n*était pas en vain ! Ce qui se joue ailleurs nVst que bruit et fumée , N*eiit que boue et poussière : atteignons à la fin !

Et j*ai touché ces lieux de si sévère attente, J*ai vu leur grandeur simple , et ^tù tout admiré ; Mais rien qu^eux n*a brillé dans mon âme éclatante , Et mon passé plutôt , tout d*abord, a pleuré.

W a pleuré de Totr ce RatU des vieux ftget , Perpétuelle louroe i de durables uiours , LHiumble chapelle encore au bas des rocs sauTagat , Et le héros toujours salué des rameurs .

Amertume et dédain que les gloires taries , Quand les mots ont tué toute ver lu d*agir , Quand Tastuce et la peur... Heureuses les patries Dont on peut repasser les grands jours sans rougir !

Tel donc , A mes Amis, au lac , i la montagne J*allais, cherchant en moi ce qui se relirait; Mais quand , ks de chercher, an yallon qui me gagne Je suis venu m^asseoir sous Totretoit secret ,

J*ai TU la paix du cœur , Tunion assurée , Le saint contentement des biens qu'on a trouvés, Et les grâces au ciel pour leur seule durée , Et le renoncement des autres biens rêvés ;

J*ai TU l'intelligence en sa démarche à Taise , Sans s^user aux détours , suivant un but voulu ; L*étude simple et haute où trop d*essor 8*apaise; En face des grands monts , Dante parfois relu ;

Parfois , la poésie en prière élancée , Du même heureux sillon laissant monter deux voix ; Vos destins s*enfermant y mais non votre pensée , El le monde embrassé du rivage avec choix.

Des Trais doos nalureb j*ai Gompris Tasseiiiblage , La force antique encore et Tantique douceur ; Et causant d*aujourd*hui , de ce Paris volage , A table je goûtais le chamois du chasseur.

Ce que je n*at pas dit à la montagne austère, A la chapelle , au lac qui m^a laissé mon deuil , Mes Amis , je le dis a Tombre salutaire , Au foyer domestique , au cordial accueil ;

Aux vertus du dedans , partout , toujours possibles , Au bonheur résigné , sobre et prudent trésor , Au deToir modérant les tendresses sensibles : Amis , en tous quittant , — Salut! je crois encor !

L^Aigte.

«k MAaMMat» *9^<

AiBdiiifjkiBm ir«

lamaii je n*ai couru lacs ^ montagnes et plaines , Ou les hameaux épars , ou les cités si pleines , Tant d*échos où de nous^ nul bruit ne retentit , Sans mieux sentir en moi , dUmpression profonde >.

ComlHen grand est le monde ,

Combien Thomme petit !

Je n*ai Jamais , de prés , tu la ville où je passe , Les seeret» coins du monde où le hasard me chasse ,

StDS admirer lenr prii bon de nos tmos débats , De tant d*etprita divera moi saluer le nombre ^

Plus solides dans Tombre

Et qo*on nesaara pas.

Je n*ai jamais Técu d*bospilaUère yn» , Pèlerin de passage , an toit qui me convie 9 Sans éproofer qu*il est encor de bonnes gêna y Des justes i sauver la vertu sur la terre ^ A consoler le Père Dans les cieuz indulgents.

Non plus , je n*at jamab , au retour d\tne absence^ Revu Paris , si cber , sans mieux voir sa puissance, Sans y plus admirer tant de noms rattachés ; Surtout sans raooourir , d*une amitié plu» tendre j.

Vers qui veut bien m^attendre^

Vers les amis eacbés f

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