‹ Pensées d'aoûtChapitre 5 sur 12 · DE GÉRARD · texte numérisé non relu

DE GÉRARD

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VNB JBUNB PBHMB AU BAIN»

A HADAHB «feCàllIBB.

Dans ce frais papillon do marbre et de Tcrdure , Qaand le flot naturel avec art détourné, Pour former un doux lac, vient baiser sans murmure Le pourtour attiédi du pur jaspe veiné;

Quand, le rideau de pourpre assoupit la lumière, Quand un buisson de rose acbève la cloison; Chaste au sortir du bain ayant laissé derrière Humide vêtement, blanche écume et toison;

De fine mouuekine à peine revêtue, Amîm, un bras fuyant, Tautre en avant penché) Son beau pied, non chauuë, d*albâtre et do statue, S^éolairant, au parvis, d^un reflet détaché.

Au parvis étoile, d*où transpire et s*exhale Par les secrets d*ttn art, magicien flatteur. Quelque encens merveilleux, quelque rose, rivale Des roses du buisson à naïve senteur;

Simple, et pour tout brillant, dans Poubli d*e1Ie-méme, A part ce blanc de lys et ses contours neigeux, N^ayant de diamant, d*or et de diadème.

Que cette épingle en flèche attachant ses cheveux;

N*ayant que ce dard-là, cette pointe légère.

Pour dire que rabeille aurait bien son courroux , Et pour nous direencor qu*eUen*e8l pas bergère, Un cachemire à fleurs coulant sur ses genoux;

Sans miroir, sans ennui, sans un pK qui Toffense, Sans rêve trop ému ni malheur qu*on pressent , Mêlant un reste heureux dUnsoueiante enfance A réclair éveillé d*nn intérêt naissant;

Qu*a-t-elle, et quelle est donc , ou mortelle ou déesse. Dans son cadre enchanté de myrte et de saphir, Cette élégante enfant, cette Hébé de jeunesse, Hébé que tous les dieux prendraient peine à servir?

Elle eit tronvée enfin la Psyché sans blessure. La Nymphe sans danger dans les bains de Pal las; C'est Ariane henreuse, une Hélène encor pure, Hélène avant Paris, môme avant Hénélas!

Une Armide innocente, et qui de même cnchaf ne; Une Herminie aimée, ignorant son lien ; Aux bosquets de Pœstum une jeune Romaine Songeant dans un parfum à quelque Émilien !

C'est celle que plus tard, non plus Grecque naife , Fleur d*Homère et de l'antique ciel, Hais Béatrix déjà, plus voilée et pensive, Canove ira choisir pour le myrte immortel!

Hais à quoi tout d'abord réve-t-elle à l'entrée De son bel avenir, au fond de ses berceaux ?

A quoi s'oublie ainsi la jeune Idolâtrée ?

A quelle odeur subtile? à quel soupir des eaux ?

A quel ohant de colombe?... à sa harpe éloignée? A l'abeille , au rayon ?... au piano de son choix ? Peut-être au char magique où luit la Destinée, Au frère du Consul , à ceux qui seront Rois ?

A l'épée, au génie , à la vertu si sainte ,

A tout ee long cortège on chacun va venir

La nommer hi plus belle , et dans sa chaste enceinte ,

S'irriter, se soumettre , et bondir, et bénir ?

Car qui la vit mos craindre , en cet heures durable* ,. En ces printemps nombreux et si souvent nouveaux , Les sages et les saints eux-mêmes égarables , Les pères et les fils , enchaînés et rivaux ?

Heureuse, elle Test donc ; tout lui chante autour d*elle ;. Un cerde de lumière illumine ses pas ;.

G^est miracle et féerie l — Arrêtes y me dit-elle ^ Beureuse , heureuse alors, oh ! ne le croyez pas !

— Elle a dit vrai... — Du sein de la fête obligée ,. En plein bal , que de fois ( écoutez cet aveu ) , Songeant au premier mot qui Ta mal engagée , Retrouvant tout d*un coup Pirréparable vomi ,

Le retrouvant cruel , mais respectable encore , (Car, même dans le trouble et sous Tattrait , toujours, La Décence à pas lents , la Crainte qui 8*hoiiore , De leur ton cadencé notèrent èw détours ) ,

Que de fois donc , sentant cette lutte trop forte^ Do milieu des rivaux qui n*osent Teffleurer, En hAte de sortir, im pied hors de la porte , Elle se mit , ainsi que Joseph , à pleurer !

Et pleurant sous les fleurs, et de sa tête ornée Épanchant les ennuis dans un amer torrent , Elle dit comme Job : « Que ne suis-je pas née! » Tant le bonheur d^hymen lui semble le plus grand !

Que de fati|pieausai , de soins (si Voa y pense) y. Que d^angoisse pour prix de tant d*heureux concerts ^ Triomphante Beauté , que Ton croit qui s^avanoe B*une conque facile à la crête des mers !

L*Océatt qui se oourbe a plu» d*un monstre humide , Qn^il lance et revomit en un soudain moment.

Quel sceptre , que d^efforts , ô mortelle et timide , Pour tout faire à tos pieds éoumer mollement !

Ces lions qu*iroprudente , elle irrite , elle ignore , Dans le cirque , d^on geste , il faut Tes apaiser ; Il faut qn^on peuple ardent qui se pousse et déTore A ce ruban tendu s*arrête sans oser.

fatigue du corps ! A fiitigue de Tâme !

Scintillement du front qui rougit et pàlit !

Que sa rosée a froid ! Cette rougeur de flamme Cache un frisson muet qn*en Tain elle embellit !

Ab ! c*est depuis ce temps , même depuis Tautomn» , Quand la fête est ailleurs , quand Tastre pâle a lui , Quand tout débris sauvé , toute chère oouronne , Au soUTenir sacré se confond aujourd'hui ;

Lorsque causant des morts , des amitiés suprêmes ^ Dans ce salon discret , le soir, à demi-voix , Pour Vous fui les pleures , pour les jeunes eux-mêmes^^ Le meilleur du discours est sur ceux d'autrefois y

G^ost seulement alors quMsBurée avoo grâce, KecovTrent les douleurs d*uu sonrire charmaiit , Vous aoceptet la fie ; et repassant sa trace , Vous lui pardonnes mieni qn^aux jours d*encliantement.

Le dévottment plus pur, raniitié ploa égale , Les mêmes , quelques-uns , chaque fois introduits , Le bienfait remplissant chaque heure matinale , Le génie à guérir, à sauver des ennuis ;

Au soir, quelque iepture 9 aux jours où Ton regrette , Un chant d*orage encor sur un claTier plus doux ; Puis Tentretien que règle une muse secrète , Tout un bel art de vivre éclos autour de vous :

Sur le mal , sur le bien , sur Tamour ou la gloire , Sur tout objet , oneillir un rayon adouci, En composer un mieux , à quoi vous voulez croire , Voilà , voilà votre art , votre bonheur aussi !

Aimes-le , goûtez-en la pâleur inclinée ;

Il fuyait ce bain grec où nous vous admirons.

— Rappelons-nous Taveu de la plus fortunée ,

Mortels , sous tant de jougs où gémissent nos fronts !

3&<ii>smB<

(«LBGIB, IMITBB DB M. AUG. ^IL. DE SCHLBGEL).

A MABUn DB 8TASL.

Au sein de Parthénope as-ta goûté la TÎe ?

Dani le tombeau du monde apprenons à mourir ! Sur cette terre en yain , splendidement serrie , Le même astre immortel rè|pie sans se couvrir.

En Tain , depuis les nuits des hautes origines , Un ciel inaltérable y luit d^un fiie asur , Et comme un dais sans plis au front des Sept -CoUittes , S*étend des monts Sabins jusqu*à la tour d*Astur.

En esprit de tristeise immuable et prefonde Habite dans ces lieux et conduit pas à pas ,* Hors Tëobo du passé, pas de Toix qui réponde ; Le souTenir tous gagne , et le présent n*est pas.

Accouru deVOlympe , au matin de Gybèle , Là Saturne apporta Tanneau des jours anciens ; Janus assis scella la chafne encor nouyelle ; Vinrent les longs loisirs des Kois Àrcadiens.

Et sans quitter la chaSne , en descendant d*Evandre , On peut , d*or ou d*airain , tout faire retentir : Chaque pierre a son nom , tout mont garde sa cendre , Vieux Roi mystérieux, Scipion ou martyr.

ÀToir été , c*est Kome aujourd*hui tout entière. Janus ici lui-même apparaît mutité ; Son front vers Tavenir n^a forme ni lumière , L*autre front seul regarde nit passé désolé.

Et quels aigles pourraient lui porter les augures , Quelle Sibylle encor lui chanter ravenir ?

Ah ! le monde TieillH , les nuits se font obscures... Et nous venus si tard ; et pour tout voir finir ,

Nous , réyeurs d*an moment , qui voulons des asiles , Sans plus nous émouvoir des spectacles amers , Dans la Ville éternelle , il nous siérait , tranquilles , Au bout de son déclin , d*attendre i13nivers.

Toilà de Cestku la pyramide «ati^e ; L*ombre au lias iVn prolonge et meurt dans les tom-

[beaux (1).

Lesoir étend son deuil et plus avant m^explique La seène d*alentoup , sans voix et sans flambeaux.

Gomme une cloche au loin confusément vibrante , La dme des hauts pins résonne et pleure au vent : Seul bruit dans la nature ! on la croirait mourante ; £t , parmi ces tombeaux , moi donc , suis-je vivant ?

Henre mélancolique où tout se décolore Et suit d*un vague adieu Tastre précipité !

Les étoiles au ciel ne brillent pas encore :

Espace «atre la Tie et l*itttnortalité !

Hais, quand la nuit bientdt s^allume et nous appelle Avec ses yeux sans nombre ardents et plus profonds , L*etprit se reconnatt , sentinelle fidèle , Et fait signe à son char aux lointains horisons.

C*est ainsi que ton obîI, ô ma noble Compagne, Beau comme ceux des nuits, à temps m*a rencontré ; Et je reçois de Toi, quand le doute me gagne, Vérité , sentiment , en un rayon sacré.

Celui qui dans ta main sentit presser la sienne , Pourrait-il du Destin désespérer jamais?

(1) L« eimelièra dm ProtMliaU i Rome,

Rien de grand avec toi que le bon n*entretîenne> Bi le chemin aimable est près des hauts sommets.

Tant de trésors Toisins, dont un peuple se sèVre, Tentent ton libre esprit et fbnt flte à ton cœur. Laisse-moi découvrir son secret à ta lèvre , Quand Vo fleuve éloquent y découle en vainqueur T

• De ceux des temps anciens et de ceux de nos âges

Longtemps nous parlerons , vengeant chaque immolé j

Et quand , vers le bosquet des pieux et des sages ,

Nous viendrons au dernier ^ à ton père exilé (1).,

Si ferme jusqu*au bout en kii-méme et si maître-, Si tendre au genre humain par oubli de tout fiel , Nous bénirons celui que je n*ai pu connaître ^ Mais qui m*est révélé dans ton deuil éternel !

(1) M. Necker {était mort asscs peu de temps avant celte pièce| qui àok dater de 1805.

4ik aMiti^yo^.

zDiizrzr^o

■ TAT1JAIU.

(sua UNB 8TAT0B D^BNJUNt).

Divîni opiu Alcime^donùs.

L*enfant ayant aperçu

( A Tinsu De sa mère , à peine absente ) , Pendant an premier rameau

De Tormeau Une grappe mûrissante ;

L^enfant , à trois ans Tenu , Fort et nu ,

Qui jouait sur U belle herbe , N*a pu , sans yite en Touloir ,

N*a pu Toir Briller le raisin superbe.

Il a couru ! ses dix doigts

A la fois , Comme autour d*une corbeille y Tirent la grappe qui rit

Dans son fruit.

Buves , buTOi , jeune abeille !

La grappe est un peu trop haut y

Donc il faut Que Tenfant hausse sa lèfre.

Sa lèvre au fruit déjà prend ,

Il s*y prend , Il y pend comme la chèvre.

Oh ! comme il pousse en dehors

Tout son corps , Petit ventre de Silène , Reins^cambrtfs , plus fléchissant»

En leur sens Que la vigne qu*il ramène.

A deux mains le grain foulé

A coulé ; Douce liqueur étrangère f

Tel, pluB jeune , il embrassait

Et pressait La mamelle de sa mère.

Age heureux et sans soupçon !

Au gazon Que Tois-je ? un serpent se glisse , Le même serpent qu*on dit

Qui mordit , Proche d*Orphée , Eurydice.

Pauvre enfant ! son pied levé

L*a sauvé ; Hien ne Pavertit encore. — C*est la vie avec son dard

Tôt ou tard !

C*est Pavenir ! qu^il Tignore !

s<(i>srsraBïS(

oeoomv

A M. A06KR D*A.

CoBtemplator eDÎm , qnAm loli* Iuibîim cumque iDMrtim londimt radio* per optca domorom, multa minuta, nodis multi>| per inanc, ridebii...

Lvcaiea.

— Un rayon , un rayon Tenant je ne saÎB d*où , Rideaux, Tolett ferméa, dans une chambre close. Près du berceau Termeil d*un enfant qui repose , Un oblique rayon trouTant jour au Terrou ,

Et passant comme au crible en Pabsence du clou , Un rayon au tapis dessinait quelque chose , Et , biiarre , y semait des ronds d*or et de rose , Un jeune chat les voit Jeune chat, jeune fou !

Il y court , il s*y prend , il Teat cette lamière ; An pied de oe berceau , manque-t-il la première , II tente la aeeonde , et gronde tout fftché.

Je songeai : PauTre enfant , ce jeu-li c*eit le nôtre ! Nous courons des rayons , un autre , puis un autre , Tant que le soleil même, i la fin , soit couché.

A,mwa «3B»i& atJMBsggaa.

4k mon MMa m^tmmMm^

(Inùté da WwMiingwr UêjSÏMi», «a t^le l^)remei|t njeuni dn leiiièae

sUde).

Vite me quittant pour Elle , Le jeune enfant qu^elle appelle Proche ton lein te plaça ; Elle prit ul ttte blonde , Serra la bouchette ronde , DMlheur! et TembraMa.

Et lui y comme un ami tendre , yenlaçait , d*un air d*entendre

Ce bonheur qu^on me défend.

Et j*auraif donné ma Tie Pour être Thenreux enfant.

Pnit, elle auisit6t sortie , Je pris Tenfant à partie , Et me mis à lai poser , Aux traces qu*eUe avait faites, Mes humbles lèrres sujettes :

Même lieu , même baiser.

, quand j*y cherchais le bàme (1 ) Et le nectar de son Ame, Une larme j*y trouvai.

Voilà donc ce que m^envoie , Ce que nous promet de joie Le meilleur jour achevé !

(1) Boêmt^ baume.

À jBB-éM&ASBîfc Sbé^ 9ft« SMft QSt

Que votre char , i ▼oui , n^ait teooutsea ni bruiU f Qu*il gUffe en de longf rangf de tilleul» et de taules ,. Comme un doux palanquin porté sur des épaules, A la clarté des tièdes nuits !

Qu'au côté douloureux nul coup ne retentisse ! Et qu*à peine arrivée à cette onde propice , A Tume qui bouillonne au pied des rameaux verts. Chaque flot double en vous ses vertus souveraines , Ramène la fraîcheur et la paix dans les veines ^ Et fonde tous graviers amers !

Partex , et que les dieux se mêlent au voyage ,. Celui du bon sourire et du parlait langage , Et celui de la grAce et du noble maintien!

Et celui des beaux noms , qui , jeune et séculaire , Conserve si léger, aux mains faites pour plaire , Le sceptre qui ne blesse rien î

Non , — que le Dieu vivant , le seul qui vous connalue Celui de la famille et des amis qu*on laisse , Vous protège et vous garde, et vous rende aux souhaits Au Thil , dans votre allée où pleure le feuillage, La porte close attend , par où , vers le village , Vous vous échappiex aux bienfaits !

Près de vous & la ville , et quand un soin fidèle • A , dès l*aube , aux devoirs partagé votre zèle , Aux heure» des loisirs et des riants discours , On s*assied' , et d^amîs une élite choisie

Prolonge , recommence honneur et courtoisie ,

Et ce charme , parfum des jours.

Ceux qui , se rencontrant dans cet aimable empire , Se sont , pour tout Ken , tus à Totre sourire , Si plus tard dans la Tie ils se croisent encor , Soudain la bienveillance a rapproché leur Ame, Car leurs destins divers et dMnégale trame

Ont touché le même anneau d*or.

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