‹ Pensées d'aoûtChapitre 8 sur 12 · POUR ITIIE MORT,.- POUR UN DÉPART · texte numérisé non relu

POUR ITIIE MORT,.- POUR UN DÉPART

Plenrex , oiseaux! la jeune Tarentine (1) , Une autre fois , a , pour Palgue marine , Quitté nos prés.

Une dernière fois , la jeune Athénienne , En se jouant, a Togué vers Cyrène; Pleurez !

(1) Se rappeler la iolie pièce d'André Ckénier rt la Xymétha de M. de Vigny.

Pleures , oiteanx et colombes plaintiTes ; Et YOOf gatment , ebeillet , for nos rvrt»

Ne mannarei ! Celle qui tous suÎTait , celle dont fat la TÎe Joie et blancheur et murmure , est enfuie ; Pleures !

Pleures , tous tous que sa yoîx qui caresse , Son œil qui rit , tenait avec adresse

Désespérés ; Sa perte à tous les cœurs épris de sa morsure , Sans plus de miel , Ta laisser la blessure ;

Pleures !

Et TOUS , Chanson , qu^elle appelait près d*elle, Et qui n*oses qu*effleurer de Totre atle Ses fils dorés , Sous le lilas désert , où sa place est laissée Soir et matin , fidèle à sa pensée , Pleures !

Qnand , de la jeunefimaiite , en ton linceul couchée, Accompagnant le corps , deux amis d*autrefois , Qui ne nous Yoyons plus qu^à de mornes oouTois , A cet âge où déjà toute Uurme est séchée,

Quand, Toffice entendu , tous deux silencieux, SuiTant du corbillard la lenteur qui nous tratne , Nous pûmes , dans le fiacre où six tenaient A peine , L*un dcTant Tautre assis, ne pas mêler nos yeux,

Et ne pM nous fonrire , oa ne pef lentir même Une prempte rongeur colorer notre firent , Un reite de colère, un battement suprême D^une amitié si |;ranile , et dont tous parleront ;

Quand , par ce eiel funèbre et d'avare lumière , Le pied sur celte fosse ou Ton descend demain ^ Nous pûmes jusqu'au bout, sans nous saisir la main, Voir tomber de U pelle une terre dernière ;

Quand cbacun , tout fini, s'en alla de son bord , Oh! dites! du cercueil de cette jeune femme, Ou du sentiment mort, abfmë dans notre âme, Lequel était plus mort ?

Si^aaim

A MÂDAMB M.

Quoi ! TOUi Toulei , par bonté , quelqaefois , Pour épargpaer ma paupière an peu tendre , Un pen lassée, an soir, me faire entendre, Ln par Toos-même , un livre de mon choix !

Vous liriet tout , Fanriel et Gaulois (1) ; Et le sujet, à fond , me Tiendrait prendre ,

(1) L*ac«ll«B(e Hiêtoirê de la Gaml§ méridianaUi par H. twrUt, •▼■it jwni ren ce tempt, mftii on peu iaporUnte et lériflmM p<rw lin Im i d«ia en cette façon.

Daiii le fauteuil où j^oserau m*étendre ,.

Indifférent à Paccent de la toîz f

Hait Totre voix , c*ett la oouleuTre rvre y loainuante et limpide f et furtÎTe , Col gracieux et de gria nuancé f

La Toir courir est dio«e trop peu ■ûre ; Elle ett aani dard , et je crains sa piqûre ; Ou , tout au moins , je tfi iii d*étie e nlacée

^ la JDanu ires BOttneto

Pour qni on me demaodait an Tert, «prit des anBéet.

Pourquoi , quand tout a foi, quand la fleur ëphémèro A séché dès longtemps sur cette ronce amère , Pourquoi la remuer , chaste souffle des bois ? Pourquoi, quand tout le cœur a sa fatigue obscure, Pourquoi redemander , onde joyeuse et pure, Qu*on se mire encore une fois?

Ah! s'il réputé un ■oir à cet rivet de Seine , Celui dont l*œil cBerohait quelque étoile incertaine, Il te dit qu*autre ^art , aux bordt qu*on touhaitait , Vattre luit, que la brite est fraîche , l'onde heureute. Gomme au moit det lilai la famille amoureute. ». , Il le tait y et te tait r

ék iff» vtuikXkmmAua.

....... Coi pauca rêltct

Jag«ra mrU erant •

VlKSIU.

Oh ! qae je puisse un jour, tout un été paisible , Libre de long projet et de peine sensible , Aux champs, sous votre toit, ô bienveillant railleur , Dans la maison d^un Pline au goût sûr et meilleur , Causer et yous entendre , et de la fleur antique Respirer le parfum où votre doigt Findique , Et dans ce voisinage et ce commerce aimé| Me défaire en mes vers de ce qu*on a blâmé ,

Sentir ▼enir de ▼out et paiter ear ma trace Cette émanetioii de doucear et de gr&oe, Et cette lumiDeuse et vive qaaUté Par où Peffort 8*enfuie et toate obacnrité !

Et paiMé-je, en retoar de ce bienfait de maître , Tout pénétré de TOUS, vous pénétrer peat-étre, Vous convaincre une fois (car on a lei raiaont) , Et vous les embellir , comme Horace aux Pitons !

En attendant, je veux sur mon petit poème, Sur ce bon Magister un peu cbétif et blême.

Vous dire mon regret de son sort, mon souci Chaque fois que chex vous je n*ai pas réussi. Si votre grâce aimable élude quelque chose , Quand je vous parle vers, si vous louez ma prose, Si , quand j'insiste hélas ! sur le poème entier, Votre fuite en jouant se jette en un sentier, J'ai compris, j*ai senti que quelque point m*abuse, Qu*il manque en plus d*un lieu le léger de la muse ; Et bien que tout poète , en ce siècle, ait sa foi , Son ch&teau-fort à lui , dont il est le seul roi , J^bésite, et des raisons tant de fois parcourues ' Je crie à moi Télite et toutes les recrues.

La poésie en France allait dans la fadeur , Dans la description sans vie et sans grandeur , Gomme un ruisseau chargé dont les ondes avares Expirent en cristaux sous des grottes bizarres , Quand soudain se rouvrit avec limpidité Le rocher dans sa veine. André ressuscité

Parut : HyUa/endait à ce fils des abeilles

Le miel frais , dont la cire éclaira tant de veille».

Aux pieds du vieil fiomère iljcbantait à plaisir ,

Montrant l'autre horizon , TAtlantide à saisir.

Des riyanx, sans Tentendre, y couraient pleins de flamme f .

Lamartine ignorant , qui ne sait que son âme ^

Hugo puissant et fort , Vigny soigneux et fin ,

B*utt destin inégal , mais aucun d'eux en vain ,

Tentaient le grand succès et disputaient Fempire.

Lamartine régna ; chantre ailé qui soupire ,

Il planait sans efibrt. Hugo , dur partisan ,

Comme chez Dante on voit , Florentin- ou Pisan ,

Un baron féodal , combattit sous Tarmure ,

Et tint haut sa bannière au milieu du murmure :

Il la maintient encore ; et Vigny, plus secret , ^

Comme en sa tour d'ivoire , avant midi , rentrait.

Venu bien tard , déjà quand chacun avait place , Que faire ?'où mettre pied ? en qnel étroit espace ?^ Les vétérans tenaient tout ce champ des esprits . Avant qu*il fût à moi , l'héritage était pris.

Les sentiments du cœur dans leur domaine immense , Et la sphère étoilée où descend la clémence , Tout ce vaste de Tâme et ce vaste des oieux , Appartenaient à l'no , au plus harmonieux.

L'autre à de beaux élans vers la sphère sereine Mêlait le goût du cirque et de l'humaine arène ;. Et pour témoins , au fond , les lutins familiers , Le moyen-flge ea chœur , heurtant sea cfaevaliera ,.

imeireillaiènt réoho i Sous ma triste muraitle , Loin des nobles objets dont le mal me travaille , Je ne tïs qn*ane flear , an puits demi-ereusé , Et je partis de li pour le peu que j*osaî.

On raconte qu^au sein d*une des Pyramides , Aussi haut que la cime atteint aux cieux splendîdes , Aussi profond s*enfonce et plonge dans les flanos- , Sous le roc de la base et les sables brûlants , Un puits mystérieux , dont la pointe qui sonde , A défaut de soleil , s'en va ressaisir Tonde. En ce puits , sUl n^ayait pour couyercle d^airain , Pour sépulcre éternel , son granit souverain , On Terrait en plein jour, malgré Theure étonnée , La nuit dans sa fraîcheur se mirer couronnée. Si les cieux défendus manquent a notre essor , Perçons , perçons la terre , on les retrouve encor !

Mon jardin , comme ceux du vieillard d*0£baUe, N*avait pas en beauté le cadre dltalie , Les festons de Pacanthe et le myrte au rivage. A peine j*y greffai quelque mûre sauvage , J*7 semai quelques fleurs dont je sais mal les nom». Mais les chers souvenirs , auxquels nous revenon» , Eurent place ; on entend Theure de la prière; Mais , sans cadier le mur du voisin cimetière , Ma haie en faitPabord plus riant et plus frai», Et mon bano dans Pallée est au pied d*an oyprè». A l*autre bout , an ooîn de ce ehamp qui confine , L^boDiou est borné par la triste chaumine f

Demenro d'àrtwaii dont B*entend le marteau.

La forge , aTOc le toit qui t'adosse au coteau , Dés raarore , i trayen la pensée embaumée , Nem*épar|pie son brait , ni sa pauYre fumée.

Ainsi Tont les tableaux dont je romps les couleur» , Kachetant Fidéal par le vrai des douleurs.

Plus est simple le vers et côtoyant la prose , Plus pauvre de belle ombre et d*haleine de rose , Xt plus la forme étroite a lieu de le garder. Si le sentier commun , où chacun peut rôder , Longe par un long tour Totre haie assez basse Pour qu'on Toie et bouvier et génisse qui passe , Il faut doubler Tépine et le heux acéré Et joindre exprès d'un jonc chaque pied du fourré. Si le fleuve ou le lac , si l'onde avec la Tase Menace incessamment notre plaine trop rase , Il faut sans aToir l'air , faute d'altier rocher y Revêtir un fossé qui semble se cacher , Et qui pourtant suffit , et bien souvent arrête. La Hollande autrement ne rompt pas la tempête , Et ne défend qu'ainsi ses pâturages verts Et ses brillants hameaux , que j'envie en mes vers. Ce rebord du fossé , simple et qui fait merveille , C'est la rime avant tout ; de grammaire et d'oreilie C'est maint seeret encore , une coupe , un seul mot Qui raffermit à temps le ton qui baissait trop , Un son inattendu , quelque lettre pressée Par où le vers poussé porte mieux In pensée.

A ce jeu délicat qui veut être senti Bien aiséntnt se heurte im pas inaverti.

Cet air de prMc , mi loin , sans que rien la rehausse , Peut faire voir nos prés comme on verrait la Beauce ; Mais soudain le pied manque, et Ton dit : Faute d'art l Qui donc irait courir dans Venise au hasard ?

Virgile Tenchanteur , ce plus divin des maîtres , Quand jeune il essayait ses églogues champêtres , Quand , dans ce grand eJBTort pour le laurier romain , Se croyant tard venu , par un nouveau chemin Il tâchait d^étre simple en des vers pleins d*étnde , Dont Tark, souvent hardi , s*oublie en habitude , Parut-il dès Pabord avoir tout remporté , Et son C»jum pecusne fut-il pas noté ?

Despréaux réternel , que toujours on oppose , Quand de son vers sensé , si voisin de la prose , Il relevait pourtant la limite et le tour , N*eut-il pas maint secret, tout neuf au premier jour ^ Que Chapelain bl&mait et que Brossette épèle, Qu*au lieu de répéter , il faut qu*on renouvelle ? D*Huetou de Segrab le vieux goût alarmé Resta blessé d*un vers, aujourd^hni désarmé ; Car, en y trop touchant, on usa la mémoire De ttfnt de traits heureux brisés dans leur victoire.

Je dis. — - Mais la raison, et vous, d*nn air flatteur. Tout bas me ramenés pourtant de ma hauteur, Et de ces noms si beaux et vers qui je m*égare, Au moment d*aujourd*hni, moins propice et moins rare^ Se peut-il en effet ( sans nier les talents) Que dans la même langue, en deux âges brillants,

$6 forme tel easemble et telle conjoncture,

Où l*art et le poli, naissant cle la nature,

$*en souvenant toujours , et voulant déjà mieux,

Éclatent tout et point au fruit aimé des cieux ?

Est-il vrai que deux fois Tenveloppe entr*ouverte

Nous montre le bouton dans sa fleur la plus verte.

Sitôt épanouie? et dans un an, deux fois,

La grappe brunit-elle au coteau de son choix?

Des vers naissant trop tard, quand la science même, Unie au sentiment, leur ferait un baptême, Des vers à force d*art et de vouloir venus, Que le ciel découvert n*aura jamais connus ; Que n*<mt pas colorés le soleil et les pluies ; Que ne traversent pas les foules réjouies ; Que les maîtres d*un temps dans les genres divers Ignorent volontiers ; que ni Berryer, ni Thiers, Ni Thierry, ne liront, qu'ils sentiraient à peine, A cause des durs mots ench&ssés dans la chaîne ; Des vers tout inquiets et de leur sort chagrins. Et qui n'auront pas eu de vrais contemporains ; Qu'est-ce que de tels vers ? j*en souffre et m'en irrite. .. Hais la Muse fait signe et me dit Théocrite , Théocrite, qui sut dans l'arrière-saison, Et quand Sophocle était le même à l'horison Que Racine pour nous , en si neuve peinture Chei les Alexandrins ressaisir la nature.

Ainsi je vais, toujours reprenant au bel art , Au rebours, je le crains, de notre bon Nîsard ,

Du critique Nisard, honnête et qn*on eitime,

Mail qaî trop hareeU notre effort légitime.

Il M hâte, il prédit, il deTance le foir ;

Il frappe hroyamment le rameau qui doit ohoir ;

Je Youdraii Pétayeri et tâcher que la lèTe,

Demain oomme aujourd'hui, soua le bourgeon qui lève

Ne ceuAt de courir en ce rameau chéri,

Et que Tendroit eut iprAce où noua aTons souri.

L*Art ett cher à qui Taime, et plus qu'on n'ose dire j^ Il rappelle qui fuit, et, sitôt qu'il inspire, Il console de tout : c'est la chimère enfin.

Pour les restes épars de son banquet dÎTÎn, Pour sa moindre ambroisie et l'une de saa miettes. On Terrait a la file arriver les poètes.

J'irais à Rome à pied pour un sonnet de lui.

Un sonnet oomme ceux qu'en son ferrent ennui Pétrarque consacrait sur l'autel à sa sainte. '

Pour un seul des plus beaux, j'irais plus loin sans plainte. Plus joyeux du butin, plot chantant, au retour. Qu'abeille qui trois fois fit l'Hymelte en un jour.

Hais, si croyant qu'on soit, plus on porte espérance A l'art dans son choix même et dans sa transparence. Et plus de soi l'on doute à de fréquents instants. En cette urne si pleine où les noms éclatants, Médailles de tout poids à nobles effigies, Uiades en masse, oboles d'élégies, Se dressent , et nous font Pantique et Trai trésor ; Dans ce Tase où ne tient que l'argent par bu l'or ,

Il me parait, bélas ! qne, vers le tabernacle, Mon denier, chaque fois qa^il a tenté Torade, B*abord a sonné juste et semblait accueilli, Et pourtant a toujours a mes pieds rejailli l

Quand même il resterait , quand je pourrais le croire^ Quand tous autour de moi feraient foi de Thistoire Et diraient qu^au trésor 8*est mêlé le denier; Quand le Cénacle saint défendrait de nier, Tout exprès pour cela réTeillé de sa cendre ; Quand Lamartine ému, qui viendrait de m*entendre. De sa voix la plus mAle et de son ferme accent Jurerait que c^est bien; quand Hugo pâlissant, De son front sérieux et sombre qui balance, Mieux qu*en superbes mots répondrait en silence ; Que Chaetas , déridant son cœur de vieux nocher, A mon vers mieux sonnant se laisserait toucher ; Si TOUS, charmant esprit et la fusion même , Yous , le passé vivant et la langue qu*on aime , La plus pure aujourd'hui , regrettable demain , Vous le goût nuancé glanant sur tout chemin , Vous le prompt mouvement et la nature encore , Si vous restei surpris àTécho que j'adore, A cet art , mon orgueil , mes craintives amours , Si vous n*y souries , je douterai toujours î

A. siussrva^sav'ipa.

M. Alfred de ttnswt i ayant in on de met artîcie« k la Rêvm du éku»

M0ntli$, mVcfîvit ces vert :

S QéiJisnim^mmmvrm^

Ami , tu Tas bien dit : en nous, tant que nous sommes,

II existe souvent une certaine fleur

Qui s*en Ta dans la vie et s^effeuille du cœur.

Il se trouve, en un mot, chez les trois quarts des hommes,

Un poète mort jeune , à qui Thomme surrit (1 ).

Tu Tas bien dit , Ami , mais tu Pas trop bien dit.

(1) Ariicle inr Mille voye.

Tu oe prenaif pas gtrde , en traçant ta peniée , Que ta plume en faiaait nn Ters harmonieux , Et que tu blasphémaii dans la langue des dieui. Relis-toi ; je te rends à ta Muse offensée.

Et souviens-toi qn^n nous il existe souvent Un poète endormi , toujours jeune et TiYant.

^ ^EU&3S&9Sai> SE>a {!î\9âtS3£^«

s saÊ9jama> ma juMMir»

BKP01I8B.

Il n^est pas mort , Ami , ce poète en mon âme ; Il n*e8t pas mort. Ami , ta le dis , je le crois. Il ne dort pas , il veille , étincelle sans flamnie ; La flamme , jeVétouffe , et je retiens ma Toix.

Que dire et que chanter quand la plage est déserte , Quand les flots des jours pleins sont déjà retirés , Quand Técanie flétrie et partout Talgue ^rte Couvrent au loin ces bords , au matin si sacrés ?

Que dire des soopîrs que la jeoneMe enfuie Renfonce à tons instants à ce cœur non soumis ? Que dire de» banquets ou s^éj^ya la vie , Et des premiers plaisirs , et des premiers amis ?

L* Amour vint , sérieux pour moi dans son ÎTresse. Sous les fleurs tu chantais, raillant ses dons jaloux. Enfin, un jour, tu crus ! moi , j*y croyais sans cesse ; ^pt ans se sont passés !... Alfred, y croyons-nous?

L*une , ardente , vous prend dans sa soif, et vous jette Comme un fruit qu*un méprise après l'aToir séché. L*autre, tendre et croyante , un jour devient muette , Et pleure , et dit que Fastre , en son ciel , s*est couché.

Le mal qu*on savait moins se révèle a toute heure , Inhérent à la terre , irréparable et lent.

On croyait tout ohan^r, il faut que tout demeure. Railler, maudire alors , amer et violent.

A quoi bon? — Trop sentir, o*ett bien souvent se teire , C*est refuser du chant Taimable guérison , C*est Touloir dans son cœur tout son deuil volontaire , (Test enchaf ner sa lampe aux murs de sa prison !

cependant , Ami , si ton luth qui me tente , Si ta voix d'autrefois se remet k briller,

Si toa frak foo^enir daos ta course bruyante , Ton cor de gai chasseur me revient appeler.

Si de toi quelque accent lé^er, pourtant sensible, Comme aujourd^ui, m^apporte un écho du passé, S*il revient éveiller à ce cœur accessible Ce qu*il cache dans Tombre et qn*il n*a pas laissé,

Soudain ma voix renatt, mon soupir chante encore, Mon pleur, comme au matin, s^échappe harmonieux. Et tout parlant d^ennuis quUI vaut mieux qu*on dévor e, le désir me reprend de les conter aux cieux.

«y^ttl»,

EN TOTAGB SUR VMB IMPBRUIB SB TOITORB PENDAMt QO»

JB TRATBRSAIS LB PATS.

Noas ne passons qu*an instant sur la terre.

Et toat n*y passe avec nous qa*un seul jour, Tâchons du moins , du fond de ce mystère, Par œuvre vive et franche et salutaire, De laisser trace en cet humain séjour !

Que la vie en nos chants éclate on se reflète, La vie en sa grandeur ou sa naïveté !

Qde ce vieillard assis, dont la part est complète , Qui vit d*un souvenir sanrcesse raconté;

Que U mère et Tenfant qu'elle allaite ou qai joue, Et celui, déjà grand, échappé deia main, Imprudent qui (bon Dieu !) sort de dessoui la roue, Comme un lièvre qui lève au milieu du chemin ;

Que oei femmes au seuil, coquettes du yillage , Et celles de la ville au^cœur plus enfermé, Tous ces êtres d'un jour nous lirreut quelque gage De ce qu'ils ont souffert, de ce qu'ils ont aimé !

Que cet âne au poil fin, qui de son herbe douce Se détourne pour yoir nos tourbillons troublés; Ce petit mur Têtu de tuiles et de mousse; Ce grand noyer faisant oasis dans les blés;

Que tous ces accidents de vie et de lumière, Par quelque coin du moins, passent dans le tableau! Que (tant il y verra la ressemblance entière) L'oiseau pique au raisin, ou veuille boire à l'eau !

Mais que l'homme surtout, que les hommes, nos frères , Et ceux de ce temps-ci, malgré les soins contraires , Et ceux plus tard venant, tous d'un même limon. Qu'ils se sentent en nous aux heures non frivoles , Qu'ils trouvent , un seul jour , leurs pleurs dans nos Et qu'ils y mêlent notre nom! [paroles,

s<i!>srsrs2i£,

aiDoaav

k M. J. HAVRICS.

Dm» le Jura.

Nousd^raTissioDs de nuit uno route sévère, Une côte escarpée aux rochers les plus hauts; L*oraf9 sfail eeaaé; chaque nue en landieaox Flottait, laissant des jours où brillait quelque sphère.

Une raie un peu blanche au loin parut se faire : Cest l*aube, ditquelqu*un; — et sur ces monts si beaux , Si beaux de ligne sombre, et pour moi si nouveaux , Je chantais en mon cœur : Voyons Taube légère!

Mais, à peine à mon siège où j^étais remonté ,

Le sommeil du matin, pesant, précipité, ^

Ferma de plomb mes yeux. — Qaand d^à I*aube errante

Luit du bord étemel , ainsi Tautre sommeil , Le sommeil de la mort saisit TAme espérante , Et nous nous réveillons au grand et plein soleil \

aM>smavs<

o^aajiws»

Je cdtoyaif oo lae , tant nommé dans mon rôvo ; Je le tenais enfin , et j*ea Toyais le tour.

Le rapide bateau Tembrassait d*un seul jour.

Joyeux , je commençais ce qui sitôt t^achèTe.

Cbaque instant amenait quelque nom qui se lève : Coppet Tenait de fuir ; Lausanne avait son tour ; Vevay luisait déjà sous sa légère tour ; Clarens ,... quoi ! c*est Glarens ! bosquet d*ardente tièfe !

J*adiiiiraif , mtis tans plean , maii tans jenne transport ;

Kien en moi ne cliantait ou ne fallait effort.

Je disaif : Est-ce toat ? — Le pea de ce qu*on aime ,

La fin des longs désirs , leur inégale part ,

Me reyenaient alors ; je m^accnsais moi-même ,

Beaui monts , cadre immortel, et que je vois trop tard !

Mais dans Tautre moitié du rapide passage , Un mot dit sans dessein fit nattre à mon côté , Fit jaillir un regard d*esprit et de beauté , Tout an jeune bonheur , tout un charmant langage.

Elle parlait du Beau dont Dieu peignit Timage , Des grands livres , de Part tu dans sa majesté , Bu coteau plus sévère et trop vite quitté , Puis de sa chère enfant au retour du voyage !

Je la voyais au cœur , sur ce lac transparent , Aimant tout ceiiu*on aime en la vie en entrant , Confiante jeunesse , admirante et sereine !

Mon regard aux coteaux glissant moins attaché ; Et tous ces sentiments accompagnant la scène , Les lieux furent plus beaux , — je revins plus touché ^

^ ab^^jBSBdb a'vsts^<Basss m^

41 sL^dimmâ mvavJi^aim m»

A blessed loi hath he....

CouMiMB» J^bittinê har0$.

Il Ci t trois foif béni , celui qai dans ta Tille , En proyince resté , comme au siècle tranquille ^ T grandit, y mûrit , intègre et conservé ^ Dans la même maison qui Tarait élevé Devient maître , puis prêtre eh cette église même Où sa communion se fit , et son baptême.

Il n*a pas tour à tour de tout astre essayé ; Chaque Tant ne Va pas tour à tour balayé.

Non qu*il ignore an fond la m et la tenpéte.

L^éeume aaiai peut-être a patié f or m tête ;

Mais il et t an rocher. A Toaloir trop ramer.

Sur cet flotf înoonitants que Ghrift leul peat calmer ,

Il n*a pai défailli , ni bu , dam m détresfe ,

A cet eaux où te perd le goût de tainte* ivrette.

Il tait le mal , il tait maint funette récit ,

Mait de loin il let tait , la dbtanee adoucit;

Ailleurt ce qui foudroie , au rivage réclaire ;

Chaque ombre à llioriaon rend gloire au tanotoaire ;

Et tout cela lui fait , dét ioi-bat meilleur,

Un monde où, par delà , ton obU voit Pantre en fleur.

Le tort , ou bien plutôt la Sagette adorée , M^a fait ma part plut rude et moint inaltérée. Ami , j*ai bien ramé , lesté je rame encor , Sant etpoir et tant fin , depuis mon jeune ettor , Oepuit ce prompt départ , d*où met gattét naïret| Voyaient au ciel prochain jouer toutet let riret. Ce que j*ai tu d*amer, d^iofidèle et de faux , Et , pour ravoir trop tu ce que de moint je vaux , Ce qui me tache Pâme, Ami , tu le devinet.

Rien qu'aux timplet clartét det parolet divinet. Oh ! combien différent de cet aprét-midit, De cet jours où j'allatt arec toi , let jeudit , Où nout alliont , tout prêt , an vallon du Denaore , Y cherchant la Tempe que Virgile oontacre , Ou bien à Rnpenbert , où nout cueilliont let frnitt , Ou , vaguement an loin par not ditoourt oonduitt. Aux falaitet det men, i Teoéan lufr-nême^ Immente, répondant à Timmcnte problème !

Kous le posimis déjà ce problème lointiîii, Comme au temps des ¥ëlU (1) et des saint Augustin, D*une tendre pensée, 4 U leur assortie, Recommençant tons deux les entretiens d'Ostie. Oh! combien différent je repense A ces bords î Mmns différent pourtant qu*il ne semble ; et dès lors Plus d*un trait A Pavanoe eût prédit notre histoire , ■oid^iè choisissant dans tout ce qu*il faut croire , Et toujours espérant concilier les flots ; Toi plus ferme A Saint*Pierre, y fondant ton repos^

Je vais donc et j^essaie, et le but me déjoue , Et je reprends toujours , et toujours , je t^avoue , Il mç platt de reprendre et de tenter ailleurs , Et de sonder au fond , même an prix des douleurs \ D*errer et de muer en mes métamorphoses ; De saf oir plus au long plus d*hommes et de choses , Dussé-je , au bout de tont , ne trouver presque rien r Cest mon mal et ma peine , et mon charme aussi bienv Pardonne, je m^en pleins , souvent je m*en dévore , Bt j*en veux mal guérir ,... plus tard , plus tard encore \

Mais , quand je rais ainsi dans ce monde A plaisir , Qu*une épreuve de plus fait faute A mon désir ; Quand je crois avoir su quelque ombre plua obscure , Par où se dérobait la maligne nature ; Quand, cent fois, inqimdent, A la flamme brûlé, Je me retrouve encor A ma perte envolé,

(1) Se rappeler TOcfaviM de ViBatiiu Felîc

Et qn*enoore une fois , je reconnaîi coqoettef

Net grandi hommei du jourt , ëcrWiins et poètes ,

Qui, dès quHls ont tiré ce qu*i!s veulent de tous ,

La louange en tous sens sur les tons les plus doux,

Vous laissent , tous jugeant la plume trop usée;

Quand j*ai souffert au cœur d*nn amitié brisée ;

Aussi d*un pur plaisir quand parfois j-âi joui ;

Quand des pays nonveauz et grands, comme anjourd^haf,

M*entratnent à les voir ; cfue le Léman limpide

Se déroule en un jour sous la Tapeur rapide ;

Que d*Altorf , ou du pied du Righi commencé ,

Me retournant d*abord , et Tœil sur le passé ,

Je revois de plus haut le vallon du jeune Age ,

Le Terger de doute ans , premier pèlerinage ;

Quand un rare bonheur se rerient révéler ,

St que tout bas on dit : « A qui dono en parler ? •

Alors je sens besoin d*un ami bien fidèle ,

Bien ancien , bien sûr, qfoi sache et se rappelle ;

Un témoin du départ et des premiers souhaits ,

A qui parler de soi sans le lasser jamais

(Car lui-même c*est nous, car nous sommes lui-même ),

Avec qui s*épancher , de confiance extrême ,

Jusque dans ces douleurs qu^au lévite prudent

L*intime ami blessé fait toucher cependant ;

Je cherche cet ami : les amitié récentes ,

Si vives sur un point , sur l*autre sont absentes ;

Et je cherche toujours , toujours plus loin en moi.. ,

Tout d*un coup je le nomme..., et cet ami , c'est toi !

Altorf.

^ 3*«>WIM^V«S^âiW«

41 mMià4kir^iP4kJnt.

(A bord d*aii bateau 1 rapear).

Noas partio ns sur le lac que le matin caresse ; A ce soleil levé dans son plus frais souris, Lm durs sommets des monts, éclairés, attendris. Fusaient un horison d*Italie ou de Grèce.

Seule avec son enfant, d*un air de quakereiie, Xa jeune Géneroise, aux beaux regards contrits, Semblait voir ces grands lieux dans leur céleste prix. Timidement, d*un mot, près d*elle je m^adresse.

Elle daigna répondre aveo des yeux bien doux ; SUe parlait de Dieu, qui, pour d*autret jaloux, Stt clément pour les uns, et m*indiquait la trace.

Et nous allions ainsi, par ce charmant matin. Aux suaves blancheurs du plut Tague lointain. Sondant Taube étemelle et causant de la GrAce.

4B<i!>srsnsifi»

Moomv

k M. P. VE LUIATRAC.

Je moiilais, je montais ; an guide ni*acconipagne, Choisit les dnrs sentiers, et m*j dirige exprès ; Car je veux, lung-Fran, toucher tes pieds de prés ! Le soleil est ardent, d*aplonib sur !a montagne.

Mon frrmt nage, mon pas est lourd ; au plus je gagne Une moitié du mont. Mais les flancs plus secrets S*y découvrent soudain en pAturages frais, Hénageant un vallon comme en douce campagne.

Aînti, grand Diea, tu fais, quand ta nous vois lassés. Dans la vie, au milieu, quand nous disons : Asses ! Un vallon s'aperçoit, et tu nous renonyalles.

Si Ton monte toujours, A peine on s*en ressent ;

Et rhomme réparé reprend, obéissant,

Plus haut, vers les clartés des neiges éternelles !

Wengern-Alp.

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il m. 9^990»

(Après «Toir tniti «on eoun éa poétra laliae).

Quand Catulle par tôt nous exprime Ariane, La querelle des chœurs d*Hymen et de Diane, Bu délirant Atys le sexe ensanj^lanté, Ou Lesbie et lui-même en ses feux raconté, Sa joie et sa ruine, et, tout après Tinjure, La plainte si pieuse et la flamme encor pure ; Quand, par tout son détail, en tes fines leçons Nous suivons le poète, et que nous saisissons

Tant de génie inclut lom one forme brève Kttant d*efforts certains d*o Virgile relère, Quelquefois, au milieu du discours oommenoéy Un auditeur de plus, un vieillard tout cassé, Qui revient par fiitigue, à ce bout de carrière. Se bereer aux échos de la Muse première, Un vieillard , du bâton aidant son pas tardif, Descend et prend sa place à ce banc attentif; Et moi, du goût par toi méditant le mystère , Je songe : Ce vieillard, supposons, c^est Voltairet C*est luiî (car bien souvent dans mon rêve jaloux Je me demande d*eux : Que diraient-ils de nous ) ?" C*est lui doue : du tombeau réveillé par miracle. Sans trop se re rendre compte , il va cherchant oracle Dans ce pays latin qu*à peine il reconnaît, n a vu la Sorbonne, et, maint grave bonnet Lui passant en esprit : u Sachons ce qu*ony pense !» Il a dit , et suivant quelqu*un qui le devance. Il est entré tout droit, el nous est arrivé.

Il s^assied, 11 écoute : « Oh ! d*Atys énervé. De Bérénice en astre, ou des pleurs d* Ariane, Qu*est-ce donc, se dit-il Th. thèse est bien profiine ! » Mais il n*a pas plus tôt ouf deux traits charmants : «Peste ! le Welche encore a du bon pair moments ! « Il goûte, en souriant, cette pure parole, Cetonjusteet senti, non pédant, non frivole, Cette culture enfin d*un agréable esprit.

Qui du travail d*hier chaque jour se nourrit, Comme une plate-bande, une couche exposée Qu*ont pétrie à loisir soleil, pluie et rosée.

L*honnéta liberté de cet enseignement.

Cette facilité de tourner décemment, B^affronter sans effroi, sans lâcke complaisance,- L'impureté latine et sa rude licence, Le frappent : rien qu'à voir le maître ainsi placé, n sent qa*un changement sur le monde a- passé.

Catulle, il Va peu hi ; mais, comme toutes choses,

Bans Tensemble il le sent, d'après les moindres doses.

Il admire comment aux écrits des anciens,

Que trop à la légère il traitait dans les siens,

On peut lire en détail et gloser ayec grâce.

Et tirer maint secret pour un art qui s'effiice*

Il se dit que ^i-même et son yers si hâté

Supporteraient bien peu cette sévérité.

Il repense à Racine, à la forme sacrée.

Égale an sentiment, lui donnant la durée,

Par qui tons les vrais purs sont au même Talion,

Et qui faisait Catulle aimé de Fénelon.

Ainsi le grand témoin qu'à plaisir je te donne. Le moqueur excellent se désarme, et s*étomie Qu'on tfonve au vieil auteur tant de nouveaux accès. Et qu'on dise toujours aussi net et français.

Les Latins, les Latins, il n'en faut pas médire ; C'est la chaîne, l'anneau, c'est le cachet de cire, Odorant, et par on, bien que si tard venus, A l'art savant et pur nous sommes retenus.

Qttinet en vain s'irrite (1) et nous parle lonie ;

(1) RwwÊ dti tUus Mondes, août 1836.

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