‹ Pensées...d'après les textes russesChapitre 14 sur 62 · Depuis le moment de sa naissance · texte numérisé non relu

Depuis le moment de sa naissance

rhomme est menacé d'un péril inévitable, c'està-dire d'une vie dépourvue de sens et d'une mort absurde, s'il ne découvre que la vraie vie est celle qui ajoute quelque chose au bien accumulé par les générations passées, qui augmente cet héritage dans le présent et le lègue aux générations futures.

13. — La volonté éclairée de Thomme est la seule chose sainte entre toutes ; l'homme ne peut la mettre à la disposition de personne.

14. — Chaque individu, dans son développement intellectuel, repasse par les mêmes routes qui ont été suivies par les générations successives ; les idées formant le fondement des diverses théories philosophiques font partie intégrante de l'esprit humain ; chaque homme en a eu conscience plus ou moins nettement, avant même de savoir qu'il existait des théories philosophiques.

13. — Il n'y a pour chacun de nous qu'un seul chemin par lequel un changement moral s'accomplit, et ce chemin est souvent tout à fait inattendu, tout à fait à part de celui qu'auraient suivi d'autres esprits.

16. — Le propre de la nature humaine est de faire ce qui convient le mieux à chacun.

17. — Chaque être, doué de la raison la plus rudimentaire, sait qu'il faut endurer des difficultés pour se procurer quelque bien supérieur à celui dont il jouissait auparavant.

18. — L'homme peut tomber en état de bête, et personne ne songera à lui en faire un reproche ; mais il ne saurait faire usage de sa raison pour arriver à l'apologie de l'état bestial. Du moment qu'il raisonne, il a la conscience d'être doué de raison, et cette conscience le stimule à distin-

guer ce qui est raisonnable de ce qui est déraisonnable.

19. — Qu'un homme cesse d'avoir foi dans la doctrine du monde, qu'il ne croie pas indispensable de porter des bottes vernies, d'avoir un salon inutile, de faire toutes les sottises que recommande la doctrine du monde, et il ne connaîtra jamais le travail abrutissant, les souffrances au-dessus de ses forces, ni les soucis et les efforts perpétuels sans trêve ni repos; il restera en communion avec la nature ; il ne sera privé ni du travail qu'il aime, ni de sa famille, ni de sa santé, et il ne périra pas d'une mort cruelle et stupide.

20. — La vie de tout homme consiste à poursuivre une fin. Qu'il le veuille ou non, il doit marcher vers elle, puisqu'il vit.

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