‹ Pensées...d'après les textes russesChapitre 24 sur 62 · Nous voyons des hommes savants et · texte numérisé non relu

Nous voyons des hommes savants et

intelligents, naïvement persuadés qu'ils se sont affranchis de toute religion, uniquement parce qu'ils rejettent toutes les explications métaphysiques du principe universel qui jadis suffisaient à la vie d'une génération disparue. Ils ne font pas cette réflexion qu'on ne saurait vivre de néant ; chaque être humain vit au nom d'un principe quelconque, et ce principe, au nom duquel il vit d'une certaine manière, n'est autre chose que sa religion. Ces gens sont persuadés qu'ils n'ont aucune religion. Pourtant, quelles que soient leurs allégations, ils ont une religion, du moment qu'ils commettent des actes raisonnes, car un acte raisonné est déterminé par une foi quelconque. Leur foi a pour objet les ordres qu'ils reçoivent. La foi des gens qui nient la religion est la religion de l'obéissance à tout ce qui se fait par la majorité puissante, c'est-à-dire en deux mots : la soumission aux pouvoirs établis.

124. — La science et la philosophie, croyant être hostiles au pseudo-christianisme et s'en faisant gloire, ne travaillent que pour lui.

123. — L'éthique, renseignement moral, a disparu sans laisser de traces de notre société pseudo-chrétienne .

126. — Nous avons organisé toute notre existence sur les bases mêmes que Jésus réprouve ; nous ne voulons pas comprendre sa doctrine dans son acception simple et directe, et nous assurons aux autres et à nous-mêmes que nous suivons sa doctrine, ou bien que sa doctrine ne saurait nous convenir.

127. — Nous avons organisé notre ordre social, nous Taimons et le considérons comme sacré.

Vient Jésus, que nous reconnaissons Dieu et qui nous dit que notre organisation est mauvaise. Nous le reconnaissons Dieu, mais nous ne voulons pas renoncer à notre organisation.

128. — Tout ce qui constitue actuellement la vie, c'est-à-dire l'activité des sociétés humaines

dans le sens du progrès vers le bien : 1« socialisme, le communisme, les nouvelles théories politico-économiques, Tutilitarisme, la liberté et Tégalité des hommes, des classes sociales et des femmes, tous les principes moraux de l'humanité, la sainteté du travail, de la raison, de la science, de Tart, tout ce qui donne l'impulsion au monde et paraît hostile à l'Eglise, tout cela n'est autre chose que des débris dé la même doctrine, apportée par l'Église, mais qu'elle s'efforçait de cacher soigneusement.

129. -r- Par suite de l'ivresse du pouvoir, les hommes qui y sont ont perdu à tel point la notion de ce qui est le christianisme, que tout ce qui s'y trouve de réellement chrétien leur apparaît comme hérétique, tandis que tout ce qui, dans les Saintes Ecritures, peut être dans le sens antichrétien et païen leur apparaît comme le principe même du christianisme.

130. — Non seulement il n'y a rien de commun entre les Eglises et le christianisme, sauf le nom,

mais leurs principes sont absolument opposes et hostiles. Les unes représentent Torgueil, la violence, la sanction arbitraire, Fimmobilité et la mort; Tautre, l'humilité, la pénitence, la soumission, le mouvement et la vie. On ne peut pas servir en même temps ces deux maîtres : il faut choisir Tun ou l'autre.

131. — Nulle part en Europe il n'existe un gouvernement aussi despotique et qui concorde aussi bien avec l'Eglise actuelle qu'en Russie. Aussi la participation du pouvoir à la démoralisation du peuple russe est-elle des plus grandes. Mais il serait injuste de croire que l'Eglise russe se distingue par quelque chose de n'imporle quelle autre Eglise, dans son influence sur le peuple.

Les Eglises sont partout les mêmes, et si les Eglises catholique, anglicane, luthérienne, n'ont pas sous la main un gouvernement aussi docile, ce n'est pas faute de le désirer.

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