L'activité scientifique et artistique, au
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vrai sens du mot, est fécondante alors seulement qu'elle ne se reconnaît pas des droits, mais uniquement des devoirs. C'est parce qu'elle est telle, parce que c'est sa nature d'être telle, que le genre humain estime à si haut prix cette activité. Si en effet des êtres sont appelés à servir les autres par le travail spirituel, ils ne verront alors dans ce travail qu'un devoir et ils s'en acquitteront malgré les difficultés, les privations, les sacrifices.
288. — Le besoin des jouissances artistiques et le culte de l'art existent dans chaque personne humaine, quelles que soient sa race et sa sphère, ce besoin est légitime et doit être satisfait.
289. — Le peuple profitera des sciences et des arts, alors seulement que les gens de science et d'art, vivant parmi le peuple, et comme le peuple, sans revendiquer aucun droit, lui offriront leurs services, qu'il dépendra de la volonté du peuple de rétribuer ou non.
290. — Il y a deux caractères indubitables de la vraie science et du vrai art : le premier, intérieur, c'est que le servant de la science et de l'art remplisse sa mission avec abnégation, et non point par intérêt ; le second, extérieur, c'est que l'œuvre du servant soit accessible à tous les hommes dont il a en vue le bien.
291. — Le penseur, le peintre ne sera guère celui qui, élevé dans un établissement où Ton est censé former le savant et le peintre (et où, à proprement parler, on forme un destructeur de la science et de Tart), recevra le diplôme et le poinçon de garantie : ce sera celui qui, ne voulût-il ni penser, ni exprimer ce qu'il sent dans Tâme, ne pourra point s'en empêcher, sous l'impulsion de deux forces insurmontables : la poussée intérieure et le besoin des hommes.
292. — Le penseur, le peintre ne doivent point planer dans la sérénité des hauteurs olympiques, comme nous avons coutume de l'imaginer. Le
penseur, Tartiste doivent souffrir avec les hommes pourlessauveretpourlesconsoler.Etils souffrent parce qu'ils vivent toujours dans une inquiétude, dans une agitation éternelles : ils pourraient découvrir et exprimer ce qui donnerait le bonheur aux hommes, les délivrerait de la souffrance, les consolerait, mais ils n*ont encore rien découvert, rien exprimé de tel, et demain, peut-être, il sera trop tard, ils mourront. Et c'est pourquoi la souffrance et le sacrifice seront toujours Tapanage du penseur et de l'artiste.