‹ Pensées...d'après les textes russesChapitre 50 sur 62 · Il n'y a pas de mesure du bien · texte numérisé non relu

Il n'y a pas de mesure du bien

On ne peut pas dire : celui-ci a fait beaucoup de bien, celui-là moins. La veuve qui donne sa dernière obole donne plus que le riche qui donne des millions.

343. — Nous sommes tellement embrouillés dans la multitude des lois religieuses, sociales et domestiques que nous nous sommes imposées; nous avons inventé tant de commandements en énonçant, comme dit Isaïe, règle sur règle, une règle pour ceci, une règle pour cela, que nous avons complètement perdu le sens de ce qui est bon et de ce qui est mauvais.

* Voir rAppendice IV.

344. — Dans toutes les circonstances de la vie, l'essentiel n'est pas de savoir ce qui est bon et nécessaire, mais de savoir quelle est, parmi les choses bonnes et nécessaires, la première en importance, la deuxième, la troisième, etc.

345. — Les hommes s'occupent pendant des siècles à ranger le bien d'un côté et le mal de l'autre. Et, depuis des siècles, quoique Fesprit impartial jette dans la balance du bien et du mal, son fléau demeure immobile et chaque plateau contient autant dé mal que de bien.

346. — Tout le mal de notre vie semble exister seulement parce qu'il existe depuis longtemps et parce que les hommes qui le commettent n'ont pas pu apprendre encore à ne plus le faire, car en réalité ils ne veulent pas le faire.

Tout le mal de notre vie semble avoir une cause indépendante de la conscience des hommes.

347. — Avant de faire le bien, il faut eesser de faire le mal.

348. — Donner de l'argent n'est qu'un indice que rhomme commence à rejeter le mal. Faire du bien veut dire faire ce qui est bon pour l'homme, et pour savoir ce qui est bon pour l'homme il faut entrer avec lui en relations étroites, amicales^ Aussi, pour faire du bien, l'argent est inutile.

349. — La compassion est une des plus précieuses facultés de l'âme humaine.

350. — La pitié reste toujours le même sentiment, qu'on l'éprouve pour un homme ou pour une mouche.

3S1 . — De même que le feu n'éteint pas le feu, ainsi le mal ne peut éteindre le mal. Seul le bien,

faisant face au mal, sans en subir la contagion, triomphe du mal. Et dans le monde intérieur de Tâme humaine, c'est une loi aussi absolue que la loi de Galilée, encore plus absolue, plus claire, plus immuable.

3S2. — Le mal se multiplie par le mal. Plus les gens poursuivent le mal, plus ils l'accroissent. On ne doit pas détruire le mal par le mal.

353. — Ce n'est pas la violence, mais le bien qui supprime le mal.

354. — Qui te dit une mauvaise parole^ ne lui réponds pas, et il en rougira lui-même.

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