‹ Pensées d'un croyant catholique, ou considérations philosophiques, morales et religieuses sur le matérialisme moderne, et sur divers autres sujets, tels que l'ame des betes, la phrénologie, le suicide, le duel et le magnétisme animal ouvrage généralement destiné a la jeunesse lettréeChapitre 1 sur 49 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

LIBRAIRIE DE POLSSIELCUE-Rl SAND,

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Ce travail n’a point été fait d’abord pour voirie jour, mais uniquement dans le dessein de satisfaire au besoin d’un petit nombre d’élèves en médecine.

Cependant , comme plusieurs personnes m’ont assuré qu’il renferme quelques vérités capables de faire une certaine impression sur l’esprit des jeunes gens, et de contribuer peut-être à leur inspirer le goût de la vérité et des bonnes doctrines philosophiques, ou du moins de les prémunir contre les sophismes et les erreurs du jour, j’ai mûrement pesé toutes ces considérations , et elles seules m’ont enfin déterminé à publier cet ou-

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vrage, uniquement entrepris pour mon instruction particulière , et celle , je le répète , de quelques jeunes gens qui suivent mes leçons de médecine pratique.

Mon but est de faire connaître à la jeunesse le danger des mauvais principes philosophiques et desdoctrines matérialistes, irréligieuses ou athées. Mais, dira-t-on peut-être, il n’est plus question aujourd’hui de matérialisme , ni d’athéisme : un retour, une réaction religieuse est dans tous les esprits. Cela peut être , et tant mieux si cela est. Voyons toutefois, et tâchons d’apprécier les choses à leur juste valeur.

On aurait tort de se méprendre et de se faire illusion sur la nature de la crise qui semble aujourd’hui si activement travailler la société. L’on ne doit pas se dissimuler que cette crise ou ce travail philosophique et religieux n’est pas , aux yeux d’un observateur attentif, de nature à faire naître des croyances fermes , des convictions vives, profondes, inébranlables , et par conséquent à produire de bons fruits. C’est par les fruits qu’il faut tout juger.

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Les bonnes doctrines produisent les bonnes actions et les bonnes mœurs , et réciproquement , comme les fleurs, selon leur qualité, produisent les bons ou les mauvais fruits. Or, je ne vois point encore ces bonnes actions et ces bonnes mœurs ; je remarque un ordre de choses tout contraire : j’en conclus logiquement qu’au fond rien n’est changé , et que les mauvaises doctrines , quels que soient leur forme et leur nom , continuent de régner avec empire , et de répandre dans le monde intellectuel et moral les principes de toutes les erreurs et de tous les vices, comme dans le corps social , des germes de trouble, d’anarchie et de dissolution. .

Si l’on persistait à soutenir que les doctrines matérialistes sont tombées , je répondrais , cela étant, que les mauvaises doctrines, tout-à-l’heure comparées aux fleurs, sont tombées à la manière des fleurs, c’est-à-dire pour faire place aux fruits. Et quels fruits, hélas! Oui, il faut le dire, des fruits pleins de venin et d’amertume , des fruits d’iniquité, des fruits de destruction, des fruits de sang, des fruits de mort; témoin les suicides et les duels

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qui , aujourd’hui plus que jamais , répandent la désolation dans les familles et l’effroi dans la société.

On parle beaucoup , depuis quelques années , d’un mouvement religieux , d’un retour vers les bons principes ; on prétend que la puissance dominatrice de la religion , et un sentiment vif du besoin des vérités et des croyances religieuses entraînent et subjuguent invinciblement les mas ses et même les sommités sociales. C’est là , si je ne me trompe, l'opinion courante de l’époque en France.

Mais ne vous laissez pas séduire par des phrases sonores et des discours pompeux : allez au fond des choses et demandez quel est ce mouvement , ce revirement religieux dont on fait tant de bruit aujourd’hui ? A mes yeux, c’est un revirement de langage ; c’est urbanité , aménité et noblesse de mœurs, qui respectent ou tolèrent tout; c’est politesse de discours, qui repousse avec dédain le cynisme vollairien et l’impiété dégoûtante du dixhuitième siècle. On rougirait, en effet, à présent, d’être grossièrement impie, matérialiste ou athée;

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cela n'est plus de ton ni de mode ; cela est usé ; il faut un nouveau genre social, plus délicat et plus spirituel; des formes plus fines et plus polies, qui s’useront aussi comme tout le reste.

Si le matérialisme et l’athéisme ne sont plus dans les paroles , ils subsistent tout entiers dans les actions. Il n’y a point de changement ni dans la conduite , ni dans les mœurs des hommes ; on parle beaucoup, mais on n’agit pas, ou plutôt, on parle bien et on agit mal, parce qu’il est ordinairement bien plus facile de parler savamment de la religion, que de pratiquer fidèlement et sincèrement la religion.

L’on pourrait se persuader peut-être que cette espèce de réaction portera au moins à l’examen , et que l’instruction religieuse amènera à la fin le règne et le triomphe de la vérité. Nouvelle illusion ! Cet espoir llatteur s’évanouit, quand on considère que l’on ne veut que le christianisme renouvelé, rationalisé et perfectionné, c’est-à-dire que dans la vérité , on nourrit une haine secrète et plus ou moins profonde contre le catholicisme. Voilà tout le mystère. C’est donc le rationalisme

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qu’une certaine classe de la société invoque de tous ses vœux et de tous ses désirs.

Et n’a-t-on pas dit naguère que « le christianisme décrépit et vermoulu chancelait sur sa base comme un vieux temple lésardé ; qu’insuffisant aux besoins de notre époque , il devait faire place enfin à une religion nationale qui serait forte de jeunesse et d’avenir, proportionnée à nos institutions , positive , progressant avec l’esprit social ; que le moment était venu de déposer le catholicisme , lequel désormais n’était plus qu’une pétrification de la pensée , un fossile moral , inutile échantillon des temps révolus? » Les ignorants et les insensés qui raisonnent ainsi ! Sachez donc , hommes arriérés , philosophes de Y obscurantisme, sachez que ce qui est divin est parfait de sa nature, et dès son origine, comme ce qui est humain est nécessairement imparfait et caduc ; que ce qui est divin ne passe pas et ne s’use pas, mais, qu’au contraire, tout ce qui est humain passe et s’use comme un vêtement. Or, le christianisme remonte h l’origine des choses; il ne finira qu’avec les temps ; il est toujours

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ancien el toujours nouveau. Pas plus que la vérité, il ne vieillit jamais, parce qu’il est divin, et par conséquent, il ne peut recevoir des hommes ni progrès, ni perfectionnement.

La raison humaine s’efforce de soumettre tout à son vaste empire, jusqu’aux choses mêmes qui sont les plus insaisissables à sou action, parce qu’elles sont au-dessus de son domaine, comme la foi et les dogmes religieux ou la révélation divine. Celte orgueilleuse, cette jalouse souveraine, qui ne veut relever que d’elle-même et ne croire qu’à elle - même , se fait adorer en quelque sorte sous le nom de science, et le culte qu’elle exige de ses dévots, c’est l’hommage de leurs lumières, de leurs connaissances et de leurs talents. Mais , de son côté, cette reine déchue étant par elle-même impuissante à relever et à ennoblir véritablement l’homme, celui-ci se laisse subjuguer par les sens, asservit son intelligence à leur empire , et s’accoutume à ne juger que sur leur rapport. Qu’en résulte-tr-il? Que l’homme, dans ce temps d 'inluitisme, ne veut plus croire que ce qu’il peut comprendre, et qu’il n’admet que ce qu’il peut voir el

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palper. Il lui faut du positif, c’est-à-dire du matériel , parce qu’il est ail'amé de jouissances matérielles. De là le goût dominant et la culture générale des sciences naturelles. L’esprit humain, fatigué et dégoûté des hautes vérités intellectuelles, ne s’exerce plus que sur les sciences physiques , n’a presque plus d’autre pâture que la puissance de la vapeur, la combinaison des gaz et des fluides inpondérables ; en un mot, il cherche à tout matérialiser, jusqu’à son être même et ses plus nobles facultés. Et qu’est-ce qui inspire aujourd’hui à la jeunesse celte aversion, cette horreur même pour les études de haute philosophie, de métaphysique et de tout ce qu’elle croit abstrait , si ce n’est la torpeur et la paresse de l’esprit jointes à une soif immense des plaisirs physiques ?

Une autre classe d’hommes , qui fait la grande majorité de la société , porte un respect banal et plus ou moins stupide à tous les cultes, même les plus différents ou les plus opposés entre eux ; ou plutôt, affecte une égale indifférence pour tous , afin de les confondre tous dans un commun mépris. C’est aujourd’hui que se vérifie ce mot pro-

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phélique de Bossuet : Qu’un jour on tiendra tout dans l’indiflërenee, excepté les plaisirs et les affaires. 11 est donc arrivé ce règne de l'indifférentisme religieux et philosophique.

11 est encore dans les rangs plébéiens et dans la classe la plus infime , je ne dirai pas cliez les Esquimaux ou les Hurons, mais en Europe, mais au centre de la civilisation française , un grand nombre d’êtres humains tristement abrutis par les sens. Ces créatures dégradées n’ont , pour ainsi dire, plus rien d’humain que la figure et la parole, n’ont aucune pensée qui les élève au-dessus de la matière, aucune idée, aucun sentiment religieux ou moral ; en un mot, elles sont totalement asservies à leurs appétits charnels et honteusement livréesàtoutes les passions animales. Voilà l’homme! Voilà ce que devient ce roi de la création sans le flambeau de la foi religieuse et abandonné aux pâ les lueurs de sa seule et débile raison !

Cette triste, cette profonde dégradation intellectuelle et morale est un de ces fruits de mort que la philosophie matérialiste a produits au sein de la belle terre de France, et chez la nation la

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plus polie el la plus civilisée de l'univers. Et l’on dira encore qu’il n’y a plus de matérialisme !

Enfin, il est encore quelques hommes superbes, qui, par libertinage d’esprit et de cœur, affectent dédaigneusement de ne croire presque à aucune vérité , surtout aux vérités qui les importunent , les troublent et les condamnent. Le premier principe de ces philosophes sceptiques est le mépris de tous les principes. Selon eux, il n’y a de certain , de rigoureusement prouvé que les sciences physiques , les sciences dites exactes, les mathématiques et la géométrie. Tout le reste, ils le mettent en question. Ils veulent, dans leur délire insensé, qu’on prouve, que l’on démontre mathématiquement la vérité des principes de la philosophie, de la morale, delà religion, de l’éducation, de la société, etc. Ils ne doutent de tout que parce qu’ils ne veulent rien croire, et précisément pour ne rien pratiquer. Ainsi, l’incrédulité philosophique produit l’incrédulité absolue, l’incrédulité religieuse, morale et sociale , c’est-à-dire, en dernière analyse, l’abolitiou de tous les devoirs de l’homme envers Dieu et envers la société.

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Voilà le terme fatal, nécessaire de ces théories de la mort et du néant. Il ne faut qu’une pénétration ord inaire pour s’apercevoir que le principe de toutes ces erreurs, de celte anarchie philosophique , intellectuelle , morale , politique et sociale, dérive évidemment du protestantisme, qui est le père de la philosophie moderne. C’est cette philosophie du dix-neuvième siècle qui , sous le nom d'éclectisme , s’est proclamée supérieure à tous les autres systèmes philosophiques. C’est le protestantisme qui, le premier, comme on sait, a levé l’étendard de la révolte contre l’autorité soit spirituelle, soit temporelle. C’est le protestantisme qui a opposé la raison individuelle à l’autorité de l’église et de la tradition religieuse, c’est-à-dire la raison humaine à la raison divine, ou l’homme à Dieu. De là , le principe de l’anarchie universelle qui produit aujourd’hui le malaise et les inquiétudes qui travaillent et tourmentent plus ou 'moins tous les peuples de l’Europe.

Esprits d’orgueil et d’erreur, hommes sans entrailles et sans amour, vous n’aimez que vousmémes; vous n’aimez pas la vérité, parce que

la vérité est contraire à vos œuvres ; vous haïssez la lumière, parce que vos œuvres sont mauvaises et se cachent dans l’ombre ; mais des œuvres mauvaises ne peuvent venir que de principes mauvais ; donc votre philosophie est mauvaise, fausse et mensongère , puisqu’elle produit de mauvais fruits ; car il est dans la nature de l’erreur et du mensonge de concevoir la pensée du mal et d’enfanter l’iniquité.

Voilà l'abîme que se creusent ces esprits incroyants qui ne veulent admettre que les vérités mathématiques. Eh bien ! puissants logiciens, qui n’avez foi qu’aux axiômes et aux théorèmes de la géométrie , qui vous a révélé cette certitude infaillible de la géométrie, ce prétendu critérium de certitude et de toute vérité?

Sachez donc que les premiers principes des mathématiques et de la géométrie ne sont pas mieux prouvés que les principes universels de la philosophie et de la morale ; j’oserai même avancer que plusieurs le sont beaucoup moins que les notions les plus simples que nous avons sur l’activité de l'intelligence ou de lame humaine, et la passi-

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vite, l’inertie et l’étendue de la matière ; sur les notions du bien et du mal, du juste et de l'injuste, etc.; ou plutôt, ces dernières vérités d’un ordre supérieur ne se prouvent pas : elles se constatent, parce qu’elles se présentent à l’esprit évidentes et lumineuses , comme faits , comme principes , comme vérités premières. C’est pourquoi l’existence de Dieu , des hommes , des corps et de la matière, ne se prouve pas, mais se constate.

Si vous niez ces vérités , il faut aussi , à plus forte raison , nier les vérités mathématiques , il faut nier la raison humaine, il faut nier l’homme : et alors, les yeux fermés, et assis dans un sépulcre vide, vous régnerez dans le silence de la mort, sur le vaste empire du néant.

Le remède h cette plaie désespérée , à ce mal extrême, qui pourra le trouver ?Qui soufflera sur ces ossements arides pour les ranimer? Comment faire entendre la voix de la vérité et de la raison à des hommes qui n’ont pour règle de toute vérité que leur propre raison , « et qui , comme ces Pharisiens follement présomptueux dont il est parlé dans saint Jean , nous disent froidement et

introduction.

dogmatiquement : Nous sommes sages, parce que nous sommes sages, et nous voyons, parce que nous voyons, quia videmus (1). »

Nous n’écrivons point pour ces âmes desséchées et flétries par l’impiété, pour ces hommes gangrenés et déjà ensevelis dans les ténèbres de la mort. Il faudrait une voix forte, la voix qui brise les cèdres, la voix qui fil sortir Lazare des entrailles du sépulcre, il faudrait enfin le souffle vivifiant d’en haut pour ranimer ces cadavres déjà fétides et les faire sortir des ombres du tombeau. Que Dieu , dans sa grande miséricorde , leur fasse ce grand miracle !

Après tout cela , on oserait avancer qu’il n’y a plus de matérialisme, parce qu’on parle beaucoup de mouvement , de réaction religieuse ! Autant vaudrait-il dire qu’il n'y a plus de fraude dans le négoce , parce qu’on parle beaucoup de probité. Mais revenons au rationalisme : c’est là le nouveau système religieux qu’enfantera ignominieusement le prétendu mouvement de retour ; et re~

* (1) Lettre pastorale de Mgr. lèvOque de Troyes.

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marquez bien que ce rationalisme conduira nécessairement au naturalisme et au panthéisme. Je ne dis point athéisme, car le mot athéisme ne peut plus avoir cours dans ce siècle du bel-esprit : il est devenu barbare, il est décrié, usé et ruiné. 11 faut donc aujourd’hui créer de nouveaux termes pour exprimer au fond les mômes choses.Tant il est vrai que les changements ne sont que dans les formes et le langage, et que la réaction religieuse n’existe que dans les raisonnements creux de nos utopistes modernes. 11 y a plus : nous pensons et nous ne craignons pas d’avancer qu’une régénération religieuse et socialeest impossible avec renseignement universitaire actuel, etque la société ne pourra faire des progrès réels sous le rapport religieux, moral et social , que par une éducation religieuse , un enseignement et un corps enseignant qui soient animés par l’esprit vivifiant du catholicisme, qui est une puissance éminemment sociale et civilisatrice.

Déjà en 1818 , sous la Restauration môme, M.

de Ronald avait écrit ces paroles : « Il faut le dire, le gouvernement veut établir un système géné-

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ral d’instruction publique fondé sur les préceptes de la religion chrétienne , et sur la morale qu’elle enseigne et qu’elle seule peut sanctionner. Mais à côté de ces moyens d’instruction , s’est élevé depuis long- temps un système combiné de destruction, dont l’enseignement est fondé sur les maximes d’une philosophie qui fait Dieu de la matière, la religion de l’histoire naturelle, et la morale delà physiologie (1). »

Il semble que nous subissions tous, plus ou moins , à notre insu , la maligne influence de la philosophie éclectique et doctrinaire , c’est-à-dire du protestantisme, en ce sens que les hommes généralement s’abandonnent à leur raison particulière, etqu’ainsi chaque intelligence se retire dans l’isolement et dans l’individualisme. De là l’absence d’unité dans les doctrines , la dissidence et la fluctuation incessantes dans les pensées et les opinions sur toutes les questions vitales de l’humanité , je veux dire la philosophie , la religion , la morale, l’éducation, la politique, la législation,

(1) Recherches philosophiques sur les premiers objets tics connaissances morales, I. u, p. 5ÔÎ).

Introduction.

la jurisprudence, la théologie, etc. Je ne puis que faire entrevoir ici le remède à cette plaie morale.

Ce remède , on ne le trouvera , je crois , que dans l’union intellectuelle et morale : car c’est dans l’union seule qu’il y a force et vérité; tandis que dans l’isolement, il n’y a qu’erreur et faiblesse. C’est donc éminemment à la haute puissance du catholicisme qu’il est donné de régénérer le monde intellectuel , moral et social ; et je ne doute pas qu’un de ses plus puissants moyens d’action ne soit l’esprit d’association et d’unité pour l’enseignement. Nous croyons que le temps est arrivé d’élargir et d’émanciper l’instruction cléricale évidemment arriérée, pour l’asseoir désormais sur des bases largement scientifiques. Le clergé doit être aujourd’hui ce qu’il fut toujours , le flambeau des intelligences et la lumière du inonde, lux tnundi. Oui, le clergé est appelé à exercer dans la société une grande influence de lumière , de savoir et surtout de vertu. Il faut donc qu’il s’empare de la plupart des hautes sciences modernes, surtout des sciences naturelles et physiologiques, pour les faire tourner à l’a-

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vantage de la religion, et aussi, pour répandre de nouvelles clartés propres à la fois à révéler pleinement l’homme moral, et à dissiper les ténèbres accumulées depuis des siècles, sur certaines questions d’éthique ou de théologie morale.

Que le haut clergé donc nourrisse de science et de vérité les jeunes et fortes intelligences ; qu’il les fasse marcher avec le siècle et suivre les progrès de l’esprit humain. C’est désormais , il faut l’avouer, un besoin social , une nécessité de l'époque que nous sommes tous plus ou moins condamnés à subir.

C’est donc spécialement au corps épiscopal qu’est dévolue la noble mission de travailler à cette grande et sainte œuvre de régénération cléricale ; c’est à lui à choisir parmi les jeunes lévites qui lui sont confiés , les sujets les plus distingués, pour les lancer dans les hautes régions de la science, et les préposer un jour à l’enseignement public... Et qui sait si, par là, peut-être, on ne parviendra pas à créer, par le fait, une véritable université catholique , et à faire , pour la haute instruction scientifique , ce que font , pour

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l'éducation religieuse , ces modestes et vertueux apôtres de la morale nationale, les humbles frères des Écoles chrétiennes. Nous avons la confiance que la force des choses, la force de la vérité et des convictions catholiques saura vaincre le mensonge et l’erreur , et que tôt ou tard, elle se fera jour à travers tous les obstacles.

Nous croyons avoir esquissé, sous le rapport philosophique et religieux, les principales nuances de La société de l’époque actuelle. Des réflexions que l’esprit en déduit naturellement découle évidemment la nécessité de jeter dans les cœurs les semences des vérités et des convictions , afin de les préparer aux vertus religieuses, morales et sociales. Or, c’est dans ce but que nous offrons à la jeunesse quelques considérations propres à nourrir l«s intelligences de leur noble aliment, la vérité ; à élever les âmes à la hauteur de leur nature, et h incliner enfin les cœurs à l’amour de l’ordre , de l’honnète , du bien et du bonheur ; et, qu’on ne l’oublie pas, il n'y a de bonheur qu’au sein de la vérité , parce que là seulement sont la vie , le repos et la liberté véritables ; tant il est

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vrai que ia vérité est le principe vital de l’homme, de la famille, de la société, du genre humain !

Cherchons donc de toutes nos forces la vérité et rien qu’elle ; car tout le reste passe , s’en va , nous échappe ; la terre même fuit sous nos pieds ; la vérité seule demeure immobile et debout sur les ruines de toutes les choses humaines.

Vous, au moins, û intéressante jeunesse, noble espoir de la patrie, vous qui êtes encore libre de toute erreur et des doctrines du néant, ne vous laissez pas séduire par les illusions du mensonge et de la tausse philosophie , ne vous laissez pas fasciner par le charme des plaisirs frivoles et l’amour des biens terrestres ; peut-être déjà courez-vous après une ombre, un fantôme de félicité qui se joue et fuit sans cesse devant vous pour aller s’évanouir dans la nuit du tombeau.... Ne croyez pas au bonheur trompeur et aux promesses fallacieuses des passions ; les passions ne tiennent jamais ce qu’elles promettent; elles cachent au contraire sous des dehors séduisants l’amertume, le trouble et l’implacable remords... Tout ce qui est créé, fini et passager ne saurait satisfaire vos

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cœurs. Portez plus haut vos regards, et n’oubliez pas que le cœur de l'homme a une faim et des désirs infinis que rien de terrestre ne rassasiera jamais. Dieu qui l’a fait pour lui, qui en est le centre et la fin, peut seul pleinement le satisfaire et le remplir.

Généreuse jeunesse qu’animent des sentiments élevés , qu’un noble instinct enflamme , qu’un amour immense ravit et transporte vers tout ce que vous croyez beau, grand , sublime; sachez donc que rien n’est beau , rien n’est grand que le charme puissant de la vérité. La vérité seule est digne de vous; elle nourrira ei agrandira vos âmes pures et virginales. Ce noble aliment de vos esprits , vous le trouverez dans la philosophie chrétienne. Vous puiserez à cette source pure des forces pour combattre les erreurs, et des convictions plus fortes que toutes les erreurs. Rappelez vous ces paroles de l’illustre philosophe que j’ai déjà cité, M. de Bonald : « Nous devons tout à la religion : force , vertu , raison, lumières; et lorsque nous lui préférons une philosophie qui , par la licence de ses opinions et la mollesse de ses

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maximes , en poussant les hommes à la révolte . ne peut que forcer les gouvernements au despotisme, nous sommes des insensés et des ingrats, et nous abandonnons une épouse qui a fait notre fortune , pour suivre une courtisane qui nous ruine (1). »

La philosophie chrétienne vous montrera le chemin de la vie et du bonheur, vous fera apprécier à leur juste valeur toutes les occupations de la vie humaine , vous apprendra à juger sainement des hommes et des choses, à ne pas trop vous appuyer sur les uns , et à ne pas mettre votre bonheur dans les autres 5 surtout elle vous apprendra ce qu’il est si difficile d’apprendre, à vous connaître vous-mêmes.

Cette philosophie vous enseignera des règles sûres pour remplir , en véritables sages , votre destinée sur cette terre ; elle vous donnera la force de mettre un frein à vos passions, vous inspirera la modération dans vos désirs , l’amour des devoirs et le courage de la vertu. Enfin , celle cé-

(1) Recherche* philosophiques, I. il, p. 355.

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leste doctrine vous conduira sûrement sur la roule

du temps, et à travers les peines et les agitations de cette vie de passage , pour vous faire entrer dans une vie meilleure, dans le séjour de la paix, dans le repos de votre véritable et éternelle patrie.

Nous nous proposons de jeter un coup-d’œil rapide sur les principales formes du matérialisme moderne. Nous ferons précéder cet aperçu d’une nouvelle manière de considérer l’universalité des êtres terrestres et les lois qui les régissent. Nous classons tous ces êtres en quatre grandes sections, ou quatre règnes qui correspondent aux quatre grandes lois primordiales que nous croyons régir toute la création. Ces règnes sont : 1° le règne minéralogique, qui croît ; 2 U le règne phytologique , qui croît et vil; 3° le règne zoologique, qui croit, vit et sent ; 4° le règne anthropologique , qui croit, vit, sent et pense.

Nous exposerons brièvement le sensualisme de Locke, de Condillac et de bestutt de Tracy; le matérialisme de Cabanis, deGeorgetctde Broussais. Après cela, quittant ce labyrinthe d’erreurs, nous

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entrerons dans le domaine de la vraie philosophie. Nous indiquerons un système d’idéologie conforme aux principes de la saine philosophie , ou plutôt, nous présenterons un extrait analytique et raisonné du système philosophique de M. Laromiguière sur les causes et les origines des idées, suivi d’une note critique sur un professeur distingué de philosophie qui accuse de sensualisme M. Laromiguière , et l’assimile à Condillac , quoique une distance immense sépare ces deux philosophes. Nous dirons quelques mots de la belle théorie de l’illustre M. de Donald. Nous ferons voir que cette admirable doctrine se trouve en parfaite harmonie avec l’histoire de nos premiers parents, telle que nous la tenons des écrivains sacrés. Dans le but de jeter un nouveau jour sur ce point difficile de métaphysique ou de psychologie, nous y joindrons un court aperçu de physiologie idéologique , que nous terminerons par l'exposé de quelques arguments qui établissent invinciblement la spiritualité de lame humaine, et de quelques réflexions morales et religieuses.

Après cet examen général , on trouvera plu

sieurs notices sur des sujets qui se rattachent plus ou moins au matérialisme. 1° Une sur l’âme des hôtes; 2” un aperçu de phrénologie, où nous dirons quelques mots sur les rapports que les phrénologistes lui attribuent avec la philosophie, la religion, la morale, la législation, b jurisprudence criminelle, l’éducation, la politique, etc. Mais nous nous attacherons plus particulièrement à faire ressortir ses tendances marquées au matérialisme. Nous présenterons un chapitre particulier sur la phrénologie nouvelle et toute matérialiste de Broussais ; 3° un mémoire sur le suicide et le duel, où nous croyons avoir envisagé ce vaste et grave sujet sous un point de vue nouveau , lequel peut-être paraîtra un peu singulier dans le siècle où nous sommes et en présence de nos idées actuelles. Quoi qu’il en soit , tout ce que nous avons dit sur ce point important est au moins l’expression de convictions profondes, et d’un désir bien sincère de contribuer au maintien des principes conservateurs de l’ordre , de la morale publique et du bonheur social.

Enfin, un examen physiologique, philosophique

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et moral du magnétisme terminera tout notre travail. Cette notice, qui est d’une certaine étendue, a pour but principal de signaler les tendances im morales de la science magnétique , ou plutôt sa funeste influence sur les mœurs ou la morale publique.

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