W'ITK DT MÊME SUJET 1 SOLUTION DE QUELQUES DIFFICULTÉS, ETC
L’attention peut-elle être séparée de la sensation ? Cette question a été l’objet de bien des méditations et n’a pas été résolue de la même manière par tous les esprits. Des philosophes ont pensé que l’attention est inséparable de la sensation , et ils ont' soutenu qu’elle n’est que la sensation transformée . . Nous pensons que la sensation peut être séparée de l’attention. En effet, combien n’éprouvons-nous pas de sensations que nous n’apercevons pas et qui demeurent étrangères aux actes de l’attention ? Si on vous présente une page d’un livre écrit dans la langue des Arabes ou des Chinois, toutes les lettres vous font «les impressions différentes sur l’organe de la vue et occasionnent dans votre àme des sensations diverses, mais si confuses qu’elles offrent l’image du
IOi* PENSÉES D’UN CROYANT.
chaos. L’attention se concentre-t-elle sur une lettre, sur un mot parmi tous les autres, ce point devient distinct, tandis que leslettresetles mots environnants restent dans l’obscurité et la confusion. Disons-le donc hautement : la sensation et l’attention ne sont pas inséparables ; et le fussent-elles, il n’y aurait pas pour cela identité dans leur nature, ni unité de phénomène. La sensation resterait toujoursce qu’elle est essentiellement, une modification passive de l’àme,et l’attention, une faculté de l’entendement.
D’ailleurs on peut admettre , si l’on veut , qu’une lumière ou réaction instinctive nous montre nos sensations et nous avertit suffisamment de leur présence. C’est ainsi que les enfants seraient avertis de celles qu’ils éprouvent. Mais nous sommes fondés à croire que l’attention proprement dite n’accompagne pas toujours la sensation, et que l’une est absolument séparable de l’autre.
M. Cousin prétend que l’auteur du système que nous méditons n’a pas eu le droit de donner un nom commun aux sensations et aux autres sentiments qui en diffèrent, et d’appeler sentiments foules ces modifications passives de l’àme.
M. Laromiguièrc , dans ses Leçons de philosophie , répond, selon nous, d’utic manière fort plausible. « Un nom commun, dit-il , donné à plusieurs choses est loin de prouver l’identité de leur nature. A ce compte toutes les choses qui existent seraient
MATÉRIALISME MODERNE. lo3
de même nature , puisque tout ce qui existe porte le nom commun d’être. Dieu, l’àmc, le corps, sont appelés du nom commun de substance. Est-ce à dire que b substance divine soit la même que celle de l’àine ou du corps, et que l’àme et le corps soient une seule et même substance ? » Les dénominations communes expriment ce qu’il y a de commun dans les choses. Leur nature est déterminée par ce qu’il y a de spécial , par la différence.
M. Laromiguière , aux yeux d’un penseur peu attentif, semble confondre les idées avec les sentiments; il vous dira : L’idée est un sentiment , l’idée est sentiment; et bientôt après: l’idée n’est pas un sentiment, n’est pas sentiment. Ces manières de parler chez ce philosophe se représentent assez souvent, quant au fond, et quelquefois aussi pour l’expression. Les idées ont leur origine dans le sentiment; elles ont d’abord été sentiment, et rien que sentiment; aussitôt apres, l’auteur nous avertit «le ne pas confondre les idées avec les divers sentiments qui leur correspondent. De là on serait presque tenté de croire que l'intelligence n’est en dernière analyse que la sensibilité.
Réfléchissons un peu et nous verrons que celle difficulté n’est qu’apparente; commençons par fixer le sens de plusieurs termes. Dans le langage de beaucoup de philosophes, senlir ou éprouver des sensations, sentiment ou sensation, c’est absolument la
mémo chose. Dans le langage de M. Laroiniguière , sentir et éprouver des sensations n’est pas la même chose. Toute sensation est sentiment, mais tout sentiment n’est pas sensation. Toute sensation naît dans l’Ame à la suite d’une impression causée dans le corps par des objets extérieurs , mais il y a d’autres manières de sentir. Je perçois distinctement que la sainteté , la justice souveraine , la toute-puissance conviennent à Dieu. J’ai donc perçu des rapports de ressemblance , mais je n’ai pu les percevoir, ni les affirmer, sans les avoir préalablement sentis, mais d’un sentiment intellectuel au-dessus des lois de l’organisme. L’idée de la sainteté et l’idée de Dieu , l’idée de la toute - puissance et celle de Dieu sont simultanément présentes dans l’àme. A la présence simultanée de ces idées naît dans l’Ame un sentiment d’une espèce particulière , un sentimentrapport qui bientôt détermine l’action des facultés intellectuelles pour produire le jugement. J’ai été affecté passivement, mais d’une autre manière que dans la sensation , puisque aucun objet extérieur et physique ne faisait d’impression sur moi. On voit dans ce langage que les mots sentir , sentiment , ne doivent pas causer tant de craintes, ni exciter tant de susceptibilités. Je puis même dire sans trop de hardiesse que juger c’est sentir.
Il faut donc bien remarquer que sentir, dans mon langage , n’est pas toujours éprouver une sensation.
MATÉRIALISME MODERNE. 1 o5
L’homme sent une multitude infiniment variée de rapports (i). Il en sent beaucoup plus qu’il n’en perçoit ; ils ne passent donc pas tous dans l’inteili gence, il en reste donc un grand nombre dans la sensibilité pour n’en sortir jamais ; et voilà pourquoi l’homme est ignorant. Les sentiments-rapports qui passent dans l’intelligence, il les perçoit; mais il en affirme plus qu’il n’en perçoit, et voilà pourquoi il est sujet à l’erreur.
Sentir des rapports, les percevoir, les affirmer, sont trois manières de juger qui se développent successivement. On ne perçoit pas ce qu’on n’a senti en aucune manière ; on ne peut affirmer un vrai rapport qu’auparavant il n’ait été senti et perçu.
La distinction de ces trois manières de juger étant fondée sur la nature, il s’ensuit que le mot jugement doit exprimer trois choses réelles , et que par conséquent il doit avoir aussi trois acceptions réelles.
Les sentiments-sensations et les autres sentiments, tant qu'ils ne sont que sentiments et que l’activité ne lésa pas modifiés, restent dans l’obscurité et la confusion ; ils offrent l’image du chaos. Cependant, comme nous l’avons remarqué en considérant l’attention dans son rapport d’union avec la sensation , on peut admettre , si l’on veut , qu’une lumière ou réaction instinctive accompagne toujours nos sentiments.
(I) Laromiguierc, cinquième leçon, deuiième partie
lOÔ PENSÉES D’UN CROYANT.
D’ailleurs il n’est pas nécessaire, pour avoir une existence réelle, que nos sentiments fassent dans Pâme une impression profonde, et qu’ils puissent tous être conservés dans la mémoire. L’enfant qui pleure dans le berceau a le sentiment de sa faiblesse, et il dira bientôt je suis faible. Le lion qui fond sur sa proie dans le désert et la déchire avec fureur a le sentiment de sa force , mais il ne dira jamais je suis fort (i). Dans les deux cas il y a sentiment de rapport, car la faiblesse et la force sont des choses relatives, et pourtant ces sentiments ne sont pas confiés avec précision à la mémoire , comme ceux que nous éprouvonset que l’intelligence reconnaît et modifie.
Vous voyez qu’il est impossible de regarder toujours les sentiments de l’âme comme non existant pour nous, lors même qu’à proprement parler ils ne sont point passés dans l’intelligence.
Cela posé , je dis que le sentiment de rapport pur et simple est jugement, et que cette acception du mot jugement est fondée sur la nature. Il y a en effet, entre sentiment-rapport et jugement , une relation si intime ! Il y a dans celui-la deux termes en rapport qui se confondent dans le sentiment. Cependant, comme tous les sentiments, pendant qu’ils sont dans la simple nature de sentiment, restent
(I) Laromiguiére, Lirons de philosophie.
matérialisme moderne.
io 7
dans l’obscurité et la confusion, ou ne sont accompagnés que d’une lumière faible ou plutôt d’une sorte d’instinct, je n’appellerai point le sentiment-rapport jugement; car un jugement ainsi confiis, ou qui n'est fondé que sur une lumière instinctive, qui n 'affirme point une relation, n’est point un jugement dans le sens propre et rigoureux. Le sentiment qui nous occupe retiendra donc dans notre philosophie le nom de sentiment de rapport. Dans la perception de rapport on a deux idées ou deux termes dont on aperçoit la relation ; on reste comme en contemplation devant les objets; on porte ainsi un jugement d’une espèce particulière. Mais nous allons plus loin, souvent nous prononçons, nous affirmons qu’ils se conviennent ou ne se conviennent pas, nous jugeons par affirmation et nous nous reposons ensuite dans la vue du rapport affirme. Soit une vérité jugée : Dieu est créateur, par exemple : je vois comme uncchainc dont le premier anneau est le sentiment-rapport. Le premier anneau n’est pas modifié par un précédent, le second est modifié par le premier, et le troisième par le second. Le sentiment-rapport est le jugement dans son principe, ou plutôt n’est point un jugement; la perception ou l’idée de rapport est le jugement dans son principe moins éloigné (i); l’affirmation du rapport est le jugement proprement dit.
(I) Démêler, discerner, distinguer, connaître , avoir idée, crsl-à-
108 PENSÉES D’üN CROYANT.
Les philosophes ne voyant , pour la plupart , que la sensation dans le sentiment, n’ont pas voulu appeler jugement le sentiment-rapport. Nous ne l’appellerons pas ainsi non plus, mais c’est pour les raisons que nous avons apportées. La perception de rapport est communément appelée jugement par les philosophes , c’est le jugement dans son principe moins éloigné ou prochain. L’affirmation d’un rapport est le jugement considéré en soi et non dans un principe plus ou moins éloigné. Maintenant vous voyez que l’objection n’a plus de force.
L’idée est un sentiment: oui, si je la considère dans son principe ; l’idée n’est pas un sentiment : non , si je la considère en elle- même , c’est-à-dire , comme produit de l’activité , d’une ou de plusieurs facultés de l’entendement.
On dit encore que l’idée, si l’on consulte son étymologie , est une image ; aussi , la plupart des
dire distinguer un objet parmi d'autres objets, apercevoir une ou plusieurs différences , un ou plusieurs rapports , toutes ces «pressions sont synonymes et disent la même chose. Cependant l'idée n’est pas la perception de rapport ou le jugement. Dans l'Idée il n'y a qu'un terme qui soit déterminé ; un seul terme est en regard d'un nombre indéfini de termes. Ainsi, l'idée de fleur diffère de celle d’arbre , de ville, d'animal, etc.; l'idée de fleur, dans l'espèce, est déterminée, tout le reste est indéterminé. Dans la perception de rapport, le sujet et l'at. tribut, les deux idées sont déterminées. L'Idée est, si l'on veut parler ainsi, un certain jugement, cependant nous lui laisserons le nom d'idée. Mais la perception de rapport en est un d'une espèce toute spéciale et différente de l'idée, comme nous l'avons déjà dit.
MATÉRIALISME MODERNE. loi)
philosophes anciens et modernes et l’école toute entière définissent-ils l’idée, imago , reprœsentatio objecti in mente existent. Voici à peu près les réponses de M. Laromiguière : Les modifications de l’àme, ses manières d’être actives et passives ne peuvent être ni étendues, ni figurées. Le raisonnement est plus composé que la comparaison , mais il n’est pas plus long, ni plus large; un sentiment quelconque n’est pas plus étendu qu’un autre , il n’est pas figuré. Les idées-images n’ont rapport qu’aux objets extérieurs. L’idée-image, l’idée-représen talion n’a lieu qu’autant que les objets de nos sensations sont étendus et figurables. On apprécie des sons , mais on ne les imagine pas. Ce n’est qu’en donnant de l’extension aux mots qu’on parle de se représenter des sons , des odeurs , un raisonnement.
Il est des vérités que tout le monde admet , parce que soudain leur évidence saisit l’esprit. Tels sont les premiers principes des sciences pour ceux qui les cultivent; tel est encore le dogme de l’existence de Dieu , de l’immortalité de l’àme et d’une autre vie pour tout le genre humain. Les systèmes nombreux d’idéologie inventés par les philosophes sont plus ou moins ingénieux , plus ou moins probables, mais ils ne sont point de véritables démonstrations , ils ne sont point accompagnés de cette lumière vive et de ce caractère de vérité qui imposent invinciblement la conviction. L’unanimité des philosophes sur les vé-
iio pensées d'un choyant.
rites premières et leurs perpétuelles divisions sur l’idéologie sont une preuve frappante de la vérité de ces assertions. Le système de M. Laromiguièrc n’est donc pas une démonstration rigoureuse; nous le donnons seulement comme une théorie ingénieuse qui rend raison de la cause et de l’origine de nos idées d’une manière très-conforme à l’unité, à la simplicité de l’âme et à la dignité de l’homme. Le sentiment-sensation et les autres sentiments appartiennent à la sensibilité, à la passivité de l’àme. Toutes nos connaissances, toutes les idées sensibles, intellectuelles et morales, toute l’intelligence en un mot, est dans l’activité de l’âme; toutes nos connaissances sont un produit des facultés de l’entendement. Nous nous expliquons.
D’abord entendons bien la signification des mots principe , origine et cause. Principe et cause sont deux idées relatives, dit Laromiguière (i5* leçon i " partie), la première à conséquence, l’autre à effet. C’est dans le ressort qu’est le principe des mouvements d’une montre, la cause c’est l’horloger.
Le phénomène par où tout commence et duquel tout dérive dans un système est le principe. On peut dire en quelque sorte qu’il fait partie d’une chaîne dont il est le premier anneau. Nous employons dans ce système le mot origine comme svnonvme de principe.
Parlons maintenant de l’idée. « Croiriez-vous que
pour exprimer celte seule chose que nous appellerons idée (i), les philosophes aient à leur disposition plus de -vingt noms différents? Idée d'abord ; représentation , image , imagination , forme , espèce, perception , appcrception , concept , conception , appréhension , impression, sensation , sentiment , conscience, intuition, souvenir, pensée, notion , connaissance, etc. Je vous fais grâce du mot barbare cognition et de quelques autres encore. »
«Que devait-il arriver de tant d’expressions diverses , pour rendre une seule et même chose ?
« L’impossibilité de s’entendre. »
On prévoit « qu’alors surtout les disputes
redoubleraient et qu’on disputerait encore longtemps après avoir perdu de vue l’objet de la dispute. » Quelques philosophes se sont attiré de justes reproches, parce qu’ils ont eu la témérité de n’admettre, comme principe de toutes les idées, que la sensation , ou de les confondre avec elle; d’autres, parce qu’ils les ont stupidement vues dans les impressions du cerveau. Ceux-ci n’ont vu dans l’homme quo de la matière, ils l’ont dégradé, ils sont hors de la vérité. Ceux-là ont trop sensualisé, c’est-à-dire trop accordé à la sensation. Locke et ses disciples l’ont beaucoup trop étendue en la faisant principe de toutes les idées. Condillac et les siens l’ont transit) Deuiième leçon do philosophie, deuiieme partie.
portée là où elle n’est pas en voyant en elle toutes les idées et même les fatuités. Tous ont trop rapproché l’homme intellectuel de la sensation , des organes des sens et de la matière. Ils ont mal connu sa dignité , ils sont hors de la vérité. (Voyez la page i a5 et suivantes.)
De très-estimables auteurs, Platon , saint Augustin , Mallebranche voient les idées du monde et de toutes ses parties dans l’essence même de la divinité. Nous respectons de si grands noms, nous respectons les nobles sentiments qu’ils ont eus de la dignité de l’homme, mais sans manquer ni à ces puissants génies , ni à la dignité de l’homme , nous pensons , nous affirmons, nous, pouvoir connaître les ouvrages de Dieu quand il nous les manifeste , sans que lui-même se montre immédiatement à nous. Le système de Platon a été généralement abandonné.
D'autres philosophes ont dit : Faire venir les idées des sens est le produit d’une philosophie grossière ; les voir dans le sein de la divinité , c'est le rêve d’une imagination brillante; donc elles sont innées. Mais des idées existant en notre âme dès notre plus tendre enfance sans s’y montrer aussitôt, et s’effaçant souvent , quoique gravées en nous par la main de la nature, sont, selon nous, chose peu facile à comprendre. Que si l’on entend que nous avons en nousmème la simple faculté de les produire , tout le monde doit en ce sens admettre les idées innées.
MATÉRIALlSMfe MODERNE.
Vous avez vu tics philosophes méconnaître la dignité de riiomme, 11e voir en lui que de la matière organisée , et cela, parce qu’ils professaient de mauvaises doctrines sur les principes de l'intelligence humaine. Cette question à la vérité est difficile , mais les difficultés des opinions qu’elle a lait naître ne doivent pas vous rendre indifférents sur l'Origine de vos connaissances. Celte question est d’une gravité immense , puisque des écoles fameuses se sont égarées à son occasion et ont porté des coups terribles à la morale.
D’après Laromiguièro, toutes les idées, soit sensibles, soit intellectuelles et morales, ont leur principe dans quelque sentiment ; les idées sensibles, dans un sentiment dépendant des lois de l’organisme sensitif, dans le sentiment-sensation; les autres idées, dans des sentiments au-dessus des lois de l’organisme sensitif. Qui dit sentiment dit passivité, et qui dit |>assivilé ne peut dire idée ; qui dit sentiment peut seulement dire principe d’idée. Qui dit idée, dit produit de l’activité, car « l’idée (septième leçon de philosophie , deuxième partie) est le produit d’une opération ou d’un acte de l’entendement , le produit de l’exercice de quelqu’une de ses facultés : elle n’est ni une faculté, ni une opération, ni un acte.» Cela posé, jedis,non ce que c’est que l’idée, ce qu’on entend, ce qu’on doit entendre, mais ce que nous entendons par ce mot.« L’idée (selon M. Laromiguière, deuxième le-
PENSÉES u’ilN CROYANT.
çon, deuxième partie) n’est autre chose qu'un senti ment démêlé d’avec d’autres sentiments, un sentiment distingué de tout autre sentiment, un sentiment dis tincl. n M. Fcrréol Perrard exprime la même chose de la manière suivante : ... * ou si l’on veut, dit-il, l’idée est le premier rayon de lumière qui suit l’exercice de I ’acl i vi té de l’â me , la première con naissance q u i résulte de la faculté dépenser, ou si l’on aime mieux, l’idée est un fait intellcctuel’dont nous avons la conscience, soit que notre âme remarque une sensation, soit qu’elle agisse sur le sentiment de l’une de scs facultés, soit qu’elle démêle un sentiment de rapport , soit enfin que l’action de toutes nos facultés intellectuelles se porte sur un sentiment naturel ou moral (i). » Si celte définition est goûtée, on saura ce que c’est que l’idée ou ce qu’on doit entendre par ce mot.
On dit que l’idée est une lumière de l’esprit, une vue lumineuse d’olijels, qui est propre à l’entendement. Nous voulons bien admettre ces locutions métaphoriques. Comme la clarté d’un soleil brillant nous fait distinguer facilement les objets, de même la présence des idées nous fait distinguer les êtres. Mais une comparaison et une métaphore ne prouvent pas que l’idée soit, à proprement parler, une lumière spirituelle. Voici ce que la réflexion
(I) Logique classique, d’après les principes de M. Laromlguiérc , t. i.
nous fait découvrir à cct égard. Une ou plusieurs facultés entrent en action dans des circonstances données, ensuite un sentiment est démélé d’avec d’autres sentiments, et voilà une idée. (Rappelez-vous ici notre théorie des quatre espèces de sentiments desquels dérivent nos quatre sortes d’idées.) La nature ne nous offre pas autre chose, quels que soient les noms dont nous décorions notre découverte.
La cause unique de toutes les idées, c’est l’activité, ce sont les facultés de l’entendement. En cela il n’y a rien qui ne soit noble pour l’homme et digne de sa grandeur. L’entendement puise dans la sensibilité pour former l’intelligence, mais il sait s’éloigner à propos des objets des organes des sens, de la sensation, pour s’élever dans une région plus pure, à des sentiments d’un ordre supérieur, source féconde des plus hautes vérités et des plus sublimes lumières. Je ne vois encore rien là qui ne satisfasse l’esprit et qui ne soit éminemment digne de l’homme.
Nous avons adopte le système de M. Laromiguière, parce que indépendamment de son orthodoxie morale et religieuse, universellement avouée, il nous a paru le plus philosophique et le plus rationnel de tous les systèmes idéologiques. C’est celui, dit un physiologiste distingue, qui présente le plus de clarté et d’exactitude ; et malgré le préjugé général des physiologistes contre les métaphysiciens, le même •
] t6 PENSÉES o’t!N CROYANT.
auteur affirme hautement <]iic M. Laromiguiérc « est aussi bon physiologiste que (ton métaphysicien. » On sait que M. de Fontanes, ancien grand maître de l’Université, honora également de son suffrage la philosophie du savant professeur de la Faculté des lettres de l’Académie de Paris.