CHAPITRE SIXIÈME
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M. B"*, professeur distingué de pliilosopliic à S'*, dit : « Condillae, Laroiniguière et plusieurs autres sensualisles soutiennent que l’idée n’est rien autre chose que la sensation discernée par l’attention, c'est une erreur (i). »
Voilà donc M. Laromiguière accusé de sensualisme, le voilà dans l’école de Locke et de Condillac , quoiqu’une distance immense le sépare de ces deux philosophes. Vovons cependant si l’accusation et l’objection peuvent se soutenir.
On lui fait dire : La sensation discernée par l’at-
(I) Dialectique française, par M. B. p. Si cl 83.
I l8 PENSÉES d’ÉN CROYANT.
tention est l’idée. Je réponds dans le sens de M. Laromiguiére et je distingue. La sensation discernée, démêlée entre d’autres sensations, perçue et modifiée par un acte d’attention , c’est-à-dire par un acte de Pâme actuellement attentive , est une idée sensible, j’en conviens; la sensation discernée , perçue par l'attention, est l’idée en général , c’est une erreur que M. Laromiguiére n’a jamais eue dans l’esprit.
La sensation pure et simple appartient à l’âme passive, elle ne saurait donc être l’idée sensible. L’idée sensible est le produit de l’exercice d’une faculté de l’entendement. Sans l’âme active ou l’aclivilé, point d’idée, même sensible.
Après avoir opposé que la sensation discernée par l’attention est l’idée , on ajoute : « C’est une erreur.» Je le pense aussi et M. Laromiguiére le démontre. Il revient souvent sur celle question dans scs leçons de philosophie, il fait souvent les distinctions convenables pour montrer d’une manière incontestable l’erreur signalée. L’objection est donc \aine et illusoire et ne porte sur rien.
A la page 83, \1. B** prétend établir contre M. Laromiguiére que la sensation et l’idée ne sont point identiques. Mais tous ces frais de démonstration sont ici bien inutiles , puisque M. Laromiguiére ne leur attribue pas une nature commune.
M. B” apporte quatre raisons en preuve de ce qu’il avance : « t° deux personnes, dit-il, peuvent
'IATÉR.IAI.ISMF. MODERNE. lly
avoir la même idée, voir absolument le même objet, et cc|>cndanl éprouver des sensations contraires : nous voyons, par exemple, la meme (leur; h cette occasion , nous éprouvons , vous une sensation agréable, et moi une désagréable. »
Réponse. La première raison de l'objection suppose, comme il est évident , que l'idée et la sensation sont une même chose. Rappelons-nous ici que M. Laromiguière admet plusieurs sortes d’idées absolument indépendantes de la sensation ; et que les idées sensibles elles-mêmes , quoiqu’elles en dépendent , ne sont point la sensation , parce que la sensibilité ou la passivité de l’Ame est incapable d’agir et de former une idée , même sensible. Aucune idéç n’est donc sensation, et par là cette première raison de M. B” ne porte en aucune manière contre la doctrine île M. Laromiguière. On voit seulement par là que son système u’a pas .été compris.
Mais admettons , pour un instant, que M. Laromiguière regarde la sensation cl l’idée comme identiques, et ne tenons plus cdmplc de l'attention scrupuleuse avec laquelle il les distingue l’une de l’autre. S’ensuit-il, comme le pense M. B**, que vous et moi, nous ayons une idée différente d’une fleur par cela seul que la sensation qu’elle occasionne dans notre Ame est agréable pour vous et désagréable pour moi ? Suit-il de celle raison que la sensation cl l'idée ne soient pas identiques? Nous ne le voyons
pas. En effet, vous comme moi , et moi comme vous, dans l'espèce, nous voyons la fleur, nous voyons sa couleur et toutes ses qualités visibles; nous en avons donc la même idée sensible ; idée bien grossière à la vérité, puisque dans l'hvpothèse, elle ne saurait être qu’une pure modification do la sensibilité. Notre sensation ou idée respective ne diffère que dans un accident peu important , et cette différence provient d’une disposition maladive qui m’est propre. Cette différence accidentelle ne peut donc empêcher notre sensation respective d’être la même pour le fond , et conséquemment d’avoir avec l’idée une nature commune.
Nous avons donc déjà prouvé que l’objection est vaine et illusoire, que la première raison apportée pour la soutenir suppose dans M. Laromiguière ce qui ne s’y trouve pas, ce qu’il n’a jamais admis; et qu’enfin celte raison, si l’on fait dire pour un instant à M. Laromiguière que la sensation et l’idée sont une même chose, ne démontre nullement qu’elles ne soient pas identiques.
Examinons maintenant la seconde raison. On dit ,
« 2® Qu’on peut séparer l’idée de la sensation : J’ai éprouvé autrefois des douleurs très-vives , j’en conserve l’idée et cependant je ne les éprouve plus. »
Réponse. L’auteur suppose toujours que son adversaire admet la sensation et l’idée comme identiques. Nous savons, par ce qui précède, à quoi
MATÉRIALISME MODF.RXF..