‹ Pensées d'un croyant catholique, ou considérations philosophiques, morales et religieuses sur le matérialisme moderne, et sur divers autres sujets, tels que l'ame des betes, la phrénologie, le suicide, le duel et le magnétisme animal ouvrage généralement destiné a la jeunesse lettréeChapitre 14 sur 49 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

APERÇU l>F. PinSIOIXMHF IDEOI.OCIOIK.

La physiologie est la science <Ic la vie, ou plutôt c’est la connaissance des phénomènes dont l’ensemble constitue la vie.

V oyons donc maintenant ce que nous apprendra la physiologie. Ce qu’il y a de certain et d’incontestable, c’est que les Fonctions du système nerveux sont encore fort peu et fort mal connues, et qu’on ne sait presque rien de positif sur celles du cerveau. Cuvier va même jusqu’à dire qu’on est très-éloigné de pouvoir assigner quelque rapport certain entre ce viscère et ses fonctions purement physiques ou organiques II est certain encore que la physiologie séparée de la psychologie est insuffisante pour nous éclairer sur la nature de l’entendement humain. Aussi tous les idéologues qui sc sont appuyés uniquement sur la phy-

siologic, ont-ils erré en tournant dans un cercle \i-

cieux inévitable.

Kjilin, on peut dire que la connaissance de plusieurs importants phénomènes de la vie est enveloppée de mystères que les plus savants physiologistes n’ont pu pénétrer jusqu’il ce jour, et nous ajouterons sans grande témérité qu’on ne pénétrera probablement jamais. Du moins, en attendant que la physiologie nous ait, le scalpel à la main, découvert ces mystères, il nous sera permis de croire avec le vieux bon sens que notre âme est spirituelle et que nos pensées ne sont nullement le résultat d’une sécrétion quelconque du cerveau. On nous permettra de conserver avec le vulgaire, auquel seul on prétend le renvoyer, l’espoir si doux de survivre à la dissolution de nos organes. Puisque c’est là le partage que nous laissent les idéologues matérialistes, nous l’acceptons volontiers, et nous ne leur envierons ni les digestions ni les nobles sécrétions de Cabanis et de Broussais.

Voici à quoi se borne, selon nous, ce que l’on peut établir d’incontestable sur le mécanisme de la sensation.

Pour qu’il y ait sensation, il faut : i° qu'un agent extérieur quelconque exerce une action sur les organes des sens ; a 0 que cette action ou impression soit transmise à un point du système cérébral par le moyen des nerfs; 3" que cette impression soit perçue ou

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sentie clans ce centre ou aboutissant général. Cette doctrine fondamentale est avouée de tous les physiologistes et idéologues. Nous voici au point où ils se divisent et où la physiologie arrive sur le domaine de la morale et devient philosophique.

On admet donc universellement la coopération du cerveau pour réaliser les sensations , les idées, les pensées, etc. Mais les uns prétendent que le cerveau est la cause productrice de la pensée ; les autres soutiennent que le cerveau n’est pour cette réalisation intellectuelle que le moyen opératoire de lame, son organe, son instrument.

Selon les partisans de la première opinion, appelés pour cela matérialistes, l’homme n’est qu’une masse organisée pour sentir et pour penser; l’intelligence avec tous ses phénomènes que le résultat de l’organisme cérébral. Les autres organes fournissent les éléments ou matériaux de la pensée en transmettant au système cérébral les impressions reçues |>ar les objets extérieurs; le cerveau les perçoit, les convertit en sensations qu’il élabore et digère pour eu faire la pensée, par sécrétion, précisément comme les organes digestifs reçoivent les aliments, les digèrent et en font le chyle et le sang. Ils appellent en conséquence le cerveau le digesteur spécial, l’organe sécréteur de la pensée, comme qui dirait le foie l’organe sécréteur de la bile. « Ainsi, comme l’observe M. de Donald, ce qu’on a toujours appelé dans

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l’homme le moral n’est à leurs yeux que le physique observé sous un rapport particulier. » Dans cette • hypothèse absurde « l’homme n’est l’être le plus intelligent que parce qu’il est le mieux organisé; et s’il a plus d’intelligence que la brute, il n’a pas une intelligence d’une autre espèce. »

Dans la doctrine opposée, celle des spiritualistes, qui est évidemment la seule vraie, comme il sera facile de le démontrer, l’homme est double, c’est-àdire composé de deux substances essentiellement différentes, quoique étroitement unies, la substance spirituelle et la substance organique et matérielle. Suivant cette doctrine, ou l’expression de la vérité, dans toute sensation il y a application d’un stimulant quelconque à un organe des sens et par conséquent impression que le nerf reçoit et transmet au cerveau, et ce mouvement du cerveau est suivi d’un sentiment de l’àme. Ainsi il y a i* action de l’objet extérieur sur l’organe du sous, du nerf sur le cerveau, du cerveau sur l’âme : voilà la sensation pure et simple. .Mais l’àine ne pouvant sentir et demeurer oisive, il v a a* action ou réaction de l’àme sur le cerveau, communication du mouvement reçu par le cerveau, au moyen du nerf, à l’organe qui fuit l’objet ou se dirige vers lui, et enfin communication de l’impression, non seulement au système nerveux cérébro-spinal, mais encore indirectement au système nerveux ganglionnaire. Ainsi dans le premier cas il va action

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du dehors en dedans, c’est Pâme passive; dans le second il y a action du dedans en dehors, c’est Pâme active.

On voit d’après cela que ce qui fait essentiellement une sensation, c’est la modification de l’âme. De passive qu’elle était d’abord, elle devient active : elle connait, discerne les sensations, les compare, les juge et opère sur elles pour la production des idées sensibles.

Or ce principe qui pense en nous, Pâme ou le moi qui connait, compare et juge, est par sa nature distingue de l’organisme, parce qu’il est simple, indivisible, actif, intelligent et libre. Il se sert des organes pour sentir et penser, et le cerveau lui-même n’en est que comme le premier ministre. L’âme pense par le moyen ou le ministère du cerveau, comme elle voit par le moyen des yeux et entend par l’intermédiaire des oreilles.

Cette doctrine réunit avec tous les vrais philosophes, tels que Descartes, Leibnitz et Malebranche, les plus célèbres physiologistes, Stahl, Haller, Bonnet, etc., etc. On peut dire que c’est incontestablement la croyance du genre humain, et l’on en trouve la preuve dans des locutions communes à toutes les langues. Partout on distingue et on nomme diversement le principe qui pense et l’organe de la pensée ; partout on dit en termes équivalents l’esprit, l’âme

ou le moi pensant, etc., le cerveau organe, instrument, moyen ou ministre de la pensée (voyez l’Extrait analytique).

Maintenant quel est le lieu où tous les nerfs coïncident et semblent se réunir, soit comme à leur origine commune, soitcomme à leur aboutissant général, ou plutôt quel est l’endroit que l’on doit regarder comme le centre sensitif, tel que doivent se le représenter les physiologistes?

Il est évident, d’après un grand nombre d’expériences physiologiques, d’observations médicales cl de comparaisons zoologique's, qu’il est placé à la base de l’encéphale, laquelle nous offre la protubérance annulaire et la moelle allongée. Il paraît que les meilleurs naturalistes placent ce centre sensitif dans la protubérance annulaire et que Gall l’établit dans la moelle allongée : Legallois prétend qu’il correspond précisément à la partie de cette moelle d’où naissent les nerfs pneumo-gastriques.

Voici ce que dit M. Magendie : « Il est bien positif que les sensations n’ont pas leur siège dans les lobes cérébraux et cérébelleux (du cerveau et du cervelet) (i). Ce qui est dire équivalemment que ce

(1) Cependant, pour la vue, tl résulte des expériences de MM. Rolande et Flnurensquc la vision est abolie par la soustraction des lobes cérébraux (les autres sens subsistant). SI le droit est enlevé, c'est l'œil gauche qui n'agit plus, et vice eerjrt. M. Magendie a vérifié ce fait un

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siège, pour parler le langage des physiologistes, est à la base du cerveau ( Physiologie de Magendie, T. i", 344(1 836 ).

grand nombre de fois par ses propres eipésiences. La blessure de la couche optique produit le même effet chez les mammifères.

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