‹ Pensées d'un croyant catholique, ou considérations philosophiques, morales et religieuses sur le matérialisme moderne, et sur divers autres sujets, tels que l'ame des betes, la phrénologie, le suicide, le duel et le magnétisme animal ouvrage généralement destiné a la jeunesse lettréeChapitre 22 sur 49 · RÉFLEXIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS PRÉLIMINAIRES

Cette noble créature de Dieu, ce Roi de la nature, l’homme fait pour connaître et posséder l’éternelle vérité , s’est dégoùlé de la vérité , s’est dégoûté de l’être ; il invoque le néant, et chose horrible h dire , dans sa fureur insensée , il s’arrache volontairement la vie. Abîme, mystère d’iniquité incompréhensible !

De tous les êtres sensibles (i) , l’homme seul peut

(1) Voyez le tableau de l'ordre hiérarchique de l'universalité des êtres terrestres, p. 33.

n8o PENSÉES d’un croyant.

se donner la mort, tandis que la bète est incapable de suicide : preuve certaine qu’il est dans l’homme un principe qui domine l’organisme et qui ne se trouve pas chez les animaux. Ceux-ci , sous l’empire invincible de leur instinct de conservation , doivent constamment et nécessairement résister à toutes les causes destructives de leur être , ils languissent et meurent, mais ne se détruisent pas eux-mêmes, preuve qu’il n’y a rien dans la bêle qui puisse même connaître son état et commander à l’organisation de s’y soustraire.

Les animaux sont par leur nature incapables d’avoir aucune notion de la mort ; ils ne peuvent la connaître comme terme de l’existence malheureuse ou du malheur , parce qu’ils n’ont aucune idée de bonheur ni de malheur, qui sont des sentiments d’une condition de l’ordre moral, dont la nature animale est absolument incapable. On ne se sert point sérieusement de ces locutions qui répugnent au sens commun : un animal est malheureux ou heureux ; il est imbécile ou aliéné, ou il a de l’esprit ; tout cela ne se dit pas, parce qu’une bête n’a point d’esprit ni de sentiment moral. Les animaux ne peuvent donc se porter à un acte ou à une fin qu’il leur est impossible de connaître. Dans l’homme seul existe un principe intelligent et libre, une puissance souveraine, maîtresse de la matière et de l’organisme, laquelle , par un triste abus de sa liberté et une in-

concevable dépravation, brise, comme un vase d’argile , la plus noble et la plus sublime de toutes les organisations créées.

Le suicide est un crime énorme , un crime irrémissible , parce qu’il est sans repentir , un crime contre Dieu , contre les hommes ou la société , un crime enfin contre celui qui s’y abandonne.

Page 1