CHAPITRE SIXIÈME
APPRÉCIATION DE LA PALEUR SCIENTIFIQUE DU MAGNÉTMMK ANIMAL. RÉFUTATION DE LA THÉORIE DE M. ROSTAN.
Nous ne chercherons pas à prouver que le magnétisme animai ne soit rien, mais qu’il est autre chose que ce que prétendent les magnétiseurs, et qu’il n’a pour agent aucun fluide particulier. Nous avons montré plus haut que les phénomènes dits magnétiques que l’on peut rationnellement admettre sont tous du domaine de la physiologie et de la pathologie. Et il en résulte que le magnétisme n’est véritablement qu’une habile exploitation de l’influence nerveuse et du pouvoir immense de l’imagination, en toutee qui est physiologique ou pathologique, c’est-à-dire vrai et rationnel ; et en ce qui est merveilleux et anti-physiologique, cette exploitation est jointe à l’artifice humain, aux fascinations magnétiques , c’est-à-dire à la jonglerie, à la supercherie, ou à la collusion. Il nous reste mainte-
45ü PENSÉES l)’uN CROYANT.
liant à faire voir que le magnétisme est loin d’étre reconnu comme science par les savants les plus distingués. M. Rostan convient lui-même, « que parmi les adversaires du magnétisme , il ne rencontre que des gens du plus grand mérite, dont l’opinion fait loi dans les sciences, dont l’approbation est la plus grande récompense, et dont le mépris est une condamnation sans appel. » On compte ceux qui croient au magnétisme et le nombre de ceux qui n’v croient pas est vraiment infini. Il serait peut-être à propos de faire ici quelques observations sur le fameux rapport de la commission de l’Académie de médecine dont nous avons plus haut rapporté les conclusions;mais resserrés dans «les bornes trop étroites, nous devons nous contenter de rapporter sur ce pointles sentiments de plusieurs membres distingués de l’Académie de médecine. Il est bon que l’on sache que ce rapport n’a point encore été discuté, et que par conséquent il n’a point obtenu la sanction du corps savant auquel il a été lu.
Voici donc quelques courtes ci tâtions, d’après M. le docteur Dupau, qui commence lui-même ses lettres sur le magnétisme par les paroles suivantes : « C’est un art tout fantastique , dont les procédés mystérieux n’ont de pouvoir que sur les corps malades, et qui, par une singulière vertu, enveloppe dans le même voile d’erreur ses propagateurs et ses dupes; c’est enfin une science fausse dans ses théories et
MAGNKTISMK ANIMAL.
dangereuse dans ses pratiques; tel est le résultat <lc mes observations sur ce sujet. »
Séance du 10 janvier 1836 ( Gazette de santé), relative à la discussion du rapport sur le magnétisme
animal. Monsieur Desgencttes « Depuis que
le rapport a été lu, il a fait beaucoup de mal ; il a déjà porté le trouble dans les têtes de la génération medicale naissante. Elle se demande s'il faut brûler les livres et fermer les écoles, puisque le magnétisme doit suffire à tout. »
M. Bally. Cet académicien compare les opérations magnétiques aux oracles des sibylles, à l’échelle mystérieuse de Mahomet, à l’antre de Trophonius, etc. Il voit dans le magnétisme deux actions distinctes, l’une physique, l’autre mystique, c’est-à-dire absurde. Il ne peut y avoir de vérités que dans la première. «J’ai vu, dit-il en terminant, l’honneur de l’Académie compromis. >
M. Double. Il suffit d’examiner ce qui a été fait à l’époque du premier examen du magnétisme, pour se convaincre combien il est inexact de dire que la matière a été traitée légèrement. Il n’est pas aisé de stigmatiser les travaux des Francklin, des Laplace, des Lavoisier, des Thouret. L’opinion du monde savant a pu être fixée par eux J’ai beaucoup
étudié le magnétisme, soit comme magnétiseur, soit comme magnétisé: je déclare que je n’ai jamais rien vu, ni rien éprouvé. Quant à tout ce qu’on nous ra-
PENSÉES ü’ilN CROYANT-
conte de merveilleux à ce sujet, je rappellerai ce mot de Fontenelle : « Puisque vous l’avez vu, je le crois, si je l'avais vu moi-même, j’en douterais. »
M. Laënnec. Je cherche depuis vingt ans des faits magnétiques avec un commencement de foi ; je n’en ai pas trouvé. J’ai voulu magnétiser moi-même ; j’ai eu très-peu de vertu. Il résulte du rapport unanime de tout le monde que les neuf dixièmes des faits observés sont des jongleries ; si donc rien n’est plusdifficile à trouver qu'un vrai somnambule, l’Académie doit attendre.
M. Rochoux. En taisant abstraction de toutes les jongleries accessoires auxquelles le magnétisme a pu donner lieu, on trouve deux faits principaux dans les prétentions des magnétiseurs : ce sont le somnambulisme et la lucidité des somnambules. Ces phénomènes sont fort extraordinaires, et il serait sans doute curieux de s’en occuper. Au premier abord rien ne parait plus facile ; mais, si nous en croyons les magnétiseurs, la seule volonté contraire des assistants peut empêcher l’effet des opérations magnétiques; dès lors, comment est-il possible de faire des expériences contradictoires, et quel résultat peuvent-elles offrir ? Je ne parlerai point des prétendues merveilles du magnétisme, et surtout de la prévision magnétique, qui, si elle existait, auraitdù, depuis long temps, ruiner l’administration de la loterie : je me bornerai à dire que, réduit à sa plus simple expression, le ma-
gnétisine n’offre rien de merveilleux, et qu’il est inutile de nommer des commissions pour s’en occuper.
M. Récamier ne s’arrête pas à la question scientifique ; il se borne à raconter quelques faits qui lui sont personnels. Il a vu opérer M. de Puységur avec sa fameuse maréchale. C’était là certainement le type du magnétisme- Eh bien! dit M. Récamier, toutes les fois que j’ai voulu vérifier par moi-même les expériences, on m’a refusé les moyens. L’honorable membre cite plusieurs observations dont quelquesunes ont été faites à l'Ilôtcl -Dieu , et qui sont loin d’être favorables au magnétisme. Une fois seulement il a observé une insensibilité parlàite chez une somnambule à qui il fit appliquer un moxa pendant le sommeil magnétique. Mais ce phénomène tenait-il à l'influence du magnétiseur sur la malade '( Quanta la lucidité des somnambules pour découvrir les maladicsct les remèdes appropriés, il est persuadé que les véritables médecins trouveront, dans l’apprécialiou des symptômes, des lumières bien plus positives que dans la prétendue clairvoyance magnétique.
M. Magendie. Je n’ai pas assisté aux discussions précédentes; mais m’occupant depuis vingt ans de physiologie, j’ai fait tous mes eliorts pour observer des faits relatifs au magnétisme. Tous ces efforts ont été sans résultat positif. Il me semble que l’Académie a été induite eu erreur ; qu’elle a été placée dans
une fausse position, lorsqu’on lui a suggéré l’idée de nommer une commission particulière pour savoir si
l’on s’occuperait du magnétisme
Déjà même le bruit de
cette discussion fait beaucoup de mal. C’est une circonstance exploitée avec empressement par les fripons qui pullulent dans la capitale, et l’on cite môme des malades qui ont succombé entre les mains des magnétiseurs.
« M. Cornac a cherché, depuis nombre d’années, à s’assurer de la lucidité des somnambules; il n’a pu en voir un exemple bien avéré, toutes les merveilles qu’on a contées à ce sujet lui paraissent du charlatanisme La meilleure preuve, pourM. Bouillaud,
que tout cela n’est que du charlatanisme, c’est que la plupart des magnétiseurs ont changé leur habit avec la mode et se sont fait homœopathes ( Revue médicale). »
Voyez la réfutation du rapport de l’Académie intitulée : Eæamen historique et raisonné des expériences prétendues magnétiques faites par la commission de l’ Académie royale de médecine , par M. le docteur Dubois ( d’Amiens ). Ce travail nous a paru un morceau de critique excellent, fait avec une supériorité de talent remarquable. M. le professeur Bouillaud assure que c’est un vrai chefd’œuvre de haute raison et de la plaisanterie la plus fine et la plus ingénieuse.
u J’ai lu et vu les œuvres «les inagnéliseurs , dit M. Dubois, et je me déclare en état d’hostilité contre eux ; j’ai lu et médité le rapport de la commission, et j’ai été révolté de voir la réputation de tant de graves personnages compromise par d’indignes
jongleurs » Et ailleurs : « Ce que je sais, c’est
que la commission , par son impéritie , n’a que trop compromis et le corps académique et le corps médical tout entier.» « Pendant près de six ans ,
ajoute-t-il encore, elle s’est laissé jouer, elle s’est laissé tromper de la manière la plus grossière , le tout |K>ur faire un rapport tel quel. Eh bien! puisque , de gaité de cœur , elle a voulu en courir les chances, je vais examiner celte longue série d’expériences ou plulét de mystifications. » Cependant, nous devons le dire, l’équité nous en fait un devoir, nous crovons que M Dubois a porté trop loin le scepticisme physiologique. Il parait rejeter le soin nambulisme artificiel ou magnétique. Il est vrai, ce somnambulisme peut à la rigueur être simulé ; mais s’ensuit-il de là qu’il le soit toujours , et que tous les cas de somnambulisme soumis à l’observation de la commission fussent réellement des faits simulés et fictifs ? Il est impossible de le croire, cela répugne trop et fait violence à la raison. Partons d’un fait certain, incontestable, avoué de tout le monde, du fait du somnambulisme naturel, non provoqué. Or, ce somnambulisme est, quant au fond, le même que
celui que font naître ou déterminent quelquefois les procédés dits magnétiques. Pourquoi donc ne pas admettre un phénomène artificiellement provoqué qui a son analogue dans l’ordre physiologique et pathologique , c’est-à-dire dans la nature ? Il faut reconnaître la vérité de quelque part qu’elle vienne.
Voici, pour finir ce paragraphe, un court extrait de l’examen critique de M. Dubois : c’est un léger échantillon de la dialectique pressante et du style piquant et incisif de i’aulegr. Ce passage montrera en même temps la haute importance que les commissaires de l’Academie attachent à des faits magnétiques qui, aux yeux d’observateurs vulgaires et non lucides, n’auraient assurément qu’une valeur trèsminime. s Un enfant âgé de vingt-huit mois, atteint, comme son père dont il sera parlé plus tard, d’attaques d’épilepsie, fut magnétisé chez M. Bourdoisde Lamothe, par M. Foissac, le 6 octobre 1827. Presque immédiatement après le commencement des passes , l’enfant se frotta les yeux , fléchit la tête de côté, l’appuva sur un des coussins du canapé sur lequel on l’avait assis, bâilla , s’agita , se gratta la tète et les oreilles, parut combattre le sommeil qui semblait vouloir l’envahir, et bientôt se releva, permeltez-nous l’expression , en grognant ; le besoin d’uriner le prit , et après qu’il l’eut satisfait , il fut encore magnétisé; mais comme il ne paraissait pas
cette fois voisin du sommeil, 011 cessa l’expérience.» (Rapport 19.)
« Je ne puis in’empêcher de répéter encore ici la jjensée de Cabanis, qu’il est des erreurs dont les hommes d’esprit sont seuls susceptibles : et en effet, pour tout homme pourvu d’une dose fort ordinaire de bon sens, qu’y aurait-il eu de remarquable dans cette histoire ? Qui aurait pu s’imaginer d’en tirer des conséquences merveilleuses si ce n’est une commission savante ?
» Un misérable ouvrier conduit son enfant, âgé de vingt-huit mois , chez un riche médecin ; il le place sur un canapé , et aussitôt un magnétiseur se met en quatre pour produire quelque effet sur ce bambin ; le canapé est moelleux , il est garni de bons coussins ; puis il bâille , il se gratte la tète et les oreilles, il grogne, il pisse , et puis il reste tréséveillé ; voilà tout ! C’est bien peu de chose, allezvous me dire , et on ne peut l ien en conclure , si ce n’est que cet enfant était assez mal élevé ; M. Bourdois en aura été quitte pour faire brosser son canapé et essuyer son parquet : vous n’y êtes pas ; avec de l’esprit et de la bonne volonté on vient à bout de bien des choses ; vous allez voir.
« Cette observation, dit M. le rapporteur (p. 21), a paru à votre commission tout-à-fàit digne de remarque ! L’individu qui en fait le sujet est un enfant de vingt-lmit mois ; il ignore ce qu’on lui a fait , il
u’csl pas même en état de le savoir, et cependant il est sensible à l’action du magnétisme , et bien certainement , on ne peut attribuer chez lui cette sensibilité à l’imagination. »
» Certainement cet enfant ignorait ce que signifiait l’agitation de M. Foissac ; certainement il n’était pas même en état de le savoir ; mais où voyez-vous qu’il ait été sensible à l’action du magnétisme ? Le sommeil , dites-vous , a semblé vouloir l'envahir : est-ce donc chose nouvelle et inexplicable qu’un enfant de vingt-huit mois , bien placé sur un canapé, éprouve l’envie de dormir ?
« Mais il a bâillé, il s’est gratté la tête et les oreilles, il a grogné 1 » A cela je répondrai que je ne reconnais pas même ici vos premiers éléments de l’action magnétique, car il n’y a eu ni clignotement des paupières, ni déglutition de la salive, etc., phénomènes auxquels on attache tant d’importance.
« Il fut encore magnétisé, ajoute M. Hesson ; mais comme il ne paraissait pas cette fois voisin du sommeil, on cessa l’expérience. » La réflexion du rap- |K>rteur est d’une rare naïveté; on n’a pas continué l’expérience, parce que le petit s’est avisé de ne pas avoir ce jour-là envie de dormir! De sorte qu’on ne l’a pas magnétisé pour ne pas compromettre gratuitement le magnétisme, et cela n’empêche pas que cet enfant ne soit sensible au magnétisme ! »
Voyez un autre et dernier rapport lait à l’Acndé-
mie de médecine en 1837, par une commission nommée par ce corps savant. Nous en avons rapporté les conclusions à la p. 3 g et suiv. M le docteur Dubois est l’auteur de cet important rapport qui a réduit au néant les extravagantes prétentions de certains magnétiseurs.
M. Rostan regarde le fluide nerveux comme l’agent de tous les phénomènes magnétiques. Voici sa théorie : « Dans l’état actuel de la science , tout porte à considérer le cerveau comme un organe sécrétant une substance particulière dont la propriété principale est de transmettre ou de recevoir le vouloir et le sentir. Cette substance, quelle qu’elle soit, parait circuler dans les nerfs, dont les uns sont comsacrés au mouvement (à la volonté) ; ceux-là partent de l’encéphale, ou de ses dépendances, et vont se rendre aux extrémités ; les autres au sentiment : ceux-ci vont se rendre à l’encéphale. Les premiers
sont actifs et les seconds passifs
» Nous admettons
la circulation d’un agent quelconque; mais cet agent ne s’arrête pas aux muscles ou à la peau : il s’élance encore au dehors avec une certaine force, une certaine énergie , et forme ainsi une véritable atmosphère nerveuse , une sphère d’activité absolument semblable à celle des corps électrisés. Cette opinion est celle des plus habiles physiologistes. Dès-lors , tout nous semble susceptible d’une explication plau-
sible. L’atmosphère nerveuse active du magnétiseur se mêle, se met en rapport avec l’atmosphère nerveuse passive de la personne magnétisée ; celle-ci en est influencée au point que l’attention et toutes les facultés des sens externes se trouvent abolies momentanément, et que les impressions intérieures et celles que communique celui qui magnétise, se rendent au cerveau par une autre voie. Cet agent nerveux jouit, comme le calorique, de la faculté de pénétrer les corps solides , propriété qui sans doute a des bornes , mais qui explique comment les somnambules sont influencés à travers les cloisons , les portes, etc. ; et aussi comment ils perçoivent les qualités sapides, odorantes ou autres, à travers certains corps qui, dans l’état ordinaire, ne se laissent pas pénétrer par ces molécules.
» Les faits multipliés qui prouvent d’une manière irrécusable qu’on peut magnétiser à travers des corps solides, et que la présence de ces corps n’empéche pas la clairvoyance, forcent bien à admettre que l’agent nerveux ou magnétique doit passer à travers les corps. Ceci n’est pas plus étonnant que la lumière traversant les corps diaphanes, l’électricité traversant les corps conducteurs, et le calorique pénétrant tous les corps. Le mélange de ces deux atmosphères nerveuses rend très-bien » (c’est-à-dire très-mal ) « raison de la communication des désirs, de la volonté, des pensées mêmes de celui qui magné-
lise, avec la personne magnétisée. Ces désirs, celte volonté étant des actions du cerveau, celui-ci les transmet, au moyen des nerfs, jusqu’à la périphérie du corps et au-delà ; et , lorsque les deux atmosphères nerveuses viennent à se rencontrer, elles s’identifient au point de n’cn former qu’une seule. Les deux individus n’en forment qu’un , ils sentent et pensent ensemble, mais l’un est toujours sous la dé-pendance de l’autre.
« Dans cet aperçu , nous n’avons peut-être pas dévoile le vrai mécanisme des efforts magnétiques; mais nous pensons que , sans nous éloigner beaucoup des faits physiologiques et physiques généralcmentadoptés , notre hypothèse explique d’une manière assez satisfaisante la production de ces effets ( 1 ). »
Cette hypothèse de l’atmosphère nerveuse n’est' justifiée paraucun fait certain. Au contraire toutes les données physiologiques et l’analogie nous prouvent que l’agent ou le fluide nerveux ne s’élance pas au-delà du corps, mais qu’il circule dans les nerfs à peu près comme le sang circule dans les vaisseaux ; il ne sort donc pas des nerfs, pas plus que le sang ne sort de ses vaisseaux. Et si dans quelques cas rares le sang transsude à travers les pores de la peau, il n’offre dès lors plus aucun caractère de vitalité, ni de qualité stimulante : il doit en être de même du fluide nerveux.
(I) Dictionnaire de médecine, art. Magnétisme.
Si la volonté humaine était assez puissante pour lancer le fluide nerveux hors du corps et le projeter ainsi dans un milieu nouveau ou l’air ambiant , elle devrait , à plus forte raison , dans le cas où un nerf est coupé, le faire pénétrer à travers les chairs qui touchent immédiatement le bout supérieur du nerf divisé. L’observation prouve que les choses ne se passent pas ainsi. Le fluide nerveux envoyé par la volonté la plus forte ne peut aller que jusqu’à la section du nerf et pas au-delà : toutes les parties auxquelles le bout inférieur du nerf coupé porte le mouvement ne demeurent pas moins paralysées malgré le plus grand vouloir de la part du blessé.
Si le fluide nerveux est la seule cause des phénomènes magnétiques , pourquoi n’agit-il pas sur les animaux qui ont des nerfs , et qui par conséquent devraient aussi avoir du fluide nerveux? pourquoi des corps inanimés ou dépourvus de nerfs comme un baquet ou un arbre peuvent-ils devenir, suivant les magnétiseurs, des intruments des phénomènes magnétiques? il faut donc qu’ils se chargent du fluide nerveux que le magnétiseur leur communique et qu’ils le lancent à leur tour sur les individus qui sont dans l’atmosphère nerveuse de corps sans nerfs, supposition tout-à-fait absurde et ridicule.
Les magnétiseurs nous assurent qu’ils peuvent endormir par un pur acte de leur volonté , à distance , c’est-à-dire dans un grand éloignement de la per-
sonne ou à son insu, et même à travers des cloisons. Mais alors comments’établit l’atmosphère nerveuse? On comparera vitesse et la pénétration du fluide nerveux ou magnétique à celles de la lumière, du lluide électrique , du calorique ; mais des comparaisons ne sont pas des preuves , et puis la lumière ne traverse pas un mur.
M. le docteur Rostan engage ses lecteurs à lire les observations de Petetin. « Rien , dit-il, n’est assurément plus digne d’intérêt.
Une jeune personne après avoir éprouvé de violentes convulsions était tombée en perte de connaissance; elle était immobile, les yeux fermés, roulant dans leur orbite, et chantait avec enthousiasme ; les membres, placés successivement dans des attitudes très-pénibles, conservaient la position qu’on leur imprimait.
Les excitants de toute espèce furent vainement employés pour la tirer de cet état. C’est vainement qu’on cherchait à se faire entendre d’elle, qu’on la piquait, qu’on la pinçait, qu’on lui faisait flairer de l’ammoniaque, etc. : elle était absolument insensibleà tous ces moyens ; les sens paraissaient complètement paralysés. Le hasard fil que le médecin giissaet tomba sur l’épigastre de la malade, en prononçant ces mots : « Il est bien malheureux que je ne puisse empêcher cette femme de chanter ! — Eh ! ne vous fâchez pas, M. le docteur, je ne chanterai plus, » répondit la ma-
lade.Le médecin conlinua à lui parler sans obtenir de réponse. Il sc replaça enfin dans la position où il était lorsqu’il avait été entendu, et il le fut encore. Nul doute que la malade n’entendit par l’estomac. Des expériences réitérées prouvèrent que le sens de l’ouïe était transporté dans celte région. Il faut lire les détails curieux de ce phénomène dans l’ouvrage même de M. Petétin. Celui-ci s’assura ensuite que le goût et l’odorat avaient aussi leur siège dans la même région ; des mets divers , présentés à l’épigastre avec les plus grandes précautions , furent reconnus sans hésitation et sans erreur. Il en fut de même des odeurs, et, chose plus inexplicable encore, des formes et des couleurs. Ce médecin ayant appliqué successivement plusieurs cartes sur l’épigastre, la malade les nomma toutes successivement sans sc tromper. Elle disait les voir lumineuses, plus grandes que dans l’état naturel , et dans l’estomac. Il cite plusieurs observations analogues h celle-ci , et au moins aussi surprenantes, et j’ai l’intime conviction qu’il n’a pu les inventer (i). » Voici ce qu’ajoute M. le professeur Richerand à cette observation de catalepsie hystérique si digne d’intérêt suivant M. Rostan : « Afin de rendre les choses plus croyables il ajoute ( Petétin ) « qu’elle voyait l’intérieur de son corps , devinait ce que renfermaient
(i) Dictionnaire de medecine, l. xin, art. Magnétisme.,
les poches des assistants, en faisait l’inventaire, ne se trompait pas sur le nombre des pièces de monnaie contenues dans leur bourse enfin pour exercer tout-à-fait la foi de ses lecteurs M. Petétin s’écrie : « O prodige inconcevable! formait-on une pensée sans la manifester par la parole , la malade en était instruite aussitôt. >> Dans le cas où les amis du merveilleux nous reprocheraient de pousser trop loin le scepticisme, nous leur répondrons que M. Petétin est le seul témoin du miracle; qu’il est impossible, d’après sa narration , de dire en quelle année et sur quelle personne se sont opérés les prodiges qu’il raconte , et que cet auteur enthousiaste pourrait bien avoir inventé ce conte pour confondre les incrédules qui se permettaient de tourner en dérision son système sur l’électricité du corps de l’homme ( i ). » « Nous avons consulté sur cette observation étrange, dit M. le docteur Montfalcon, des médecins qui ont vu et suivi la malade, aucun d’eux n’a aperçu les miracles que Petétin s’est complu à décrire. » Voilà évidemment des phénomènes que l’on regarde comme magnétiques. Où est ici le fluide nerveux qui les a produits ? De quel individu est-il émané ! Sous l’influence de quelle volonté, par quelle intention , quel procédé, quel geste, quelle parole? Rien de tout cela n’a existé. Si ces faits sont vérita-
(1) Physiologie , t. il, art. Sensation!.
PENSÉES d’un CROYANT.
blés, que devient le magnétisme, car ils 11e lui appartiennent pas, ils sont du domaine de la physiologie ou plutôt de la pathologie , et dès-lors il n’y a plus de magnétisme ?
Si ces mêmes faits sont faux , fictifs ou inventés , comme le pensent aujourd’hui tous les savants, hors M. Rostan , que doit-on penser de tous les phénomènes merveilleux du magnétisme, qui leur sont semblables en tout point? il n’v a qu’à les nier tout simplement les uns comme les autres.
De tout ce qui précède , il résulte que le fluide magnétique ou plutôt le fluide nerveux considéré comme agent du magnétisme animal, suivant M. Rostan, et l’atmosphère nerveuse du même auteur sont des êtres de raison , de pures hypothèses qu’aucun fait ne justifie et qu’aucune observation physiologique ne prouve rigoureusement.