‹ Pensées d'un croyant catholique, ou considérations philosophiques, morales et religieuses sur le matérialisme moderne, et sur divers autres sujets, tels que l'ame des betes, la phrénologie, le suicide, le duel et le magnétisme animal ouvrage généralement destiné a la jeunesse lettréeChapitre 45 sur 49 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

PHÉSOMÈKES MERVEILLEUX,

on Faits anti-physiologiques, c’est-à-dire en dehors de toutes les lois connues de la physique, de la physiologie et de la pathologie.

Nous commençons par les plus prodigieux, telsque lesphénoménes de la vue par le front, l’occiput, l’épigastre, le bout des doigts, etc. Nous nous bornerons aux principaux faits cités par les plus savants et les plus graves auteurs.

Voici ce que rapporte M. Rostan, professeur distingué de la Faculté de médecine de Paris : « Voici une expérience que j’ai fréquemment répétée, mais qu’enfm j’ai dû interrompre; parce qu’elle fatiguait prodigieusement ma somnambule, qui me dit que si je continuais, elle deviendrait folle. Cette expérience a été faite en présence de mon collègue et ami M. Ferrus. Je pris ma montre, que je plaçai à trois ou quatre pouces de l’occiput. Je demandai h la soin-

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nambule si elle voyait quelque chose. — « Certainement je vois quelque chose qui brille : ça me fait mal. » Sa physionomie exprimait la douleur, la nô- » tre devait exprimer l’étonnement. Nous nous regardâmes; et M. Ferrus, rompant le silence, me dit que puisqu’elle voyait quelque chose briller, elle dirait sans doute ce que c’était. « — Qu’est-ce que vous voyez briller ? — Ah ! je ne sais pas, je ne puis vous le dire. — Regardez bien. — Attendez, ça me fatigue. .. attendez .. (et après un moment de grande at tention) : C’est une montre. » Nouveau sujet de surprise. Mais si elle voit la montre, me dit encore M. Ferrus, elle verra sans doute l’heure qu’il est.

« — Pourriez-vous me dire quelle heure il est?

— Oh ! non, c’est trop difficile. — Faites attention, cherchez bien. — Attendez, je vais tâcher.... Je dirai peut-être bien l’heure, mais je ne pourrai jamais voir les minutes. » Et après avoir cherché avec la plus grande attention : « — 11 est huit heures moins dix minutes : » Ce qui était exact. M. Ferrus voulut faire l’expérience lui-méme, et la répéta avec le même succès. II me fit tourner plusieurs lois l’aiguille de sa montre; nous la lui présentâmes sans l’avoir regardée, elle ne se trompa point (t). »

Voici un fait plus merveilleux encore s’il est possi-

(I) Dictionnaire île médecine en 18 vol . , t. xilt, article Magnétisme , p. 453.

ble : « Je feignis, dit M. le docteur Filassier, de magnétiser un de mes amis, mais les manœuvres que j’exerçais sur lui lurent toutes faites avec la ferme volonté d’agir sur elle (une somnambule); bien que placée à quelque distance de moi, elle ne tarda pas à s’endormir et à tomber en somnambulisme. Je fis enlever exprès toutes les lumières de la pièce où nous nous tenions ; nous nous trouvâmes alors dans l’obscurité. Je pris ma montre avec toutes les précautions nécessaires pour qu’elle ne pût être même aperçue par la somnambule, et la plaçai sur son front , le cadran étant dirigé vers la peau , et le reste de la montre étant soutenu et entièrement caché par la paume de la main droite ; j’appuyai les doigts de l’autre main sur les paupières, pour augmenter et maintenir leur occlusion déjà complète par elles-mêmes Qu’avez-vous sur le front? demandai-je à la somnambule. Une montre , me réponditelle, après un peu de réflexion. — Voyez l’heure. — Je ne puis. — Voyez-la ; je le veux. — La grande aiguille est sur le 6 , la petite est après le 7 , me répondit-elle, après une forte concentration. Nous passâmes dans l’appartement à côté, qui était éclairé, et nous pûmes constater qu’il était sept heures et demie à la montre. (C’est ce que la somnambule aurait pu dire, s’il n’était apparemment plus poétique et plus magnétique de dire que la grande aiguille était sur le fi et la petite après le 7) Je tournai

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plusieurs lois sur elles-mêmes les aiguilles de ma montre, sans savoir moi-même à quelle heure elles s’étaient arrêtées, puis je 1 1 plaçai avec les mêmes précautions sur l’occiput de la somnambule : — (Quelle heure est il à ma montre? — Elle resta longtemps concentrée et dit enfin : la plus grande aiguille est sur le 5 , la plus petite est entre le 3 et le 4 i mais plus prés du 3. — Je passai dans la chambre éclairée, et je vis en effet que ma montre marquait trois heures vingt-cinq minutes (i). »

Les amis de M. Filassier placèrent la montre sur l’épigastre de la somnambule , par dessus les vêtements, et elle vit par l’estomac comme par le Iront et l’occiput. Voilà donc le sens de la vue en trois endroits à la lois. Dans la voie des prodiges , il n’y a que le premier pas qui coule. Je doute Tort que ces somnambules, quelque lucides qu'elles soient, pussent soutenir les épreuves de la commission de médecine de 1 83*^ , dont on a rapporté les conclusions plus haut.

Maintenant que répondre à des savants qui vous disent : Nous avons vu c’est le cas de dire: puis-

que vous l'avez vu , je le crois ; si je t'avais vu moi-même , je ne le croirais pas. Il est, comme dit Cabanis, des erreurs dont les hommes d’esprit

(1) Quelques eonsiitération* pour servir à l'histoire du magnétisme animal.

MAGNÉTISME ANIMAL. 4 2t )

seuls sont susceptibles. La vue par l’occiput et sans le secours des yeux est une de ces absurdités que l’on doit aussitôt rejeter et nier comme contraire aux lois de la physique et de l’organisation animale , et surtout comme contraire au sens commun. Le bon sens en effet nous crie à tous qu’il ne peut v avoir dans cette prétendue vision occipitale aucune espece de causalité ou de rapport possible de cause à effet; que de l’organisation de l’occiput ne peut résulter aucune apparence de cause finale de la vue ; jwree que cette organisation n’a aucun rapport de nature et de Corme avec la lumière, pour la modifier, la rétracter et en transmettre l’impression au cerveau ; qu’une chose n'existe pas sans sa condition •d’existence essentielle. Ainsi il n’y a point de fonction mécanique sans machine , point de fonction vitale sans organe, point de digestion sans estomac, point de respiration sans poumon, point de sensation sans un organe de sensation ou un sens, par conséquent point de vue véritable possible sans yeux. Et en effet la vision réelle ne peut avoir lieu que par l’impression d’un objet réel , sensible sur le nerf optique ou la rétine, ce qui exclut les visions hallucinatiques et fantastiques dans les songes, où il n’v a point d’objet réel , et par conséquent point de sensation véritable, mais seulement des simulacres ou des souvenirs de sensations , sans aucune réalité.

Un ne peut pas non plus nous opposer l’état des

PENSÉES l/UN CROYANT.

somnambules ordinaires et naturels , parce que ceuxci ne voient réellement point ou très-rarement , quoiqu’ils puissent avoir les yeux ouverts; car s’ils voyaient, ils communiqueraient avec le monde extérieur , se réveilleraient aussitôt , ou plutôt ils ne seraient véritablement pas somnambules. S’ils paraissent montrer beaucoup d’adresse et d’agilité dans leurs courses nocturnes sur les toits, c’est précisér ment encore parce qu’ils ne vdient pas. L’ignorance du danger leur donne une assurance qui les préserve des accidents, lesquels ne manqueraient pas d'arriver, s’ils venaient à s’éveiller; ils verraient le danger, bientôt leurs niées seraient troublées et ils tomberaient infailliblement Aussi , tout le monde sait qu’il est dangereux de réveiller un somnambule qui s’est mis dans une situation périlleuse.

•Au reste, il est certain que, malgré leur adresse apparente et leur lucidité prétendue, ils tombent souvent des toits, ou se jettent par les fenêtres de leur appartement et se tuent.

Mais comment expliquer ces cas rares et singuliers où l’on a vu des somnambules dans un état de lucidité optique composer et écrire des vers, des discours au milieu de la nuit. Un ecclésiastique, somnambule, se levait la nuit pour corriger un sermon. Dans ces mots : ce divin enfant , il substitua adorable 'a divin. Plus tard , s'apercevant de l’hiatus , il ajouta un t après ce. On peut croire que dans ce cas et autres

semblables, les somnambules ont pu , par une exaltation extraordinaire de la sensibilité optique , voir assez pour écrire pendant certaines nuits rendues d’ailleurs peu obscures peut-être par quelque clair de lune : et s’ils ont vu , c’était au moins par les veux et les yeux ouverts ou entr’ouverts trèsprobablement. Tout cela ne prouve rien en faveur de la prétendue vue occipitale, épigastrique, etc.

Si les faits dits magnétiques ci-dessus allégués étaient véritables , ils devraient être attribués à l’action d’une puissance surnaturelle ; ils seraient de vrais miracles. Or, il est certain que Dieu ne fait des miracles que dans une fin digne de lui et pour manifester ses divins attributs. Il serait ridicule de croire que la souveraine sagesse voulût , sans raison et sans but digne d’elle, faire voir un homme par le derrière de la tête ou par l’épigastre. Mais les faits existent. Des hommes graves , savants et véridiques disent les avoir vus , les attestent hautement; rien ne résiste à la puissance ttes faits. Soit, mais il est certain que des hommes savants, graves et véridiques ne sont pas à l’abri de toute erreur ; ils ont pu être trompés d’une manière quelconque, par quelque subtilité prestigieuse ou d’une façon qui m’est inconnue , mais qui est à la rigueur possible ; ils ont pu se tromper eux-mêmes. Qui pourra prouver avec certitude que les magnétisés n’ont pas cru avoir vu par l’occiput ce qu’ils n’avaient réellement point vu ,

PENSÉES d’un croyant.

en un mol s’ils n’onl pas devine quelquefois juste? On sait que très-souvent ils se trompent, ou hésitent et ne disent vrai qu’h demi ou à peu près. De l’aveu même de M. Rostan « les somnambules les plus lucides commettent souvent de fréquentes erreurs 5 je dirai même que les cas où ils se trompent sont les plus ordinaires. » Et ailleurs : « II faut cependant avouer que les somnambules se trompent dans la majorité des cas et que le désir de paraître clairvoyants leur fait affirmer qu’ils voient ce que bien souvent ils ne voient pas. »» Qui pourra , d’un autre côté, assurer que le magnétiseur ou l’expérimentateur ne s’est pas trompé lui-même sur les qualités de l’objet prétendu vu ; ou si par une illusion optique ou une subite hallucination , il n’a pas vu une chose pour une autre, ou un objet fantastique, qui n’existe réellement point ? En tout état de cause , j’aime mieux croire que l’un des deux s’est trompé , ou que l’un l’a été par l’autre, à dessein oti non, que de me|»ersuader que le cours des lois de la nature a été interrompu ou interverti, sans aucune raison ni fin digne de son auteur. J’éprouve une répugnance si invincible à croire à ces faits, qui sont contre l’organisme et la raison, que j’aimerais encore mieux dire avec les théologiens que cette fascination optique , en admettant les faits, est l'œuvre du démon , ce qui ne répugne pas absolument aux principes de la saine théologie. Et en effet les esprits de ténèbres

apparemment peuvent voir dans les ténèbres , ou plutôt il n’y a point de ténèbres physiques pour les êtres incorporels. Ces intelligences surhumaines peuvent donc faire ce dont quelques hommes sont parfois capables ; et il leur est encore plus facile de communiquer aux hommes des pensées , ou la connaissance des objets ou de leurs qualités , nuis que tous les hommes, comme on sait, sont capables de ces choses. Ce ne serait donc après tout qu’un miracle du second ordre opéré par un agent surnaturel ou le génie du mal , dans le but d’établir et d’accréditer une doctrine mauvaise, erronée dans ses principes et immorale dans son application , comme nous le verrons plus bas.

D’après tout ce qui vient d’être dit, il est certain i" que la réalité de la vue sans le secours des yeux et par d’autres organes que les yeux ne peut être admise que par un véritable miracle, ce qui, dans l’espèce, est démontré impossible; 2° ou qu’il faut établir que c’est un phénomène extraordinaire, anormal , mais purement naturel et physiologique, supposition qu’il est également impossible d’admettre , parce qu’elle est contraire à toutes les lois de la phvsique et de l'organisme animal. Il ne reste donc d’autre issue possible que l’artilicc humain ou diabolique. Pour nous en tenir au premier nous concluons que les magnétiseurs et les magnétisés ou les expérimentateurs ont trompé ou ont été trompés, hallu-

434 PENSÉES u’ilN CROYANT.

cinés , illusionnés , fascinés par des ruses adroites et des subtilités prestigieuses. Pour nous résumer sur l’article de tous ces faits extraordinaires, merveilleux et anti-physiologiques, nous disons et nous dirons toujours : la collusion entre le magnétiseur et le magnétisé est absolument possible, on en convient : or, nous nous retranchons derrière cette possibilité; et tant qu’on ne l’aura pas détruite , nous nierons tous ces faits merveilleux , parce que nous aimons mieux croire que deux hommes ont pu mentir, que d’admettre un renversement des lois de la nature ou l’intervention inutile et gratuite d’une intelligence ou d’un agent surnaturel ou surhumain. Nous rougissons presque d’avoir étalé toutes ces preuves et d’avoir fait tant de frais de démonstration , pour réfuter des choses si vaines et si frivoles , qu’il aurait lallu nier tout simplement comme extravagantes, absurdes et ridicules. Mais à qui la faute? Pourquoi des savants eux-mêmes ne rougissént-ils pas de soutenir et de relever par l’appui et l’éclat de leur nom ces étranges et inconcevables erreurs?

Il est une autre vue magnétique bien plus merveilleuse encore , c’est la vue dite dans l’espace , et dans le temps. La vue dans l’espace , c’est celle par laquelle une somnambule prétend voir ou connaître ce qui se passe à des distances considérables ou même incommensurables et sans bornes.

On rapporte que les magnétiseurs ont fait voyager

leurs somnambules dans des pays inconnus, en Amérique, aux Indes-Orienlales, en un mot partout, soit pour savoir des nouvelles d’une personne absente, soit pour faire des découvertes scientifiques. On a vu des relations dans lesquelles une somnambule faisait la description exacte de l’appartement d’une personne éloignée , et dans un pays où elle n’avait jamais été; d’autres, pour obéir aux ordres de leur magnétiseur, se transportent sans bouger de place , auprès de certains malades pour voir , par une intuition magnétique , leurs maladies et les remèdes qui leur conviennent. C’est peu que tout cela, il est curieux de voir la lucidité magique des magnétisés aller lutter contre les ténèbres des enfers mêmes, ou s’élancer jusque dans la région des planètes et des étoiles fixes , ou disons plutôt dans la région des chimères, des extravagances et des folies. Voici l’analyse d’une relation d’un de ces voyages planétaires , écrit sous la dictée d’une somnambule : « Elle a vérifié qu’il existe réellement dans la lune des êtres sensibles et vivants, qui jouissent comme nous du spectacle de la nature et de scs avantages; qu’ils naissent, se reproduisent et périssent de la même manière. La description qu’elle donne de ces êtres lunaires n’est point très-belle; ils ont une forme aplatie et une marche rampante. » (Citation de M. Dupau.)

La vue dans l’espace emporte naturellement celle

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dans la matière , c'est-à-dire à travers ou dans les corps opaques, et tout-à-fait imperméables à la lumière, comme le globe lerrcstre : car il ne s’agit pas ici de la matière lumineuse ou diaphane. Je cite cet exemple à dessein, puisque, au rapport de M. llostan , « les partisans du magnétisme disent qu’il n’est pas plus surprenant de voir les antipodes au moyen de ce fluide nouveau que d’apercevoir Saturne , Jupiter ou Sirius au moyen du fluide lumineux. »

Si les somnambules peuvent voir les antipodes , leur vue si subtile et si perçante passe donc à travers le centre de la terre, et parcourt un diamètre de trois mille lieues. Et si celte vue d’une espèce nouvelle traverse une masse opaque de trois mille lieues d’épaisseur, pourquoi un mur d’un pied Parrête-t-il absolument et nécessairement ? Enfin, pour tout dire en deux mots, les somnambules voient dans les deux, le terre et les enfers; leur vue est universelle, embrasse tous les êtres, tous les temps, tous les lieux; elle est donc infinie comme celle de Dieu. 11 serait superflu de s’arrêter à réfuter de pareilles absurdités, elles se réfutent assez d’elles-mêmes , et les exposer c’est les réduire à leur juste valeur, c’est-à-dire au néant.

On doit en dire aulant de la vue intuitive de l’intérieur de l’organisme humain, ou des organes sains ou malades du corps de l’homme. A cette vue in-

lérieurc des particularités les plus intimes de l’organisation s’oppose toujours invinciblement l’épaisseur des téguments; c’est un mur, une cloison opaque et imperméable. Et quand le corps humain serait en quelque façon clair et perlucide, comment connaître et décrire exactement des viscères sains ou malades sans la moindre notion de l’anatomie et de la médecine? M. Hostau lui-méme dit «qu’il n’a jamais obtenu que des descriptions ou tout-à-fiiit fausses ou du moins fort erronées. Il est extrêmement rare que des somnambules même très-lucides voient approximativement leur intérieur. Ils n’ont la plupart que des idées absurdes qui ressemblent à de vains songes, et c’est tout.» C’est-à-dire que s’ils disent quelquefois des choses plus ou moins vagues et qui semblent se rapprocher un peu de la vérité, c’est d’après certains souvenirs de ce qu’ils ont pu entendre dire sur l’organisme en général, ou mémo d’après quelques notions vulgaires généralement connues du peuple. M. Rostan affirme positivement, malgré son assertion lout-à-l’heure rapportée , que les somnambules «jouissent de la faculté de distinguer à travers les corps opaques» ; et en preuve il cite ce singulier exemple : a Une somnambule m’a constamment dit, sans jamais se tromper, si j’avais l’estomac vide ou plein. » Je laisse au lecteur à apprécier la force et la valeur d’une pareille preuve.

Il est une variété de la vue dans l’espace qui con-

438 PENSÉES d’un croyant.

siste non seulement à voir les actions des personnes, mais encore leurs pensées les plus intimes ou les secrets des cœurs.

Voici un fait que rapporte M. le docteur Filassier.

« A mesure qu’elle (mademoiselle Clarice) guérissait, son somnambulisme devenait de plus en plus lucide, et nous étonnait par sa vue toujours infaillible dans l’espace et le temps Dormant à Paris,

dans le salon de M. Chapelin, mademoiselle Clarice voyait à Arcis-sur-Aube, sa mère, décrivait son occupation dans le moment, son attitude, ses pensées intimes ; précisait, en entrant dans les plus petits détails, le moindre changement que sa mère y apportait; prédisait pour une heure, un jour, plusieurs jours plus tard, la visite de telle ou telle personne à sa mère, leur entretien, la venue de telle ou telle lettre, l’elTet que sa mère en ressentirait immédiatement, ses réflexions ultérieures

» La jeune somnambule annonçait aussi à son père l’arrivée des lettres de sa mère, et disait d’avance leur contenu. Elle vit un jour sa mère souffrante, et elle dicta, pour elle, une consultation qui arrivait à Arcis-sur-Aube au moment où monsieur son père recevait, à Paris, la première lettre où sa femme lui parlait de sa maladie (i). » — H y a ici nécessairement illusion ou tromperie pour les rai-

(I) M. Filassier, ouvrant 1 déjà ri lé.

MAGNÉTISME ANIMAL. /p9

sons que nous avons exposées plus haut.. Aucun des moyens ci-dessus indiqués ne peut être invoqué comme voie ou méthode exégétiquc. Et, en effet, ces faits ne peuvent être ni naturels ni même surnaturels. Point naturels, cela est évident et ne demande point de commentaire; ni surnaturels, parce que Dieu ne peut faire des miracles que par des motifs et dans un but dignes de lui. D’un autre côté des intelligences surhumaines, selon le sentiment des philosophes et de tous les théologiens avec saintThomas, ne peuvent connaître avec une certitude absolue les pensées intimes de l’homme ou les secrets des cœurs; Angeli non cognoscunt sécréta cordium , dit saint Thoinas(i). Ces intelligences supérieures h l’homme ne peuvent avoir ces connaissances que par voie de conjectuig:, mais, à la vérité, bien plus parfaitement que l’homme (2). « Quelque connaissant que soit un

(!) On noua dit cependant que mademoiselle Clarice étonnait par sa vue toujours infaillible dans l'espace et dans le temps.

(2) Un assez grand nombre d'ecclésiastiques croient sérieusement u l'intervention du démon dans les merveilles mystérieuses du magné tisme.

Au risque de Froisser peut-être quelques susceptibilités philosophiques, je dirai deux mots sur ce point délicat ; j'exprimerai nettement mes convictions sans détour et sans périphrases. Ne soyez donc pas surpris ni efTaroucbé si moi , médecin , je vous avoue qu'en partie je partage leur opinion, mais par des motifs différents que je développerai plus bas.

Ou ne peut nier l'existence et le pouvoir surhumain d'un ordre d'in- Iclligencrs ( anges, démons, esprits, génies ) supérieures à l'homme, sans nier en même temps le christianisme , sans nier l'évangile , qui

être, dit Bossuet dans son Traité du libre arbitre, un objet même existant n’en est connu que par l’une de ces manières, ou parce que cet objet fait quelque impression sur lui, ou parce qu’il a fait cet objet, ou parce que celui qui l’a fait lui en donne la connaissance. » Or, on ne voit dans l’espèce aucune de ces trois conditions ; donc les faits allégués sont nécessairement et logiquement nuis ou faux, c’est-à-dire le résultat de l’artifice humain.

fout ce que nous venons de dire sur la vue dite dans l’espace s’applique naturellement à ce qu’on appelle la vue dans le temps ou dans l’avenir ; c’est

établit cette doctrine, et sans cesécr par conséquent d'étre chrétien : je dirai plus, sans cesser d'étre véritable philosophe et logicien.

Cette croyance à un ordre d'intelligences supérieures à l'intelligence humaine n'est point propre au christianisme, elle est adniiÿ dans toutes les philosophies et dans toutes les religions de la terre. C’est uncdoctrine qui nous est venue de la révélation primitive faite à l'origine des choses, et qui nous a été transmise d'àge en Age par la traditioo du genre humain. Or, cette tradition emporte l'universalité des temps, des lieux et des peuples. Et c’est une chose digne de la plus grande attention que celte concordance des histoires de toutes les nations sur l'existence et la nature des êtres surhumains. Presque tous les peuples du globe parlent des bons et des mauvais anges, de la révolte des mauvais contre Dieu et du châtiment et de l'éternel exil des esprits rebelles. C'est la doctrine des Chinois, des peuples riverains de la mer Vermeille, des Californiens septentrionaux, des indoux, des Scandinaves, des Arabes , des Thibélains, des Péruviens et des Mexicains, des Kalmouks, des Parsis, des diverses peuplades des bords de l'Orénoque , des Scythes, des Thraces, des Gètes, des Messageles, des Golhs, des Celtes; des Grecs, Socrate, Platon, Pylhagore, Thaïes, Eschyle, Empédocic, Euripide, et jusqu'aux peuplades que l'on appelle sauvages ,

magnétisme animal.

la prévision et la propliétisation en style, magnétique.

Il est inutile de rappeler ici qu’aucune intelligence créée, ni humaine, ni surhumaine, ne peut connaître avec une certitude absolue les événements libres ou les futurs contingents, c’est-à-dire ceux qui dépendent de causes libres ou de la libre détermination d’une multitude d’hommes qui peuvent ne pas exister encore ; par la raison que l’intelligence créée et finie ne peut pas connaître ce qui n’est pas encore et qui ne doit pas être nécessairement. L’intelligence infinie et incréée, ou Dieu seul voit et connaît, non seule-

quoique au fond elles ne soient que des hommes dégradés ou des débris d’anciennes civilisations, et qui, par conséquent, conservent quelques vestiges de la révélation primitive. (Voyez le Christ devant le siècle, par M. Roselly de Lorgues.)

Même unanimité et même universalité traditionnelles sur la chute et la dégradation originelle de l'homme, sur la promesse d'an littérateur, sur le déluge, etc. Que conclure de tous ces documents , sinon que toutes ces croyances viennent de la même source, c’est-à-dire de l'histoire la plus ancienne et la plus authentique du monde, de l'histoire mosaïque -, et de plus, que tous ces peuples sont originairement issus de la même famille, de cette famille primitive et prototype d'où est sorti le peuple hébreu?

Une vérité qui nous est transmise par une semblable voie , je veux dire la tradition universelle depuis le commencement du monde, et qui nous apparaît environnée de tant d’évidence et de clarté, commande irrésistiblement à tout homme raisonnable un plein et complet assentiment. Et nous ne craignons pas de le dire : ne pas donner son adhésion à des dogmes revêtus de tous ces caractères de vérité est la marque certaine d'un esprit mal fait, peu philosophique, pour ne pas dire d'un esprit malade, faible el borné.

ment tout ce qui est, mais encore tout ce qui est absolument possible, c’est-à-dire, tout ce qui n’implique pas contradiction (ainsi le Tout-Puissant luiméme ne saurait voir et connaître un cercle carré, un triangle sans trois côtés, ou l’inégalité des rayons d’un cercle), autrement l’intelligence incréée et infinie serait bornée comme l’intelligence créée et finie, la science de Dieu serait imparfaite; c’est-àrdire que Dieu ne serait pas, ce qui est absurde.

Quelque parfaite que soit une intelligence créée, elle ne peut connaître sûrement que des événements produits par des causes physiques et nécessaires. C’est ainsi que les physiciens prédisent certains phénomènes purement naturels, les astronomes les révolutions des astres, l’apparition des comètes et l’arrivée des éclipses Ce n’est donc que par voie de conjecture que les créatures, même les plus intelligentes, peuvent connaître ou deviner l’avenir ou les choses cachées. On peut admettre rationnellement qu’une personne extatiquement isolée du monde extérieur, dans le silence de toutes les sensations externes et dans une profonde concentration nerveuse, peut quelquefois saisir par une compréhension vive et rapide de l’intellect la liaison et l’enchaînement naturel des événements, les rapports subtils de connexité entre les causes et les effets, et dans une réunion de circonstances particulières faire d’heureuses et d’élonnantes prédictions dont elle n’aurait pas été

capable ilans son état normal et physiologique. Or, cet état d’exaltation cérébrale est ce que nous appelonslucidité intellectuelle, somnambulique, soit qu’on le rencontre dans le somnambulisme artificiel ou qu’il soit un effet du somnambulisme naturel ou même de quelques fièvres cérébrales, comme le prouve l’observation ci-dessus rapportée du valet de chambre de l’ambassadeur espagnol.

C’est donc à cette espèce de présciencc ou de prévision lucide toute naturelle que se réduit la fameuse prophétisât ion magnétique. De cette prédiction somnambulique à la prophétie véritable la distance est immense, infinie; il y a aussi loin que de l’esprit de l’homme à l’esprit de Dieu, puisque la prédiction somnambulique vient de l’esprit de l’homme et la prophétie véritable ne peut être laite que par l’esprit infini de Dieu. Entre un grand nombre de caractères qui nous servent à établir la différence entre les prédictions humaines et les oracles prophétiques que nous ont annoncés des hommes qu’animait l’esprit de Dieu, nous nous bornerons à ceux-ci : les prophètes de Dieu n’étaient pas sous l’empire d’aucun homme, ni d’aucun agent physique, ils étaient dans un étal physiologique (i) et jouissaient actuellement de l’usage de toutes leurs facultés et de tous leurs

(I ) On doit ici se rappeler que le somnambulisme . soit artificiel , soit naturel, n’est point un état normal et physiologique, mais une névrose ou une espèce de maladie.

sens. Ils savaient ce qu’ils annonçaient , parlaient spontanément, sciemment et librement, et étaient tout-h-fait indépendants de toute influence naturelle. Enfin les prophètes conservaient le souvenir de toutes leurs prédictions : on sait que tout le contraire arrive chez les somnambules; ils ue se souviennent de rien h leur réveil. Voyez M. l’abbé Frère, qui a traité avec detail la question suivante :

« Peut-on expliquer, par le magnétisme animal, les prophéties, les miracles, les extases, les posses sionset les faits de la divination? » Il n’entre pas dans notre sujet de traiter ici sérieusement la question des miracles ; nous nous manquerions h nousmêmes, et surtout au respect dû aux divines écritures, nous croirions presque commettre une sorte de profanation, si nous avions la témérité d’établir un insultant et outrageux parallèle cuire les vrais miracles consignés dans nos livres sacrés et les faits merveilleux ou plutôt les jongleries et les rapsodics ridicules du magnétisme animal Nous nous bornerons à quelques mots sur la haute et puissante logique avec laquelle MM. les magnétiseurs prétendent nous expliquer les prodiges marqués au sceau du Tout-Puissant. En voici un petit échantillon.

« Je pense, dit M. Uostan, que les phénomènes surnaturels qui ont pu se présenter dans l’antiquité, qui sans doute ont existé réellement, peuvent être

magnétisme animai..

expliques par le magnétisme (1). » Quelques lignes pins bas il ajoute : « Je crois (]u’unc foule de faits miraculeux trouvent une explication physiologique, naturelle, dans le magnétisme » (le magnétisme rentre donc dans la physiologie, et par là même n’existe pas réellement). En effet, M. Foissac, en parlant du magnétisme chez les juifs, explique magnétiquement et admirablement un des miracles de Moïse. C’est celui par lequel le grand législateur des Hébreux fait triompher Josué et passer les Amalécites au fil de l’épée (2). « Moïse, ayant envoyé Josué combattre contre les Amalécites, monta sur une colline avec Aaron cl Hur, et lorsque Moïse tenait les mains levées, Israël était victorieux ; mais lorsqu’il les abaissait un peu, Amalcc avait l’avantage. Cependant les mains de Moïse étaient lasses et appesanties; c’est

(1) On doit savoir gré à M. Rnstan d'avoir mis entre parenthèse : (•Je ne parle pas des prophètes que l'esprit de Dieu animait. >) Cela ne l'empêche pas de dire cependant qu'il ne veut pas chercher à savoir si les prophètes voyaient réellement dans l'avenir. Si les prophètes étaient animés de l'esprit de Dieu, ils pouvaient donc voir réellement dans l'avenir, pourquoi donc de la part deM.Rostan cette Ibrmuledubitative ?

(3) Si, suivant M. Foissac, la science magnétique était si parfaite au temps de Moïse, pourquoi le même auteur dit-il ailleurs que le magnétisme n'est pas encore assez avancé pour chercher à ci pliquer comment il agit, et quelle est sa nature intime? (Rapports et discussions, p. 548.) Pourquoi encore les professeurs du maguétisme nous disent-ils que cette science est dans son enfance et que son origine se perd dans la nuit des temps? M. Rnstan nous assure • que les pratiques du magnétisme étaient connues et eiercées dans l'antiquité la plus recalée? >

( Dictionnaire de médecine, t. XIII.)

l'CNSKfcS D’ilN CROYANT.

pourquoi ils prirent une pierre, et rayant mise sous lui, il s’y assit tandis que Aaron et Hur soutenaient les mains des deux côtés ; ainsi les mains ne se lassèrent pas jusqu’au coucher du soleil, etJosué passa les Amalécites au fil de l’épée (i). »

Voilà du magnétisme à distance, en grand et à large courant. L’application se présente ici tout naturellement. M. Foissac est sans contredit un des plus habiles magnétiseurs de France. Eh bien ! qu’est-ce qui empêcherait le gouvernement, a la prochaine bataille qui se livrera, d’engager ce nouveau thaumaturge à monter sur une colline, assisté d’un détachement de dragons , pour écarter les adeptes et les compères , et à y tenir les mains levées, à l’eflet de foudroyer, sidérer et paralyser dûment et magnétiquement les ennemis de la patrie? Vous direz peut-être qu’aujourd’hui la science magnétique n’a point encore atteint ce haut degré de perfection. Détrompez-vous; elle est arrivée à son apogée, à son nec plus ultra. Les magnétiseurs modernes font des miracles plus étonnants que ceux de l’évangile. Ils n’ont pas même besoin de loucher les veux des hommes pour les faire voir. Ils font plus fort que tout cela, et ce qui est inoui depuis le commencement des siècles, ils les font voir sans yeux, et de plus sans lu-

it) Foi me, Happent et discussion» sur le magnétisme animal, p. 462 el suiv.

mière. Que l’on dise aprèseela que le magnétisme n’est < l’aucune utilité et n’est bon que pour amuserles loisirs des esprits curieux et frivoles! Parlons sérieusement, s’il est possible. Nous ne demandons pas que \I. Foissac rende la vue aux aveugles de naissance, ni mêmeà ceux qui l’ont perdue par accident, par désorganisation des yeux, nous le prions et nous le conjurons, non de chercher à faire voir des hommes et surtout des femmes par le derrière de la tète ou par l’estomac, mais de rendre la vue vulgaire, oculaire aux personnes aveugles, atteintes d’amaurose ou de paralysie du nerf optique, et douées d’ailleurs d’veux parfaitement beaux, clairs et perlucides. Que les magnétiseurs nous fassent donc ce miracle, par attouchement, imposition, geste, parole, ordre mental, à leur choix ; ce sera certes une œuvre un peu plus physiologique et surtout un peu plus utile à l’humanité que leur sotte et ridicule vision par l’occiput, l’épigastre et les doigts; qu’ils fassent, dis-je, ce miracle et nous croirons en eux.

Nous terminerons ce paragraphe par un dernier fait merveilleux : c’est la paraljsntion par ordre mental ou un simple acte de la volonté. « J’ai plusieurs fois, dit M. Hostan, devant témoins, paralysé mentalement le membre qu’on me désignait; un spectateur mis en rapport commandait le mouvement ; impossibilité absolue de mouvoir le membre paralysé. » Comment un ordre de paralyser un mem-

CENSÉES u’üN CROYANT.

hre [KUit. il être mental, si ce membre est expressément désigné? à moins toutefois que cette désignation ne soit elle-même mentale , et ainsi de suite, lut somnambule est sous le regard fascinateur de son magnétiseur ; et elle s’aperçoit que l’on s’occupe d’elle. Que devient alors l’ordre mental ? cela rentre tout simplement dans les considérations physiologiques que nous avons présentées sur ce point aux chapitres 3 et 4-

Si l’agent magnétique est le lluide nerveux que le magnétiseur lance, par sa volonté, dans l’atmosphère nerveuse de la somnambule, pour la magnétiser négativement, c’est-à-dire la paralyser , comment se fait-il que le magnétiseur est absolument incapable île paralyser un de scs propres membres, qui est sous l’empire le plus immédiat de sa volonté ? nous croirons au magnétisme positif et négatif quand les magnétiseurs paralyseront mentalement une somnambule, à son insu, hors de leur vue, et séparée d’eux par un mur ou une cloison ; et apparemment la chose ne sera pas très-dillicile, puisque M. Rostan assure que le lluide nerveux,, magnétique, passe à travers les cloisons et les portes. Que ces messieurs, donc, daignent nous faire ce petit miracle et nous acceptons volontiers leurs principes, sauf toutefois la diablerie, c’est-à-dire, la jonglerie et le compérage.

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