DE LA PREMIÈRE ÉDITION
itVl A PAKU feN 1839.
Tout émane des doctrines : mœurs, éducation, littérature, législation, politique, civilisation , la société tout entière. Si les doctrines sont élevées, pures, e'est à dire spiritualistes, les esprits généralement tendent et gravitent vers leur centre, qui est la vérité: l'ordre intellectuel se développe, lesintelligences se perfectionnent ; l'ordre moral aussi étend son bienfaisant empire, exerce sur la société sa douce et bénigne influence, et tous les peuples sont libres et heureux ; car il n'y a de bonheur qu'au sein de la vérité, parce que là" seulement sont la Vie. le repos et h liberté véritable; tant il est vrai que la vérité est le principe vital de l'homme, de la famille, de la société, du genre humain.
Si au contraire les dottines sont basses, terrestres, c'est à dire matérialistes, les intelligences dégénèrent, s'énervent, et s'éteignent à la fin étouffées sous le poids du doute et d- l'erreur; tout se désorganise ou se déprave, le1 frein moral se brise,
0 INTRODL0TI0N.
l'édifice social s'écroule, les passions humaines déchaînées exercent sur le monde l'empire terrible du désordre et du chaos int llectue), moral et social. Voilà le caractère de notre siècle. Jamais, en effet, non jamais à aucune époque de l'histoire humaine on ne vit une si profonde dégradation intellectuelle et morale ; jamais on ne vit les hommes se précipiter avec plus de fureur dans les plaisirs des sens ou les jouissances matérielles: preuve certaine du règne de l'erreur, des théories de la mort et du néant, de l'anarchie philosophique, intellectuelle, morale, politique et sociale, c'est à dire des doctrines matérialistes-
Mais, dira-t-on peut-être, il n'est plus question aujourd'hui de matérialisme ni d'athéisme : un retour, une réaction religieuse est dans tous les esprits. Tant mieux! si cela pouvait être. Voyons toutefois, et tâchons d'apprécier les choses à leur juste valeur.
On aurait tort de se méprendre et de se faire illusion sur la nature de la crise qui semble aujourd'hui si activement travailler la société. L'on ne doit pas se dissi i.uler que cette crise ou ce travail philosophique et religieux n'esf pas aux yeux d'un observateur attentif de nature à faire naître des croyances fermes des convictions vives, profondes, inébranlables, et par conséquent à produire de bons fruits. C'est | ar les fruits qu'il faut tout juger.
Les bonnes doctrines produisent les bonnes actions et les bonnes mœurs, et réciproquement,
introduction. 7
comme les fleurs, selon leur qualité, produisent les
bons ou les mauvais fruits. Or je ne vois point encore ces bonnes actions et ces bonnes mœurs ; je remarque un ordre de choses tout contraire : j'en conclus logiquement qu'au fond rien n'est changé, et que les mauvaises doctrines, quels que soient leur forme et leur nom, continuent de régner avec empire, et de répandre dans le monde intellectuel et moral les principes de toutes les erreurs et de tous les vices, comme dans le corps social des germes de trouble, d'anarchie et de dissolution.
Si l'on persistait à soutenir que les doctrines matérialistes sont tombées, je répondrais, cela étant, que les mauvaises doctrines, tout à l'heure comparées aux fleurs, sont tombées à la manière des fleurs, c'est à dire pour faire place aux fruits ; et quels fruits, hélas! Oui, il faut le dire, des fruits pleins de venin et d'amertume, des fruits d'iniquité, des fruits de destruction, des fruits de sang, des fruits de mort; témoin les suicides et les duels qui, aujourd'hui plus que jamais, répandent la désolation dans les familles et l'effroi dans la société
On parle beaucoup depuis quelques années d'un mouvement religieux, d'un retour vers les bons principes; on prétend que la puissance dominatrice de la religion et un sentiment vif du besoin des vérités et des croyances rrligieuses entraînent et subjuguent invinciblement les masses et même les sommités sociales. C'est là, si je ne me trompe, l'opinion courante de l'époque en France.
Mais ne vous laissez, pas séduire par des phiwes sonores et des discours pompeux ; allez au fond des choses, et demandez quel est ce mouvement, ce revirement religieux dont on fait tant de bruit aujourd'hui ? A mes yeux c'est un revirement de langage; c'est urbanité, aménité et mollesse de mœurs, qui respectent ou tolèrent tout ; c'est politesse de discours, qui repousse avec dédain le cynisme voltairien et l'impiété dégoûtante du dixhuitième siècle. On rougirait en effet à présent d'être grossièrement impie, matérialiste ou athée; cela n'est plus de ton ni de mode; cela est usé : il faut un nouveau genre social, plus délicat, plus attique et plus spirituel ; des formes plus fines et plus polies, qui s'useront aussi comme tout le reste.
Si le matérialisme et l'athéisme ne sont plus dans les paroles, ils subsistent tout entiers dans les actions. Il n'y a point de changement ni dans la conduile ni dans les mœurs des hommes ; on parle beaucoup, mais on n'agit pas, ou plutôt on parle bien et on agit mal, parce qu'il est ordinairement bien plus facile de parler savamment de la religion que de pratiquer fidèlement et sincèrement la religion.
L'on pourrait se persuader peut-être que cette espèce de réaction portera au moins à l'examen, et que l'instruction religieuse amènera à la fin le règne et le triomphe de la vérité. Nouvelle illusion! Cet espoir flatteur s'évanouit quand on considère que l'on ne veut que le christianisme renouvelé, ratio-
imuodidtiun. <)
utilisé et perfectionné, û'eêt à dire que dans la vérité on nourri! une haine seerète et plus ou moins profonde contre le eatholicisme. Voilà tout le mystère. C'est doue le rationalisme qu'une certaine classe delà soeiété invoque de tous ses vœux et de tous ses désirs.
Et n'a-t-on pas dit naguère que « le christianisme décrépit et vermoulu chancelait sur sa base comme un vieux temple lézardé; qu'insuffisant aux besoins de notre époque il devait faire place enfin à une religion nationale qui serait forte de jeunesse et d'avenir, proportionnée à nos institutions, positive, progressant avec l'esprit social ; que le moment était venu de déposer le catholicisme, lequel désormais n'était plus qu'une pétrification de la pensée, un fossile moral, inutile échantillon des temps révolus! » Les ignorants et les insensés qui raisonnent ainsi! Sachez, donc, hommes arriérés, philosophes de Y obscurantisme, sachez que ce qui est divin est parfait de sa nature et dès son origine, comme ce qui est humain est nécessairement imparfait et caduc ; que ce qui est divin ne passe pas et ne s'use pas, mais qu'au contraire tout ce qui est humain passe et s'use comme un vêtement. Or le christianisme remonte à l'origine des choses ; il ne finira qu'avec les temps; il est toujours ancien et toujours nouveau. Pas plus que la vérité, il ne vieillit jamais, parce qu'il est divin, et par conséquent il ne peut recevoir des hommes ni progrès ni perfectionnement.
D'autres encore ne craignent pas d'affirmer dans leurs élucubrations impies que le christianisme, bien qu'il soit un immense fait historique, n'est qu'un composé, un assemblage de mythes, de symboles et d'allégories. Si cela est, je soutiens qu'il n'y a plus d'histoire : dès lors je ne crois plus à la réalité de l'histoire grecque et de l'histoire romaine ; il n'y a plus de certitude morale parmi les hommes, et le scepticisme est une nécessité logique.
La raison humaine s'efforc»; de soumettre tout à son vaste empire, jusqu'aux choses mêmes qui sont les plus insaisissables à son action, parce qu'elles sont au dessus de son domain»1, comme la foi et les dogmes religieux ou la révélation divine. Cette orgueilleuse, cette jalouse souveraine, qui ne veut relever que d'elle-même et ne croire qu'à ellemême, se fait adorer en quelque sorte sous le nom de science, et le culte qu'elle exhre de ses dévots c'est l'hommage de leurs lumières, de leurs connaissances et de leurs talents. Mais de son coté cette reine déchue étant par elle-même impuissante à relever et à ennoblir véritablement l'homme, celuici se laisse subjuguer par les sens, asservit son intelligence à leur empire, et s'accoutume à ne juger que sur leur rapport. Qu'en résulte-t-il ? Que l'homme, dans ce temps àUntuilisme et de positivisme , ne veut plus croire que ce qu'il peut saisir et co prendre, et qu'il n'admet que ce qu'il peut voir et palper. Il lui faut du positif, c'est à dire du matériel, parce qu'il est affamé de jouissances matérielles. De
là le goût dominant et la culture générale des sciences naturel! s. L'esprit humain, fatigué et dégoûté des hautes vérités intellectuelles et morales, ne s'exerce plus que sur les sciences physiques, n'a presque plus d'autre pâture que la puissance de la vapeur, la combinaison des gaz et d es fluides impondérables; en un mot il cherche à tout matérialiser, jusqu'à son être même et ses plus nobles facultés. Et qu'est-ce qui inspire aujourd'hui à la jeunesse cette aversion, cette horreur même pour les études de haute philosophie, de métaphysique et de tout ce qu'elle croit abstrait, si ce n'est la torpeur et la paresse de l'esprit jointes à une soif immense des plaisirs physiques?
Une autre classe d'hommes, qui fait la grande majorité de la société, porte un respect banal et plus ou moins stupide à tous les cultes, même les plus différents ou les plus opposés entre eux, ou plutôt affecte une égale indifférence pour tous, afin de les confondre tous dans un commun mépris. C'est aujourd'hui que se vérifie ce mot prophétique deBossuet : Qu'un jour on tiendra tout dans l'indifférence, excepté les plaisirs et les affaires. 11 est donc arrivé ce règne de l'indifférentisme religieux et philosophique.
Il est encore dans les rangs plébéiens et dans la classe la plus infime, je ne dirai pas chez les Esquimaux ou les Hurons, mais en Europe, mais au centre de la civilisation française , un grand nombre d'êtres humains tristement abrutis par les sens.
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Ces créatures dégradées n'ont pour ainsi due plus rien d'humain que la figure et la parole , n'ont aucune pensée qui les élève au dessus de la matière, aucune idée, aucun sentiment religieux ou moral; en un mot elles sont totalement asservies à leurs appétits charnels < t honteusement livrées à toutes les passions animales. Voilà l'homme! voilà ce que devient ce roi de la création sans le flambeau de la1 foi religieuse et abandonné aux pâles lueurs de sa seule et débile raison !
Cette triste j dette profonde dégradation intellectuelle et morale est un de ces fruits de mort que la philosophie matérialiste a produits au sein de la belle terre de France et eliex la nation la plus polie et la plus civilisée de l'univers; et l'on dira encore qu'il n'y a plus de matérialisme!
Enfin il est encore quelques hommes superbes qui, par liberlinage d'esprit et de cœur, affectent dédaigneusement de ne croire presque à aucune vérité, surtout aux vérités qui les importunent, les troublent et les condamnent. Le premier principe de ces philosophes sceptiques est le mépris de tons les principes. Selon eux il n'y a de certain , de rigoureusement prouvé que les sciences physiques, les sciences dites exactes, les mathématiques et la géométrie : tout le reste , ils le mettent en question. Ils veulent, dans leur délire insensé, qu'on prouve, que l'on démontre mathématiquement la vérité des principes de la philosophie, de la morale , de la religion , de l'éducation , de la su-
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i jûté, etc. H* ne doutent de tout que parce qu'iU ne veulent rien croire, et précisément pour ne rien pratiquer. S'il y awiit quelque intérêt pour les passions humaines à contester les axiomes de la géométrie, il se trouverait des gens qui les nieraient. Ainsi l'incrédulité philosophique produit l'incrédulité absolue, l'incrédulité religieuse, murale et sociale, c'est à dire, en dernière analyse, l'abolition de tous les devoirs de l'homme envers Dieu et envers la société.
Voilà le terme fatal, nécessaire de ces théories de la mort et du néant. Il ne luit qu'une pénétrat ration ordinaire pour s'apercevoir que le principe de toutes ces erreurs, de cette anarchie philosophique, intellectuelle, morale, politique et sociale, dérive évidemment du protestantisme, qui est le père de la philosophie moderne. C'est cette ph losophie du dix-neuvième siècle qui, sous le nom d'éclectisme, s'est proclamée supérieure à tous les autres systèmes philosophiques. C'est le protestantisme qui le premier, comme on sait, a levé 1 étendard de la révolte conire l'autorité soit spirituelle, soit temporelle; c'est le protestantisme qui a opposé la raison individuelle à l'autorité de l'Eglise et de la tradition religieuse, c'est à dire la rai-on humaine à la raison divine, ou l'homme à Dieu. De là le principe de l'anarchie universelle qui produit aujourd hui le malaise et les inquiétudes qui travaillent et tourmentent plus ou moins toys les peuples de l'Kutope,
Esprits d'orgueil et d'erreur, hommes sans entrailles et sans amour, vous n'aimez que vousmêmes; vous n'aimez pas la vérité, parce que la vérité est contraire à vos œuvres ; vous haïssez la lumière, parce que vos œuvres sont mauvaises et se cachent dans l'ombre ; mais des œuvres mauvaises ne peuvent venir que de principes mauvais ; donc votre philosophie est mauvaise, fausse et mensongère , puisqu'elle produit de mauvais fruits ; car il est dans la nature de l'erreur et du mensonge de concevoir la pensée du mal et d'enfanter l'iniquité.
Voilà l'abîme que se creusent ces esprits incroyants qui ne veulent admettre que les vérités mathématiques. Eh bien! puissants logiciens, <[iii n'avez foi qu'aux axiomes et aux théorèmes de la géométrie, qui vous a révélé cette certitude infaillible de la géométrie , ce prétendu critérium de certitude et de toute vérité?
Sachez donc que les premiers principes des mathématiques et de la géométrie ne sont pas mieux prouvés que les principes universels de la philosophie et de la morale; j'oserai même avancer que plusieurs le sont beaucoup moins que les notions les plus simples que nous avons sur l'activité de l'intelligence ou de l'âme humaine, et la passivité, l'inertie et l'étendue de la matière; sur les notions du bien et du mal, du juste et de l'injuste, etc. ; ou plutôt ces dernières vérités d'un ordre supérieur ne se prouvent pas; elles se constatent, parce qu'elles se présentent à l'esprit évidentes et lumi-
neuses , comme faits, comme principes, comme vérités premières. C'est pourquoi l'existence de Dieu, des hommes, des corps et de la matière ne se prouve pas, mais se constate.
Si vous niez ces vérités, il faut aussi , à plus forte raison, nier les vérités mathématiques; il faut nier la raison humaine, il faut nier l'homme : et alors, les yeux fermés , et assis dans un sépulcre vide , vous régnerez dans le silence de la mort, sur le vaste empire du néant.
Le remède à cette plaie désespérée , à ce mal extrême, qui pourra le trouver? Qui souillera sur ces ossements arides pour les ranimer? Comment faire entendre la voix de la vérité et de la raison à des hommes qui n'ont pour règle de toute vérité que leur propre raison, « et qui, comme ces Pharisiens follement présomptueux dont il est parlé dans S. Jean, nous disent froidement et dogmatiquement : Nous sommes sages, parce que nous sommes sages, et nous voyons, parce que nous voyons, quia videmus. » (1)
Nous n'écrivons point pour ces âmes desséchées et flétries par l'impiété, pour ces hommes gangrenés et déjà ensevelis dans les ténèbres de la mort. Il faudrait une voix forte , la voix qui brise les cèdres, la voix qui fit sortir Lazare des entrailles du sépulcre; il faudrait enfin le souffle vivifiant d'en haut pour ranimer ces cadavres déjà fétides et les
(1) Lettre pastorale de Mgr l'évéque de Troyes.
JIJ INTRODUCTION.
faire sortir des ombres du tombeau. Que Dieu, dans sa grande miséricorde, leur fasse ce grand miracle!
Après tout cela on oserait avancer qu'il n'y a plus de matérialisme, parce qu'on parle beaucoup de mouvement, de réaction religieuse ! Autant vaudrait dire qu'il n'y a plus de fraude dans le négoce, parce qu'on parle beaucoup de probité. Mais revenons au rationalisme, c'est là le nouveau système religieux qu'enfantera ignominieusement le prétendu mouvement de retour; et remarquez bien que ce rationalisme conduira nécessairement au naturalisme et au pant/iéisme (1). Je ne dis point athéisme, car le mot athéisme ne peut plus avoir cours dans ce siècle du bel-esprit : il est devenu barbare ; il est décrié, usé et ruiné. 11 faut donc aujourd'hui créer de nouveaux termes pour exprimer au fond les mêmes choses , tant il est vrai que les changements ne sont que dans les formes et le langage, et que la réaction religieuse n'existe que dans les raisonnements creux de nos utopistes modernes. 11 y a plus : nous pensons et nous ne craignons pas d'avancer qu'une régénération religieuse et sociale est impossible avec l'enseignement universitaire actuel, et que la société ne pourra faire des pi ogres réels sous le rapport religieux, moral et social que par une éducation religieuse, un enseignement et un
(1) On y est déjà arrivé comme nous le montre une foule de nouveaux énils j nnlhéisliqucs. ( Xole de la deuxième édition.)
i.Nii.tmi criON.
corps enseignant qui soient animés par l'esprit vivifiant du catholicisme, qui est une puissance éminemment sociale et civilisatrice.
Déjà en 1818, sous la Restauration même, M. de Bonald avait écrit ces paroles : « Il faut le dire, le gouvernement veut établir un système général d'instruction publique fondé sur les préceptes de la religion chrétienne et sur la morale qu'elle enseigne, et qu'elle seule peut sanctionner. Mais à coté de ces moyens d'instruction s'est élevé depuis longtemps un système combiné de destruction, dont l'enseignement est fondé sur les maximes d'une philosophie qui fait Dieu de la matière, la religion de l'histoire naturelle, et la morale de la physiologie. » (1)
11 semble que nous subissions tous plus ou moins, à notre insu, la maligne influence de la philosophe éclectique et doctrinaire, c'est à dire du protestantisme, en ce sens que les hommes généralement s'abandonnent à leur raison particulière, et qu'ainsi chaque intelligence se retire dans l'isolement et dans l'individualisme. De là l'absence d'unité dans les doctrines, la dissidence et la fluctuation incessantes dans les pensées et les opinions sur toutes les question- vitales de l'humanité et de la société, je veux dire la philosophie, la religion , la morale, l'éducation, la politique, la législation ,
(1) Recherches philosophiques sur les premiers objets des connaissances morales, t. 11, p. 339.
la jurisprudence, la théologie ., etc. Je ne puis que faire entrevoir ici le remède à cette plaie morale.
Ce remède , on ne le trouvera, je crois, que dans l'union intellectuelle et morale; car c'est dans l'union seule qu'il y a force et vérité, tandis que clans l'isolement il n'y a qu'erreur et faiblesse. C'est donc éminemment à la haute puissance du catholicisme qu'il est donné de régénérer le monde intellectuel, moral et social; et je ne doute pas qu'un de ses plus puissants moyens d'action ne soit l'esprit d'association pour l'enseignement joint à l'unité dans la doctrine.
De plus nous croyons que le temps est arrivé d'élargir et d'émanciper l'insruction cléricale, évidemment arriérée, pour l'asseoir désormais sur des bases largement scientifiques. Le clergé doit être aujourd'hui ce qu'il tut toujours, le flambeau des intelligences et la lumière du monde, lux mundi. Oui, le clergé est appelé à exercer dans la société une grande influence de lumière, de savoir et surtout de vertu. 11 faut donc qu'il s'empare de la plupart des hautes sciences modernes, surtout des sciences naturelles et physiologiques, pour les faire tourner à l'avantage de la religion, et aussi pour répandre de nouvelles clartés propres à la fois à révéler pleinement l'homme moral, et à dissiper les ténèbres accumulées depuis des siècles sur certaines questions d'éthique ou de théologie morale.
Que le haut clergé donc nourrisse de science et lie vérité U-r< jeunes et fortes intelligences ; qu'il les
fasse marcher avec le siècle et suivre les progrès de l'esprit humain. C'est désormais, il faut l'avouer, un besoin social, une nécessité de l'époque que nous sommes tous plus ou moins condamnés à subir.
C'est donc spécialement au corps épiscopal qu'est dévolue la noble mission de travailler à cette grande et sainte œuvre de régénération cléricale; c'est à lui à choisir parmi les jeunes lévites qui lui sont confiés les sujets les plus distingués pour les lancer dans les hautes régions de la science, et les préposer un jour à l'enseignement public... Et qui sait si par là peut-être on ne parviendra pas à créer par le fait une véritable université catholique, et à faire pour la haute instruction scientifique ce que font pour l'éducation religieuse ces modestes et vertueux apôtres de la morale nationale, les humbles frères des Écoles chrétiennes. Nous avons la confiance que la force des choses , la force de la vérité et des convictions catholiques saura vaincre le mensonge et l'erreur, et que tôt ou tard elle se fera jour à travers tous les obstacles.
Nous croyons avoir esquissé, sous le rapport phi losophique et religieux, les principales nuances de la société de l'époque actuelle. Des réflexions que l'esprit en déduit naturellement découle évidemment la nécessité de jett r dans les cœurs les semences des vérités et des convictions, afin de les préparer aux vertus religieuses, morales et sociales. Or c'est dans ce but que nous offrons à la jeunesse
quelques considérations propres à nourrir les intel ligences de leur noble aliment, la vérité; à élever les âmes à la hauteur de leur nature, et à incliner enfin les cœurs à l'amour de l'ordre, de l'honnête, du bien et du bonheur.
Cherchons donc de toutes nos forces la vérité et rien qu'elle; car tout le reste passe, s'en va, nous échappe; la terre même fuit sous nos pieds; la vérité seule demeure immobile et debout sur les ruines de toutes les choses humaines.
Yous au moins, ô intéressante jeunesse, noble espoir de la patrie, vous qui êtes encore libre de toute erreur et des doctrines du néant, ne vous laissez pas séduire par les illusions du mensonge et de la fausse philosophie, ne vous laissez pas fasciner par le charme des plaisirs frivoles et l'amour des biens terrestres ; peut-être déjà courezvous après un ombre; un fantôme de félicité qui se joue et fuit sans c< sse devant vous pour aller s'évanouir dans la nuit du tombeau — Ne croyez pas au bonheur trompeur et aux promesses fallacieuses des passions ; les passions ne tiennent jamais ce qu'elles promettent ; elles cachent au contraire sous des dehors séduisants l'amertume, le trouble et l'implacable remords — Tout ce qui est créé, fini et passager ne saurait satisfaire vos cœurs. Portez plus haut vos regards, et n'oubliez pas que le cœur de l'homme a une faim et des désirs infinis que rien de terrestre ne rassasiera jamais : Deu, qui l'a fait pour lui, qui en est le centre et la
fin, peut seul pleinement le satisfaire et le remplir.
Généreuse jeunesse, qu'animent les sentiments élevés, qu'un noble instinct enflamme, qu'un amour immense ravit et transporte vers tout ce que vous croyez beau, grand, sublime, sachez donc que rien n'est beau, rien n'est grand que le charme puissant de la vérité. La vérité seule est digne de vous ; elle nourrira et agrandira vos âmes pures et virginales, ('e noble aliment de vos esprits vous le trouverez dons la philosophie chrétienne ; vous puiserez à cette source pure des forces pour combattre les erreurs, et des co.ivictions plus fortes que toutes les erreurs. Rappelez-vous ces paroles de l'illustre philosophe que j'ai déjà cité, M. de Bonald : * Nous devons tout à la religion, force, vertu, raison, lumières; et lorsque nous lui préférons une philosophie qui, par la licence de ses opinions et la mollesse de ses maximes, en poussant les hommes à la révolte, ne peut que forcer les gouvernements au despotisme, nous sommes des insensés et des ingrats, et nous abandonnons une épouse qui a fait notre fortune pour suivre une courtisane qui nous ruine. » (1)
La philosophie chrétienne vous montrera le chemin de la vie et du bonheur, vous fera apprécier à leur juste valeur toutes les occupations de la vie humaine, vous apprendra à juger sainement des hommes et des choses., à ne pas trop vous appuyer
(1) Recherches philosophiques, t. u, p. 355.
sur les uns, et à ne pas mettre votre bonheur clans les autres ; surtout elle vous apprendra ce qu'il est si difficile d'apprendre, à vous connaître vousmêmes.
Cette philosophie vous enseignera des règles sûres pour remplir en véritables sages votre destinée sur cette terre; elle vous donnera la force démettre un frein à vos passions, vous inspirera la modération clans vos désirs, l'amour des devoirs et le courage delà vertu; enfin cette céleste doctrine vous conduira sûrement sur la route du temps, et à travers les peines et les agitations de cette vie de passage, pour vous faire entrer dans une vie meilleure, dans le séjour de la paix, dans le repos de votre véritable et éternelle patrie.
Nous nous proposons de jeter un coup d'œil rapide sur les principales formes du matérialisme moderne. Nous ferons précéder cet aperçu d'une nouvelle manière de considén r l'universalité des êtres terrestres et les lois qui les régissent. Nous classons tous ces êtres en quatre grandes sections ou quatre règnes qui correspondent aux quatre grandes lois primordiales que nous croyons régir toute la création. Ces règnes sont : i° le règne rninéralogique, qui croît; 2° le règne phytologique, qui croît, et vit ; 5° le règne zoologique, qui croît, vit et sent; 4° le règne anthropologique, qui croît, vit, sent et pense. Les quatre grandes lois primordiales qui les dominent et les régissent sont : i° la force attractive ou l'attraction ; 2° la force vitale
végétative ; 3° la force vitale sensitive ; 4° la force ou la puissance intelligente.
Nous exposerons brièvement le sensualisme de Locke, de Condillac et de Destutt de Tracy, auquel nous ajouterons une note critique sur la partie philosophique ou psychologique de la physiologie de M. Richerand. Nous signalerons aussi l'électisme anti-catholique et le panthéisme moderne. Après cela nous passerons au matérialisme de Cabanis, deGeorget et de Broussais. Ensuite, quittant ce labyrinthe d'erreurs, nous entrerons dans le domaine de la vraie philosophie. Nous indiquerons un système d'idéologie conforme aux principes de la saine philosophie, ou plutôt nous présenterons un cxîrait analytique et raisonné du système philosophique de M. Laromiguière sur les causes et les origines des idées. Nous dirons quelques mots de la belle théorie de l'illustre M. de Bonald; nous ferons voir que cette admirable doctrine se trouve en parfaite harmonie avec l'histoire de nos premiers parents telle que nous la tenons des écrivains sacrés. Dans le but de jeter un nouveau jour sur ce point difficile de métaphysique ou de psychologie, nous y joindrons un court aperçu de physiologie idéologique, que nous terminerons par l'exposé de quelques arguments qui établissent invinciblement la spiritualité de lame humaine, et de quelques réflexions morales et religieuses.
Après cet examen général on trouvera plusieurs notices sur des sujets qui se rattachent plus ou
moins au matérialisme : i° une sur l'âme de? bêtes ; 2° un aperçu de phrénologie, où nous dirons quelques mois sur le rapport que les pliénologistes attribuent avec la philosophie, la religion, la morale, la législation, la jurisprudence criminelle, l'éducation, la politique, etc. Mais nous nous attacherons plus particulièrement à faire ressortir ses tendances marquées au matérialisme. Nous présenterons un chapitre particulier sur la phrénolog:e nouvelle et toute matérialiste de Broussais ; 5° un mémoire sur le suicide <t le duel, où nous croyons avoir envisagé ce vaste et grave sujet sous un point de vue nouveau, lequel peut-être paraîtra un peu singulier dans le siècle où nous sommes et en présence de nos idées actuelles. Quoi qu'il en soit, tout ce que nous avo^s dit sur ce point important est an moins l'expression de convictionprofondes et d'un dc-ir bien sincère do contribuer au maintien des principes conservateurs de l'ordre, de la morale publique et du bonheur social.
Enfin un examen physiologique, philosophique et moral du magnétisme terminera tout notre travail. Cette notice, qui est d'une certaine étendue, a pour but principal de signaler les tendances immorales de la science magnétique, ou plutôt sa terrible et funeste influence sur les mœurs ou la morale publique.
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CONSIDÉRATIONS
PHILOSOPHIQUES, MORALES ET RELIGIEUSES
SUR
LE MATÉRIALISME MORERAE.