‹ Pensées d'un croyant catholiqueChapitre 21 sur 50 · PHRÉN0L0GIE DE BROUSSAIS · texte numérisé non relu

PHRÉN0L0GIE DE BROUSSAIS

et la doctrine des fonctions du cerveau {Physiologie cérébrale)^ but unique de mes recherches. (T. III,

« Mais enfin, dit M. Flourens, les prétendus organes du cerveau sont-ils situés réellement à la surface du cerveau, comme le veut Gall? En termes positifs, la surface du cervenu est-elle la seule partie active de cet organe? Voici une expérience de physiologie qui fait voir combien Gall se trompe : on peut enlever à un animal, soit par devant, soit par derrière, soit par côté, soit par en haut, une portion assez étendue de son cerveau, sans qu'il perde aucune de ses facultés. Ce n'est donc pas à la surface du cerveau que se trouvent les organes du cerveau. » On trouve dans les Annales de la chirurgie une foule de faits de lésions traumatiques très graves du cerveau, même avec perte de substance, où l'intelligence n'a subi aucune altération.

Autres observations anatomiques qui prouvent la non-exi^tence des organes du cerveau. « Le crâne, continue M. Flourens, ne représente les circonvolutions du cerceau que par sa face interne; il ne les représente plus par sa face externe. Et pour les fibns. pour les faisceaux de fibres, il ne les représente pas même par sa face interne; car les fibres sont recouvertes par une couche de matière grise, et les faisceaux de fibres sont placés dans l'intérieur de la masse nerveuse. Gall sait tout cela, et il n'en inscrit pas moins ses vingt-sept facultés sur les crâues. Tant de confiance étonne. On ne connaît rien de la structure intime du cerveau, et l'on ose y tiacer des circonscriptions, des cercles, des limites!

La face externe du crâne ne représente pas la surface du cerveau, on le sait, et l'on inscrit sur cette face externe vingt-sept noms, chacun de ces noms est inscrit dans un petit cercle, et chaque petit cercle répond à une faculté précise! Et il se trouve des gens qui, sous ces noms inscrits par Gall, s'imaginent qu'il y a autre chose que des noms? » Que répondront à cela messieurs les phrénologistes? Cet argument anatomique demeurera éternellement sans réponse.

« Toutes les facultés intellectuelles, dit Gall, sont douées de la faculté perceptive d'attention, de souvenir, de mémoire, de jugement, d'imagination. » (T. IV, p. 328.) Il suit de là que chaque faculté est une intelligence à part, une entité individuelle, qui ne relève que d'elle seule. Voilà donc le moi, ou l'âme, divisé en autant d'intelligences indépendantes qu'il y a de prétendus organes cérébraux; Gall nu le dissimule pas, il l'exprime clairement : « 11 y a, dit-il, autant de différentes espèces d'intellect ou d'entendement qu'il y a de facultés distinctes.:... toute faculté particulière est intellect ou intelligence... chaque intelligence individuelh a son organe propre. » (IOid., p. 55g et 34i.) Le voilà donc pris en flagrante erreur, et quelle erreur! !!

Enfin, M. Flourens, tout en démontrant expérimentalement que les hémisphères cérébraux sont seuls l'organe de l'intelligence, nous fournit encore la preuve la plus complète de l'unité du moi. Voici le résuit *t de ces savantes et magnifiques expériences.

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« Si l'on enlève le cervi li l à un animal, il ne perd que ses mpuvements de locomotion j

« Si l'on enlève ses tubercules quadrijuméaux, il ne perd que la vue;

« Si l'on détruit sa moelle allongée, il perd ses mouvements de respiration et par suite la vie;

« Aucune de ces parties, le cervelet, les tubercules quadrijuméaux, la moelle allongée, n'est donc l'organe de l'intelligence.

« Le cerveau proprement dit seul l'est. Si l'on enlève sur un animal le cerveau proprement dit ou les hémisphères, il perd aussitôt l'intelligence et ne perd que l'intelligence...

a Ce n'est donc pas l'encéphale pris en masse qui se développe en raison de l'intelligence, ce sont les seuls hémisphères. Les mammifères sont les animaux qui ont le plus d'intelligeno ; ils ont, toute proportion gardée, les hémisphères les plus volumineux : les oiseaux sont les animaux qui ont le plus de force de mouvement; ils ont, toute proportion gardée, le cervelet le plus grand : lps reptiles sont les animaux les plus lents, les plus apathiques; ils ont le cervelet le plus petit...

« Le cerveau pris en masse, l'encéphale est donc un organe multiple, et cet organe multiple se compose de quatre organes particuliers : le cervelet, siège du principe qui règle le mouvement de locomotion ; les tubercules quadrijuméaux, siège du princi e qui anime le sens de la vue; la moelle allonger, siège du principe qui détermine les mouvements d la respiration; le cerveau proprement dit, siège et siège exclusif de l'intelligence. » Toutes

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les fois qu'il s'ugit des animaux, il faut entendre par intelligence leur instinct, qui, chez eux, représente l'intelligence humaine ou en est l'image. Ce que dit ici M. Flourens des seuls hémisphères cérébraux est confirmé par l'état où se trouvent les enfants acéphales, c'est à dire des enfants qui naissent sans cerveau proprement dit. Nous avons eu occasion de voir vivant un enfant privé de cerveau, c'est à dire des deux hémisphères. De nouvelles expériences du grand physiologiste prouvent que les hémisphères tout entiers ne sont pas nécessairement l'organe de l'intelligence. « On peut retrancher, dit M. Flour* ns, soit par devant, soit par derrière, soit par en haut, soit par côté, une certaine étendue des hémisphères cérébraux, sans que l'intelligence soit perdue. Une portion assez restreinte de ces hémisphères suffit donc à l'exercice de l'intelligence.

« D'un autre coté, à mesure que ce retranchement s'opère, l'intelligence s'affaiblit et s'éteint graduellement ; et, passé certaines limites, elle est tout à fait éteinte. Les hémisphères cérébraux concourent donc, par leur ensemble, à l'exercice plein et entier de l'intelligence.

« Enfin, dès qu'une sensation est perdue, toutes le sont; dès qu'une faculté disparaît, toutes disparaissent.

« II n'y a donc pas de sièges divers pour les diverses facultés j ni pour les diverses sensations. La faculté de sentir, déjuger, de vouloir une chose, réside dans le même lieu que celle d'en sentir, d'en juger, d'en vouloir une autre 3 et consé auemmenl cette faculté , essen-

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licitement une, réside essentiellement dans un seul organe.

« L'WTÉLLTGENCB EST DO\C I W. «

Citons maintenant quelques passages relatifs aux facultés affectives. On ne peut douter, dit Gall,que l'espèce humaine ne soit douée d'un organe au moyen duquel elle reconnaît et admire l'auteur de l'univers. (T. IV, p. 271.) Mais, ajoute-t-il (p. 252), le climat et d'autres circonstances peuvent entraver le développement de la partie cérébrale au moyen de laquelle le Créateur a voulu se révéler a 1 genre humain.

« Comment, s'écrie M. Flourens, si je n'ai pas un petit organe particulier (si je ne l'ai pas, car il peut manquer), je ne sentirai pas qu'il y a un Dieu? Eh! comment puis-je être une intelligence qui se sente sans sentir Dieu? Je ne sens pas plus fortement que je suis, que j" ne sens que Dieu est.... Gall, ajoute M. Flourens, renverse la philosophie ordinaire, et, chose qu'il faut bien finir par faire remarquer, sa philosophie, qu'il croit si neuve, n'est à la lettre que ce renversement même — Gall renverse la philosophie ordinaire, et puis il veut que les conséquences de la philosophie ordinaire subsistent. Il supprime le moi, et il veut qu'il y ait une morale. Il ne fait de l'idée de Dieu qu'une idée relative et conditionnelle, et il veut qu'il puisse y avoir une religion. » Rien n'él^nne un phrénologiste. Imaginons, dit Gall, une femme dans laquelle l'amour de la progéniture soit peu développé; si malheureusement l'organe du Meurtre <'~t développé en

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elle, faudra-t-il s'étonn r. .., etc. (T. III, p. 1 55. ) Ces derniers faits nous montrent, ajoute-il, que ce penchant détestable (au meurtre) a sa source dans l'organisation. » Yoilà le fatalisme tout pur, l'empire de la nécessité; dès lois plus de liberté, plus d'imputabilité, plus de criminalité, et par conséquent plus de morale et plus de société.

Voici enfin un échantillon de la certitude avec laquelle se font les localisations phrénologiques, « Gall, dit VI. Flourens, place l'amour de la progéniture dans les lobes postérieurs du cerveau. L'amour de la progéniture, surtout l'amour maternel, se trouve partout dans les animaux supérieurs; il se trouve dans les mammifères, dans les oiseaux : les lobes postérieurs du cerveau se trouvent donc aussi partout dans ces animaux ; point du tout, les lobes postérieurs manquent à la plupart des mammifères, ils manquent à tous les oiseaux. » Ne vous attendez pas à trouver ici des précisions rigoureuses et mathématiques et des inductions logiques et sévères ; les phrénologiçtes ue se piquent pas de ces sortes de qualités (1). Voici < ncore, pour terminer,

(l) Depuis La publication du puissant écrit de Bi. Flonrens, un vigoureux champion est descendu dans l'arène. M. Lelut, médecin de la Safpêtrière , vient de publier y\\\ livre dont le but est de prouver la vérité des paroles suivantes : « Ce serait non seulement discuter, mais abattra ee système, que de démontrer deux choses : la première, c'est qu'à L'envisager du point de vue purement organologique, il n'est pas possible ; la seconde c'est qu'en lui accordant, par l'hypothèse, cette sorte de possibilité, il ne repose sur aucune des espèces de preuves dont Gall prétend l'appuyer. »

Après avoir démontré l'impossibilité de l'organologie phrénologique, M. Lelut cherche à prouver (pie tous les faits rapportés par

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quelques passages extraits du Matérialisme pkrêno~> tçgigue,par M. Morrau.

« Erreur psychologique, erreur morale, 1<- système de Gall est nécessairement au même degré erreur scientifique ; car la vérité est une et ne saurait être divisée contre elle-même —

« A Dieu ne plaise que jamais erreur de conscience soit vérité de science. La science forte et grave s'accorde avec la morale et la vraie philosophie pour accabler les théories d*' Gall. C'est l'empirisme incrédule, poussé à ses dernières limites, qui arrive à cet inconcevable système, que dis-je? à ce roman licencieux, décousu et débridé! Gall était grand anatomi>te, et Gall s'est égaré - ii mment. Jaloux de faire sa cour à l'esprit d'irréligion qui dominait alors, il a voulu prêter aux préjugés à la mode l'appui d'une science illusoire ; cette science fausse et coupable , il l'a imaginée

Gall sont faux ou controuvés. Et en efl'et, que peut-on conclure des démonstrations faites sur des bustes idéalisés par les artistes, c'est à dire faits suivant leur caprice ou leur fantaisie? Tels sont les bustes d'Homère, de Sociale, de Platon, etc. A la page 122, M. I.elut tire la conclusion suivante de l'examen des faits qui servent de hase au système de Gall : « Les faits quelque peu valables allégués par lui (Gall), avec tant de parcimonie, sont faux ou annihiles par un nombre beaucoup plus considérable de faits d*un caractère opposé. »

Enfin M. Lelut , dans un chapitre puisé tout entier dans les annales de la phrénologie , nous rapporte que le célèbre philologue Giampollion n'avait pas l'organe de la philologie; que le prodigieux calculateur , \ iito-\Iangiamèle, qui, à l'âge de dix ans, donne la solution des problèmes les plus dilliciles de l'arithmétique et de l'algèbre, n'a cependant pas l'organe du calcul, que Raphaël enlin était privé de l'organe du coloris, etc.

2C0 pensées d'un croyant catholique.

pour soutenir une fausse et coupable philosophie.

... « Gall croit que la conscience (la conscience qui est l'âme même qui se juge) n'est que la modification d'un sens particulier, du seus de la bienveillance. (T. IV, p. 210.)

... « L'homme n'est plus une force, il n'est qu'un résultat; l'homme n'est plus une cause, il n'est qu'un effet ; l'homme n'est plus une intelligence, il n'est qu'une mécanique dont les ressorts expriment des pensées et des instincts aussi fatalement que l'horloge marque les heures ; il n'a pas plus que l'horloge la volonté des mouvements qu'il produit, l'intelligence de l'idée qu'il énonce; à peine seraitil possible de lui accorder quelque sentiment vague des phénomènes qui se passent en lui. Eh quoi! Gall et ses disciples seraient-ils assez aveugles pour ne pas voir que la multiplicité des intelligences est la confusion de l'intelligence; que la multiplicité des personnes est la négation de la personne, et qu'en un mot. s'il y a autant d'intelligences et de personnes qu'il y a d'organes et de facultés, il n'y a plus ni intelligence ni personne?

on, l'erreur n'est pas aveugle à ce point. C'est la volonté qui plonge dans les ténèbres : on se fait la nuit que l'on aime. On n'entreprend pas sur l'homme sans entreprendre sur Dieu ; on n'entreprend pas sur la liberté humaine sans entreprendre sur la Providence; on n'entreprend pas sur l'unité,, sur le moi humain, sans entreprendre sur l'unité, sur la Personne divine...

« Gall sait assurément ce qu'il veut, et il va où il veut...

PHRÉN0L0G1E DE DROUSSAIS. :2<»I

« La phrénologie dissèque et nie. Elle supprime le moi, la liberté, la vie ! Que reste-t-il ? un cerveau mort, un cadavre ; le scalpel est toute sa philosophie ! »

Notre conclusion finale à nous, c'est que la phrénologie, considérée comme principe et comme science, n'est qu'un système de déception et de mystification, à peu près comme le mesmérïsme ou comme le magnétisme animal, la mcgalanthropogénésie et l'homœopathie ; et que, dans ses conséquences et son application, cette science menteuse est une œuvre fataliste, anti-chrétienne et antisociale.

Méthode Phrènomé trique.

C'est tout simplement la théorie de l'angle facial de Camper. Elle consiste à faire partir du front au menton une ligne verticale, qui tombe perpendiculairement sur une autre ligne horizontale tracée dans la direction de la hase du crâne. La première ligne ou la verticale, d'après Camper, s'appelle faciale, cl la seconde ou l'horizontale, mentonnière.

Cela l'ait, plus le front sera saillant ou proéminent en avant, plus l'angle formé par la rencontre de la ligne verticale et de l'horizontale sera ouvert. Dans une tête d'Européen bien conformée cet angle sera de 80 à 90 degrés, c'est à dire presque droit, (i)

Lorsque la ligne faciale est parfaitement verticale.

(1) Chez le nègre, l'angle facial csi de 70 degrés, ctde 58 dans l'orang-outang (Camper).

et l'angle par conséquent absolument droit, la tête est la plus régulière possible et annonce une haute et puissante intelligence ; c'est l'état le plus voisin de la perfection ou de ce qu'on appelle le beau idéal.

Si la ligne faciale s'incline en arrière, elle formera, avec l'horizontale, un angle plus ou moins aigu et saillant en avant; et plus cette inclinaison augmentera, plus aussi le sinus de l'angle diminuera. Ainsi, on voit cette ligne faciale s'incliner en arrière à mesure que l'on passe de l'Européen au nègre, du nègre à l'orang-outang, et de celuici aux autres singes, aux quadrupèdes, aux oiseaux, aux reptiles, et aux poissons à tête aplatie, chez lesquels elle devient presque parallèle à la ligne horizontale ; et alors l'angle facial disparaît presque absolument. Ainsi, plus l'angle facial devient aigu, moins il existe d'intelligence dans l'homme, et moins aussi il y a d'instinct dans l'animal.

Au contraire, plus la ligne faciale s'incline en avant,, plus lVngle facial s'ouvre, s'agrandit, au point même de devenir plus ou moins obtus ; de là aussi un air imposant de grandeur et de majesté, un front très large, fortement proéminent, indiquant une vaste masse encéphalique, et révélant magnifiquement la plénitude de l'intelligence, (l'est ainsi que les artistes grecs nous ont dépeint la tête de Jupiter, le maître des dieux, ainsi que celles, toute proportion gardée, de Minerve et d'Apollon.

Il est certains animaux stupides, comme le hibou, la chouette, le veau, le bœuf, etc., qui offrent un angle facial assez ouvert, ou un profil assez peu

l'IUll Nul <><;il': DE I5K0I SSA1S. 263

oblique; mais alors il est probable que la grosseur apparente de leur crâne est bien supérieure à sa capacité réelle, c'est à dire que leur os frontal est gonflé et rendu saillant en avant par de vastes sinus qui le remplissent plus ou moins. Ces sinuosités considérables et irrégulières ne s'observent que chez les animaux.

Voilà, selon nous, à quoi doit se réduire toute la science plirénologique. Nous pensons que cette méthode très simple est aussi la plus Yraie et la seule rationnellement admissible ; d'ailleurs elle a déjà reçu, et depuis longtemps, la sanction de l'expérience et l'assentiment des siècles. De tout temps, en effet, on a jugé de l'intelligence de l'homme par l'élévation, la proéminence et la largeur du front; et si l'on rencontre quelquefois des idiots ou d'autres êtres imbéciles avec un angle facial très ouvert, à 90 degrés par exemple ou même davantage, alors ordinairement le crâne ou du moins le front offre une conformation vicieuse ou très irrégulière. Ce dernier pourra bien être fort saillant en avant, mais il sera étroit sur les côtés ou sans élévation. Cette réflexion s'applique également à certains individus hydrocephaliques.

2(ji L'E>SÉES d'un croyant càxhqliqub.

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CONSIDÉRATIONS

rniLOSOPUIQUES, MORALES et religieuses

sir,

Se donner la morl c'est lâcheté.

(Toissai.nt.)

Réflexions prélim inaircs.

Cette noble créature de Dieu, ce roi de la nature, l'homme fait pour connaître et posséder l'éternelle vérité s'est dégoûté de la vérité, s'est dégoûté de l'être ; il invoque le néant, et, chose horrible à dire, dans sa fureur insensée il s'arrache volontairement la vie. Abîme, mystère d'iniquité incompréhensible 2

De tous les êtres sensibles (1) l'homme seul peut se donner la mort, tandis que la bête est incapable de suicide, preuve certaine qu'il est dans l'homme

(1) Voyez le tableau de Tordre hiérarchique de l'universalité des êtres terrestres, p. 29.

SI IUDE. 205

un principe qui domine l'organisme et qui ne se trouve pas chez les animaux. Ceux-ci, sous l'empire invincible de leur instinct de conservation, doivent constamment et nécessairement résister à toutes les causes destructives de leur être; ils languissent et meurent, mais ne se détruisent pas euxmêmes, preuve qu'il n'y a rien dans la bête qui puisse même connaître son état et commander à l'organisation de s'y soustraire.

Les animaux sont par leur nature incapables d'avoir aucune notion de la mort; ils ne peuvent la connaître comme terme de l'existence malheureuse ou du malheur, parce qu'ils n'ont aucune idée de bonheur ni de malheur, qui sont des sentiments d'une condition de l'ordre moral dont la nature animale est absolument incapable. On ne se sert point sérieusement de ces locutions qui répugnent au sens commun : un animal est malheureux ou heureux; il est imbécile ou aliéné, ou il a de l'esprit. Tout cela ne se dit pas parce qu'une bête n'a point d'esprit ni de sentiment moral. Les animaux ne peuvent donc se porter à un acte ou à une fin qu'il leur est impossible de connaître. Dans l'homme seul existe un principe intelligent et libre, une puissance souveraine, maîtresse de la matière et de l'organisme, laquelle, par un triste abus de sa liberté et une inconcevable dépravation, brise, comme un vase d'argile, la plus noble et la plus sublime de toutes les organisations créées.

Le suicide est un crime énorme, un crime irrémissible parce qu'il est sans repentir; un crime contre Dieu, contre les hommes ou la société, un

crime enfin contre celui qui s'y abandonne.

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