PHRÉNOLOGIE DE BROUSSAIS
Que dirons-nous de cette nouvelle et étrange doctrine du fameux e oryphée du matérialisme?... elle nous révèle un vaste plan de réforme philosophique, morale, religieuse, psychologique, médicale, physiologique, législative, politique, etc.. Broussais, vers la fin de sa carrière et après l'écroulement de son édifice médical, s'était t'ait philosophe, voire même phrénologiste, comme tout le monde sait.
Avant de jeter un coup d'œil sur la nouvelle production de Broussais je dois faire consciencieusement un aveu phrénologique. J'ai reculé devant le gigantesque volume de notre nouveau philosophe, et j'avoue franchement que je ne me suis pas senti l'organe du courage et de la patience assez développé pour lire exactement d'un bout à l'autre cet énorme factum de huit cent cinquante pages; je me suis seulement arrêté à quelques passages qui m'ont paru avoir un rapport plus direct avec la matière que je traite. De ces points culminants j'ai pu embrasser et mesurer d'un regard général l'ensemble des travaux de cet ardent et infatigable phrénologiste, c'est à dire que j'ai pu très facilement comprendre et l'esprit et le but de l'auteur, et cela m'a
suffi. Mais, il faut se hâter de le dire, cette nouvelle philosophie, toute matérialiste et tout animale, m'a paru inintelligible; en un mot c'est pour moi, philosophiquement parlant, une œuvre inqualifiable. Je n'y vois qu'une chose certaine, le dessein de l'auteur, qui est de blâmer les doctrines philosophiques et morales de Descartes, de Mallebranche, de Pascal, de Bossuet, de Leibnitz, de M. de Bonald, etc. ; de s'élever contre les croyances du genre humain, contre la religion et ses ministres. En vérité si j'étais disposé à croire à la phrénologie telle que Broussais l'a faite, lui-même le premier m'en eût détourné pnr ses déclamations passionnées contre tout ce qu'il y a de plus sacré et de plus vénérable à la très grande majorité des Français, c'est à dire la religion catholique. Tous ces sarcasmes contre la religion ne manquent pas, comme on pense bien, d'être accueillis et applaudis par une jeunesse déjà plus ou moins incrédule et généralement peu instruite en matière philosophique et religieuse, quoique douée d'ailleurs d'un esprit droit. Je ne m'arrêterai pas à relever tous les passages plus qu'inconvenants de ce livre irreligieux, et par là même anti-social, la tâche serait au dessus de mes forets. Que l'on me permette ici une courte réflexion phrénologique : si cette science n'était pas futile et vaine je serais bien tenté de croire que Broussais a écrit sous l'empire de la bosse, je ne dirai pas de la destrttctivité, cela n'est ni poli ni honnête, mais du moins sous l'influence de celle, tiè> prononcée, de l'imprudence; car ses principes ne lendent qu'à tout détruire, croyance, morale, reli-
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gion, et à bouleverser peut-être l'état et la sociéti . Voici à ce sujet des paroles bien remarquables de Machiavel : « Si l'attachement au culte divin est le garant le plus assuré de la grandeur d'un état, le mépris de la religion est la cause la plus certaine de sa décadence. » (1)
Quelques textes du livre même de Broussais avec leur réfutation feront encore mieux ressortir tout l'odieux des principes et de la morale de notre nouveau philosophe.
« L'homme a la liberté si ses organes du
moi et de la volonté, auxquels tient cette faculté, sont vigoureux; mais s'ils sont faibles il ne l'a pas. Examinons d'abord celui qui les a faibles : eh bien! il ne sera vraiment libre que pour les actions indifférentes, mais il ne le sera pas pour les actes importants; il obéira successivement à toutes ses passions à mesure qu'elles deviendront dominantes. . .
... « Je suis libre de prodiguer ma fortune, dira l'avare; mais il ne la prodiguera pas. Je suis libre d'être sage, fidèle, économe, s'écriera le prodigue, le libertin, à qui l'on reproche ses écarts, et je serai cela quand je voudrai; mais s'il n'a pas d'organe qui puisse Kamener à changer de conduite il n'en changera pas — » (2)
Il suit rigoureusement de ces principes que l'homme dont les organes du mol et de la volonté sont faibles n'est pas libre pour les actes importants. Ainsi l'avare ne renoncera pas a sa passion d'amas-
(1) Réflexions sur Tite-Lioe, liv. i, ch. u.
(•2) Cours de Phrénologie de Broussais, p. 693 et soi?.
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ser, le libertin continuera son libertinage, etc. Ce sont là, notez-le bien, non des actions indifférent s, niaises actes importants qui, d'après M. Br «lissais excluent la liberté morale; de même le voleur, le brigand, l'assassin, dont les organes du moi et de la volonté ou de la liberté soiit faibles, doi- ent marcher en avant dans la voie du crime; de même encore un fanatique, soit politique, soit religieux, dans la mémo condiiion organique et sous l'empire de la passion dominante, se persuadera faussement qu'il va délivrer sa patrie d'un tyran |»u servir les intérêts de la religion, et avec un horrible calme il frappera d'un fer homicide un prince ou le chef de l'état. YmTi donc peut-être Fieschi et Alibaud absous et innocents; car, suivant ces p:incipes, s'ils avaient les organes du jiol et de la volonté faibles, ils ne pouvaient être couuablcs ni «levant Dieu ni devant les hommes : ils auraient agi sans liberté, sous l'influence irrésistible d'une organisation malheureuse; c'eût été pour eux une triste fatalité, une nécessité physique iné\ilabh; car, : elon troussais, l'homme e/iii a ces organes faibles ne sera vraiment libre c/ue pour les actions indifférentes, mais il ne le sera pas pour les actes importants. Reste maintenant à décider si ce qu'ont fa;t Fieschi et Alibaud étaient des actions indifférentes ou non.
La soci té n'a donc pu avoir le droit de les punir de la peine capitale avant de s'être au préalable parfaiît nu nt assurée de l'éat physique de ces deux individus. (IVtai:, "suivant !•• système phrénologique, dans l'organisation cérébrale qu'il fallait } uiscr les premiers éléments ou l'instruction de leur
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procès, et la loi n'a pu les punir de morl avant la résolution de cette question préjudicielle, pas plus qu'elle ne peut atteindre et frapper un l'on ou un frénétique qui, dans un accès de fureur, a tué son médecin. On voit d'après cela combien cette doctrine est propre à rassurer et à encourager les fanatiques tpii se sentent des dispositions pour le crime de régicide, surtout si elle venait à pénétrer dans le sanctuaire delà justice. Avis aux rois! Etnunc, reges, intelligite : crudimini, qui judicatis terrum. (Ps. 2.)
M. Broussais, au chapitre des Cultes, p. 824, juge absolument nécessaire de les réformer tous; mais Broussais rejette l'immortalité de l'âme, et traite de superstitieux à l'excès ceux qui y croient, p. 4' 3. Alors de quelle utilité sont les cultes? à quoi bon la religion elle-même si l'homme n'a point d'âme ou si elle meurt avec le corps, en un mot s'il n'y a rien au-delà du tombeau? ais la religion est, diton, un frein nécessaire pour contenir le peuple dans le devoir. Oui. mais soyez sur que le peuple secouera bientôt ce joug incommode, et qu'il méprisera la religion quand il la \erra méprisée par ceux qui sont au dessus de lui, et qui croient pouvoir s'en passer. Cette pensée n'était pas celle de Montesquieu lorsqu'il disait : « Quand il serait inutile que les sujets eussent une religion, il ne le serait pas que les princes en eussent, et qu'ils blanchissent d'écume le seul frein que ceux qui ne craignent point les lois humaines puissent avoir. » (1)
« Mais, remarque M. Frayssinous, ce q'ii est dit
(1) Montesquieu, Esprit des lois, liv. 24.
ici des princes no peut-il pas s'appliquer, quoique dans un degré moins rigoureux, à tous les dépositaires du pouvoir, et généralement aux premières classes de la société. »
Et d'ailleurs la religion, dans l'opinion de M. Broussais, n'étant qu'une institution purement humaine, et par conséquent ses promesses et ses menaces pour la vie future étant vaines et illusoires, est-il permis à un honnête homme, un bon et sincère philanthrope, de tromper le peuple et de corrompre sa raison par des mensonges et des fables ou des mythes? Mais enfin, ajoutc-t-on, la religion est nécessaire pour conserver la morale. Il est vrai, la morale repose sur la religion, qui en est la sauvegarde, comm ' la loi porte sur la morale, et la société sur la loi. Mais qu'est-ce qu'une religion qui rejette l'immortalité de l'àme et qui vous parle de promesses et de menaces pour la vie future? Une pareille conception, digne de nos matérialistes fatalistes, peut-elle rendre la morale obligatoire et lui donner une ombre de sanction et de force? Cela ne se peut, puisque cette prétendue religion n'est au fond qu'une pure déception, une imposture, un mensonge. Concluons donc que dans le système de Broussais la religion est inutile, et qu'il ne faut pas réformer les cultes, mais les abolir tous. Alors nous aurons pour Evangile le code pénal; le bourreau sera le prêtre, et l'échafaud l'autel sur lequel on immolera des victimes humaines, comme les anciens Gaulois, nos bons et pieux ancêtres. Je ne pense pas cependant qu'on essaiera d'abolir la religion cl le culte; On l'a tenté il y a un demi-siècle,
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et on sait ce qu'il en est advenu. Si Dieu n'avait abrégé ces jours lamentables et d'horrible mémoire,
rien ne serait demeuré debout, et la société tout entière se serait engloutie dans l'abîme creusé par l'athéisme. Mais à la lin le peuple français, comme les anciens Hébreux, cria vers le Seigneur; Dieu revint, la religion reparut, et soudain tout se ranime ; la société se lève comme d'un vaste sépulcre, et on voit renaître partout la tranquillité d l'ordre et de la paix. Tant il est vrai qu'il ne peut y avoir de vraie société sans religion ; car fonder l'édifice social sans Dieu ou sans religion c'est l'asseoir sur le néant.
Encore un mot; c'est sur la conscience. Broussais définit ainsi la conscience : « Sentiment de ce qui est juste et in juste, du devoir et de l'obligation morale (1), » p. 366 ; et à la page suivante il dit que « la conscience est en proportion du développement de son organe. » — Il pense « que le chien possède une esquisse de conscience, » page 5~$. 11 faut par conséquent lui accorder une esquisse de moralité. 11 suit donc delà qu'il existe une esquisse de rapport
(1) Qu'est-ce qu'une obligation morale sans libre arbitre ? Que M. Broussais s'accorde, s'il peut, avec lui-même :
« La liberté morale que repousse le matérialisme est la base de la liberté politique. C'est le même fait considéré dans l'homme en société. Sans ce principe conservateur l'édifice social ne tarde pas à s'écrouler, le pouvoir dégénère en tyrannie, et le choc des intérêts amène l'anarchie. 11 faut une obligation morale qui domine les chef comme le sujet, et qui fasse de la loi un devoir sacré, » (Extrait de la notice snrFred. lierai d, professeur célèbre de la faculté de médecine de Montpellier et physiologiste spiritualiste. Hevw médicale, cahier de mai, n. 526, 1838.)
social et moral entre le genre catih et le genre Iwmo, pour parler le làtigagê savant et zoologiquc de M. Broussais. C'est un progrès. Notre savant moraliste accorde au chien un certain sentiment de vénération, de respect, d'estime et d'amitié pour l'homme; ce qui suppose nécessairement, dit-il, une identité de nature. C'est au moins là du cynisme tout pur et littéral (1). Les animauxnous sont unis, ajoute-il, p 55/j, « par des liens que le naturaliste de bonne foi ne doit pas dissimuler. » 11 pourrait ajouer le moraliste. » Je voudrais voir réhabiliter les animaux qu'une classe d'hommes cherche à déprimer pour se séparer totalement de l'animalité,
;>• 5G5 11 est temps qae l'on fasse disparaître ce
mur d'airain que les métaphysiciens ont élevé entre les hommes et les animaux, » p. 5g4- Après cela il est su crilu de dire que M. Broussais accorde aux animaux une inielligence semblable à la nôtre ; c'est la conséquence au moins de ce qu'il avance dans sa physiologie, où il déclare que les mots réflexion, jugement, mémoire sont synonymes de sensation. Celle-ci ne pouvant être contestée aux animaux, on ne peut pas leur refuser les autres, comme la mémoire, la réflexion et le jugement. Voilà un léger échantillon de la nouvelle doctrine philosophique du fameux Broussais. 0 tempora, o mores! ! !
Nous allons terminer ce chapitre par quelques passages extraits d'un article de la Gazette médica le,
(I) Ce ingénieux et sublime rapprochement avait déjà été fait avant Broussais par son confrère en philosophie Diderot, qui dit ((huis la Vie de Scno/iic) qu'un chien ne diffère de l'homme que par l'habit.
l'UKENOLOGIE DE IlllOlJSSAI->. 'l'il
i83(), sur les deux premières leçons du cours de phrénologie aè Broussais
« Broussais a du goût et même une sorte de passion pour les matières philosophiques ; il est tout à fait incapable de les aborder. Sou esprit, soit par quelque cause cbngéniale, soit peut-être par défaut de culture dans cette direction, s'y refuse obstinément; il n'a ni l'intelligence des questions qu'il traite, ni l'intelligence des systèmes qu'il combat ou soutient, ni l'intelligence de la langue qu'il emploie
M. Broussais se croit métaphysicien, psychologue, moraliste, philosophe enfin, par cela seul qu'il sait la médecine ; car la médecine comprend le physiologie, science qui, selon lui, est la science mè ne de l'homme. 11 s'est imaginé qu'il suffisait de substituer aux mois d'idéologie, de psychologie, de métaphysique celui de physiologie du cerveau pour anéantir tous les problèmes, toutes les questions, tous les faits sous ces dénominations
« La phrénologie de M. Broussais ne diffère en rien de cette phrénologie courante qui se trouve partout. Elle n'est ni plus profonde, ni plus savante, ni plus ingénieuse. C'est une reproduction insipide de tout ce que Gall et Spurzheim et leurs disciples ont répété à satiété. Tous les fois que M. Broussais, sortant des grosses et palpables dénominations dtiatomiques, aborde lès laits métaphysiques dont, quoi qu'il dise et qu'il fasse, il ne peut se débarrasser, son langage devient à peu près inintelligible,
24y pensées d'un choyant catholique.
parce qu'il ne se comprend pas lui-même et ne connaît pas suffisamment le sens des mots qu'il prononce. Il est évident que ses recherches abstraites dépassent la sphère habituelle de ses études. Les phénomènes intellectuels, rationnels et moraux lui échappent de tous côtés par leur ténuité, leur complication et leur délicatesse ; il ne sait ni les observer, ni les décrire, ni les démêler.
M. Broussais se jette à corps
perdu au milieu des problèmes qui ont exercé la sagacité des plus grands esprits sans en connaître les premières données, sans se douter le moins du monde qu'il en ait été question avant lui. C'est merveille de voir avec quel aplomb il tranche, décide et conclut dans des matières qui lui sont à peu près aussi étrangères que l'hydrostatique.
« Il a suffi à M. Broussais, pour devenir métaphysicien, psychologue, idéologue, moraliste, théologien (la phrénologie comprend toutes ces choses), de dire que tout cela n'était que do la physiologie.
Les jeunes gens qui viennent s'étouffer à ses leçons sont presque tous des élèves en médecine, qui ne savent de la phrénologie que ce qu'ils peuvent en voir dans la boutique de M. Guy; qui en philosophie n'ont guère appris que quelques mots indispensables dans les examens du baccalauréat es-lettres; leur esprit est droit, mais il manque d'une bonne direction première. Disposé s par leurs études médicales à tout ramener à des conceptions et à des images physiques, accoutumés aux méthodes et au langages des sciences naturelles, et à. l'observation
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des phénomènes naturels, la pbrénologie, qui prétend ne s'appuyer que sur des considérations anatomiques i i physiologiques, est une philosophie tout
à fait de leur goût. Ils sont bien aises d'apprendre de la bouche de M. Broussais que la science; de l'homme intellectuel et moral n'est que la science de l'homme physique, et que pour connaître l'esprit humain il suffit de connaît! e le cerveau.
Dans les digressions faites
par M. Broussais l'obscurité est devenue souvent si épaisse qu'on ne distinguait plus absolument rien. Reid, Descartes, Berkeley, Laromiguière ont été mis en scène, ou moins des lambeaux de leurs théories rapprochés, confondus au hasard, estropiés, dénaturés de la manière la plus cruelle. Nous souhaitons vivement que M. Broussais entre enfin dans la véritable phrénologie, c'est à dire dans rénumération des vingt-sept organes deGall ou des trente-cinq de Spurzheim, à son choix, si bien dessinés par les plâtres de M. Dumontier, si invisiblessur la nature; il y sera plus à son aise que dans ces régions métaphysiques où il ne sait où appuyer le pied. Qu'il nous parle du cerveau, des circonvolutions, des commissures des fibres divergentes et convergentes, puisqu'il s'agit de physiologie et d'anatomie ; mais qu'il laisse tranquilles une fois pour toutes Platon et ses idées', Aristote et sa logique, Descartes et son cog'dOs et les Allemands, et les Anglais, et les Ecossais, car ce n'est pas là son affaire. »
Voilà un faible extrait du loflg et important article de la Gazette médical" sur les deux premières leçons, seulement de M. Broussais, qui ne font que
soixante pages dans son livre, qui en a huit cent cinquante; que n'eût pu dire la Gazette si elle eût vu le livre tout entier: il lui aurait fourni ample matière à la critique, surtout au point de vue moral
et religieux
Examen critique du systè?ne phrénologique> d'après M. Flourens.
En 1859, nous avions avancé que « la phrénologie conduisait droit au matérialisme, si ce n'était déjà une doctrine toute matérialiste, » et on nous en fit des reproches. Aujourd'hui peut-être on nous accusera de n'avoir pas été assez explicite et assez positif dans nos affirmations contre la phrcnologie, quand on saura comment un célèbre physiologiste, le secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences, M. Flourens, avec presque tous les savants, traite la science mensongère de Gall et de Spurzheim.
On peut dire que cet illustre physiologiste vient de porter le coup décisif, le coup de mort, à la doctrine de Call. Nous allons donc extraire quelques passages de ï Analyse critique des doctrines phrénologiqtics, par M. Flourens (1842), que nous entremêlerons de quelques courtes réflexions.
Voici le point de départ de tout le système de Gall : « Comme il faut admettre, dit-il, cinq sens extérieurs différents, puisque les fonctions sont essentiellement toutes différentes , de même il
faut eniin se résoudre à reconnaître les diverses facultés et les divers penchants comme des forces
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morales et intellectuelles essentiellement différentes, et affectées également à des appareils organiques particuliers et indépendants les uns des autres. » (T. IV, p. 9.)
« Oui oserait dire, ajoute-t-il, que la vue, l'ouïe, le goût, l'odorat et le tact, sont de simples modifications de facultés? Qui oserait les faire dériver d'une seule et même source, d'un seul et même organe? De même les vingt-sept facultés ou qualités que je reconnais comme force fondamentales ou primitives, ne peuvent être regardées comme de simples modifications d'une faculté quelconque. » Sans doute elles ne peuvent être regardées comme des modifications d'une faculté quelconque, mais elles doivent être regardées comme des modifications de l'âme, laquelle certes est bien différente d'une faculté quelconque. Ce rapprochement spécieux et captieux a séduit bien des personnes et même quelques savants.
Voici comment M. Flourens renverse ce sophisme : « Gall, dit-il, voit les fonctions des sens constituer des fonctions distinctes, et il veut que les facultés de l'a me soient également distinctes; il voit chaque sens particulier avoir un organe à part, et il veut que chaque faculté de l'âme ait un organe propre; en un mot il voit l'homme extérieur, et il fait l'homme intérieur à l'image de l'homme extérieur.
« D'une part, il donne aux facultés toute l'indépendance des sens, <;t de l'autre il donne aux sens toutes les attributions des facultés.... Or, il ne conclut de l'indépendance des sens extérieurs à l'indé-
pendance des facultés de l'âme, que parce qu'il confond, pour le sens même, l'impression et la perception, et, comme il suppose plusieurs principes pour les perceptions, il suppose plusieurs principes pour les facultés. » C'est sur cette subtile confusion de l'impression, qui est diverse et multiple, avec la perception, qui est une et simple, que repose toute la doctrine de Gall : détruisez ce fondement ruineux, et soudain s'écroule tout l'édifice pbrénologique ou crânioscopique.
Ailleurs M. Florens s'exprime ainsi : « Lorsque, dans sa Physiologie, Gall substitue les facultés à l'intelligence, il définit ces facultés, il les définit des intelligences individuelles; d'où vient donc que, dans son anatomie, lorsqu'il substitue au cerveau les organes du cerveau, il ne définit pas ces organes? » Par la raison toute simple, c'est qu'ils n'existent réellement pas : et, s'ils n'existent pas, il n'y a pas de localisation, point de pluralité de facultés, et par conséquent point de pbrénologie. Et voici ce qui prouve cette absence d'organes cérébraux ou de pluralité organique : « La possibilité de la solution qui nous occupe suppose, dit Gall, que les organes de l'âme sont situés à la surface du cerveau. (T. 111, page 2.) » Et en effet, reprend M. Flourens, s'ils n'étaient pas situés à la surface du cerveau, comment le crâne pourrait-il en porter l'empreinte? Et que deviendrait la crânioscopie? La crânioscopie n'a rien à craindre; Gall y a pourvu. Tous les organes du cerveau sont placés à la surface du cerveau, et Gall ajoute : ceci explique le rapport ou la correspondance qui existe entre la crâniologie