‹ Pensées d'un croyant catholiqueChapitre 23 sur 50 · II. -LE SUICIDE EVT L.\ CRIME CONTRE LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

II. -LE SUICIDE EVT L.\ CRIME CONTRE LA SOCIÉTÉ

Dieu ne nous a point créés pour nous seuls, mais pour la société; les avantages qu'elle nous a procurés depuis notre naissance ne peuvent jamais être suffisamment compensés par les services que nous lui avoirs rendus. La société a recueilli l'homme du sein de sa mère; l'a élevé, nourri, vêtu, logé; lui a donné l'existence intellectuelle et morale, en un mot lui a procuré toutes sortes de biens et d'avantages dans un temps où il était incapable de

rien faire pour elle. La dette contractée envers la société ne peut être acquittée que par l'emploi de toute la vie. « Le suicide la prive d'un membre qui pouvait encore lui être utile : car peut-on placer un homme dans un cas où il soit assuré que la société ne saurait tirer de lui aucun avantage? Un homme de bien aux prises avec l'infortune est un spectacle touchant dont il ne faut pas la priver; et si nous sommes coupables, elle seule a le droit de nous juger et de nous punir. Pourquoi attenter à ses droits et lui donner un exemple funeste qui la dépeuplerait s'il était contagieux? Celui-là donc est injuste envers elle qui la quitte avant le temps marqué par la nature. * (1)

Le paganisme avait marqué autrefois dans le tartare un lieu particulier de supplices pour les insensés et les malheureux qui s'étaient donné la mort. Socrate, Platon, Pythagore et leurs disciples soutenaient que la vie n'est qu'une station dans laquelle Dieu a placé l'homme, et qu'ainsi l'homme ne peut abandonner lâchement le poste de la vie par caprice ou fantaisie sans violer les lois universelles de l'ordre et l'économie de la divine Providence.

Mais, dira-t-on, en quelque position que je sois placé c'est pour y rester autant que j'y suis bien et pour en sortir dès que j'y suis mal. D'après cela quand on se croira mal sur la terre, il sera permis d'en sortir, et comme chacun juge à sa manière du bonheur et du malheur d'ici-bas, tous ceux qui se croiront malheureux auront le droit de se tuer. Quels principes!

(1) Philosophie de Flotte, t. n, p. 1A0.

SI [Cl DE. 2fi9

Mais je ne liens à rien, je suis inutile au monde; nous répondrons à cela par les paroles de Jean- Jacques Rousseau :« Philosophe d'un jour, ignorestu que tu ne saurais faire un pas sur la terre sans y trouver quelque devoir à remplir, et que tout homme est utile à l'humanité par cela seul qu'il existe? Chaque fois que tu es tenté de sortir de la vie dis en toi-même : Que je fasse encore une bonne action avant de mourir; puis va chercher quelque indigent à secourir, quelque infortuné à consoler. Si cette considération te retient aujourd'hui, elle te retiendra demain, après-demain, toute la vie. »

Page 1