PHÉNOMÈNES PHYSIOLOGIQUES ET PATHOLOGIQUES DO MAGNÉTISME ANIMAL
Il faut se rappeler que les sujets magnétiques sont généralement pris dans la classe des individus nerveux, valétudinaires, faibles de corps, d'esprit, déraison et de caractère, très mobiles, très ajfectib les et domina blés; en un mot ce sont ordinairement des femmes, de jeunes filles très impressionnables, vaporeuses, hystériques, etc. Il n'est donc pas étonnant qu'un homme doué d'un physique plus ou moins imposant, d'un regard vif et domina eur, armé d'ailleurs de lous les charmes les plus prestigieux, d'une physionomie expressive, d'une moiùle et étonnante mimique, d'une parole mystérieuse et grave, d'un air composé et mystique, il n'est pas étonnant, dis-je, qu'un tel homme à l'aide de cet extérieur magique subjugue, fascine et captive ces êtres lélicats, faibles, timides et crédules; les stupéfie, hs paralyse ou les jette dans des crises nerveuses, des spasmes, des crispations, des convulsions, ou dans un engourdissement, une torpeur somnolente, ou un véritable et profond assoupissement, en un mot dans le somnambulisme artificiel et magnétique. Chez, d'autres sujets, comme les filles hystériques, l'habile magnétiseur produira les mêmes phénomènes nerveux avec bien d'autres
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encore par des procédés différents, un extérieur moins grave, un regard moins sévère et plus sympathique, une parole plus douce, quelques gestes, quelque attouchement magnétique adroitement ménagé; enfin il n'y a presque pas d'anomalie ou caprice du système nerveux que ne puisse faire naître un homme du caractère physique et moral tel que l'exigent pour réussir les docteurs du magnétisme. Quels effets merveilleux ne produira-t-on pas encore sur des sujets névropathiques, mélancoliques, hypocondriaques, cataleptiques, s uifrant en un mot tous les maux? Un magnétiseur habile, surtout s'il est médecin ou physiologiste, connaissant l'immense étendue de la puissance nerveuse, frappera vivement, pathétiquement l'imagination de ces esprits malades, et obtiendra quelquefois, il faut l'avouer, des effets merveilleux. Il est impossible de rendre le ton, l'accent affectueux, l'air magique des magnétiseurs et sourtout leurs manières douces et enchanteresses ; en voici un faible résumé : « Rassurez-vous, mon enfant, ne vous troublez aucunement ; vous allez bientôt ressentir la bénigne et douce influence que le ciel 'vous envoie ; vous allez être plongée dans un océan d'idées dont les délices opéreront en vous une révolution salutaire. La santé la plus parfaite sera l'heureux résultat des inexprimables ravissements de votre àme. Ne vous occupez que du bonheur ineffable dont vous allez jouir. Bien, très bien, ma chère amie ; continuez à vous élever intérieurement vers le bienfait de votre guérison. Je vous le promets, rien ne peut l'empêcher, » etc. (Citation de M. le docteur
Dupau, Lettres physiologiques et morales sur le Magnétisme animal.) Jugez de l'effet que doivent produire ces discours pathético-emphatiques sur ces cerveaux faibles, malades, sur des êtres souffrants qui croient tout et se soumettent à tout dans l'espoir d'être soulagés. Il faudrait des volumes pour dire toutes les merveilles, les cures subites et prodigieuses qu'on a opérées en exploitant habilement l'influence nerveuse ou en faisant la médecine morale.
Une personne très nerveuse souffre horriblement d'une névralgie dentaire qu'aucun moyen matériel n'a pu calmer; on la magnétise, et soudain la douleur est mise en fuite par les passes magnétiques. Il est probable qu'une impression subite et très vive, un événement imprévu, la vue de l'instrument du dentiste ou de tout autre objet de terreur aurait produit le même prodige. Voilà donc l'effet de l'influence nerveuse. L'instinct maternel inspire quelquefois aussi une espèce de magnétisme. Une mère caresse son enfant souffrant; elle frotte doucement l'endroit douloureux, et soufle dessus; elle le regarde avec une inquiète tendresse, lui dit que la douleur cesse, et l'enfant se calme et s'endort.
C'est dans la sympathie et l'antipathie que l'on trouve la source des effets les plus extraordinaires produits parla vue d'un objet sur le système nerveux. « 1/homme doué d'une grande force ou d'un courage plus audacieux en impose souvent à son adversaire par un regard fier et une attitude menaçante : les animaux féroces frappent de terreur la rtroie qui ne peut plus leur échapper; la perdrix et
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la caille ne peuvent plus s'envoler à la vue d'un chien de chasse (1) ; le lièvre se tapit dans son gîte; et le crapaud agite de mouvements convulsil's parla vue d'un serpent arrive comme malgré lui jusque dans la gueule du reptile, qui les yeux étincelants l'attend pour le dévorer; le crapaud lui-même par un regard affreux et le dégoût qu'il inspire fait tomber quelques personnes en syncope. Enfin que d'exemples de femmes nerveuses et délicates qui ont des convulsions ou se trouvent mal à la vue d'une araignée, d'une souris, etc., ou de tout autre objet de terreur! Ces phénomènes ont-ils d'autre cause que l'impression instantanée et fâcheuse qui a été produite sur une imagination vive et sur un système nerveux très mobile? Ces animaux ont-ils aussi un lluide qu'ils lancent avec une volonté ferme sur la personne qu'ils fascinent et épouvantent ? (2)
l ne terreur subite et profonde peut arrêter instantanément des accidents nerveux produits par une sorte d'imitation contagieuse. A l'hôpital de Harlem une petite fille ayant été prise de convulsions, plusieurs autres en furent également atteintes : alors Boërhaave fit apporter un réchaud avec des fers rouges., et menaça de brûler à la plante des pieds la première qui aurait une attaque de convulsions : à l'instant même toutes furent guéries. Des exemples semblables ne sont pas rares. Les com-
(1) Non pas à la vue du chasseur, quelque grand magnétiseur qu'il soit.
(2) Lettres physiologiques et morales sur le Magnétisme animal, par le docteur Dupau.
missaires chargés de l'examen du magnétisme rapportent qu'à une cérémonie de la première communion, à l'église Saint-Roch de Paris, une jeune fille ayant eu des convulsions, cinquante à soixante en eurent de semblables dans l'espace d'une demiheure : on ne put arrêter cette contagion nerveuse qu'en les séparant les unes des autres. Ils citent encore le maréchal de Villars, qui dans ses mémoires dit avoir vu dans les Cévennes une ville entière dont toutes les femmes et les filles sans exception paraissaient possédées du diable : elles tremblaient et prophétisaient publiquement dans les rues. Voici encore un fait qui prouve le pouvoir d'une imagination fortement frappée : il y a une vingtaine d'années environ, une femme de la campagne, fort simple, crédule et superstitieuse (sujet magnéiique) vint nous consulter ; elle se croyait et se disait possédée du démon. Nous nous bornâmes à lui prescrire un traitement purement hygiénique et moral. Après la consultation quelques-uns de nos élèves des plus avisés et des plus farceurs, voulant s'égayer un peu, ce chargèrent à mon insu de mettre sur-lechamp à exécution le point moral de notre ordonnance. On veut chasser le diable en frappant vivement et soudainement par un appareil de terreur l'imagination malade delà monomane; on la conduit mystérieusement dans une chambre obscure, où il n'entrait de jour précisément que pour voir des objets capables de produire sur l'esprit de la malade une impression de surprise et d'épouvante, tels que apparence de spectres, ossements, tètes de morts, etc., etc. C'est à l'aide de cette scène fantas
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magorique jointe à la parodie burlesque des cérémonies de l'exorcisme (ce que nous n'avons point approuvé), et surtout eq administrant à la patiente d'amples aspersions d'eau lustrale qu'ils l'ont parfaitement guérie.
Quelques années après je fus encore consulté par une communauté religieuse de femmes, au sujet d'une situation physique et morale fort extraordinaire où se trouvaient plusieurs religieuses du couvent. (Je trouve dans mes notes qu'alors jç caractérisais ainsi, nu moins provisoirement, cet état insolite : espèce de vésanie liallucinante hystérique.) Voici un résumé des principaux symptômes de ces singulières anomalies hallucinatiques : ces religieuses ont été affectées successivement comme par une sorte de contagion ou d'imitation nerveuse. Elles affirmaient entendre la nuit au dortoir des cris, des hurlements effroyables de divers animaux, des voix plaintives, etc. ; dc.^ bruits de tempête, d'ouragan, de tonnerre dans les temps les plus sereins et les plus calmes. Souvent pendant des nuits entières elles éprouvaient des convulsions comme hystériques, faisaient des sauts de tout le corps avec une violente agitation de tous les membres, et répétaient les ci is et les iiurlements qu'elles disaient avoir entendus les jours précédents, en y joignant un mélange de gémissements, de pleurs et de ris. On les voyait prendre des postures et des attitudes les plus difficiles, tout à lait extraordinaires et contre toutes les lois de l'équilibre; faire des sauts et des mouvements subits d'ascension dont elles étaient absolument incapables dans leur état normal
et physiologique, comme par exemple de franchir d'un seul saut avec une incroyable légèreté le mur de leur clôture, et de s'élancer sur les arbres avec presque l'agilité des animaux grimpeurs. On les a vues, même dans l'église, au moment de la sainte communion, lancées avec violence contre le mur, et y paraître comme collées et raides comme des planches. Assez souvent cet état chez ces saintes filles était accompagné ou suivi de quelque trouble intellectuel ou du moins affectif, et enfin d'une foule d'aberrations morales les plus singulières et les plus bizarres, et presque inexplicables par les seules lois physiologiques et pathologiques; ou plutôt on voyait chez elles toutes les perturbations, tous les écarts et toutes les illusions de la sensibilité ou de l'imagination la plus exaltée et la plus désordonnée. Je supprime certains détails moraux peutêtre plus étonnants que tout le reste, mais qui ne se rattachent pas assez à mon sujet.
Maintenant quel plan de traitement fallait-il adopter pour s 'opposer à ces singuliers accidents? Nous nous sommes borné à conseiller des moyens hygiéniques et moraux en harmonie avec la dénomination formulée en tête de cette note. Voici donc la substance de notre méthode thérapeutique : un système hygiénique coordonné, combiné et varié selon le caractère et le génie des personnes; travail manuel assidu, suivi et varié pour contenir constamment les esprits en haleine, brider et enchaîner les mobiles et ardentes imaginations, et opérer enfin une salutaire diversion par l'exercice physique et corporel ; de plus divers moyens moraux
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appropriés au besoin et à la profession des sujets. Les principaux de ces moyens consistaient à humilier les visionnaires et les convulsionnaires, au lieu de les flatter, comme on avait fait, et de s'exposer par là à faire lâcher la bride à leur imagination déréglée (1); à traiter à l'extérieur et en apparence sévèrement toutes celles qui se croiraient ou que l'on croirait dans une situation morale extraordinaire, prestigieuse, extatique, fatidique, etc. , et, pour tout dire en un mot, les soumettre toutes à l'exercice corporel, aux humiliations et aux pénitences de la discipline claustrale. Il paraît que quelques mois après tout est rentré dans l'ordre primitif, et depuis on n'a jamais rien vu de semblable dans cette maison, très édifiante d'ailleurs.
L'attente d'une heureuse médication peut aussi vivement frapper l'imagination d'un malade, et produire réellement chez lui des effets sensibles et matériels, indépendamment de tout agent thérapeutique. Un paysan alla consulter un médecin, qui lui prescrivit une purgation. En lui remettant l'ordonnance le médecin lui dit : Prenez cela, et vous serez purgé. Le malade, exécutant un peu trop à la lettre la prescription de son docteur, avala le papier, et il ne laissa pas d'être largement purgé. Ce papier était-il magnétisé? Il l'était comme une
(1) L'expérience en ell'et prouve que la pratique des humiliations et des traitements sévères et durs en apparence est fort utile à ces sortes de filles ; sans quoi , semblables aux somnambules magnétiques, lorsqu'elles se croient l'objet de l'attention et des égards particuliers elles deviennent dédaigneuses, fières et très orgueilleuses.
38G pensées d'un croyant catholique.
tasse non magnétisme que l'on présenta à une femme; celle-ci entra en crise à l'attouchement de cette tasse qu'elle croyait magnétisée. (Voyez, pour plus de détails, notre Précis de Physiologie humaine.)
« Oubliez momentanément, dit M. Deleuze, toutes vos connaissances de physique et de métaphysique; éloignez de votre esprit les objections qui peuvent se présenter; ne songez qu'à faire du bien au malade que vous traitez. Non, la foi dont on a tant parlé n'est point essentielle en elle-même; elle n'est point le principe d'acliou du magnétisme; elle est seulement nécessaire au magnétiseur comme un motif qui le détermine à faire usage d'une faculté Imaginez qu'il est en votre pouvoir de
prendre le mal avec la main et de le jeter de côté. »
Cet auteur ajoute ailleurs : « Ne magnétisez pas devant des curieux . mais seulement devant des personnes qui prennent intérêt au maladie, et ne vous gênent pas. » b\, Deleuze assure qu'il est plus facile de faire des expériences dans les hameaux et les villages que dan ; les grandes villes. « Il est si facile, dit-il, de persuader à de pauvres gens qu'on désire les guérir et qu'on en a les moyens que vous n'éprouverez pas beaucoup de difficulté. Si vous n'avez rien produit, cherchez d'autres sujets pour vos expériences. Vous en trouverez au moins un sur dix sensible au magnétisme. » (Page 55.)
« La foi, continue M. Deleuze, est nécessaire au
(1) Histoire critique du Magnétisme, t. i, p. 57.
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magnétiseur, n'est point nécessaire au magnétisé; dépendant l'incrédulité absolue du magnétisé peut repousser l'action du magnétisme, la retarder, s'opposer à ses effets plus ou moins longtemps. Enfin les trois qualités qui donnent de l'énergie au magnétisme sont foi3 espérance et charité. » (Tome rr, p. 240.)
« Les magnétiseurs sont différents pour la force ou l'ascendant; le robuste a plus d'effet que celui d'une constitution faible ou un vieillard. » (l'âge 127-179.) Donc l'ascendant du physique ou la supériorité de la force opère sur l'esprit. Il faut donc admettre en définitive que beaucoup de miracles magnétiques que nous avouons être réels sont dans la dépendance de la reine du système nerveux, de cette grande enchanteresse, cette habile magicienne qui domine clans son vaste empire toutes les puissances de la sensibilité; vous l'avez compris, c'est l'imagination, c'est la folle de la maison, comme dit un ingénieux auteur. Les phénomènes magnéliques appartiennent donc à la physiologie, et ils ont été connus dans tous les temps. Une circonstance assez remarquable c'est que le magnétisme ne produit aucun effet sur les aliénés, apparemment parce que l'empire de l'imagination est nul chez eux.
M. Virey rapporte l'aveu suivant d'un célèbre magnétiseur : a Ma ihéorie est toute simple, avouait un magnétiseur très connu à un médecin de beaucoup d'esprit; vous êtes plus fort que moi, et d'un cOUp de poing vous me renverseriez. De même il y a des personnes plus puissantes que d'autres en es-
prit, en imagination, en intelligence. Si je veux dominer de plus forts que moi au moral et même au physique, je ne pourrai point magnétiser, à moins que ces individus ne me cèdent, qu'ils ne se baissent sous moi, pour ainsi dire, par la confiance et la croyance.
d 11 faut donc que je cherche mes inférieurs en esprit, en caractère. Alors prenant hardiment l'ascendant sur ces êtres, qui me regardent comme doué d'une puissance énergique, je les frappe d'un coup d'imagination; si l'idée seule" ne suffit pas, j'emploie des gestes, des appareils, une voix élevée qui les maîtrisent, qui domptent les esprits rebelles; je leur commande, et ils dorment sous ma volonté ou se réveillent à mon gré. Agissant alors par cette haute conliance que leur inspire ma supériorité, ils se trouvent en effet soulagés et même guéris; je triomphe surtout chez les malades imaginaires, les hypocondriaques, les hystériques, tous les êtres languissants, valétudinaires, énervés, et en secouant fortement leur moral je ranime l'énergie vitale de leur économie; je soulève et j'exalte ces esprits faibles comme on voit des soldats peureux devenir braves par la seule opinion qu'ils sont soutenus d'une grande force armée ou de l'habileté de leur général. » Ailleurs le même auteur ajoute : « Mais, dira-t-on, le magnétisme animal dépend d'un fluide moral; c'est par là qu'il exerce ses influences. Que ne s'expliquait-on plus tôt? Nous voilà d'accord, et pour rendre plus intelligibles ces termes un peu bizarres du fluide moral nous les traduirons par une expression mieux connue, l'imagination; alors loin
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de nier sa puissance nous lui concéderons beaucoup plus même que les magnétiseurs ne croient pouvoir obtenir.
« On sait que les influences magnétiques, désormais mieux appréciées sous le nom d'imagination, peuvent s'étendre à plus ou moins de distance et même hors de la présence du magnétiseur; il su Ait pour cela de la croyance ferme 3 grand principe qu'il ne faut jamais perdre de vue. Voici des expériences connues, sur lesquelles les magnétiseurs ne s'empressent pas extrêmement de fournir leurs explications ordinaires.
« Une magnétisée (notez toujours que les femmes, les personnes faibles et simples ou crédules, les enfants tiennent les premiers rangs parmi les sujets magnétiques, et pour d'excellentes raisons), une magnétisé;1, entrait en crise même derrière un paravent ou dans une autre chambre quand on la magnétisait sans qu'elle le vît, mais pourvu qu'elle le sût ou le crût; preuve de la merveilleuse puissance du magnétisme, s'écrie-t-on. Cependant au lieu du magnétiseur accoutumé, et sans que la patiente s'en doutât le moins du monde, se substitue un de ces incrédules examinateurs qui n'exécute aucune des simagrées tant recommandées pour opérer le charme; néanmoins la pauvre magnétisée dans la chambre voisine poussait les hauts cris, gémissait, hurlait comme si l'on eût donné les plus épouvantables commotions à ses nerfs. Combien d'autres personnes n'a-t-on pas magnétisées à deux ou trois lieues de distance et, notez bien, à telle heure convenue? Les magnétiseurs s'en vantent,
De plus on a des sujets sensibles qui se croient magnétisés sans qu'on songe à eux; il suffit qu'ils se persuadent qu'on travaille sur eux, et qu'on a une puissance pire que le démon. »
Enfin, on ne saurait trop le répéter, la puissance nerveuse est un levier d'une force presque infini j et incommensurable à l'esprit humain.
De tous les instruments que nous pouvons employer pour connaître les agents imperceptibles de la nature, dit le célèbre de Laplace, les plus sensibles sont les nerfs, surtout lorsque des causes particulières exaltent leur sensibilité. Ce sont les phénomènes produits par l'extrême^ susceptibilité du système nerveux dans quelques individus qui ont donné naissance à diverses opinions sur l'existence d'un nouvel agent que l'on a nommé magnétisme animal. (1 )
On serait infini si Ton voulait faire l'histoire des exultations et des aberrations, des jeux et des eaprices du système nerveux ou de la sensibilité humaine. On connaît les exaltations sensitives. Dans certains états morbides la sensibilité optique s'exalte au point que certaines personnes distinguent parfaitement les objets dans l'obscurité de la nuit, et se conduisent au milieu des plus épaisses ténèbres. On sait que les animaux nocturnes jouissent natui clément de cette propriété. Il en est de même des autres sens, et surtout de celui de l'odorat. Des émanations animales miasmatiques peuvent j duire entre les corps vivants, sans contact, des im-
(1) Estai philosophique sur les Probabilités,
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pressions plus ou moins fortes sur Je système nerveux. Certains nègres en poursuivent d'autres en se conduisant d'après le seul odorat On cite des femmes quj ont reconnu la présence de certaines personnes, quoiqu'elles ne les eussent pas aperçues et qu'elles les crussent absentes. Une jeune dame douée d'une grande sensibilité, par suite de chagrins cuisants et de différents accidents nerveux, conserva une exaltation olfactive tout à fait extraordinaire. Toutes les odeurs quelconques lui étaient désagréables et particulièrement les émanations humaines. Elle ne pouvait supporter l'odeur de ses draps lorsque son lit avait été fait par une autre que par elle. Au rapport du chevalier Digbv, cité par Le v!at, un jeune garçon ékvé par ses parints dans une forêt, où ils s'étaient retirés pour éviter les malheurs de la guerre, et qui n'y avait vécu que de racines, avait acquis un- telle linesse d'odorat qu'il distinguait par ce sens l'approche des ennemis et qu'il en avertissait ses parents. 11 fut cependant fait prisonnier, et, ayant changé son genre de vie sauvage, il perdit une partie de sa faculté olfactive ; il en conserva pourtant encore assez pour pouvoir retrouver sa femme à la piste comme funt les chiens qui cherchent leurs maîtres. I e Journal des savants, année H)8'|, parle d'un religieux de Prague encore plus étonnant, puisque par le seul odorat il distinguait une l'nle ou une femme chaste de celles qui ne l'etai- ni pas. On connaît les laits de certains animaux qui reconnaissent et retrouvent les traces de leurs maîtres, leur maison, et distinguent au milieu de mille objets epux qui leur appartiennent.
31)2 pensées d'un choyant catholique.
Mais ce qui est plus étonnant encore c'est de voir des chiens qu'on a transportés à une distance de quelques centaines de lieues, par mer ou dans des voitures fermées, revenir à la maison de leur maître. De même des pigeons emportés dans un sac à des distances considérables et lâchés ensuite retournent droit à leur colombier.
Ainsi les lois physiologiques et pathologiques nous prouvent que la sensibilité générale ou locale peut s'exalter ou s'éteindre, ou du moins se suspendre, se répandre ou se concentrer sur certains points intérieurs ou extérieurs de l'économie, et présenter alors les anomalies et les aberrations les plus singulières et les plus bizarres.
Il est facile chez les personnes susceptibles, irritables et d'une imagination vive de faire naître presque à volonté des accidents nerveux. Vous n'avez pour cela qu'à leur parler de convulsions, de spasmes, de crampes, de paratysie, d'étouffements, de sommeil, de somnambulisme. Ne craignez rien, dit-on, vous allez ressentir des coliques, des maux de tête, des tensions de nerfs; n'importe : c'est un bien et la marque du triomphe du remède sur vos maux; quand même vous perdriez connaissance ne vous découragez pas; cela est momentané. Alors qu'on juge si une femme faible, délicate, nerveuse, vaporeuse ne changera pas de couleur, n'éprouvera pas des étoufîements, des spasmes, etc. Au contraire les hommes sains, fermes et résolus demeureront inébranlables et impassibles, et se moqueront du magnétisme.
« Si les magnétiseurs, dit de Montègre, se fus-
sent contentés de dire : On peut avec des gestes, avec quelques paroles, avec l'expression d'une volonté forte maîtriser l'imagination de la plupart des hommes, et s'en servir ensuite comme d'une manivelle pour leur faire exécuter des mouvements plus ou moins bizarres, plus ou moins étrangers au cours ordinaire des choses, et qui pourraient quelquefois donner lieu à d'heureux résultats, les magnétiseurs auraient satisfait les esprits droits et éclairés; personne n'eût contesté la vérité d'une doctrine reconnue de tout temps et qu'il pouvait être curieux d'examiner; mais en parlant ainsi les magnétiseurs n'auraient produit aucune merveille, ils n'auraient séduit personne, car on ne se laisse point surprendre quand on est averti, et par conséquent il n'y aurait pas eu de magnétiseurs. » (Voir, dans notre Physiologie humaine, l'influence du physique sur le moral, et du moral sur le physique.)