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LE œMTE JULES DE RESSÉGUIEtt.
Pensées d'un prisonnier... Ces pensées tont-elles stygmatisées par Fempreinte des chaînes? rëtrecies par le manque d'es-
opinion est toujours eu dehors, toujours au-dessus de Tintérêt personnel. Pas une ])lainte, pas un reproche, pas un mot amer.
Il ne veut de mal à personne, cest pour cela qu'il se tait ; il veut le bien de tout le monde, et cest pour cela qu'il écrit.
Du point de vue que son regard choisit^ les objets se dessinent , se colorent , apparaissent sous un aspect nouveau. — Il est également remarquable, soit qu'il emploie le langage du philosophe, du moraliste ou de l'homme d'état.
Les femmes d'autrefois^ si instruites, si aimables ; si beaux-esprits , les femmes de ce temps où le bonheur était un fait, oii l'existence sociale n'était jamais mise
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en question , h auraient probablement pas ouvert ce livre. — Les femmes d'aujour*^ d'hui le liront, le comprendront et Tairaeront. C'est dans leur salon que naissent et se prolongent ces controverses législatives , et qu'on discute ces graves sujets de serment politique, de bannissement, de peine de mort... La peine de mort traitée par Fauteur de cet ouvrage 1 — Et dans quel lieu ? dans le donjon de Vin-r cennes(i). — A quel moo^nt.^ alors que le peuple, à grands cris , demandait : <c Qq il meure! » Et il entendait ces menaces; nous étions ensemble ; je le conjurais d'insister sur quelques points de sa défense ; et lui , plu s occupé de sa réputation que de sa téte^ me dit avec un son de voix
(i) Ce chapitre a été réellement composé et écrit à ^incennes pendant le procès des ministres , au mois de novembre tS^o.
tranquille et résolu que je n'oublierai jamais :
a Mon ami, j'ai deux procès : celui d'à présent et œlui de l'ayenir. he premier, je serais fâché de le perdre; mais le second , je veux le gagner. »
C'est ce sentiment sincère , cet amour exalté de l'honneur qui fait dû ministre de la Restauration , et du prisonnier de la Révolution , un des caractères* dignes des temps antiques.
Pour lui, les revers, les succès, la liberté, les fers ne sont rien; l'honneur est tout ! — C'est le mot magique, le mot qui dispose de lui.
Insouciant aux choses de la vie , il né -
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glige, comniie uq ei;i&ilt, les soins de son bieiï-étrej de sa fortune^ de sa santé; ce qu'il ne néglige jamais , *<— c'est le devoir.
Etçs-voiis malheureux? Ce qui lui appartient est à vous. — Ëtes-vous fort , et yenezTYÇvis le dépou(iller? Il vous abandonne saus regret tout ce qu'il possède. Mais qui que vous soyez, si vous lui demandez de faire ce qu'il ne doit pas faire, vous le trouverez inflexible. — Il ne transigerait pas pour retarder le jour de sa mort ou hâter celui de sa délivrance^
Ce jour heureux viendra ! et il le verra venir avec peu d'étonnement et peu de joie, n le recevra comme un jour ordi naire; car il lui importe moins de chan-ger de place que de ne pas changer de foi.
vU) pEérAcr.
C'est nous qui désirons qu'on brise sa chaîne ; c'est nous qui sommes impatiens: lui est tranquille et ne s'en occupé pa3.
Y pense-t-il, lorsqu'il interroge nos vieilles chroniques , et leur demande des faits évanouis depuis quinze siècles, pour composer soii Histoire des Francs?
Plusieurs volumes de cet important ouvrage sont terminés; nous en avons entendu la lecture , et nous ne connaissons rien , rien de l'auteur lui-même, qui soit çmbelli de plus d'images et animé de plus de mouvement.
On conçoit tout ce qu'il a fallu employer d'énergie et de charme à la peinture fidèle de cette époque, où les actions simples avaient quelque chose d'héroïque, et les
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aventures vraies quelque chose de roma^ nesque.
Songe-t-il qu'il est captif, lorsque, remontant sa propre vie, il raconte son histoire et celle des personnages de son temps dans des Mémoires que la diversité de ses fortunes rend fertiles en grands eoseignemens?
£t le sait-il , lorsqu'il écrit si rapidement ces articles variés , pour vingt journaux qui réclament son nom politique ou son nom littéraire ?
Les hommes de sa trempe sont maîtres, et ne sont jamais esclaves. — Nul ne peut porter atteinte à son indépendance; elle est sa force, elle est son talent; il y trouve ces habiles théories, ces raisonnemens
lumineux, ces escpressions véhémentes, et aussi ces vers inspirés, harmonieux, touchans, ces vers initiés à tous les mystères de Tart , qui ne sont que le délassement et le repos de sa vaste et active imagination.
Ce concours des qus^lit^ opposée est la marque d'un esprit supérieur. Et tant de science et tant de poésie donnent l'idée die. Qçs .moQtagne» du. Mexique , qui dans leur sein coQtiéonent For le plus pur, et doùt la surface se couvre de plantes odorantes.
Si nous parlions d^ l'amitié qu'il inspire, de ce .sentiment absolu qu'on lui voue, de cet attachement passionné qu'on n'accorde qu'à ces êtres qui comn^mdent l'enthousiasme , nous nous laisserions al-
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1er à trop d'abandon , à trop de joie , à trop de larmes !
Mais quelle . puissance ne doit -il pas avoir sur un cœur qui lui appartient exclusivement y puisque sur un étranger même il exerce un irrésistible ascendant!
Le seul aspect de la petite cité de Ham oppresse le cœur : — un horizon étroit ^ une campagne appauvrie et souffrante , des iactionnaires aux portes de la ville , des fossés autour des remparts, des barrières dans les promenades , des entraves à chaque issue; on ne peut faire un pas sur ce sol ingrat, sans rencontrer un obstacle. Tout , jusqu'à l'air lourd qu'on
y respire , vous parle de captivité.
Et quand vous vous approchez de la cita-
délie, un appareil militaire vous attriste; vous passez sur les ponts-levis, vous vous courbez sous les herses^ et de guichet en guichet , vous arrivez , Tâme navrée , dans Finterieur des quatre murailles qui renferment le prisonnier.
En le voyant, votre disposition change, votre malaise se dissipe. — Son élan vers vous est si prompt , son sourire si vrai , sa parole si tendre; il y a tant de noblesse dans son air, tant d'aisance dans ses manières , tant de calme sur son front , qu'une sorte de prestige vous séduit et vous déplace; vous n'êtes plus où vous êtes, vous ne voyez plus les grilles, et vous oubliez le supplice en présence du condamné.
C'est que son âme ne reconnaît ni ne
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subit le jugement qui a été porte contre lui ; c est que ce n'est pas là qu elle habite : elle est dans ses souvenii's , dans ses méditations; elle s élève et plane au-dessus des tours crénelées ; elle voyage^ parcourt toutes les régions du glbbe^ et revient, riche de découvertes , chargée d'événemens, de vérités et d'images^ rapporter ces trésors au prisonnier. Elle lui dicte ces pages éloquentes où se peignent ces sociétés au milieu desquelles il a glorieusement passée et que de loip il observe aujourd'hui pour les instruire et les éclairer.
Us l'ont séparé de œ monde depuis quatre ans! Ce temps, déjà si long^ paraîtrait bien plus long encore, si on le mesurait par le travail qu'il a fait
Dans SSL clôture studieuse^ oe solitaire rappelle ces doctes et infatigables Religieux qui employaient à 1 étude tout le temps qui n'était pas consacre à la prière. Et si (par une hypothèse ef&ayante^ que repoussent à la fois la raison et rhumaâitë), si sa captîvifeë se prolongeait, il renou<^ vdlerait, à lui seul, les savans prodiges des Bénédictins.
Ceux ,qui l'ont condamné à la prison pour tpi^'ours ^ à ;une peine jusqu'àT la mort, sayaient-ils qu'il en ferait une gloire perpétuelle ?
Ce que nous savons, nous, c'est que le oceur >bat en prononçant ^son nom ; qu'il n'y a^as une âme noble et ^élevée qui ne s'élève lencove en pensant à son courage^; c'est qiii^il n'y a pas nn étrse qui^ en nous
abordant, ne nous demande comment il est... ce qu il fait... qui ne presse avec plus d'affection cette main qui a serre la sienne , et qui ne nous dise :
Vous avez vu M. de Peyronnet ! Que vous êtes heureux d'être sou ami !