CAMILLE JOADAI ET FOY
néantit» parce qu'il ne sait pas l'intérêt qu'il a de le conserver. Quand c'est le second f au contraire , il ménage un rival dont il a besoin, et dont la force bien dirigée fait sa sûreté.
La vraie question est donc si la forme monarchique est en effet nécessaire. Mes amis sont divisés sur cette question , mais plus en apparence qu'en réalité. De vieux préjugés révolutionnaires préoccupent bien encore quelques esprits. Une ambition bâtarde, née 9 on ne sait comment, dans Fobs* cnrité des comptoirs et des ateliers, fait croire à quelques autres qu'il pourraient donner au monde un second exemple de la brillante fortune desMédicis. Mais au fond, la république est jugée , même parmi nous. Quand il ne serait pas absolument impossible de l'établir dans notre pays , il y a trop peu de temps qu'elle a échoué , pour qu'il fût raisonnable d'en renouveler aujourd'hui
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la tentalive. Tout autre iQOtif à part, c'est
trop tôt.
Il faudrait d'ailleurs être pauvre et simple» avoir des mœurs et pas de voisins. Treute-deux millions d'hommes formeront si vous voulez, tj^ente-deux républiques , mais pas une seule. Après quoi , cette rëpablique de républiques étant établie, elles guerroferont entre elles, comme les peuples du Péioponèse et de l'Achaie, et quand elles, se seront bien déchirées et bien épuisées i il surviendra du dehors un Métellus , un Phi-lippe, un Sylla, un Vespasien, pour leur I ^ rendre le repos en les soumettant à un même
Mes amis veulent être libres, mais pas an point d'exposer le pays à cesser de l'être. C'est pourquoi ils admettent la monarchie comme moyen d'union , de force et d'indé-pendance nationale. Ils l'admettent libre et puissante y afin qu'elle ait la faculté de rem-
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plir sa destination. Ils ne la comparent point au mandat, mais à la tutelle, qui commande au pupille et n'est jamais soumise à ses volontés. Ils lui accordent le pouvoir nécessaire pour maintenir facilement Tordre dans Tintérieur , non-seulement à cause du bien que produit l'ordre naturellement, mais encore parce qu'il donne de nouvelles forces pourcombattre les ennemis de l'extérieur. Ils préfèrent que le monarque soit maître cbez eux , que l'étranger.
Mais ils ne confondent pas, comme vous, la monarchie et la dynastie. Ils accordent la première et non l'autre. Vos amis ne croient la monarchie nécessaire que relativement à la dynastie :.les miens croient la monarchie nécessaire absolument, et la dynastie point du tont.
Bien plus : ils ont un secret penchant à croire, et un puissant intérêt à dire qu'elle est peu compatible avec le pays. La France
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d'aujourd'hui n'a rien conservé, suivant eux 9 des mœurs de l'çncienne France. C'est la révolution qui Ta faite telle qu'on la voit, ou plutôt elle est la»révolution même. Elle en a gardé Tempreinte et le caractère » les espérances , et « si l'on veut » les préven«fions. Leur avis est qu'il faudrait de nouveaux princes à un nouveau peuple ^ parce qu'il serait bon d'éviter que le prince et le peuple eussent I même en apparence, des intérêts différens. Or , les anciens souverains de France sont naturellement contrai* res à la révolution, ne fût-ce que parce qu'elle a été faite contre eux.
Vous voyea en quoi mes amis différent et se rapprochent des vôtres.
Oui , répondit Camille Jordan , vous accordez la monarchie ^ moins la maison de Bourbon.
Et vous I reprit vivement Foy, la maison de Bourbou, moins la monarchie.