‹ Pensées d'un prisonnierChapitre 48 sur 51 · DE LA SOLRVDB FORCEE. S · texte numérisé non relu

DE LA SOLRVDB FORCEE. S

si importun compaigoon. Qu'a-t-il à vous dire, que toutes paroles courtoises et de bon accord ? Il ne vous ira poinct cettuy là rompre la teste d'ai^umens tortus et sophisti-* qués , et ne vous desduira ny propositions ni sentences contradictoires aux rostres. Estce de ne pouvoir desbattre et contester qui vous faict regret y et n'estimeriez vous playsanté Taccointance de vos familiers, que par cette habitude de coateiàtion et de controverse qui la font souventes fois si aigre et fascheuse? Certes, vons n'aurez poinct là d'ergoteur pour vous rembarrer et morigéner, vous disant nennil à tout bout de champ , et vous renfonçant à rebours chascun de vos propos au fond de la gorge. Mais que ce soit un mal , et l'en double , il ne se pieult que vous n'ayez moyen de le supporter. Estes vous jusques là rude envers vous mesme , de vous lasser et de&plaire en vostrepro]^re entretien? Mercy de ma vie , oncques n'en trouvai qui

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fissent d'eulx si petit estât , et qui ne fussent aultantau moins que de raison, satisfaits de leur suffisance. Aux fols, ce n'est que folie; mais aux gents de bien, c'est iuste et droict iugement. Qui s'advoueroit sot àluymesme, qu'en debrroient dire les aultres?

Quand viennent vos réflexions , et qu'elles vous tiennent, si ne peuvent elles vous estre aspres et poignantes. Oncques adversité publicque et nom méritée ne se treuva , qui n'eust sa contre partie , et y a-t-il mesme à la plus griève quelque bien caché , et quelque gracieulse compensation. Si vous ne la sonffrez^que pour ne vous estre pas dérobbé à vostre debvoir, est-ce si grande misère ? La vraye misère serait de vous estre dérobbé k rostre debvoir, et par ainsi ne l'avoir pas encourue. Il ne vous fault point douloir, mais esiouir et glorifier. Assez y aura-t-il d'hommes de bien , compatissant à vostre male-fortune , qui vous prendront en estime

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et VOUS hault loueront. Est-ce un trop petit salaire à vostre advis, pour la peine que vous prenez de vivre seul à seul avec rostre bonne conscience?

Fortisj et in se ipso totus (i).

Aulx sages, nulle aultre convoitise ne sied, que l'approbation des sages. Quel meilleur loyer, s'il vous plaist, en espérer vous, quand vous mettez gaillardement votfe vie au basard ^es coups de .pique et des mousquetades? Celles cy tuent pourtant, et nonfaict l'ennuy de la geôle. L'honneur vous y allèche, n'est-il pas vray, et engage 7 Eh n'y a-t-il poinctsemblable et plus grand honneur, d'aultant qu'il est moins vulgaire, en vostre prison ! Supremœ cUxroTum virorum necesêUates^ ipsa necetsUas fortiier tolerata (2). Cet héroïque et incomparable M. Rëgulus , dont Titus Livius nous

(l) HOBAGE.

(a) Tacite.

a. ao

3oa cHAmsB mi.

contç l'histoire , estimez vous qa'ez prisons des Carthaginois où il s'en estoit retourné volontairement 9 la remémoration du hien qui en reviendront à sa république ne luy remboursast pas la rançon de sa liberté ? Et

le grand Aristomenës de Messénie en ce gouffre oh Tavoient précipité les gents de Lacédémoce, .me semble à moy, pendant qu'il poursuivoit à grand'peine la piste du renard qui luy desclosoit l'issue pour se délivrer, que la gloire acquise en la vengeance de son pays luy estoit un favorable allè^ gement en cet extresme péril.

Une droicte et cours^euse façon de vivre est chose de si^ exquise vertu , qu'elle mue et transforme la souffrance mesmc en contentement.

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