XIV MA VIE
mon esprit à la fois austère et exclusif, le mariage ne pouvait être pour moi qu'exquis ou détestable : il fut exquis. Je m'attachai extrêmement à mon mari. Abandonnant mes propres études, lesquelles n'avaient jamais été pour moi que le remplissage d'une existence vide, je me consacrai tout entière à ses travaux et lui devins une aide précieuse. C'est même à cette occasion que je fis connaissance avec nos vieux conteurs et leur délicieux langage. Quant à ma poésie personnelle, il n'en était plus question. Mon mari a toujours ignoré que j'eusse fait des vers; je ne lui ai jamais parlé de mes anciens exploits poétiques. A me voir, du matin au soir, dépouiller ou vaquer aux choses du ménage, comment aurait-il pu soupçonner qu'il avait épousé une ex-Muse? La vraie raison de mon silence, c'est que je tenais extrêmement à sa considération. Or, il ne faut pas se le dissimuler, la femme qui rime est toujours plus ou moins ridicule. #
Nous voyions peu de monde, mais ce peu était d'élite : Alexandre de Humboldt, Varnhagen, Jean MùUer, Bœkh, etc. Tout ce