‹ Pensées d'une solitaire: précédées d'une autobiographieChapitre 12 sur 22 · XII MA VIE · texte numérisé non relu

XII MA VIE

nue de lettres. Je ne saurais lui en avoir trop de reconnaissance.

JJne de mes sœurs était déjà mariée, mais en province; l'autre épousa bientôt un propriétaire niçois et partit pour Nice. Rien ne me retenait plus à Paris, ni devoir, ni attache d'aucune sorte. Ma première pensée fut naturellement de retourner à Berlin, chez mes bons Schubart, où j'avais passé une année si douce. Mon intention était d'y attendre que mon âge me permît de vivre seule. Je puis être hardie dans mes spéculations philosophiques; mais, en revanche, j'ai toujours été extrêmement circonspecte dans ma conduite.

Cela se comprend d'ailleurs. On ne commet guère d'imprudences que du côté de ses passions; or, je n'ai jamais connu que celles de l'esprit.

C'est dans cette même famille Schubart que j'eus l'occasion de rencontrer Paul Ackermann. Il venait d'arriver à Berlin. Sur la recommandation du pasteur Cuvier et du professeur EichofF, ces dames l'avaient accueilli en compatriote et en ami. C'était un jeune homme doux, sérieux, austère. Destiné de bonne heure au ministère évangélique, il

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s'était aperçu, ses études théologiques terminées, qu'il n'était même plus chrétien. Mais, de cette saine et forte éducation protestante, il lui était resté, à défaut de la foi, une grande rigidité de principes. Ma sauvagerie, mes goûts studieux, loin de lui déplaire, se changèrent en attraits pour lui. Peu à peu et sans que je m'en aperçusse, il se prit pour moi d'une passion profonde. J'en fus d'abord plus effrayée que charmée, mais je finis bientôt par en être touchée. Grâce à une heureuse disposition de ma nature, si je suis extrêmement sensible aux sentiments affectueux que Ton peut éprouver pour moi, d'un autre côté je m'en passe facilement. Je me serais donc passée sans peine de tout amour dans ma vie; mais rencontrant celuilà, si sincère et si profond, je n'eus pas le courage de le repousser. Je me mariai donc, mais sans entraînement aucun; je faisais simplement un mariage de convenance morale. J'avais bien toujours eu dans l'esprit un idéal d'union conjugale; le jugeant impossible à réaliser, je m'étais, de très bonne heure, résignée à vivre et à mourir fille.

Avec mes exigences morales excessives et

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