‹ Pensées d'une solitaire: précédées d'une autobiographieChapitre 19 sur 22 · XX MA VIE · texte numérisé non relu

XX MA VIE

tude volontaire. Cela n'est pas précisément gai, mais on n'y découvre cependant rien qui justifie mes plaintes et mes imprécations. Les grandes luttes, les déceptions amères, m'ont été épargnées. En somme, mon existence a été douce, facile, indépendante. Le sort m'a accordé ce que je lui demandais avant tout : du loisir et de la liberté. Quant aux résultats récents de la science, ils ne m'ont jamais personnellement troublée ; j'y étais préparée d'avance. Je puis même dire que je m'y attendais. Bien plus, j'acceptais avec une sorte de satisfaction sombre mon rôle d'apparition fugitive au sein des agitations incessantes de l'être. Mais si je prenais facilement mon parti de mon sort individuel, j'entrais dans des sentiments tout différents dès qu'il s'agissait de mon espèce. Ses misères, ses douleurs, ses aspirations vaines, me remplissaient d'une pitié profonde. Considéré de loin, à travers mes méditations solitaires, le genre humain m'apparaissait comme le héros d'un drame lamentable qui se joue dans un coin perdu de l'univers, en vertu de lois aveugles, devant une nature indifférente, avec le néant pour dénouement. L'explica-

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