IV MA VIE
sur moi un effet foudroyant. Sérieuse à la fois et crédule, je pris au pied de la lettre les histoires de péché et de rédemption qui me furent débitées ; je les embrassai même avec une passion qu'on n'aurait guère attendue d'une enfant de mon âge. Jetais pour mon entourage pieux un objet d'édification, quelque chose comme une sainte future. Il est certain que, si l'on m'eût laissée suivre ma pente d'alors, j'allais droit au couvent.
A mon retour à la maison, mon père fut effrayé des ravages que la foi avait exercés sur ma jeune âme. Dans l'intention de les réparer, il me glissa du Voltaire entre les mains. Peu à peu je me calmai et repris le cours de mes lectures que la première communion avait interrompues. Je lisais de tout et pêle-mêle. Une traduction de Platon m'enchanta, mais la palme demeura aux Époques de la Nature, de Buffon; ce livre m'élargit tout à coup l'horizon. C'est aussi vers ce temps que je commençai à rimer. A son tour ma mère crut devoir s'alarmer. En effet, il y avait de quoi. Cette passion de lecture, ces velléités poétiques surtout, bouleversaient ses idées de bourgeoise sensée.