‹ Pensées d'une solitaire: précédées d'une autobiographieChapitre 5 sur 22 · MA VIE. V · texte numérisé non relu

MA VIE. V

Mes livres me furent retirés. J'en tombai malade ; il fallut me les rendre.

Ma mère, dans un voyage qu'elle fit vers cette époque à Paris, exprimait à M™e Massin, sa cousine, ses inquiétudes à mon sujet. Celle-ci, qui par état faisait grand cas des aptitudes qu'on voulait étouffer en moi, persuada à ma mère qu'il fallait au contraire les favoriser. Je fus donc mise en pension à Paris, dans une grande institution dirigée par la mère de l'abbé Saint-Léon Daubrée, femme d'intelligence et de cœur. Dès mon entrée, les grandes se moquèrent de mes airs farouches; je fus immédiatement surnommée V ourson. En revanche, je ne tardai pas à être très bien notée auprès de mes professeurs. C'était en 1829, c'est-à-dire en pleine floraison romantique. Le professeur de littérature se trouvait être un habitué de la place Royale, un ami intime de la famille Hugo.

Mes compagnes, en furetant dans mon pupitre, y avaient découvert des vers de ma façon. Elles en rirent beaucoup, mais pas longtemps. A peine M™e Daubrée eut-elle eu vent de leur trouvaille, que la pensée lui vint de faire versifier ses élèves. Du coup, la

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