VIII MA VIE
vaillaient à l'aiguille ou s'occupaient du ménage; moi, j'avais l'étude et la composition. Le soir, nous nous réunissions et faisions la lecture à haute voix et à tour de rôle. Les classiques étaient délaissés. J'avais introduit à leur place les auteurs du jour :
de Sénancour, Hugo, Vigny, Musset, etc.
Chacun de nous était, en outre, abonné à un journal ou revue de son choix. Il n'y avait pour moi dans cette existence qu'un seul point noir. Le voici : nous avions pour voisines de campagne une dame veuve et sa fille, qui habitaient et habitent encore un vieux château des environs. Des relations s'étaient bien vite établies entre les châtelaines de Belinglise et les habitants de la Rêverie (c'était le nom de notre demeure).
Ces dames recevaient beaucoup de monde pendant les vacances. On dansait au château, on y jouait des charades. Ma mère, qui craignait que ses filles ne prissent dans leur complet éloignement du monde des manières par trop rustiques, profitait avec empressement de cette occasion de les produire dans un salon. Mes sœurs étaient enchantées. Pour moi, je ne me laissais