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Pensées de Bacon, Kepler, Newton et Euler sur la religion et la morale

François Bacon naquit à Londres le 22 janvier 1561 ; son père, Nicolas Bacon, était garde du grand sceau sous la reine Elisabeth, et se distinguait autant par son intégrité que par ses lumières. Sa mère, Anne Cooke, joignait à des connaissances très étendues beaucoup de vertu et de piété.

Dès son enfance, François Bacon fit preuve d'une rare intelligence; envoyé à l'âge de treize ans à l'université de Cambridge, il entra au collège de la Trinité au mois de juin 1573. Ses progrès dans l'étude des sciences furent extraordinaires. A peine âgé de seize ans , il remarqua les vices de la philosophie d'Aristote, alors universellement enseignée dans les écoles ; et à partir de ce moment commença à s'élaborer dans son esprit le fameux plan de la Restauration des sciences,qvi\ n'a paru que plus tard. Ainsi furent jetés les fondements de la méthode générale qui a immortalisé le nom de ce grand homme.

Son père, qui voulait le former aux affaires, l'envoya, au sortir de l'université, à la suite du chevalier Pawlet, ambassadeur de la reine Elisabeth à la cour de France. Celui-ci l'eut bientôt en si grande estime, qu'il le chargea, malgré sa jeunesse, d'une mission importante et secrète pour sa souveraine. François Bacon répondit à la confiance de son protecteur, et, de retour à Paris, se mit à parcourir plusieurs provinces de France.

Etant à Poitiers, il composa un écrit sur Vétat de l'Europe, mais ne le livra point au public : il n'avait alors que dix-neuf ans. Ce fut dans la même ville qu'il commença son ouvrage intitulé : Historia vitœ et mortis, qu'il connut les jésuites, remarqua leur méthode d'éducation de la jeunesse, et conçut pour eux la haute opinion dont il a donné tant de témoignages dans ses écrits.

Rappelé en Angleterre par la mort de son père et forcé par la médiocrité de sa fortune de prendre une profession lucrative, il choisit le barreau, et, malgré son peu de goût pour les affaires civiles, se livra avec ardeur à l'étude du di'oit. Cette science lui eut bientôt livré tous ses secrets, et le jeune avocat montra tant de capacité et de talent, que la reine le nomma, à l'âge de vingt-huit ans , son conseil extraordinaire et lui accorda la survivance d'une charge de greffier de la Chambre étoilée, charge dont il dut attendre plus de vingt ans la jouissance. C'est aussi vers cette époque qu'il entra dans la Chambre des communes.

Elisabeth eût fait davantage pour François Bacon, si des envieux ne le lui avaient représenté comme un homme tout spéculatif et sans aucune connaissance des affaires ; son goût pour l'étude et son application aux recherches scientifiques servirent de prétextes pour lui nuire.

Mais Jacques P'', successeur d'Elisabeth (1603), combla Bacon d'honneurs et d'emplois ; en très peu d'années il le créa chevalier, le nomma son avocat et son conseiller, solliciteur général, juge du banc du roi, procureur général, membre du conseil privé, garde des sceaux, grand chancelier, enfin baron de Verulam et vicomte de Saint -Albans. Tant de dignités, on le comprend facilement, durent exciter la jalousie et armer la calomnie contre celui qui en était honoré.

D'autre part, l'illustre savant fut, plus d'une fois sans doute, exposé, dans une aussi grande fortune, à la tentation de suivre les inspirations de l'ambition et de satisfaire les goûts qu'on l'accuse d'avoii- eu pour la magnificence et les richesses.

Quoi qu'il en soit. Bacon remplit constamment avec beaucoup de distinction toutes les charges qui lui furent confiées : et quand on lui retira celle de grand chancelier, on ne pensa jamais à lui reprocher aucun défaut de capacité, ni même aucun manque d'application aux affaires.

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