SUR FRANÇOIS BACON
Les années 1G20 et 1621 amenèrent sa chute. Il avait apposé le sceau royal sur des édits ordonnant de nouveaux impôts ; le peuple trouva ces impôts exorbitants, et s'éleva avec violence contre le duc de Buckingham, favori du roi, et contre les ministres. Jacques P"" sauva le duc et abandonna le grand cbàncelier aux ressentiments du parlement : il conseilla même, dit-on, à Bacon de se soumettre à la Chambre des lords, lui donnant sa parole royale qu'il le rétablirait dans tous ses honneurs, s'il lui arrivait d'en être privé. Plein de dévouement pour son roi, le chancelier consentit à suivre ce conseil ; mais il prévoyait, il annonça même à l'avance les conséquences fâcheuses qui ne manquèrent pas, en efEet, d'en résulter pour lui-même et pour le monarque.
Nous arrivons ici aux faits les plus difficiles à apprécier et aussi les plus diversement jugés par les historiens de Bacon : accusé de vénalité et de corruption, le baron de Verulam se vit obligé de faire une réponse particulière à chacun des vingt-huit chefs d'accusation dressés contre lui ; il s'offrit de déclarer pleinement et ingénument ce qu'il savait ou se rappellerait. Dans une lettre au roi, il protestait qu'il ne s'était jamais laissé corrompre par des présents dans l'exercice de ses hautes fonctions, et en même temps il avouait aux lords des fautes qu'il disait être, les vices des temps plutôt que des personnes. A tous les griefs allégués contre lui, trois ou quatre seulement exceptés , il apportait des moyens suffisants de défense.
« Cependant nous ne prétendons point, dit M. Émery, que Bacon ait été vraiment irrépréhensible, et que la sentence portée contre lui, considérée en elle-même, doive être regardée comme injuste; mais on connaît la maxime : Summum jus , summa injuria, et nous croyons qu'il n'y avait aucune nécessité de le traiter avec une aussi impitoyable rigueur.
« Bacon procéda, dans tout le cours de cette affaire, avec une simplicité, une candeur qu'on ne peut s'empêcher d'admirer dans un génie aussi transcendant. On regi'ette néanmoins qu'il ne se soit pas défendu avec toute la force et toute l'adresse dont il était capable , et que par sa confession il ne se soit laissé et n'ait laissé à ses amis aucune ressource pour sa pleine justification. Mais il avait quelque tort; il l'a senti, et son âme, naturellement droite et généreuse, a mieux aimé s'exposer à tout plutôt que de rien contester contre le témoignage de sa conscience. »
Enfin, le 3 mai 1G21, François Bacon fut condamné à une amende de quarante mille livres sterling, à être enfermé dans la Tour, pour y rester à la volonté du roi, déclaré en outre pour toujours incapable de posséder aucune charge dans le royaume) avec défense de siéger jamais au parlement et de reparaître de sa vie dans le ressort de cette corn'.
Bacon ne garda la prison que peu de jours; la défense de reparaître dans l'étendue de la juridiction de la cour des lords fut modifiée en divers temps et de différentes manières; le roi lui remit l'amende à laquelle il avait été condamné, et à la fin de sa vie le réhabilita et lui rendit le droit de siéger au parlement.
AfEranchi du tracas des aflEaires , l'illustre savant se livra tout entier à l'étude de la philosophie et des sciences. Il regrettait de n'avoir pas uniquement consacré à ce travail tant d'années données à la politique et au droit : « Car, disait-il, ces dernières occupations apprennent tout au plus le fonds qu'on doit faire sur la fortune la plus brillante, au lieu que les premières dévoilent à nos yeux les mystères si intéressants de la nature, ii II profita donc de sa retraite pour refondre la plupart de ses ouvrages et en composer de nouveaux. La mort seule put mettre un tenue à ses travaux scientifiques.
En 1625, la peste régnait dans la Grande-Bretagne; elle vint menacer les jours de François Bacon, qui dans ce moment-là même traduisait en vers anglais un certain nombre de psaumes. Ce pieux exercice était pour lui un délassement et une consolation dans sa maladie. Il échappa heureusement au fléau ; mais son tempérament, déjà délicat, le devint encore davantage, et ce fut avec peine qu'il passa le rude hiver qui suivit. Au printemps, il voulut faire dans la campagne des expériences sur la conservation et l'endurcissement des corps. Le succès couronna ses recherches ; mais le même jour il tombait malade, victime de son amour pour la science. Obligé de s'arrêter entre Londres et Highgate, dans la maison du comte d'Arundel, il vécut encore une semaine, et mourut , d'une fluxion de poitrine , le jour de Pâques (9 avril 1626). Il était âgé de soixante -six ans, et ne laissait après lui aucun enfant pour hériter de son nom.
Aucun détail ne nous a été transmis sur les derniers moments