CONFESSION DE FOI DE BACON
1° Je crois que Dieu est éternel. La nature, la matière, les esprits, les essences, tout a commencé, excepté Dieu, et ce Dieu unique, toujours le même, qui, de toute éternité, est infiniment puissant, seul sage, seul bon dans sa nature, est aussi de toute éternité Père, Fils, et Saint- Esprit, en trois Personnes.
2° Je crois que Dieu est si saint, si pur, si jaloux, qu'il lui est impossible de se plaire dans aucune des créatures, qui sont pourtant toutes l'ouvrage de ses propres mains ; qu'ainsi il n'est ni ange, ni homme, ni monde qui soit ou qui puisse être un seul moment agréable à ses yeux, qu'autant qu'il les envisage dans le médiateur; et voilà pourquoi, aux yeux de Celui à qui toutes choses sont présentes, V Agneau de Dieu a été immolé avant le commencement du monde \ Sans cette éternelle disposition de sa divine providence, il lui aurait été impossible de s'abaisser à aucune œuvre de création, mais il aurait éternellement joui de la bienheureuse et indivisible société des trois Personnes dans le sein de sa divinité.
3° Je crois que, par un effet de sa bonté et de son amour infini et éternel , Dieu s'étant proposé de devenir créateur, et de se communiquer jusqu'à un certain point à ses créatures, détermina, dans son conseil éternel, qu'une Personne de la Divinité serait unie à une nature créée et à un individu de cette nature. Ainsi, dans la personne du médiateur, fut vraiment établie une sorte d'échelle, à la faveur de laquelle Dieu pût descendre
1 Apoc. XIII, s.
jusqu'à ses créatures, cl les créatures pussent remonter jusqu'à Dieu. Dans cet oidrc de la providence, Dieu, en considération du grand médiateur, tournant ses regards et répandant ses faveurs sur ses créatures , quoique dans des degrés et des mesures différentes, trace un plan conformément aux dispositions de sa très sainte et très sacrée volonté, suivant lequel quelques-unes de ses créatures se soutiennent et conservent leur premier étal de grâce ; d'autres tombent, mais se relèvent; d'autres enfin tombent et ne se relèvent point, et continuent cependant d'exister, quoique dans un état de corruption et toujours objets de la colère divine. C'est en vue et sous l'influence du médiateur que s'opèrent toutes ces choses, parce qu'il est, comme le grand mystère, le centre parfait de toutes les voix de Dieu sur ses créatures, auquel servent et aboutissent toutes ses autres œuvres et toutes ses merveilles.
4° Je crois que, conformément à son bon plaisir, il a voulu que l'homme fût cette créature, à la nature de laquelle la personne du Fils éternel de Dieu serait unie ; que parmi les différentes générations il a choisi un petit nombre d'hommes dans lesquels il s'est proposé, en se communiquant lui-même, de faire éclater les richesses de sa gloire. Tout le ministère des anges, la damnation des démons et des réprouvés, l'administration universelle de toutes les créatures, la dispensation de tous les temps , comme autant de voies directes et indirectes de la Providence, aboutissent uniquement à faire glorifier Dieu de plus en plus dans ses saints , qui ne sont qu'un avec le médiateur, leur chef, comme le médiateur n'est lui-même qu'un avec Dieu.
5° Je crois qu'en vertu de son conseil, conformément à son bon plaisir et dans le temps qu'il a jugé convenable. Dieu a daigné devenir créateur; que par sa Parole éternelle il a tiré du néant toutes les choses qui
existent, et que par son Esprit éternel il les soutient et les conserve.
6° Je crois que toutes les créatures, au sortir des mains de Dieu, étaient bonnes ; que Dieu, ayant abandonné le commencement de tout le mal et de tout le désordre à la liberté de la créature, s'était réservé en lui-même le commencement de tout rétablissement dans le premier état, ainsi que la liberté dans la distribution de ses grâces, en se servant néanmoins de la chute et de la défection de sa créature, qu'il connaissait de toute éternité par sa prescience, pour l'exécution de son conseil éternel à l'égard du médiateur et de l'œuvre qu'il s'était proposé d'accomplir en sa personne.
7° Je crois que Dieu a créé des esprits , dont les uns se sont maintenus dans leur premier état , et les autres en sont tombés ; qu'il a créé le ciel et la terre, ainsi que leurs armées et leurs générations; qu'il leur a donné des lois constantes et perpétuelles, et que ce que nous appelons nature n'est autre chose que ces mêmes lois ; qu'on peut compter dans ces lois trois vicissitudes ou trois époques ; qu'elles en subiront encore une quatrième , la dernière de toutes : la première eut lieu lorsque la matière du ciel et de la terre fut créée informe; la durée de l'ouvrage des six jours forme la seconde; la troisième se compte depuis la malédiction prononcée contre l'homme et la terre , malédiction qui ne fut pas néanmoins une création nouvelle ; enfin la dernière des vicissitudes datera de la fin du monde, mais la manière dont elle s'opérera ne nous a pas été pleinement révélée. Ainsi les lois de la nature qui existent aujourd'hui, et qui gouverneront invariablement le monde jusqu'à la fin, commencèrent à être en vigueur quand Dieu eut consommé l'ouvrage de la création ; elles furent révoquées au temps de la malédiction, et n'ont subi aucune variation depuis cette époque.
8° Je crois que , quoique Dieu ait cessé de créer et se soit reposé depuis le premier sabbat, cependant il exécute et accomplit sa volonté en toutes choses, grandes et petites, générales et particulières, aussi pleinement et aussi parfaitement par sa providence qu'il pourrait le faire par des miracles et par une création nouvelle ' quoique son opération ne soit ni immédiate ni directe, et ne trouble en aucune manière la nature, qui, dans le fond, ainsi que nous l'avons déjà observé, n'est rien autre chose que la loi par laquelle Dieu gouverne ses créatures.
9" Je crois que dans le principe l'âme de l'homme n'a point été tirée du ciel ni de la terre , mais qu'elle est le produit d'un souffle immédiat de Dieu ; de sorte que les voies et les procédés de Dieu à l'égard des esprits ne sont point renfermés dans l'ordre de la nature, c'està-dire dans les lois données au ciel et à la terre, mais que ces règles et ces procédés appartiennent à la loi de sa volonté secrète et de sa grâce ; d'où il suit que Dieu opère toujours et ne se repose point de l'œuvre de la rédemption comme il se repose de l'œuvre de la création , et qu'il ne cessera point d'agir jusqu'à la fin du monde. Alors son ouvrage aura toute sa perfection et sera suivi d'un sabbat éternel.
10° Je crois pareillement que toutes les fois que Dieu suspend les lois de la nature en opérant des miracles, qui peuvent être toujours regardés comme de nouvelles créations, il ne le fait jamais qu'en vue de l'œuvre de la rédemption, qui est la plus grande de ses œuvres et, comme nous l'avons déjà dit, celle à laquelle se rapportent tous les prodiges et tous les miracles divins.
11° Je crois que Dieu a créé l'homme à son image et à sa ressemblance, dont les principaux traits sont une àme raisonnable, l'innocence, la liberté et la souveraineté ; qu'il lui donna une loi et un commandement que
riiomme pouvait observer, mais qu'il n'observa pas; que, par cet acte de désobéissance, l'homme dès lors tomba dans un état de défection totale à l'égard de Dieu, portant la, présomption jusqu'à imaginer que les commandements et les défenses de Dieu n'étaient point les règles du bien et du mal, mais que le bien et le mal avaient leur propre principe et leur propre origine, et désirant ardemment acquérir la connaissance de ces principes dans le dessein de ne plus dépendre de la volonté connue de Dieu , mais de dépendre uniquement de lui-même et de sa propre lumière, comme s'il était un Dieu : dessein le plus diamétralement opposé à la loi de Dieu. Cependant ce grand péché, considéré dans sa première origine, ne vient pas de l'homme, mais de la suggestion et de l'instigation du démon , la première créature qui se soit révoltée contre Dieu, et qui tomba dans le péché par pure malice, et non à la suite d'une tentation.
12° Je crois que la mort et le désordre sont entrés dans le monde comme une suite du péché de l'homme et un effet de la justice do Dieu ; que l'image de Dieu a été défigurée dans l'homme; que le ciel et la terre, qui avaient été faits pour l'usage de l'homme, ont été, par une suite de son péché, assujettis eux-mêmes à la corruption ; mais qu'aussitôt après que la parole de la loi de Dieu eut été frustrée de l'obéissance qui lui était due par la chute de l'homme, et à l'instant même, se fit entendre la grande parole de la promesse : que l'homme recouvrerait par la foi l'état de justice dans lequel Dieu l'avait créé.
13° Je crois qu'ainsi que la parole de la loi de Dieu durera éternellement , la parole de sa promesse aura aussi une durée éternelle ; mais que l'une et l'autre ont été manifestées de différentes manières, selon l'ordre des temps ; car la loi a d'abord été manifestée dans ce
reste de lumière éternelle que la chute de l'homme n'a pas entièrement éteinte, et qui a été suffisante pour accuser les prévaricateurs : Moïse, dans ses écrits, en a donné une plus claire connaissance ; les prophètes ont ajouté encore à la clarté et à l'étendue de cette connaissance ; enfin le Fils de Dieu, le prophète par excellence et le parfait interprète de la loi, nous l'a manifestée dans toute sa perfection. Quant à la parole de la promesse annoncée d'abord et manifestée par la voie d'une révélation ou inspiration immédiate , elle a été figurée ensuite et perpétuellement rappelée par les rites et les cérémonies de la loi. Toute l'histoire de l'ancien monde et celle de l'Église des Juifs en retraçaient encore sans cesse le souvenir; car quoique ces histoires, entendues à la lettre, soient très véritables, elles sont cependant pleines d'une allégorie perpétuelle et des types de la rédemption future. Cette même promesse ou, si l'on veut, cet évangile déjà clairement révélé et développé par les prophètes, l'a été bien plus pleinement encore par le Fils de Dieu lui-même, et enfin par l'Esprit-Saint, qui, jusqu'à la fin du monde , ne cessera point d'éclairer son Église.
14° Je crois que dans la plénitude des temps, conformément à la promesse faite par Dieu et confirmée avec serment, descendit d'une race choisie la bienheureuse semence de la femme, Jésus-Christ, Fils unique de Dieu et Sauveur du monde, qui fut conçu par la puissance et l'opération du Saint-Esprit et prit un corps dans le sein de la Vierge Marie ; que non seulement le Verbe prit chair ou fut uni à la chair, mais qu'il fut fait chair, quoique sans confusion de substance ou de nature; qu'ainsi le Fils éternel de Dieu et le Fils à jamais béni de Marie était une seule personne, et tellement une, que la bienheureuse Vierge peut être véritablement et catholiquement appelée Deipara, Mère de Dieu; tellement
une encore, qu'il n'y a pas d'unité dans toute la nature, non pas même celle du corps et de l'âme dans l'homme, qui soit aussi parfaite ; parce que les trois célestes unités, dont celle-ci est la seconde, surpassent toutes les unités naturelles. J'entends par ces trois célestes unités, l'unité des trois Personnes en Dieu ; l'unité de Dieu et de l'homme dans le Christ; l'unité du Christ et de l'Église. La première sans doute est céleste, et j'appelle célestes ces deux dernières, parce que l'Esprit-Saint en est l'auteur ; c'est par son opération que le Christ a été incarné et vivifié dans la chair, et c'est par l'opération du même Esprit que l'homme a été régénéré et vivifié dans l'esprit.
lo° Je crois que le Seigneur Jésus est devenu , dans sa chair, le prêtre et la victime pour le péché, la satisfaction et la rançon qu'exigeait la justice de Dieu, le vainqueur, à qui sont dus la gloire et le royaume; le modèle de la sainteté, le prédicateur de la parole, qui était lui-même le terme, qui a rempli le sens et la fin de toutes les cérémonies ; la pierre angulaire de tout l'édifice qui réunit les Juifs et les Gentils, le perpétuel intercesseur pour l'Église, le maître de la nature dans ses miracles , le triomphateur de la mort et de la puissance des ténèbres dans sa résurrection. Je crois, de plus, qu'il a exécuté tous les desseins pris dans le conseil de Dieu , rempli l'office sacré pour lequel il avait été oint et envoyé sur la terre, accompli l'œuvre entière de la rédemption de l'homme, rétabli l'homme dans un état supérieur i\ celui des anges, auxquels il était inférieur dans le premier état de sa création. Je crois enfin qu'il a réconcilié le ciel avec la terre, et établi toute chose conformément à l'éternelle volonté de Dieu.
16° Je crois que le Seigneur Jésus, dans le temps, est né sous le règne d'Hcrode ; qu'il a souffert sous le gouvernement de Ponce Pilate, président pour les Romains
dans la Judée, et sous le pontificat de Gaïphe ; qu'il fut trahi par Judas, un de ses douze apôtres, et crucifié à Jérusalem; qu'après une mort véritable, et après que son corps eut été enseveli dans un sépulcre, le troisième jour il rompit lui-même les liens de la mort, et se leva du tombeau, apparaissant à plusieurs témoins d'élite pendant plusieurs jours ; et qu'à la fin de ces mêmes jours, en présence de ses apôtres, il monta dans les cieux, où il continue d'intercéder pour nous ; qu'il en redescendra, au temps marqué dans les décrets de la Providence, avec tout l'éclat de sa gloire pour juger l'univers. 17° Je crois que les souffrances et les mérites de Jésus-Christ, quoique suffisants en eux-mêmes pour effacer les péchés du monde entier, ne sont cependant efficaces que pour ceux seulement qui sont régénérés par l'Esprit-Saint, Esprit qui souffle où il lui plaît, par une pure grâce; et cette grâce, semblable à une semence incorruptible, vivifie l'esprit de l'homme, le constitue enfant de Dieu et membre du Christ, en sorte que le Christ étant revêtu de la chair de l'homme, et l'homme étant revêtu de l'Esprit du Christ, il se forme par là un passage et une imputation réciproque , en vertu de laquelle la colère et le péché sont transportés de l'homme au Christ, et le mérite et la vie sont transportés du Christ à l'homme. Cette semence de l'Esprit-Saint, cette grâce, trace en nous, par la foi vive, l'image de Jésus- Christ mort et crucifié, et y rétablit dans l'image de Dieu à laquelle nous avons été créés, les traits de charité et de sainteté que le péché avait effacés. L'une et l'autre opération n'ont lieu cependant que d'une manière imparfaite, et dans des degrés différents, même à l'égard des élus, soit qu'il s'agisse de la manière dont le Saint-Esprit opère, soit qu'il s'agisse du degré de la lumière qu'il communique effectivement avec plus ou moins d'abondance. C'est ainsi que l'Église, avant
Jésus-Christ, a été moins éclairée et moins bien partagée que nous, quoique le même salut et les mêmes moyens de salut lui fussent communs avec nous.
18° Je crois que l'œuvre du Saint-Esprit, dont nous avons parlé, quoiqu'elle ne soit liée à aucun moyen particulier dans le ciel et sur la terre, cependant s'accomplit ordinairement par la prédication de la parole et l'administration des sacrements ; par l'influence des pères sur leurs enfants et les instructions qu'ils leur donnent, par la prière, la lecture, les censures de l'Église , la société des personnes pieuses , les croix et les afflictions , les bienfaits de Dieu , ses jugements sur les autres individus, ses miracles, la contemplation de ses créatures. Tels sont les moyens plus ou moins efficaces dont Dieu se sert pour opérer et procurer la vocation et la conversion de ses élus, sans déroger cependant au pouvoir, qu'il a indépendamment de tous ces moyens, d'appeler immédiatement, par sa grâce, les hommes à toutes les heures et à tous les moments du jour, c'està-dire, dans tous les temps de leur vie, conformément à son bon plaisir.
19° Je crois que la parole de Dieu, par laquelle il nous fait connaître ses volontés, n'a été connue et ne nous est parvenue que par la voix de la révélation et de la tradition jusqu'à Moïse : que les Écritures, dépositaires de la parole de Dieu, ont eu lieu depuis le temps de Moïse jusqu'au temps des apôtres et des évangélistes ; mais que dans ces derniers temps, et après la descente du Saint-Esprit, auteur de toute vérité, le livre des Écritures fut clos et fermé comme ne devant plus recevoir d'additions nouvelles : qu'après les saintes Écritures, l'Église ne peut rien enseigner ni rien commander qui soit contraire à la parole consignée dans les Écritures ; mais qu'elle est semblable à l'arche où les tables du premier Testament étaient gardées et conservées :
c'est-à-dire que l'Église a seulement la garde et la distribution des Écritures qui lui ont été confiées. Cependant elle a de plus encore le droit de les interpréter ; mais cette interprétation doit être fondée sur les Écritures elles-mêmes ^ .
20° Je crois qu'il y a une Église de Dieu, universelle ou catholique, répandue sur toute la surface de la terre, qui est l'épouse et le corps du Christ, composée des pères de l'ancien monde , de l'Église des Juifs , des fidèles trépassés et des fidèles vivants , des hommes qui ne sont pas encore nés, et qui sont déjà écrits dans le livre de vie : qu'il y a aussi une Église visible, distinguée de toute autre par les œuvres extérieures de l'alliance de Dieu, par la réception de sa sainte doctrine, l'usage de ses sacrements, l'invocation et la sanctification de son saint nom ; qu'il y a aussi dans les prophètes du nouveau Testament et les Pères de l'Église une sainte succession qui continuera sans interruption depuis le temps des apôtres et des disciples qui ont vu Notre- Seigneur dans sa chair, jusqu'à la consommation de l'œuvre du ministère dont ils ont été chargés. C'est Dieu qui , par des grâces et des goûts intérieurs , fait connaître à ces personnes qu'il les appelle au ministère : mais cette vocation intérieure est suivie d'une vocation extérieure et de l'ordination de l'Église.
21° Je crois que les âmes de ceux qui meurent dans le Seigneur sont bienheureuses ; qu'elles reçoivent la récompense de leurs travaux et jouissent de la vue de Dieu ; que cependant elles vivent dans l'attente d'une gloire qui leur est promise, et dont elles n'entreront complètement (corps et âme) en possession qu'au dernier jour du monde : te^nps où tous les hommes ressus-
t 11 faut ajouter el sur la tradition, qui est le second dépôt de la révélation.
SUR LA RELIGION /j3
citeront et comparaîtront au tribunal de Jésus-Christ pour y entendre le jugement qui fixera leur sort pendant l'éternité. C'est alors que les saints entreront dans la plénitude de leur gloire, et que Jésus-Christ remettra son royaume , qui est son Église , à Dieu son Père ^ : de ce moment, tout ce qui existe continuera d'exister et persévérera dans l'état où l'ordre de Dieu l'aura fixé pendant l'éternité entière.
Ainsi, on pourrait distinguer trois temps, si toutefois on peut employer ici ce terme ou celui de partie de l'éternité. Le premier, c'est celui qui a précédé tous les commencements , lorsque Dieu était seul , et n'avait encore tiré aucun être du néant; le second, que j'appelle le temps du mystère (ou du secret), celui qui remplit tout l'intervalle entre la création du monde et sa dissolution ; enfin, le troisième temps, qui est le dernier de tous, et qui sera sans variation et sans terme, est celui de la manifestation et de la gloire des enfants de Dieu.
(.4 Confession of faith, t. III, p. 453.)
CONTRADICTIONS APPARENTES DANS LES SENTIMENTS d'un CHRÉTIEN.
1° Un chrétien croit être précieux aux yeux de Dieu , tandis qu'à ses propres yeux il est méprisable. Il n'ose se justifier dans des choses où sa conscience ne lui reproche rien -, et il croit que des actions où Dieu peut hii
1 I Cor. XV, 24.
2 Ihid., IV, 4.
reprocher bien des fautes servent à sa justification ; il croit en même temps qu'il n'est pas et de peines qu'il ne mérite , et de biens que Dieu ne lui destine ; il est souvent dans le chagrin, et toujours dans la joie; il laisse de temps en temps échapper des plaintes, et il rend continuellement des actions de grâces ; il a les sentiments les plus humbles et les prétentions les plus hautes; il est toujours satisfait, et cependant il demande sans cesse.
2o II est riche dans la pauvreté, et pauvre au milieu des richesses ; il n'a fait aucune convention avec Dieu , et néanmoins il prétend à un grand salaire ; la perte de la vie est pour lui un gain, et en perdant sa vie, il croit qu'il la sauve '.
3° Il ne vit pas pour lui , et cependant il est de tous les hommes celui qui pourvoit le plus sagement à ses intérêts; il renonce souvent à lui-même, et pourtant personne ne l'aime aussi véritablement qu'il s'aime luimême ; il est l'homme à qui on fait le plus d'injures, et à qui on rend le plus d'honneurs, qui éprouve le plus de peines, et qui goûte le plus de consolations.
4° Plus ses ennemis lui font d'injustices, plus ils lui procurent d'avantages; plus il se détache des choses de ce monde, plus il en tire de profit.
5° Il est le plus sobre des hommes , et il mène la vie la plus délicieuse ; il prête et donne avec la plus grande générosité, et cependant il est le plus grand des usuriers ; il est complaisant à l'égard de tous les hommes, et souvent tous les hommes le trouveraient inflexible ; il est le meilleur des fils, le meilleur des maris, le meilleur des frères, le meilleur des amis, et cependant il hait son père, sa mère, ses frères et ses sœurs'.
6° Il sait que s'il plaît aux hommes, il ne peut être le
1 Matth. XVI, 25.
2 Ibid., xxxvn , 38.
serviteur du Christ ', et cependant, pour l'amour du Christ, il s'efforce en tout de plaire à tous les hommes ; il aime et fait partout régner la paix, et cependant il se bat sans cesse et ne se réconcilie jamais avec son ennemi.
7° Il croit pire qu'un infidèle celui qui ne se met point en peine des siens-, et cependant il vit et meurt sans se mettre en peine de lui-même ; il regarde tous les hommes comme ses supérieurs , et cependant il maintient avec fermeté son autorité sur les hommes; il traite avec sévérité ses enfants, parce qu'il les aime; et parce qu'il aime aussi ses ennemis, il les traite avec
bonté.
8° Il se regarde comme un roi, quelque abjecte que soit sa condition ; et d'un autre côté, quelque élevée que sa condition puisse être, il ne se croit pas digne de servir le plus pauvre des saints.
9° Il est souvent dans les fers, et toujours en liberté; quelquefois serviteur des autres, et toujours affranchi de toute servitude.
10° Il croit que Dieu a commandé à tout homme qui lui fait du bien de le lui faire, et cependant il est le plus reconnaissant de tous les hommes à l'égard de ceux qui lui font quelque bien ; il sacrifierait volontiers sa vie pour sauver l'âme de son ennemi , et il ne voudrait pas s'exposer à commettre un seul péché pour sauver la vie de celui qui aurait sauvé la sienne.
11° S'il a fait un serment dont l'observation tourne à son préjudice, il n'en est pas moins fidèle à fobserver ; mais il ne se croirait jamais engagé par un serment à faire la faute la plus légère.
12° Il croit que Jésus-Christ n'a besoin d'aucune de
1 Galat. I, 10.
2 ITim. V, 8.
ses œuvres, et cependant il se persuade qu'il soulage Jésus-Christ dans toutes les œuvres de charité qu'il exerce; il sait qu'il ne peut rien faire de lui-même, et cependant il travaille de toutes ses forces pour opérer son propre salut ; il fait profession de ne pouvoir rien, et il fait avec autant de vérité profession de pouvoir tout.
13° La parole de Dieu le fait trembler, et cependant elle est à son goût plus douce qu'un rayon de miel, et à ses yeux plus précieuse que des milliers d'or et d'argent ' .
14" Il confesse qu'il ne sera sauvé ni par la vertu , ni en considération de ses bonnes œuvres, et cependant il multiplie autant qu'il peut ses bonnes œuvres.
15° Il reconnaît que la providence de Dieu conduit toutes les affaires de ce monde, et néanmoins il est aussi soigneux dans la conduite de ses propres affaires que si leur succès était uniquement entre ses mains.
16° Il croit que Dieu exauce ses prières lors même qu'il n'obtient pas ce qu'il lui demande ; et s'il arrive des événements qu'il avait prié Dieu de ne point permettre, il lui en rend des actions de grâces.
17° Il est souvent retenu captif sous la loi du péché'-, et cependant le péché ne domine pas sur lui ^ ; il ne fait rien contre sa volonté, et cependant il fait ce qu'il ne veut pas \
18" Il est en même temps un serpent et une colombe, un agneau et un lion , un roseau et un cèdre ; comme Abraham, il espère contre toute espérance, et quoiqu'il ne puisse résister à la logique et aux raisonnements du Sauveur, il espère l'emporter, comme cette femme cha-
1 Psalm. cxviii.
'•i Rom. VII, 23.
3 Ibid., VI, 14.
< Ibid., VII, 19.
nanéenne de l'Évangile •" , avec la rhétorique et la force de l'importunité.
19° Il croit le meurtre de soi-même un péché très odieux, cependant il travaille sans cesse à crucifier sa chair et à faire mourir ses membres- ; il comparaît avec confiance devant le trône de Dieu, et sa confiance n'est point affaiblie en se rappelant en même temps les outrages qu'il a faits à Dieu.
20° Le monde le regarde quelquefois comme un saint, quand Dieu ne voit en lui qu'un pécheur, et, au contraire , le monde le regarde quelquefois comme un pécheur, lorsque Dieu le reconnaît pour un saint.
21" Son avocat et sa caution doit être son juge : la