LA MORT
Méditer sur la mort, considérée comme la punition du péché et le passage de cette vie à une autre, est un exercice également pieux et salutaire; mais il y a autant de faiblesse que d'inutilité à la craindre , si on la considère comme une dette de la nature...
Essais de Montaigne le bréviaire des honnêtes paresseux et des ignorants studieux qui veulent s'enfariner de quelque connaissance du monde et de quelque teinture des lettres. Ce jugement sévère n'empêche point que ce livre ne soit curieux à lire, à cause de certaines qualités de son style, et parce qu'il est dans ce siècle un des monuments de notre langue. Montaigne mourut dans des sentiments de piété chrétienne en 1592.
1 Essais, liv. II.
2 Luc. xviii, 8.
Un fait très digne de remarque, c'est que toutes les passions de Thomme, et môme les plus faibles, se montrent supérieures à la crainte de la mort : la mort n'est donc pas un ennemi si formidable, puisque l'homme est environné d'une multitude d'athlètes qui luttent contre elle avec tant d'avantage. La vengeance triomphe de la mort, V amour la méprise, l'honneur l'ambitionne, la crainte de l'ignominie la préfère, \e profond chagrin la fait envisager comme un refuge, la frayeur Vanticipe, et la foi la reçoit avec joie...
Il faut encore joindre à tous les avantages que procure la mort, celui d'ouvrir la porte à la renommée, et d'éteindre l'envie. Extinctus amabitur idem. Le tnême homme qui était haï pendant sa vie , sera aimé après sa mort; mais surtout le Nimc dimiltis est le plus doux de tous les cantiques pour un homme qui est enfin parvenu à l'accomplissement de ses désirs, et qui n'avait que des désirs honnêtes. Ainsi pensaient les sages du paganisme; mais malheur à celui qui à la mort n'aurait que de telles consolations, puisqu'il n'y a que la vraie religion qui puisse en procurer de solides.
[Fidel. Serm., cap. ii.)