‹ Pensées de Bacon, Kepler, Newton et Euler sur la religion et la moraleChapitre 47 sur 83 · DE KEPLER · texte numérisé non relu

DE KEPLER

Jean Kepler naquit le 27 décembre 1671 à Magstatt, village wurtembergeois à une lieue de la ville impériale de Weil en Souabe. Son père, Henri Kepler, était fils d'un bourgmestre de cette même ville de Weil, d'une famille noble, mais très pauvre ; sa mère, Catherine Guldenmann, fille d'un aubergiste du même pays, n'avait aucune culture intellectuelle.

Le jeune Kepler, après être allé quelque temps à l'école de Léonberg, en fut retiré à cause du mauvais état des affaires de son père, et le futur savant dut servir dans la maison de ses parents, devenus hôteliers. Plus tard , lorsque son père , désespérant de réussir en son nouveau métier, se fut engagé dans l'armée autrichienne pour aller combattre les Turcs, Kepler fut mis à la campagne, où on lui imposa les travaux les plus rudes et les plus pénibles ; mais sa santé ne lui permit pas longtemps ce genre de vie : d'ailleurs les grandes dispositions qu'il annonçait engagèrent à le faire étudier.

L'école protestante de Tiibingen lui fut ouverte gratuitement, et là celui qu'on pourrait un jour appeler le créateur de l'astronomie dut s'appliquer à la théologie ; Kepler avait alors dix-huit ans (1589). Ses débuts ne furent point heureux : dans l'examen qu'il lui fallut subir pour avoir le grade de bachelier, il n'obtint

pas le premier rang; bien plus, encore sur les bancs de l'école, il osa résister aux préjugés et aux passions de ses maîtres protestants ; il ne craignit point de s'attirer leur inimitié, et d'encourir une disgrâce compromettante pour son avenir.

Voici à quelle occasion. Le pape Grégoire XIII avait, en 1593, décidé la réforme du calendrier, et l'empereur Rodolphe II avait été le premier à la promulguer dans ses États. Les professeurs de théologie protestante de Tûbingen, en particulier, s'opposèrent de toutes leurs forces à l'introduction du nouveau calendrier; l'admettre était, suivant eux, donner un encouragement à l'impiété et au papisme. Comme toujours à cette époque, ils accompagnaient leur refus d'injures et de grossières insultes à l'adresse du pape et de l'Église catholique. Mœstlin, professeur distingué, qui enseignait alors les mathématiques à Ti'ibingen, n'osa point, malgré les lumières de sa haute intelligence, résister au torrent. Kepler se montra plus indépendant; il n'hésita pas à se prononcer pour le nouveau calendrier et à blâmer hardiment ceux qui le dédaignaient et l'attaquaient. Cet acte de noble courage fut aussitôt récompensé par une destitution arbitraire ; on déclara au fier étudiant qu'il n'était pas digne de devenir ministre de l'Eglise wurtembergeoise, et qu'en conséquence il devait renoncer à l'espoir d'exercer le ministère pastoral. Son séjour à Tiïbingen décida cependant de la vie de Kepler ; car c'est dans cette ville qu'il connut le savant Mœstlin, appelé de Heidelberg àTûbingen comme professeur de mathématiques (1584). Le principal titre de Mœstlin à la reconnaissance des savants est d'avoir deviné la vocation de son illustre élève, et d'avoir consacré tous ses soins à le former aux études dont plus tard il devait être l'honneur et la gloire.

« Dès que je pus apprécier les charmes de la philosophie, dit Kepler lui-même, j'en embrassai avec ardeur toutes les parties ; mais je ne donnai pas une attention particulière à l'astronomie, quoique je réussisse aisément à bien entendre tout ce qu'on nous enseignait à l'école sur cet objet. J'avais été élevé aux frais du duc de Wm'temberg, et lorsque je vis mes compagnons accepter dans le service du duc des positions pour lesquelles ils n'avaient pas montré une aptitude particulière . je me décidai à accepter moimême le premier emploi qu'on m'offrirait. )>

Dans le moment même où Kepler voyait la canière évangélique

se fermer devant lui , les états de Gràtz en Styrie, qui venaient de fonder un gymnase dans leur ville, demandèrent au duc Louis de Wurtemberg un professeur de mathématiques. Kepler fut donc envoyé à Grâtz (1594). Il devait, suivant l'usage du temps, enseigner à la fois les mathématiques et la morale. Son début fut la publication d'un calendrier calculé d'après la réforme de Grégoire XIII.

Le jeune professeur avait déjà arrêté sa méthode, qui consistait à tout examiner, à tout calculer, et à assigner des causes physiques à tous les mouvements célestes. Son premier ouvrage important porte le titre de Prodromus, et fut composé à Griitz. Kepler y recherchait les lois des mouvements planétaires et les rapports qui existent entre eux. C'est dans ce remarquable écrit qu'il soupçonne la découverte, réalisée plus tard, des petites planètes Cérès, Pallas, Junon et Vesta, entre Mercure et Vénus d'un côté, entre Mars et Jupiter de l'autre.

Kepler, inconnu alors, n'aurait pu trouver d'imprimeur ; mais Mœstlin était là pour lui venir en aide. En effet, grâce au zèle et aux démarches de ce maître dévoué, le Prodromus était inséré l'année suivante (1597) dans le catalogue de la foire de Francfort.

Parmi les savants de cette époque, il n'y en avait point de plus illustre ni de plus compétent en ces matières que Tycho-Brahé ; Kepler lui envoya le Prodromus, en lui demandant de vouloir bien lui exprimer son jugement sur ce livre. Tycho comprit, en lisant ces pages, les qualités éminentes du jeune auteur; il approuva le livre, tout en critiquant ce qu'il y trouvait d'opposé à sa méthode et à ses propres idées ; la réponse se terminait par une invitation adressée à Kepler, pour l'engager à venir à Uranibourg aider le savant astronome dans ses travaux.

Il serait impossible de se faire une idée de la joie et de l'enthousiasme de Kepler à la réception de ces éloges. Vingt-cinq ans plus tai-d, Kepler, faisant réimprimer son, Prodromus, n'y voulait rien changer : il consignait dans des notes ses idées nouvelles et ses découvertes, et il écrivait, dans un élan de confiance naïve, que jamais novice ii'avait eu un début aussi brillant.

Ce fut aussi à Grâtz que Kepler épousa sa première femme, Barbara Millier ; mais cette union fut pour lui la source de beaucoup d'embarras et de bien des chagrins (1597).

Cette même année, Tycho-Brahé, ayant encouru la disgrâce du roi de Danemark, quittait son observatoire d'Uranibourg, et venait en Bohême demander un asile à l'empereur Rodolphe II. L'infortune du savant danois eut pour la science un très heureux résultat, car elle mit en rapport deux hommes dont le concours était indispensable pour l'exécution des plus grands travaux.

Le caractère indépendant de Kepler l'avait empêché une première fois de s'associer aux découvertes de Tycho - Brahé ; Kepler ne voulait pas se mettre sous la tutelle d'un homme dont il ne partageait pas les opinions, et dont il connaissait l'humeur irascible et despotique. Mais en 1598 l'université protestante de Grâtz, qui avait appelé Kepler dans son sein, fut fermée par la réaction des catholiques, aussi intolérants pour les réformés que ceux-ci l'avaient d'abord été pour eux. L'illustre astronome, qui avait blâmé dans leur temps les excès de ses coreligionnaires, n'épargna pas non plus ceux de leurs adversakes. Un écrit publié en faveur des protestants persécutés lui fit retirer le privilège, que les PP. jésuites lui avaient obtenu, de résider dans leur pays et même de garder ses appointements ; on lui signifia l'ordre de quitter Grâtz dans les quinze jours. Ce fut alors que Kepler, sur une nouvelle invitation de Tycho-Brahé, se rendit près de lui à Prague (1600). Sans doute il n'eut pas à se louer toujours de ses rapports avec l'impérieux Danois, car il écrivait bientôt : « Tout est incertain ici ; Tycho est un homme avec lequel il est impossible de vivre sans être à chaque instant exposé à de cruelles insultes. La solde est brillante, mais les caisses sont vides, et l'on ne paye pas. » Quant à ce dernier reproche, Tycho n'en était qu'à demi responsable, et Kepler éprouva lui-même plus tard combien les trésoriers de l'Empereur étaient lents à remplir les engagements de leur souverain.

La mort de Tycho-Brahé, an-ivée l'année suivante (24 octobre 1601), rendit à Kepler son indépendance; bien plus, il se vit aussitôt nommé astronome de la cour, avec une pension de quinze cents florins ; mais on ne les lui payait guère, comme il le déclare lui-même. « Je perds mon temps, écrivait -il, à la porte des trésoriers de la couronne et à mendier. « C'est là l'histoire de presque toute la vie de Kepler ; car il fut le plus souvent dans la gêne et même dans la misère.

Ce qui consola Kepler de tous ces déboires , ce fut la possession

et la libre disposition des papiers et des observations de Tycho- Brahé. Déjà il entrevoyait la possibilité d'arriver à la découverte des mouvements planétaires ; et, pour atteindre ce but, les observations du célèbre astronome danois lui étaient de la plus grande utilité, la faiblesse de sa vue et l'imperfection de ses instruments ne lui permettant guère d'observer lui-même les astres.

De 1604 à 161 1, Kepler fit paraître ses Paralipomènes, ou la ^rartie optique de l'astronomie ; — son traité De nova Stella tnpecle Serpentarii, avec une dissertation sur l'année véritable de la naissance de J.-C. (1604); — son traité sur Mars (1609), enfin sa Dioptrique (1611). C'est dans son traité sur Mars que l'illustre astronome expose ses premières lois sur les mouvements des planètes.

L'année 1611 vit mourir trois des enfants et la femme de Kepler. La position déjà si difiicile du pauvi-e savant s'aggravait de plus en plus ; elle allait même devenir tout à fait intolérable, lorsqu'il se hasarda à demander aux États de Linz en Autriche la place de professeur de mathématiques vacante alors dans cette ville. L'illustre astronome indiquait timidement dans sa supplique l'impossibilité oii il se trouvait de continuer ses travaux, surtout d'achever les Tables Rudolphines, le triste état de ses ajŒaires domestiques, et le dévouement absolu avec lequel il se disposait à remplir les devoirs de la charge qu'il sollicitait.

Les États de Linz agréèrent sa demande; ils lui donnent, dans leur réponse , les plus grands éloges, le prennent sous leur protection, lui et sa famille ; enfin, non contents de lui assurer un traitement convenable, ils s'engagent à lui fournir l'argent nécessaire à ses études et surtout à l'achèvement des fameuses Tables.

A partir de ce moment, Kepler, désormais, ce semble, à l'abri du besoin, pouvait se livrer tout entier et sans préoccupation à ses études préférées ; mais il ne devait jamais jouir de la paix et du bonheur. Pendant son séjour à Prague, l'astronome de la cour avait contracté des dettes qui continuaient à lui causer le plus grand embarras, et, malgré les douze mille écus d'arrérages qui lui étaient dus par l'Empereur, il n'obtenait que d'insuffisants acomptes, arrachés à force d'instances. La difficulté et l'ennui de cette situation étaient encore augmentés par l'impatience du public, de la cour et surtout des États de Linz, étonnés de ne point voir achever la grande œuvre des Tables Rudolphines.

Il est curieux de voir comment, dans son récit, l'infortuné Kepler va au-devant des repi'oches, et cherche à expliquer la lenteur d'un travail qui a déjà demandé à Tycho trente-huit longues années, et ne peut se terminer qu'après les plus persévérants efforts. En même temps il fait paraître deux ouvrages se rapportant aux Tables, afin (le faire prendre patience au public ; surtout il a soin d'y ajouter des almanachs et des prédictions qui intéressent beaucoup plus que ses gi'ands travaux scientifiques eux-mêmes.

Ce n'était pas tout encore ; de nouveaux embarras domestiques marchaient de pair avec toutes ces difficultés et en doublaient l'amertume. La mort de sa femme avait obligé Kepler à s'occuper lui-même de l'éducation de ses enfants ; mais un savant, surtout un savant de ce caractère, ne pouvait se charger d'un tel soin. Kepler fut donc obligé de contracter un nouveau mariage ; il choisit pour sa seconde épouse Susanne Rcttinger de Linz, et en eut sept enfants.

Sans être complètement avantageuse et tranquille, ainsi que nous venons de le voir, la position de Kepler à Linz se trouvait néanmoins sensiblement améliorée ; car, quoiqu'il ne fût pas délivré de tout souci et de toute inquiétude, l'astronome impérial pouvait du moins poursuivre le cours de ses travaux ; mais une nouvelle tempête vint tout à coup l'agiter.

En 1615, une lettre de sa sœur vint implorer son secours en faveur de leur mère, accusée de sorcellerie. On a pu, dans notre siècle léger et incrédule, rire de ces procès de magie et de sorcellerie; il n'en est pas moins vrai et moins prouvé qu'il y eut au moyen âge et même au xvii*' siècle des magiciens et des sorciers de profession, exploitant la crédulité et surtout la curiosité humaine, et, pour cet effet, se livrant dans les ténèbres à toutes sortes d'immoralités et d'infamies. Catherine Kepler ne paraît pas avoir trempé dans cette fange impure ; cependant il est certain qu'elle s'était compromise par plus d'une imprudence. Son procès fut long; notre savant, dont le cœur était à la hauteur du génie, se rendit aussitôt à Stuttgard et intervint dans les débats. Ses efforts furent couronnés de succès ; car il parvint à sauver la vie , la liberté et l'honneur de sa vieille mère, qui quelques mois plus tard mourait de sa mort naturelle (1521).

C'est pendant ce procès que Kepler offrit au public ses cinq livres

de V Harmonique du monde (1619), ouvrage dans lequel il rend compte de la troisième loi qui porte son nom, et où nous trouvons ce passage si fier et si caractéristique :

« Depuis huit mois j'ai vu le premier rayon de lumière; depuis trois mois j'ai vu le jour; enfin depuis peu de jours j'ai vu le soleil de la plus admirable contemplation. Je me livre à mon enthousiasme, je veux braver les mortels par l'aveu ingénu que j'ai dérobé les vases d'or des Égj'ptiens, pour en former à mon Dieu un tabernacle loin des confins de l'Egypte. Si vous me pardonnez, je m'en réjouirai ; si vous m'en faites un reproche, je le supporterai ; le sort en est jeté, j'écris mon livre, il sera lu par l'âge présent ou par la postérité, peu m'importe ; il pourra attendre son lecteur ; Dieu n'a- 1- il pas attendu six mille ans un contemplateur de ses

œuvres

Les trois livres des Comètes, VEpitome astronomiœ Copernicami'. virent aussi le jour à la même époque (1618-1621).

Kepler resta cinq ans encore à Linz après la mort de sa mère : mais son existence devait être tourmentée jusqu'à la fin. L'empereur Ferdinand II avait alors à soutenir cette funeste guerre de Trente ans , suscitée et entretenue par les protestants de tous les pays : irrité de voir les réformés de ses États exciter des troubles continuels parmi ses sujets, ce prince résolut de les frapper, et commença par leur ôter toutes les places qu'ils occupaient. En conséquence, Kepler fut obligé de quitter Linz et de chercher un asile dans le Mecklembourg (1627), auprès du célèbre Wallenstein. qui venait d'en être nommé duc.

Les fameuses Tables Rudolphines, attendues depuis si longtemps, objet de tant de soins de la part de Tycho-Brahé et de Kepler, parurent enfin en 1629. Kepler y avait travaillé vingt-six ans. Cet ouvrage donne d'abord l'histoire de la découverte des logarithmes, sans toutefois rien enlever au mérite de l'Ecossais Neper, leur inventeur ; mais son but spécial est d'exposer les mouvements des astres d'après les observations de Tycho-Brahé.

Cette dernière période de la vie du malheureux astronome ne fut signalée par aucun ouvrage sérieux ; la nécessité et la difficulté de pom-voir aux pressants besoins de sa famille, l'impossibilité de recouvrer ce qui lui était dû à la cour, les fréquents voyages qu'il entreprit à cet effet, l'inutilité de ces humiliantes sollicitations.

tant de chagrins et de fatigues ruinèrent peu à peu la santé de Kepler ; enfin ce fut dans un dernier voyage qu'il tomba malade et mourut obscurément à Ratisbonne, le 15 novembre 1630. Il avait cinquante-neuf ans.

On l'enterra près des remparts de la ville, dans le cimetière de Sain t- Pierre ; peu de temps après, la ville fut prise et saccagée, le cimetière complètement bouleversé, et l'on ne retrouva plus aucune trace de la tombe de l'infortuné Kepler. On ignore même si l'on avait mis une pierre sur sa fosse, et si l'on y avait gravé l'épitaphe que lui - même avait composée , et qui se lit dans l'église Saint-Pierre à Ratisbonne :

MENSDS EEAM CŒLOS, NDNC ÏERRiE METIOR UMBRAS ; MENS CŒLESTIS ERAT, CORPORIS UMBRA JACET.

« J'avais mesuré les cieux, maintenant je mesure les ombres de la terre ; mou esprit venait du ciel, ici gît l'ombre de mon corps. «

Le prince primat de Ratisbonne, Charles -Théodore Dalbery, fit élever en 1808, à soixante-dix pas du lieu où repose Kepler, un temple à la mémoire de ce grand homme. Ce temple est bâti en forme de rotonde ; au milieu s'élève un piédestal que surmonte le buste de Kepler ; ce buste est du plus beau marbre de Carrare. Sur le bas-relief du piédestal apparaît le génie de Kepler soulevant le voile qui couvrait Uranie. D'une main la déesse lui présente la lunette astronomique dont il est l'inventeur, de l'autre elle tient un rouleau sur lequel est tracée l'ellipse de Mars.

Nous n'avons point ici à examiner ni à juger les travaux scientifiques de Kepler ; son nom est assez connu : personne ne peut ignorer qu'il fut comme le créateur de l'astronomie moderne, et que ses livres contiennent les preuves de son génie. Nous ne voulons parler que de l'homme et du chrétien.

Ame droite, simple et naïve, noble et puissante intelligence, cœur tendre et plein des plus pures affections, caractère fier et indépendant, tels sont les principaux traits que nous révèlent la vie et les ouvrages de Kepler. Enthousiaste de la vérité, il la cherchait au prix des plus généreux efforts ; mais lorsqu'il l'avait trouvée, il la voulait proclamer librement : « Je suis, répondait-il aux magistrats de la république de Venise, je suis Allemand de naissance, de

sentiment, et habitué comme tel à dire imprudemment partout la vérité. ))

Ardent, inquiet, brûlant de se signaler, il essaye toutes les découvertes, et quand il les a entrevues, il se livre au travail le plus opiniâtre pour les suivre et les démontrer. Mais aussi quels transj)orts de joie saluent le résultat enfin obtenu! La science, il la préfère à toutes les richesses, à toute la puissance de ce monde : « Il ne céderait pas, disait -il, ses découvertes, lors même qu'on lui oflErirait en retour le duché de Saxe, n

Mais Kepler n'est pas un savant ordinaire, content du rôle de simple observateur; il va bien au delà des phénomènes de la nature; il s'élève jusqu'aux lois générales qui règlent les mondes, jusqu'au législateur, au Créateur de tout ce qui existe. C'est de ces hauteurs qu'il descend à l'examen des faits. Pour lui. Dieu est tout à la fois le point de départ et le but suprême ; il voit Dieu partout, il le voit non pas seulement d'une manière abstraite, ni même en philosophe, il le voit en chrétien.

Kepler, en effet, est un esprit éminemment religieux : les merveilles de la création, l'ordre admirable qui règne dans l'univers, la sagesse des lois qui régissent et conduisent les sphères à travers l'immensité , transportent son âme ; l'enthousiasme s'empare de ce grand génie, et alors s'échappent de ce cœur chrétien ces hj'mnes à Dieu , hymnes de louange , de reconnaissance, de foi et d'amour que nous avons cités dans les quelques pages qui suivent. Ceux qui liront ces chrétiennes inspirations de\Tont comprendre que la science, non seulement n'éloigne point de Dieu, mais qu'elle conduit et élève à lui, et que, loin de nuire à la religion, elle sert à la démontrer, et en facilite admirablement la croyance et même la pratique i.

i Les éléments de cette Notice nous ont été fournis par la Biographie universelle de Michaud , la Notice de F. Arago sur Kepler, et surtout par deux articles insérés dans la Revue d^économie chrétienne (août et septembre 1865). M. Valson, auteur de ces deux articles , a été si bienveillant pour nous , que nous sommes heureux de pouvoir lui témoigner ici toute notre reconnaissance.

PENSÉES

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