DIEU CREATEUR DE TOUT CE QUI EXISTE
Kepler proclame plusieurs fois, dans son traité De nova Stella in pede Serpentarii , que Dieu est le créateur de tout ce qui existe ; il dit expressément : A Dieu seul il appartient de créer de rien.
[De nova slella in pede Serpentarii, p. 39 et 141.)
Cette étoile a Dieu pour auteur, non le hasard, qui n'est rien. C'est la nature qui l'a produite, c'est-à-dire qu'elle vient de Dieu , l'auteur de la nature. Que l'apparition de cet astre soit attribuée au cours ordinaire de la nature , il n'en est pas moins resté place à l'action de Dieu, savoir la détermination du temps et du lieu de cette apparition.
Mais qu'est-ce que le hasard? Pas autre chose qu'une idole, et la plus détestable des idoles; pas autre chose que le mépris du Dieu souverain et tout -puissant, ainsi que du monde très parfait sorti de ses mains; idole dont l'âme n'est qu'un mouvement aveugle et téméraire , le corps un chaos infini. Par un sacrilège on attribue au hasard et l'éternité, et la toute-puissance, et la création du monde, qui n'appartiennent qu'à Dieu.
{Ibid.,\>.UO.)
Celui qui a fait paraître cette étoile, c'est ce même Dieu pour lequel il n'y a rien de grand ni de petit dans le monde, parce qu'il est lui-même l'auteur de tout ce qui existe; ce Dieu qui préfère le genre humain, renfermé dans l'étroitesse de cette méprisable petite motte de terre, mais néanmoins sa propre image, à quelque étoile que ce soit, quand même elle surpasserait en grandeur cent mille fois notre globe. Si Dieu a choisi le
temps et le lieu de la grande conjonction des trois planètes (Mars, Saturne et Jupiter), il l'a fait pour laisser comme un monument qui pût en conserver perpétuellement le souvenir et rappeler les plus grandes choses au genre humain : la création de ce phénomène que les habitants de la terre devaient apercevoir sous la forme d'une si grande étoile n'a coûté à Dieu aucune sollicitude, aucun labeur, aucune fatigue. '
Que pour cet effet il se soit servi du ministère de la nature, ou qu'il ait produit cet astre comme un rayon de son extraordinaire toute- puissance, la parole de l'Écriture est toujours vraie : Il a dit, et tout a été fait; il a ordonné, et tout a été créé\ Car s'il dit à la nature : Produis, la nature, incapable auparavant de produire, reçoit comme une faculté animale, et, l'ayant reçue, produit aussitôt.
Je prie donc humblement ce Dieu puissant, si cependant il m'est permis de lui demander cette faveur, je le prie, pourvu que mon travail puisse lui être agréable, de m'ordonner à moi aussi de raconter aux hommes ce que signifie cette étoile, cette lettre sublime écrite au plus haut des cieux et de la main même du Créateur. Si j'étais certain qu'il approuvât ce vœu que j'exprime, je ne douterais point que je ne pusse le faire aussitôt avec l'aide de sa grâce, quoique je ne sois qu'un enfant par l'intelligence et que j'ignore de si grands mystères. Il me serait permis alors de m'écrier avec le royal Psalmisle : Je ne mourrai pas, mais je vivrai, et je raconterai les œuvres du Seigneur - .
Mais s'il n'agrée pas mon désir, s'il ne croit pas que ce qui me reste à faire pour l'achèvement de ce traité vaille la peine qu'il daigne l'arrêter et empêcher le pro-
1 Psalm. XXXII, 9.
- Psalm. cxvii, 17.
jet que j'ai d'y mettre la dernière main; eh bien, je le proclamerai toujours le seul Dieu vrai dans ses paroles \- je dirai que tout homme, par conséquent moimême et l'interprétation que je pense donner à ce prodige , est vain et menteur - : afin qu'aucune chair ne se glorifie ". Pour lui, il est tel que personne ne lui peut être comparé; seul il appelle les choses qui ne sont pas et annonce celles qui sont encore à venir. Il rend vains et inutiles les présages des devins, et les jette eux-mêmes dans la fureur; il aveugle les sages, et change leur science en folie *. A sa volonté sont intervertis les temps et les âges , les royaumes fondés et transférés ; il donne la sagesse aux sages, et la science à ceux qui ont l'intelligence de sa loi. C'est lui qui révèle les choses profondes et cachées; il connaît ce qui est enseveli dans les ténèbres, et la lumière est avec lui''.
Que le nom du Seigneur soit béni dans les siècles des siècles; car à lui la sagesse, la force et la puissance.
{De nova Stella, cap. xxvii , p. 147 et 148.)
DISSONANCES ET HARMONIES DANS LA NATURE , DIEU LES DIWGE VERS UNE BONNE FIN
Le monde offre bien des dissonances ; il y a dans l'âme les vices, dans les animaux des monstres, dans le ciel des éclipses, dans la géométrie des choses inexprimables.
1 Psalm. Lxxxv, 15.
2 Psalm. cxv, 11.
3 1 Cor. I, 29.
^ Isaiae xliv, 7-25.
5 Dan. II , 21 et 22.
des exemples de la colère et de la vengeance de Dieu dans les œuvres de la Providence, parmi les créatures raisonnables les démons.
Mais Dieu , le suprême modérateur, dirige tout vers une bonne fin, vers l'accord parfait de toutes les choses. Que toute créature qui respire lui rende, dans les exercices continuels de la piété, les sacrifices de louange les plus dignes de sa majesté. Pour moi, s'il le permet, je ne mourrai point, mais je vivrai, et, dans les livres suivants, je raconterai les œuvres du Seigneur.
{Harmon., lib. III, ad fin.)
PliOVIDENCE DE DIEU. — PROPHETIES
La nature a suffi à produire cette étoile, soit; mais qui pourra nier que toute la conduite de cet événement n'ait pas été entre les mains de Dieu, qui se sert de la nature créée par lui, comme du ministre de ses volontés. Est-ce que dans la multitude des choses qui arrivent chaque jour, quelle qu'en soit la cause naturelle, il n'y a pas de place pour la Providence de Dieu? Et cela €n tout, mais principalement dans les châtiments qui frappent les criminels. Cette punition a des effets conformes non seulement aux causes naturelles qui les produisent, mais encore à la justice divine. Pourquoi les Romains ont-ils, après un épouvantable massacre, détruit la nationalité des Juifs? Pourquoi la ville de Jérusalem a-t-elle été ensevelie sous ses ruines? — Si vous le demandez à Josèphe, l'historien de la guerre de Judée, il vous répond que les Juifs ont été entraînés à faire la guerre malgré eux et par les Romains. Ce qu'il dit est
vrai si l'on ne considère que l'ordre de la nature ; deux sortes de causes ont produit cet événement : du côté des Romains, la licence qu'inspire la domination, les injures, l'insulte, l'orgueil des Césars, l'empire à son apogée, l'antique usage, né avec la gentilité elle-même, de déifier les hommes, de leur élever des statues, des autels, des temples, et de leur consacrer des prêtres; ajoutez-y la conscience de leur force, l'amour de la gloire, la déplorable coutume de provoquer leurs voisins et même leurs sujets, afin de donner à leurs légions l'occasion de combattre, à leurs généraux la matière d'un triomphe; du côté des Juifs, leur conGance^n Dieu, auteur de leur loi, leur nombre, la force de leur ville, la sainteté de leur temple, l'antiquité de leur race, leur ténacité à défendre leurs rits et à faire respecter leur temple, les anciennes et les nouvelles prophéties, enfin les faux prophètes. Pour quiconque considérera attentivement ces différentes causes et les comparera entre elles, la ruine de Jérusalem par les Romains paraîtra un fait accompli dans l'ordre accoutumé des choses. Mais voici paraître au-dessus de toutes ces causes, voici Dieu vengeant la mort de son Fils innocent, mêlant son action à chacun des événements, approchant et heurtant l'une contre l'autre deux nations opposées par leurs mœurs, deux peuples qui auparavant vivaient sinon en paix, du moins dans des rapports plus doux; voici Dieu qui, pour exercer sa vengeance en dehors du grand trouble des causes naturelles, attend quarante années entières une occasion favorable; et afin que cette occasion ne paraisse pas l'effet du hasard, il fait prédire également quarante années d'avance qu'il tirera vengeance de son peuple.
{De nova slella, cap. xxvii, p. 146.)
JOIE ET CONFIANCE QUE LA PROVIDENCE DE DIEU DONNE AUX CHRÉTIENS FIDÈLES
Jésus -Christ notre Dieu console son peuple et lui ôte la crainte des prodiges célestes ; il veut éloigner de ses disciples les sollicitudes de l'avenir qui rongent le cœur; ce n'est pas que les nations ne soient menacées d'aucun malheur, mais c'est que Dieu, par une action intime, intervient en chaque événement, protège et défend les siens, aime leur joie, non cette joie folle qui se glorifie en elle-même, mais celle qui se réjouit en Dieu. La première s'en ira en fumée dès demain, tandis que personne ne pourra ravir la seconde aux chrétiens fidèles.
( De nova stella, cap. xxvii, p. 139.)