‹ Pensées de Bacon, Kepler, Newton et Euler sur la religion et la moraleChapitre 61 sur 83 · DIEU CREATEUR DU MONDE · texte numérisé non relu

DIEU CREATEUR DU MONDE

L'ordre qui règne dans les choses matérielles indique assez qu'elles ont été créées par une volonté pleine d'intelligence. Il convenait à celui qui avait créé de mettre en ordre, et dès lors il est contraire à toute bonne philosophie de chercher une autre origine du monde que celle indiquée ici, de prétendre qu'il pouvait être tiré du chaos par les simples lois de la nature, et une fois formé continuer d'exister durant des siècles par la seule vertu de ces mêmes lois. Car, tandis que les comètes se meuvent dans des orbes très excentriques et dans toute sorte de positions, comment concevoir qu'un destin aveugle pût obliger les planètes à se mouvoir toujours , sauf d'insignifiantes irrégularités, dans un seul et même chemin en orbes concentriques? Une si étonnante uniformité dans le système planétaire doit être nécessairement considérée comme l'effet du choix et de la volonté. Dans les corps des animaux, la même uniformité se manifeste. Ils ont généralement un côté droit et un côté gauche pareillement conformés, deux bras et deux pieds, ou

deux ailes placés toujours aux mêmes endroits; entre les épaules, le cou se trouve toujours avec une tête audessus, et dons la tête deux yeux, deux oreilles, une bouche, un nez constamment situés de même. Entronsnous dans les détails infinis de l'organisation de ces corps, détails réglés continuellement par des lois uniformes; voulons-nous examiner les organes des sens et des mouvements, et faire attention seulement à l'instinct qui dirige les brutes et les insectes, alors nous nous convaincrons irrésistiblement que ces choses ne sauraient provenir que de l'habileté et de la sagesse d'un agent tout-puissant et éternel, qui, étant à la fois dans tous lieux, soulève et dirige l'univers dans toutes ses parties, avec plus de facilité que nous ne pouvons nousmêmes exécuter un mouvement de notre propre corps.

Et néanmoins nous ne devons pas considérer le monde comme le corps de Dieu , ou les différentes parties de ce monde comme autant de parties d'un même Dieu. Dieu est un être uniforme, dépourvu d'organes, de membres ou de parties; celles-ci, au contraire, sont des créatures subordonnées et obéissantes à sa volonté. Il n'est pas plus leur âme, que l'âme d'un homme n'appartient aux choses transmises par ses organes au lieu où s'effectue la sensation. Les organes des sens n'ont pas pour objet de mettre l'âme en état de percevoir les différentes espèces de choses arrivées au lieu de la sensation, ils sont destinés seulement à les y conduire. Dieu, qui est présent partout et en toutes choses à la fois, n'a pas besoin de pareils organes. Il crée à volonté les corps, change les lois de la nature, et organise des mondes de diverses sortes dans les différentes parties de l'univers : du moins ne vois-je rien de contradictoire dans tout ceci.

Plus nous arrivons à mieux connaître, par la philosophie naturelle, quelle est la cause première, tout le pouvoir qu'a sur nous cette cause et les bienfaits que nous

en recevons, plus aussi notre devoir envers Dieu et envers chacun de nos semblables nous apparaît dans un jour plus éclatant et plus vrai. N'en doutons pas, si l'adoration des fausses divinités n'avait pas aveuglé les païens, leur morale philosophique serait allée plus loin que les quatre vertus cardinales. Au lieu d'enseigner les transmigrations des âmes, d'adorer le soleil, la lune et les héros morts, ils auraient pu nous apprendre à adorer le véritable auteur et bienfaiteur de toutes choses, ainsi que leurs ancêtres l'avaient fait sous le gouvernement de Noé et de ses fils, avant qu'ils se fussent corrompus.

{Traité d'optique, livre III.)

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