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THÉOLOGIE NATURELLE

NATURE , OBJET ET BORNES DE LA THÉOLOGIE NATURELLE ; RECHERCHES SUR LES ANGES ET SUR LES DÉMONS, NON ÉTRANGÈRES A CETTE THÉOLOGIE.

Nous avons distingué trois sortes de philosophies, la divine, l'humaine et la naturelle. On peut bien appeler la théologie naturelle une philosophie divine, et définir celle-ci la science, ou plutôt une étincelle de la science qui a Dieu pour objet, telle qu'on peut l'acquérir par la lumière naturelle et par la contemplation des choses créées; et cette science, qui est bien divine à raison de son objet, peut cependant, à raison de la manière dont elle le connaît, être censée naturelle.

Cette science va bien jusqu'à nous mettre à portée de connaître la loi naturelle, de réfuter encore et de confondre l'athéisme; mais elle ne va pas jusqu'à établir suffisamment la religion. Aussi, tandis que Dieu n'a jamais fait de miracle pour convertir un athée, parce que cet athée peut parvenir à la connaissance de Dieu par la lumière naturelle, il en a fait pour la conversion des idolâtres et des superstitieux, qui ont reconnu une divinité, et se trompaient seulement dans le culte qu'on doit lui rendre; c'est qu'effectivement, pour découvrir la

volonté de Dieu et reconnaître le culte qu'il exige de l'homme , la lumière naturelle est insuffisante. Les œuvres des hommes montrent hien, il est vrai, la puissance et rhabilelé de l'ouvrier, mais elles ne représentent pas les traits de son visage. Il en est ainsi des œuvres de Dieu; elles nous découvrent bien manifestement sa sagesse et sa toute-puissance, mais elles ne nous peignent en aucune manière son image. Et en ce point les sentiments des païens ne s'accordent pas avec ce que nous apprennent les saintes Écritures. Les païens enseignaient que le monde était l'image de Dieu, et l'homme l'image du monde ; mais les saintes lettres n'ont jamais fait au monde l'honneur de dire qu'il était l'image de Dieu , elles ont seulement dit qu'il était l'ouvrage de ses mains : c'est l'homme qu'elles ont déclaré être immédiatement l'image de la Divinité. Ainsi, quand il s'agit de prouver qu'il existe un Dieu, que ce Dieu gouverne le monde, qu'il est souverainement puissant, qu'il est sage, que l'avenir lui est connu, qu'il est bon, qu'il récompense, qu'il punit, qu'il doit être adoré, les œuvres de Dieu nous fournissent des preuves et des démonstrations convaincantes. Il est même, à l'égard des attributs de Dieu , et beaucoup plus encore à l'égard du gouvernement et de l'économie de l'univers, une midtitude de vérités admirables qu'on peut encore, en procédant avec sagesse, extraire, pour ainsi dire, des œuvres de Dieu et rendre manifestes ; quelques auteurs se sont occupés avec succès de ce travail.

Mais vouloir , d'après la contemplation seule des choses naturelles et les principes de la raison humaine, raisonner sur les mystères de la foi, et en presser trop vivement la croyance, les regarder trop curieusement, les discuter, et en rechercher la matière ou le comment, c'est à mon avis une entreprise dangereuse : laissez à la foi ce qui appartient à la foi ; voilà la règle générale, et

les païens eux-mêmes, dans cette célèbre et divine fiction de la chaîne d'or, semblent en convenir, quand ils enseignent que ni les dieux ni les hommes n'ont pu, à la faveur de cette chaîne, tirer Jupiter du ciel en terre, mais que Jupiter a pu les tirer de la terre dayis les deux. Aussi tenterait-on inutilement de faire descendre jusqu'à la raison humaine les mystères célestes de la religion , et il est beaucoup plus convenable d'élever autant que nous pourrons nos esprits pour contempler et adorer le trône de la céleste vérité.

Loin donc de penser que dans cette partie de la théologie naturelle on soit demeuré en arrière, nous croyons plutôt qu'on a été trop loin ; et cette petite digression a eu pour objet de faire remarquer cet abus, à cause des inconvénients et des très grands dangers qui en résultent pour la théologie et la philosophie ; car cet abus a effectivement donné lieu aux hérésies , et a rempli la philosophie de chimères et de superstitions.

Mais il en est autrement de la nature des anges et des esprits : elle n'est point impénétrable à la raison humaine, et la recherche ne nous en est point interdite; nous avons même pour celte recherche une grande ouverture dans l'affinité qu'ont les anges avec l'âme des hommes. La sainte Écriture nous dit bien , il est vrai : Que personne ne vous séduise dans la hauteur de ses discours et la religion des anges, en parlant de ce qu'il ne connaît pas : Nemo vos decipiat in sublimitate serînonum et religionc angelorum, ingerens se in ea quee non novil '. Mais si l'on veut approfondir cet avertissement, on verra que deux choses seulement nous sont défendues : la première , c'est de rendre aux anges l'adoration qui n'est due qu'à Dieu seul; la seconde, c'est d'adopter à leur égard des opinions qui respireraient le

' Coloss. II, 18.

fanatisme , telles que sont celles qui les élèveraient audessus de la condition de simples créatures, et celles qui suppose qu'on a, sur ce qui les concerne, des connaissances bien plus étendues que celles qu'on en a elîectivement, et qu'aucun homme n'en a jamais eues. Mais une recherche modeste de ce qui regarde les anges, et qui tendrait à nous faire parvenir à connaître leur nature, en remontant à eux par le degré des choses corporelles, ou bien en les contemplant dans l'âme humaine comme dans un miroir; une semblable recherche, dis-je, ne nous est point défendue. Nous en disons autant des esprits immondes ', qui sont déchus de leur état : sans doute il n'est pas permis d'avoir avec eux aucun con merce, d'employer leur ministère, et, à bien plus forte raison, de leur rendre aucune espèce d'hommage ou de culte religieux ; mais la recherche et la connaissance de leur nature, de leur puissance, de leurs prestiges, tirée non seulement de ce que nous en apprend la

1 Euler a pensé aussi qu'à la faveur de la seule lumière naturelle on pouvait faire des recherches sur la possibilité, l'existence et la nature des démons. Voici comment il parle des esprits malfaisants dans sa xcvi« lettre à une princesse d'Allemagne :

« Le péché est sans doute le plus grand mol et la plus grande imperfection qui puisseexister.il ne saurait y avoir, en effet, à l'égard des esprits, un plus grand dérèglement que quand ils s'écartent des lois éternelles de la vertu et qu'ils s'abandonnent au vice. La vertu est le seul moyen de reudre un esprit heureux, et il serait impossible à Dieu de rendre heureux un esprit vicieux. Tout esprit adonné au vice est nécessairement malheureux; et tant qu'il ne retourne pas à la vertu, ce qui pourrait bien élre souvent impossible, ses malheurs ne sauraient jamais finir : et voilà Tidée que je me forme des diables, des esprits méchants et de l'enfer, laquelle me paraît être très bien d'accord avec ce que la sainte Ecriture nous enseigne là-dessus.

« Les esprits forts se moquent quand ils entendent parler des diables; mais comme les hommes ne sauraient prétendre être les meilleurs de tous les êtres raisonnables, on ne pourrait non plus les accuser d'être les plus méchants. 11 y a sans doute des êtres beaucoup plus méchants que les hommes qui le sont le plus, et ce sont les diables. »

sainte Écriture , mais encore de ce (iiie nous en découvrent la raison et l'expérience, n'est pas la partie la moins curieuse de la sagesse spirituelle. L'Apôtre luimême se glorifie de cette connaissance. Nous n'ignorons point, dit-il, les ritses de Satan ' .

Après tout, il est aussi bien permis dans la théologie naturelle de rechercher la nature des démons, qu'il est permis dans la morale de rechercher la nature des vices, et dans la physique la nature des poisons. Or cette partie de la science sur les anges et les démons n'est point au rang des choses dont nous désirons qu'on s'occupe; un grand nombre d'auteurs s'en sont déjà occupés suffisamment. Nous désirerions plutôt qu'on ne pût point reprocher justement à plusieurs de ces écrivains de ne s'être point assez tenus en garde dans leurs recherches contre la vanité, la superstition et une frivole

subtilité.

{DeAugm. scient, lib. III, cap. ii.)

DE l'immortalité DE l'aME

Quelques philosophes entièrement plongés dans les sens, n'ayant assurément rien de divin, et niant avec opiniâtreté l'immortalité de l'àme, ont cependant été contraints, par la force de la vérité, d'avouer que, quoique les mouvements purement affectifs périssent, il est pourtant probable que tous les mouvements et tous les actes qu'exerce l'ème sans le ministère du corps, tels que sont, sans doute, les actes de fentendement,

111 Cor. II, II.

subsistent encore après la mort : tant la science leur a paru une chose incorruptible et immortelle. Mais nous, aux yeux de qui a brillé la lumière de la civilisation , nous élevant au-dessus de la sphère grossière et ténébreuse des sens , nous savons que non seulement les actes de notre esprit, mais encore nos sentiments, après qu'ils auront été épurés, survivront à notre corps ; que non seulement notre âme est immortelle, mais que notre corps lui-même est appelé à jouir dans son temps de rimmortalilé.

{De Augyn. scient. lib. I, vers, fin.)

HISTOIRE DES PROPHETIES ET HISTOIRE DES VENGEANCES DIVINES, PARTIE DE l'hISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE.

Nous proposons de diviser toute histoire ecclésiastique en histoire ecclésiastique proprement dite (conservant à cette partie le nom du genre), en histoire des prophéties, et en histoire des vengeances divines ou de la Providence.

La première comprendrait les temps et les états divers de l'Église militante, soit qu'elle soit agitée par les flots, comme l'arche de Noé dans les eaux du déluge, soit qu'elle voyage dans le désert, comme l'arche d'alliance, soit qu'elle soit en repos, comme l'arche dans le temple; c'est-à-dire que cette histoire ferait connaître l'état de l'Église dans la persécution, dans le mouvement ou laction, et dans la paix. Nous ne voyons pas qu'il y ait d'additions à faire à cette première partie de l'histoire, nous croirions plutôt qu'il y aurait à faire beaucoup de retranchements; mais ce que nous désirerions bien cer-

Inineuient, c'est que, dans ce vaste corps d'histoire, les iiuleurs se fussent appliqués à mettre plus de grâce dans [leur style et d'exactitude dans leurs récils.

La seconde partie, qui est Vhistoire des prophéties ou, |H.iir mieux dire, Vhistoire sur les prophéties , est formée <lr deux parties relatives l'une à l'autre : la prophétie Lll(;-même et l'accomplissement de la prophétie. Cette liistoire doit donc être faite de manière qu'à la suite de chaque prophétie de l'Écriture sainte se trouve le récit drs événements qui en montrent l'accomplissement, et cela dans tous les âges du monde. L'objet et la fin de ce travail, c'est de confirmer la foi, c'est de donner de la facilité et une sorte de méthode pour l'interprétation des prophéties qui restent encore à accomplir. Cependant on ne doit point exiger dans l'accomplissement des prophéties une précision et une ponctualité rigoureuses, et il faut admettre la latitude qui est propre et ordinaire aux prophéties divines, car elles tiennent de la nature de leur auteur, pour qui un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour ' ; et quoique leur plénitude et le dernier point de leur accomplissement soient le plus souvent attachés à une certaine période de temps ou môme à un certain moment, cependant cet accomplissement dans les divers âges du monde se fait avec une sorte de gradation et de marche successive. Je crois qu'un semblable ouvrage nous manque et qu'on devrait s'en occuper ; mais je crois, en même temps, qu'il vaudrait mieux ne point s'en occuper du tout si le sujet ne devait pas être traité avec beaucoup de religion, de modération et de sagesse.

La troisième partie, qui est Vhistoire des vengeances divines, a bien été traitée par quelques pieux personnages, mais non pas avec l'impartialité convenable. L'objet

1 II Pctr. m, y.

de cette histoire est de faire remarquer le divin accord qu'on aperçoit quelquefois entre la volonté de Dieu révélée et sa volonté secrète ; car quoique les conseils et les jugements de Dieu soient enveloppés d'une si profonde obscurité qu'ils sont entièrement impénétrables à l'homme animal, et que même ils se dérobent le plus souvent aux yeux de ceux qui regardent du haut du tabernacle, cependant la divine sagesse, pour affermir les fidèles dans la foi et confondre ceux qui vivent comme s'ils étaient sans Dieu dans ce monde \ a jugé à propos de metire de temps en temps sous nos yeux ces conseils et ces jugements écrits, pour ainsi dire, en gros caractères, en sorte qu'il n'est personne, comme parle le prophète, qui, même en courant , ne puisse les lire • : c'està-dire qu'il en agit ainsi, afin que les hommes plongés entièrement dans les sens et les plaisirs, les hommes qui s'efforcent de ne pas voir les jugements divins lorsqu'ils arrivent, qui même n'en font jamais l'objet de leurs pensées, soient cependant, malgré la rapidité de leur course et leur attention à se distraire par d'autres occupations, forcés de les voir et de les reconnaître. Telles sont les vengeances tardives et inopinées , les délivrances qui arrivent subitement et contre toute espérance, les conseils divins qui, après avoir décrit une courbe féconde en points d'inflexions et de rebroussements, se développent enfin et se montrent à tous les yeux. Tels sont tant d'autres événements semblables qui servent infiniment, non seulement à consoler les fidèles, mais encore à convaincre les méchants et à jeter le trouble dans le fond de leur conscience.

{De Augm. scient, lib. II, cap. xi.)

1 Eplies. II, 12.

- llabnc. Il, 2.

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