‹ Pensées de Descartes, sur la religion et la morale (volume 2)Chapitre 24 sur 58 · DU MONDE · texte numérisé non relu

DU MONDE

pour ce sujet; au contraire, on croit que c'est honorer Dieu, que de faire concevoir ses œuvres fort grandes; et mon opinion est moins difficile à recevoir que la leur, parce que je ne dis pas que le inonde soit infini y mais indéfini seulement. En quoi il y a une diflerence assez remarquable: car pour dire qu'une chose est infinie, on doit avoir quelque raison qui la fasse connoître telle, ce qu'on ne peut avoir que de Dieu seul; mais pour dire qu'elle est indéfinie, il suffit de n'avoir point de raison par laquelle on puisse prouver qu'elle ait des bornes. Or il me semble qu'on ne peut prouver, ni même concevoir qu'il y ait des bornes en la matière dont le monde est composé. Car en examinant la nature de cette matière, je trouve qu'elle ne consiste en autre chose, qu'en ce qu'elle a de l'étendue en longueur, largeur et profondeur; de façon que tout ce qui a ces trois dimensions est une partie de cette matière; et il ne peut y avoir aucun espace entièrement vide, c'est-à-dire, qui ne contienne aucune matière , parce que nous ne saurions concevoir un tel espace, que nous ne concevions en lui ces trois dimensions, et par conséquent de la matière. Or, en supposant le inonde fini, on imagine au-delà de ses bornes quelques espaces qui ont leurs trois dimensions, et ainsi qui ne sont pas purement imaginaires, comme les philosophes les nomment, mais qui contiennent en soi de la matière; laquelle ne pou-

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vaut être ailleurs que dans le monde, fait voir que le monde s'étend au-delà des bornes qu'on avoit ■voulu lui attribuer. IN'ayant donc aucune raison pour prouver, et, même ne pouvant concevoir que le monde ait des bornes, je le nomme indéfini ; mais je ne puis nier, pour cela , qu'il n'en ait peut-être quelques-unes qui sont connues de Dieu , quoiqu'elles me soient incompréhensibles; c'est pourquoi je ne dis pas absolument qu'il est infini,

2°. Lorsque son étendue est considérée en cette sorte, si on la compare avec sa durée, il me semble qu'elle donne seulement occasion de penser qu'il n'y a point de temps imaginable, avant la création du monde, auquel Dieu n'eût pu le créer s'il eût voulu , et qu'on n'a point sujet , pour cela , de conclure qu'il l'a véritablement créé avant un temps indéfini; à cause que l'existence actuelle ou véritable, que le monde a eue depuis cinq ou six mille ans, n'est pas nécessairement jointe avec l'existence possible ou imaginaire qu'il a pu avoir auparavant; ainsi que l'existence actuelle des espaces qu'on conçoit autour d'un globe (c'est-àdire, du monde supposé comme j^/z/ ) est jointe avec l'existence actuelle de ce même globe. Outre cela, si de l'étendue indéfinie du monde on pouvoit inférer l'éternité de sa durée à l'égard du temps passé, on la pourroit encore mieux inférer de réternité de la durée qu'il doit avoir à l'avenir :

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