SUR LE SOUVERAIN ETHN. 2G
on îes accorde souvent aux biens do la foiinno; snais il me semble qu'il n'y a que la vci lu (ju'ou ait une juste raison de louer. Tous les autres bic-us méritent seulement d'cire estimés, et non point d'être honorés ou loués, si ce nVst eu tant qu'on présuppose qu'ils soutacquis, ou obtenus de Dicif, par le bon usage du libre arbitre. L'honneur et la louange sont une espèce de récompense, et il n'y a que ce qui dépend de la volonté, qu'on ait sujet de récompenser ou de punir.
Il me reste encore ici â prouver que c'est de c& bon usage du libre arbitre que vient le plus grand et le plus solide contentement de la vie; ce qui me semble n'être pas difficile, parce que si je considère avec soin en quoi consiste la volupté ou le plaisir, et généralement toutes les sortes de contentemens qu'on peut avoir, je remarque, ea premier lieu , qu'il n'en est aucun qui ne soit entièrement dans l'ame, quoique plusieurs dépendent du corps; de menje que c'est aussi l'ame qui voit, quoique ce soit par l'entremise des yeux Puis, je remarque qu'il n'y a lien qui puisse donner du contentement à l'ame, sinon l'opinion qu'elle a de posséder quelque bien. Il est vrai que souvent cette opinion n'est en elle qu'une représenlation. fort confuse ; et son union avec le corps est même cause qu'elle se représetite ordinairement certains biens, incomparablement plus grands qu'ils ne sont; mais si elle connoissoit distinctement leur
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juste valeur, son contentement seroit toujours proportionné à la grandeur du bien dont il procéderoit. Je remarque aussi que la grandeur d'un bien, à notre égard, ne doit pas seulement être mesurée par la valeur de la chose en quoi il consiste, mais principalement aussi par la façon dont il se rapporte à nous; et qu'outre que le libre arbitre étant de soi la chose la plus noble qui puisse être en nous , puisqu'il nous rend en quelque façon, pareils à Dieu, et semble nous exempter de lui être sujets , et que par conséquent son bon usage est le plus grand de tous nos biens , il est aussi le bien qui est le plus proprement nôtre, et qui nous importe le plus; d'où il suit que ce n'est que de lui que nos plus grands contentemens peuvent procéder.
Aussi voit-on, par exemple , que le repos d'esprit, et la satisfaction intérieure que ressentent en eux-mêmes ceux qui savent qu'ils font toujours tout ce qu'ils peuvent, soit pour connoître le bien , soit pour l'acquérir, est un plaisir, sans comparaison, plus doux, plus durable et plus solide que tous ceux qui viennent d'ailleurs.
FoNDEME^^s de la hcatitude dp. V homme, et procédé quauroii dû suivre Séné que dans son traité de ViUi bealà.
{Tom. /•^, Lctt. III et ir.)
Point de sujet d'enfreticn plus intéressant que les moyens que la philosophie nous enseigne pour obtenir cette souveraine félicité , que les âmes vulgaires attendent en vain de la fortune, et que nous ne saurions avoir que de nous-mêmes. L'un de ces moyens, qui me semble des plus utiles, est d'examiner ce que les anciens en ont écrit, et de cherchera renchérir sur eux, en ajoutant quelque chose à leurs préceptes; c'est par-là qu'on peut rendre ces préceptes parfaitement siens, et se disposer à les mettre en pratique. Dans ce dessein , je me suis proposé d'examiner le livre que Sénèque a écrit , JDe Fila beatâ. En choisissant ce livre, j'ai eu seulement égard à la réputation de l'auteur et à la dignité de la matière, sans pensera la manière dont il lu traite. J'ai depuis examiné cette manière, et je ne latiouvo pas assez exacte pour mériter d'être suivie. Mais, afin qu'on en puisse juger plus facilement, je tacherai ici d'expliquer comment il me sen)ljle que celte matière eût du être traitée par un philosophe tel que lui, qui, n'étant point