‹ Pensées de Descartes sur la religion et la moraleChapitre 17 sur 45 · DIVERS SUJETS RELIGIEUX · texte numérisé non relu

DIVERS SUJETS RELIGIEUX

DIFFÉRENCE ENTRE LES VÉRITÉS ACQUISES ET LES VÉRITÉS RÉVÉLÉES. ABUS QU'ON PEUT FAIRE DES VÉRITÉS RÉVÉLÉES.

Il y a cette grande ditTérence entre les vérités acquises et les révélées que, la connaissance de celles-ci ne dépendant que de la grâce (laquelle Dieu ne refuse à personne , quoiqu'elle ne soit pas efficace en tous), les plus idiots et le^ plus simples y peuvent aussi bien réussir que les plus subtils ; au lieu que, sans avoir plus d'esprit que le commun, on ne doit pas espérer de rien faire d'extraordinaire dans les sciences humaines. Et enfin, quoique nous soyons obligés à prendre garde à ce que nos raisonnements ne nous persuadent aucune chose qui soit contraire à ce que Dieu a voulu que

nous crussions, je crois néanmoins que c'est appliquer l'Écriture sainte à une fin pour laquelle Dieu ne l'a point donnée, et par conséquent en abuser, que d'en vouloir tirer la connaissance des vérités qui n'appartiennent qu'aux sciences humaines et qui ne servent point à notre salut.

(Tome II, Leltre c.)

LA FOI CHRÉTIENNE, QUI EST OBSCURE DANS SON OBJET, EST CLAIRE DANS SON MOTIF

Quoiqu'on dise que la foi a pour objet des choses obscures, néanmoins ce pourquoi nous les croyons n'est pas obscur, mais il est plus clair qu'aucune lumière naturelle. Il faut ici distinguer entre la matière ou la chose à laquelle nous donnons notre créance, et la raison formelle qui meut notre volonté à la donner : car c'est dans cette seule raison formelle que nous voulons qu'il y ait de la clarté et de l'évidence. Et quant à la matière, personne n'a jamais nié qu'elle peut être obscure, et l'obscurité même ; car quand je juge que l'obscurité doit être ôtée de nos pensées pour leur pouvoir donner notre consentement sans aucun danger de faillir, c'est l'obscurité même qui me sert de matière pour former un jugement clair et distinct.

Outre cela, il faut remarquer que la clarté, ou l'évidence par laquelle notre volonté peut être excitée à croire , est de deux sortes : l'une qui part de la lumière naturelle, et l'autre qui vient de la grâce divine.

Or, quoiqu'on dise ordinairement que la foi est des choses obscures, cependant cela s'entend seulement de sa matière, non point de la raison formelle pour laquelle nous croyons; au contraire, cette raison formelle consiste en une certaine lumière intérieure , dont Dieu nous ayant surnaturellement éclairés, nous avons une confiance certaine que les choses qui nous sont proposées à croire ont été révélées par lui, et qu'il est entièrement impossible qu'il soit menteur et qu'il nous trompe ; ce qui est plus assuré que toute autre lumière naturelle , et souvent même plus évident , à cause de la lumière de la grâce.

Et certes, les Turcs et les autres infidèles, lorsqu'ils n'embrassent point la religion chrétienne, ne pèchent pas pour ne vouloir point ajouter foi aux choses obscures, comme étant obscures; mais ils pèchent, ou parce qu'ils résistent à la grâce divine qui les avertit intérieurement, ou parce que, péchant en d'autres points, ils se rendent indignes de cette grâce.

[Médilalions, Rép. aux secondes object.)

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