CONVIENT DU FAIT
Étant du pays et de la religion dont je suis, il n'y a que les ennemis de la France qui puissent m'imputer à crime d'être ami, ou de rechercher l'amitié de ceux à qui nos rois ont coutume de communiquer le plus intérieur de leurs pensées, en les choisissant pour confesseurs. Or chacun sait que les Jésuites de France ont cet honneur, et même que le révérend P. Dinet (qui est le seul auquel on me reproche d'avoir écrit) fut choisi pour confesseur du roi, peu de temps après que j'eus publié la lettre que je lui adressais. Et si, nonobstant cette raison, il y a des gens si partiaux et si zélés pour la religion de ce pays, qu'ils s'offensent qu'on ait quelque communication avec ceux qui font profession de la combattre, ils doivent trouver cela plus mauvais dans Voetius, qui, voulant être Ecclesiarwn Belgicarum decus et ornmnentum, ne laisse pas d'écrire à quelques-uns de nos religieux', dont la règle est plus austère que celle des Jésuites,
t Descartes parle ici des Minimes.
et de les appeler les défenseurs de la vérité , pour tâcher d'acquérir leurs bonnes grâces, que non pas dans un Français qui fait profession d'être de la même religion que son roi. Mais, outre cela, pour vous faire voir combien Voetius se plaît à tromper le monde, et à persuader à ceux qui le croient, des choses qu'il ne croit pas lui-même, si vous prenez la peine de lire le petit livre intitulé : Septimœ Objectiones, etc., qui contient la lettre sur laquelle il s'est fondé pour m'objecter l'amitié des Jésuites, et dont il a obtenu de vous la condamnation, à ce qu'on dit; ou bien s'il vous plaît seulement de demander à quelqu'un qui l'ait lu, de quoi il y est traité, vous saurez que tout ce livré est composé contre un Jésuite dont je fais gloire d'être maintenant l'ami, et je veux bien qu'on sache que mes maîtres ne m'ont point appris à être irréconciliable; vous saurez aussi que j'y avais écrit vingt fois plus de choses au désavantage de ce Jésuite que je n'avais fait au désavantage de Voetius, dont je n'avais parlé qu'en passant, et sans le nommer; en sorte que, lorsqu'il a été cause que vous avez condamné ce livre, il semble s'être rendu le procureur des Jésuites, et avoir obtenu de vous, en leur faveur, plus qu'ils n'ont tâché ou espéré d'obtenir des magistrats d'aucune des villes où l'on dit qu'ils ont le plus de pouvoir.
(Tome III, Lettre i".)