AVEC LA RÉPONSE DE DESGARTES
Il n'est rien de si grand, dit Morus à Descartes, que je ne puisse me promettre de votre génie. Je désirerais donc vivement que vous voulussiez bien me faire part de vos conjectures sur la question suivante. La force et la pénétration de votre esprit me sont un sûr garant qu'elles ne pourront être que très ingénieuses.
Il est des hommes qui osent se glorifier de ne point reconnaître de substances, comme on dit, séparées du corps, telles que les démons, les anges, les âmes des hommes après la mort, et qui, en combattant leur existence , croient avoir fait la plus belle chose du monde, et s'être montrés par là
supérieurs en sagesse à tous les autres hommes. Je suis bien éloigné d'applaudir à de tels sentiments ; et j'ai souvent observé que les hommes qui les professent, sont communément des hommes d'un caractère féroce, et livrés à une noire mélancolie, ou des hommes esclaves de leurs sens et plongés dans la volupté , enfin , pour tout dire en un mot , des athées...
Pour moi je fais une haute profession de croire , indépendamment de tout enseignement de la religion, qu'il existe des génies ; et voilà sur quoi je désire connaître votre opinion. Je crois aussi qu'il existe un Dieu, et que ce Dieu est tel que les hommes les plus honnêtes et les plus sages désireraient qu'il fût, si, par impossible , il n'existait pas. Aussi ai-je toujours envisagé l'athéisme comme le triomphe de la méchanceté la plus noire et de la plus grossière stupidité. Les athées, en se glorifiant d'avoir anéanti la divinité, m'ont toujours paru semblables à un peuple insensé qui se réjouirait et se féliciterait d'avoir mis à mort le meilleur et le plus sage des rois.