LXV1II
Il y a, dans la plupart des sentiments honnêtes, quelque chose de meilleur et de plus puissant que le calcul et la raison : l'instinct et la nécessité.
On n'est bon que par la pitié, il faut donc qu'il y ait quelque pitié dans tous nos sentiments, même dans notre indignation, dans nos haines pour les méchants. Mais faut-il qu'il y en ait aussi dans notre amour pour Dieu? Oui, de la pitié pour nous, comme il y en a toujours dans la reconnaissance. Ainsi tous nos sentiments sont empreints de quelque pitié pour nous ou pour les autres. L'amour que nous portent les anges n'est luimême qu'une pitié continuelle, une éternelle compassion. Chacun est compatissant aux maux qu'il craint
Si l'on n'y prend garde, on est porté à condamner les malheureux.
Il faut encore plus exercer les hommes à plaindre le malheur qu'à le souffrir.
jxxn.
N'ayez pas l'esprit plus difficile que le goût, et le ugement plus sévère que la conscience.
Le cœur doit marcher avant l'esprit, et l'indulgence avant la vérité.
Soyez doux et indulgent à tous ; ne le soyez pas à vous-même.
juès bons mouvements ne sont rien, s'ils ne deviennent de bonnes actions.
Les bonnes actions qu'on n'a jamais faites sont, pour la volonté, une découverte, un progrès.
Recevoir les bienfaits de quelqu'un est une manière plus sûre de se l'attacher, que de l'obliger lui-même. Souvent la vue d'un bienfaiteur importune ; celle d'un homme à qui Von fait du bien est toujours agréable : on aime en lui son ouvrage.
Vouloir se passer de tous les hommes et n'être l'obligé de personne est le signe certain d'une âme dépourvue de sensibilité.
Tout homme doit être auteur, sinon de bons ouvrages, au moins de bonnes œuvres. Il ne suffit pas d'avoir son talent en manuscrits, et sa noblesse en parchemins.
On aime à faire soi-même ses bonnes actions.
Il faut faire du bien, lorsqu'on le peut, et faire plaisir à toute heure, car à toute heure on le peut.
Êtes-vous pauvre, signalez-vous par des vertus; êtesvous riche, signalez-vous par des bienfaits.
Le plaisir de donner est nécessaire au vrai bonheur ; mais le plus pauvre peut l'avoir.
Usez d'épargne, mais non pas aux dépens de toute libéralité. Ayez l'âme d'un roi et les mains d'un sage économe.
Notre crédit est un de nos biens, et nous devons en assister les malheureux.
Quand tu donnes, donne avec joie et en souriant.
Il est permis d'être content de soi par conscience^ non par réflexion.
Lxxxvni.
Ayons le cœur haut et l'esprit modeste.