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DE LA SOCIÉTÉ, DE LA CONVERSATION, DE LA POLITES ET DES MANIÈRES

Il faut donner la souveraineté domestique aux pères sur les enfants, aux maîtres sur les apprentis, et aux vieillards sur la jeunesse.

Dans un état bien ordonné, les rois commandent à des rois, c'est-à-dire à des pères de famille, maîtres chez eux, et qui gouvernent leur maison. Que si quelqu'un gouverne mal la sienne, c'est un grand mal sans doute, mais beaucoup moindre que s'il ne la gouvernait

point.

Gouverner sa maison, c'est être vraiment citoyen, c'est véritablement prendre part au gouvernement général de la cité, en exercer les plus beaux droits, et en rendre la marche plus facile. Chaque chef de famille devrait être pontife et roi dans sa maison.

Peu d'hommes sont dignes d'être chefs de famille, et peu de familles sont capables d'avoir un chef.

Tout ce que le père de famille dit aux siens doit inspirer l'amour ou la crainte.

La sévérité rend les parents plus tendres. On aime ceux dont on est craint d'une crainte respectueuse.

vu.

Il est une classe de la société où les enfants pieux ne savent pas que leurs parents sont mortels. Ils n'ont jamais osé y penser.

Les malédictions des pères abrègent la vie ; celles des mères donnent la mort.

Il faut ne choisir pour épouse que la femme qu'on choisirait pour ami, si elle était homme.

Rien ne fait autant d'honneur à une femme que sa patience, et rien ne lui en fait aussi peu que la patience de son mari.

Le triomphe des femmes n'est pas de lasser et de vaincre leurs persécuteurs, mais de les amollir et de faire tomber leurs armes.

De l'indissolubilité seule du mariage peut naître pour les femmes une communauté réelle des dignités de leurs époux, et de là, la considération extérieure, les honneurs et les respects.

On n'est, avec dignité, épouse et veuve qu'une fois.

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Le divorce déplaît même dans les oiseaux. Buffon a diffamé les tourterelles.

Les enfants ne sont bien soignés que par leurs mères, et les hommes que par leurs femmes.

Il est de bonnes qualités qui ne se transmettent pas, ou qui n'entrent pas dans le cours de l'hérédité. Ce qui est délicat s'évapore. Le fils d'un homme grave et robuste est ordinairement un homme sensé; le fils d'un homme d'esprit est rarement homme d'esprit.

xvn.

Les cadets sont en général les plus beaux; leur moulage est plus net et plus sûr.

Nos pères trouvaient leurs plaisirs dans leur famille, leur instruction dans les temples, leurs amusements dans leur bibliothèque, et leurs délassements chez leurs voisins.

L'usage du lit, quand on y est seul, est pour la sagesse. « Il faut, dit Pythagore, se faire un temple de son lit. »

La table est une espèce d'autel qu'il faut parer les jours de fête et les jours de festin.

Dans les festins, il suffit d'être joyeux pour être aimable.

Les repas du &oir sont la joie de la journée; les fes-

tins du matin sont une débauche. Je hais les chants du

déjeuner.

xxni.

Ni pour son plaisir ni pour le nôtre il ne faut avoir pour commensal habituel un excellent convive; il nous blase et nous le blasons.

Il y a dans la sobriété de la propreté et de l'élégance.

On n'aime pas la tempérance où la vertu n'entre pour rien.

Un peu de tout, rien à souhait : grand moyen d'être modéré, d'être sage, d'être content.

Ayez soin qu'il manque toujours dans votre maison quelque chose dont la privation ne vous soit pas trop pénible, et dont le désir vous soit agréable. Il faut se maintenir en tel état qu'on ne puisse être jamais ni rassasié ni insatiable.

L'attention qu'on donne à la maison et aux meubles distrait du maître, comme le temple distrait du Dieu.

« Il n'est pas honnête de contredire les gens dans « leur maison, » dit le conte. Chaque homme a le droit d'y être maître absolu, d'y vivre en roi, et d'y être heureux, même par son amour-propre. C'est là qu'il est comme permis à ses infirmités et à ses défauts d'être ù l'aise. Il est chez lui : quiconque y vient, entre dans un empire étranger. Ce sont de tels privilèges qui, chez les peuples civilisés, rendent la vie domestique déli-

cieuse, et préférable à toutes les indépendances de l'homme brut et isolé. Cette vie, au surplus, a des devoirs qui imposent perpétuellement le sacrifice de ces droits. Mais l'abandon qu'on en fait est volontaire, généreux, honorable; il devient ainsi une possession, une jouissance et un bien de plus.

Il faut porter son velours en dedans, c'est-à-dire montrer son amabilité de préférence à ceux avec qui l'on vit chez soi.

L'aménité, le bon accueil sont un billet d'invitation qui circule toute l'année.

Voir le monde, c'est juger les juges.

On est dispensé d'être instrument dans la société, quand on y est modèle.

xxxi v.

Epurer son goût, en écumant son esprit, est un des avantages de la bonne compagnie et de la société des lettres, à Paris. Les idées médiocres s'y dépensent en conversation ; on garde les exquises pour les écrire.

Que de choses on dit de bonne foi, en discourant sur un sujet, qu'on ne penserait pas, si l'on se bornait à le connaître, sans en parler! L'esprit s'échauffe, et sa chaleur produit ce qu'il ne tirerait pas de sa lumière. Parler est une source d'erreurs, mais peut-être aussi de quelques vérités. La parole a des ailes; elle porte où l'on n'irait pas.

On ne doit mettre dans un livre que la dose d'esprit

qu'il faut; mais on peut en avoir, dans la conversation, plus qu'il ne faut.

Quand 1 abus de l'esprit est un badinage, il plaît; quand il est sérieux, il déplaît.

Dans la conversation, on affuble vite sa pensée du premier mot qui se présente, et l'on marche en avant.

On se contente, dans la conversation, de signaler, d'étiqueter les choses parleur nom, sans se donner le temps d'en avoir l'idée.

C'est un grand désavantage, dans la dispute, d'être attentif à la faiblesse de ses raisons, et attentif à la force des raisons des autres ; mais il est beau de périr ainsi.

Le but de la dispute ou de la discussion ne doit pas être la victoire, mais l'amélioration.

Ce n'est jamais l'opinion des autres qui nous déplaît, mais la volonté qu'ils ont quelquefois de nous y soumettre, lorsque nous ne voulons pas.

Le plaisir de plaire est légitime, et le désir de dominer choquant.

La contradiction ne nous irrite que parce qu'elle trouble la paisible possession où nous sommes de quelque opinion ou de quelque prééminence. Voilà pourquoi les faibles s'en irritent plus que les forts., et les infirmes plus que les sains.

On peut convaincre les autres par ses propres raisons ; mais on ne les persuade que par les leurs.

Une bonne raison, pour se faire comprendre, n'a jamais besoin que d'un mot, si on la sait bien.

Souvent une raison est bonne , non comme concluante, mais comme dramatique, parce qu'elle a le caractère de celui qui l'allègue, et qu'elle naît de son propre fonds ; car il y a des arguments ex homine, comme il en est ad hominem.

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