TITRE
Nous ne voyons bien nos d voir s qu'en Dieu. C'est le seul fond sur lequel ils soient toujours lisibles à l'esprit.
LU
Il n'y a d'heureux que les bons, les sages et les saints ; mais les saints le sont plus que tous les autres, tant la nature humaine est faite pour la sainteté.
LUI
Le juste, le beau, le bon, le sage est ce qui est conforme aux idées que Dieu a du juste, du beau, du sage et du bon. Otez Dieu de la haute philosophie, il n'y a plus aucune clarté : il en est la lumière et le soleil : c'est lui qui illumine tout : In lumine tuo videbimus lumen.
Rendons-nous agréables à Dieu; on le peut en tout temps, en tout lieu, en tout état de décadence. L'estime de Dieu, si l'on peut s'exprimer ainsi, est plus facile à obtenir que l'estime des hommes, parce que Dieu nous tient compte de nos elforts.
Il faut céder au ciel et résister aux hommes.
Nous nous jugeons suivant le jugement des hommes, au lieu de nous juger suivant le jugement du ciel. Dieu est le seul miroir dans lequel on puisse se connaître; dans tous les autres on ne fait que se voir.
Quand Dieu se retire du monde, le sage se retire en Dieu.
Ceux-là seuls veillent, ô mon Dieu, qui pensent à
vous et qui vous aiment. Tous les autres sont endormis ; ils font des rêves et s'attachent à des fantômes. Vous seul êtes la réalité. Rien n'est bien que d'occuper de vous son cœur et son esprit, de faire toutes choses pour vous, de n'être mû que par vous. Mais l'homme est-il fait pour jouir ici-bas d'une telle félicité? S'il en était capable, il aurait sa perfection.
L'oubli des choses de la terre, et l'intention aux choses du ciel; l'exemption de toute ardeur, de tout souci, de tout trouble et de tout effort; la plénitude de la vie, sans aucune agitation; les délices du sentiment, sans le travail de la pensée ; les ravissements de l'extase, sans les apprêts de la méditation; en un mot, la spiritualité pure, au sein du monde et parmi le tumulte des sens : ce n'est que le bonheur d'une minute, d'un instant ; mais cet instant de piété répand de la suavité sur nos mois et sur nos années.
La religion est la poésie du cœur ; eîîe a des enchantements utiles à nos mœurs ; elle nous donne et le bonheur et la vertu.
La piété n'est pas une religion, quoiqu'elle soit l'âme de toutes. On n'a pas une religion, quand on a seulement de pieuses inclinations, comme on n'a pas de patrie, quand on a seulement de la philanthropie. On n'a une patrie, et l'on n'est citoyen d'un pays, que lorsqu'on se décide à observer et à défendre certaines lois, à obéir à certains magistrats, et à adopter certaines manières d'être et d'agir.
La religion n'est ni une théologie, ni une théosophie;
elle est plus que tout cela : une discipline, une loi, un joug, un indissoluble engagement.
Sans le dogme, la morale n'est que maximes et que sentences; avec le dogme, elle est précepte, obligation, nécessité.
Ne pourrait-on pas dire que depuis l'avènement de Jésus-Christ, Dieu a infusé dans la nature plus de lumière et plus de grâce? Il semble, en effet, que depuis ce temps il y a eu dans le monde une connaissance plus générale de tous les devoirs, et une facilité plus répandue et plus commune à pratiquer les vraies vertus et toutes les grandes vertus.
Il faut aimer la religion comme une espèce de patrie et de nourrice : c'est elle qui a allaité nos vertus, qui nous a montré le ciel, et qui nous a appris à marcher dans les sentiers de nos devoirs.
La religion est pour l'un sa littérature et sa science; elle est pour l'autre ses délices et son devoir.