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0 religion! tu donnes une lumière à l'ignorance, une rertu à la faiblesse, une aptitude à l'ineptie, un talent même à l'incapacité.
Aucune doctrine ne fut jamais aussi bien proportionnée que la doctrine chrétienne à tous les besoins naturels du cœur et de l'esprit humain. La pompe et le faste qu'on reproche à l'Église ont été l'effet et sont la preuve de son incomparable excellence. D'où sont venues, en effet, cette puissance et ces richesses poussées
à l'excès, si ce n'est de l'enchantement où elle mit le monde entier? Ravis de sa beauté, des millions d'homires la comblèrent, de siècle en siècle, de dons, de legs, de cessions. Elle eut le don de se faire aimer, et celui de faire des heureux. C'est ce qui fit tant de prodiges; c'est de là que lui vint son pouvoir.
On ne peut ni parler contre le christianisme sai^ colère, ni parler de lui sans amour.
Dans le christianisme, et surtout dans le catholicisme, les mystères sont des vérités purement spéculatives., d'où naissent, par la réunion d'un mystère à 1 autre, des vérités éminemment pratiques.
La religion défend de croire au delà de ce qu elle enseigne.
Quand on ne peut pas croire qu'il y a eu révélation, on ne croit rien fixement, fermement, invariablement
L'opinion que les hommes ont des choses divines n'est la même ni dans tous les temps, ni dans tous les lieux; mais il faut que dans tous les lieux et dans tous les temps, il y en ait une d'arrêtée, de fixe, de sacrée et d'inattaquable.
Toutes les religions fortes sont furieuses jusqu'à ce qu'elles aient régné. Les vieilles religions ressembleuî. aux vins vieux, qui échauffent le cœur, mais qui 11V1. flamment plus la tête.
Les sectes austères sont d'abord les plus révérées,
mais les sectes mitigées ont toujours été les plus durables.
LXXYI.
La même croyance unit plus les hommes que le même savoir ; c'est sans doute parce que les croyances viennent du cœur.
Il est permis de s'affliger, mais il n'est jamais permis de rire de la religion d'autrui.
11 faut attaquer la superstition par la religion, et non par la physique : c'est un terrain où elle n'est pas. Que si vous l'y amenez, en la faisant sortir d'elle-même, vous la faites sortir aussi de toute idée du ciel, et au lieu de la corriger, vous risquez de la rendre pire.
La superstition est la seule religion dont soient capables les âmes basses.
Tous ceux qui manquent de religion sont privés d'une vertu, et eussent-ils toutes les autres, ils ne pourraient être parfaits
Qu'est-ce qui est le plus difforme, ou d'une religion sans vertu, ou de vertus sans religion*
L'incrédulité n'est qu'une manière d'être de l'esprit; mais l'impiété est un véritable vice du cœur. Il entre dans * p sentiment de l'horreur pour ce qui est divin, du dédain pour les hommes, et du mépris pour l'aimable simplicité.
Il y a deux sortes d'athéisme : celui qui tend à se
passer de l'idée de Dieu, et celui qui tend à se passer de son intervention dans les affaires humaines.
L'irréligion par ignorance est un état de rudesse et de barbarie intérieure. L'esprit qu'aucune croyance, aucune foi n'a plié et amolli, reste sauvage et incapable d'une certaine culture et d'un certain ensemencement. Mais l'incrédulité dogmatique est un état d'irritation et d'exaltation ; elle nous met en guerre perpétuelle avec nous-mêmes, notre éducation, nos habitudes, nos premières opinions; avec les autres, nos pères, nos frères, nos voisins, nos anciens maîtres; avec ''ordre public, que nous regardons comme un désordre; avec le temps présent, que nous croyons moins éclairé qu'il ne doit l'être; avec le temps passé, dont ..ous méprisons l'ignorance et la simplicité. L'avenir et le genre humain dans son éternité future, voilà les deux idoles et les seules idoles de l'incrédulité systématique.
La différence est grande d'accepter pour idoles Mahomet ou Luther, ou de ramper aux pieds de J.-J. Rousseau et de Voltaire. On crut du moins n'obéir qu'à Dieu, en suivant Mahomet, qu'aux Écritures, en écoutant Luther. Et peut-être ne faut-il pas décrier le penchant qu'a le genre humain d'abandonner à ceux qu'il croit amis de Dieu le soin de régler sa conscience et de déterminer son esprit. Considéré seulement sous ïe rapport de l'utilité sociale et présente, ce, penchant est utile et conforme à l'ordre. C'est l'assujettissement aux esprits irréligieux qui seul est funeste et proprement dépravateur.